C’est souvent un plaisir d’entendre « sonner » une grande formation.

Pour ce concert retransmis sur France Musiques, il faut dire d’emblée que ce fut la fête.

Le début fut peut-être un peu laborieux avec « Appearing nightly at the Black Orchid », malgré la savoureuse présentation faite par Carla Bley (jugez-en plutôt)
Peut-être s’agissait-il d’un problème de prise de son pour faire entendre correctement les arrangements.

Avec « Second Round » joué dans la foulée, la soirée était lancé, sur un rythme latin.

Assez souvent, d’ailleurs, deux thèmes étaient joués avec peu ou pas d’interruption, comme s’il fallait conserver – propager l’énergie accumulée. Ce rythme était l’un des plaisirs de la soirée.

Karen_Mantler_by_Jos_L

non, ce n'est pas elle; c'est sa fille : Karen Mantler ! photo de Jos L. Knaepen

Je n’ai pas repéré de moments d’improvisation collective, la parti pris semblant être de proposer des solos sertis dans de beaux arrangements et c’est là l’une des richesses de cette formation : un grand orchestre c’est magnifique quand la pâte orchestrale est bien travaillée, quand les sons de chaque instrument se détachent, font entendre leurs discours spécifiques, quand le spectre sonore est bien déployé. C’est ce que nous a offert cette diablesse de Carla Bley. Elle s’est fait plaisir, et nous a entraîné dans cette orgie sonore.

On ne pouvait pas ne pas penser aux défrichages de Charlie Mingus, à Charlie Haden (qu’on pourra entendre en septembre à la tête de son Liberation Music Orchestra à La Villette… avec Carla Bley comme guess star), au big band déjanté de Lester Bowie, voire aussi à la fanfare du Creative Music Orchestra de Braxton : plaisir du son, libération des énergie, sensibilité et/ou humour. Comment ne pas relever des évocations de « Tea for two » au milieu des arrangements de « Awful coffee ».
Ces références datent un peu, mais il ne s’agit plus, pour cette arrangeuse – chef d’orchestre, de découvrir des terres nouvelles mais bien plutôt de faire de la belle ouvrage, avec une personnalité propre, de donner du plaisir.

Cette soirée précédait le concert dans un club parisien (le New Morning) pour un enregistrement « Live » déjà chroniqué sur un blog ami. Attendons le CD.

Composition du New Big Band :

Michael Rodrigues, Earl Gardner, Giampaolo Casati, Florian Esch: trompettes

Gary Valente, Gigi Grata, Giuseppe Clamosca: trombones

Richard Henry, trombone basse

Andy Sheppard, saxophones soprano, ténor

Wolfgang Puschnig, saxophone alto, flûte

Roger Jannotta, saxophones soprano, alto, flûte

Christophe Panzani, saxophone ténor

Julian Argüelles, saxophone baryton

Karen Mantler, orgue

Steve Swallow, guitare basse

Billy Drummond, batterie

Carla Bley, piano, direction

Enregistré le samedi 1er juillet au Campo Santo d'Orléans dans le cadre du festival "Orléans Jazz 2006"