regis_huby_labuissonne_comA l’improviste

Emission du 18 avril sur France Musiques

Concert du 27 mars au studio 106 de Radio France

Photo : www.labuissonne.com

« L’improvisateur se replace dans la vérité du provisoire »

Cette phrase de Jankelevitch (à propose de la musique de Lizt) résume bien l’intérêt et les difficultés de la musique improvisée. Citée par Anne Montaron au cours de son émission, elle apparaît comme la signature de cette musique qu’elle aime à nous proposer.
Cette appellation « musique improvisée » m’avait semblé un temps assez mal choisie puisque la quasi-totalité du jazz relève de l’improvisation et qu’il ne s’agit pas d’une émission de jazz. Impropre aussi car elle revisite la tradition d’improvisation des musiques « savantes » d’Europe. Enfin, la fidélité aidant, il m’apparaît que le propos, l’ambition, de l’animatrice est de susciter des rencontres inédites, de faire naître des musiques neuves, à partir d’un matériau brut : les musiciens, leurs instruments et rien d’autre. Pas de partition, ni de supports pré-enregistré (quoique …), rien que le hasard des rencontres, ainsi qu’un projet, une problématique d’exploration. La gratuité ou l’aridité (ou les deux) sont alors des écueils redoutables. C’est donc à une sorte d’exercice sur corde raide que nous convie chacune des émissions.

Celle autour de Régis Huby (violon), Bruno Toccane (batterie, percussions) et Francesco Bearzatti (saxophone, clarinettes) est très vite entrée dans le vif du sujet. Pas de période où les musiciens se cherchent les uns les autres : pour une première rencontre, l’osmose était étonnamment présente dès les premières phrases. Certes, ces trois musiciens disent leur appartenance aux traditions du jazz, du rock, et même des musiques populaires pour F. Bearzatti, mais leur jeu est bien loin de ces contrées.

Contrairement à certains autres improvisateurs, plus radicaux, ils ne refusent pas certaines répétitions, ou quelques pulsations rythmiques, voire même parfois des séquences élégiaques ou lyriques. A plusieurs moments, Regis Huby (violon) délivrait un socle répétitif, véritable tremplin pour de superbes improvisations de Bearzatti et de Toccane, puis les rôles s’échangeaient avant de nous offrir des moments où les trois instruments traçaient des lignes enchevêtrées. Parfois même, on pouvait avoir le sentiment qu’ils entraient en résonance à force d’écoute mutuelle et de travail sur les sonorités : une belle symbiose.

Les deux premiers morceaux (20 mn chacun) ont concentré l’essentiel de leur message, du plaisir d’écoute. Les deux derniers, assez bref, ne laissent pas un souvenir inoubliable.

Francesco Bearzatti se produit les 27 et 28 avril à Sceaux (avec Bex, Romano et peut-être Rava), et Bruno Toccane se produit au New Morning le 24 mai.

On avait déjà entendu Régis Huby, au sein du quatuor Ixi et avec Hasse Poulsen lors d’un précédent (et mémorable) opus de cette émission (en novembre 2005, je crois)

Si vous avez raté le concert du 27 mars, et l’émission du 18 avril, rendez-vous sur le site de l’émission pour quelques jours encore.

Un conseil : à l'avenir, enregistrez l’émission et prenez le temps de la savourer à l’envie.