Rasul Siddick - Matthieu Jérôme - Oliver de Gabriele
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Rasul Siddick restait pour moi un homme de rencontres, affable et fin, se mettant au diapason des musiciens qui l'invitent.
C'était le cas lors d'un concert de Roy Campbell aux 7 Lézards, et plus récemment, dans un univers radicalement différent, en compagnie de Jean-François Pauvros et de Makoto Sato.

Avec le groupe de Benjamin Sanz, c'est une toute autre histoire puisqu'il fait partie de ce 5tet. Il n'apporte pas de thèmes à jouer, mais les autres musiciens du groupe aiment composer.
C'était donc l'occasion de faire meilleure connaissance, d'autant qu'il s'agissait aussi de ma première visite au Habana Jazz.
C'est un club convenablement confortable, où on ne s'entasse pas. Le confort d'écoute est très bon.
L'entrée est à un prix très raisonnable (10 €), les boissons aussi (6,5 € pour un cocktail, 3 € pour un jus de fruit). A peine plus cher qu'une place de cinéma pour de la musique vivante. On peut même y manger.
Adresse à noter !
Côté musique, j'était venu entendre Rasul Siddick, mais j'ai découvert un vrai 5tet, d'excellent niveau.
L'inspiration est festive (beaux thèmes, rythmes puissants, souvent dans la tradition des percussions africaines) et inventive (repères coltraniens, naturellement fréquents du côté de Boris Blanchet, probablement élevé dans le bain sonore du mythique 4tet).

Quelques mots des membres du groupe.

Boris Blanchet par Hermosdef

Boris_Blanchet_par_Hermosdef

Boris Blanchet, au sax tenor, déploie une énergie inlassable du début à la fin du concert, jouant avec un enthousiasme qui ne se dément pas, toujours à l'écoute attentive des autres musiciens, manifestant son plaisir aux belles phrases de ses copains. Il danse avec son sax, la pointe des pieds immobile, le reste du corps pivotant autour de son instrument. Il paye sa dette à Coltrane, mais n'oublie pas Monk et cite même l'un des grands thèmes d'Art Blakey, le générique historique de l'émission "Pour ceux qui aiment le jazz".  Un sacré improvisateur.

Matthieu Jérôme au piano avait une position ingrate, obligé qu'il était de nous tourner le dos pour caresser son clavier. Il sait improviser de belles mélodies et mène ainsi le groupe vers un jazz très agréable.
Il est aussi le compositeur principal du groupe, lui fournissant la moitié de son répertoire.

Benjamin Sanz par Hermosdef

Benjamin_Sanz_par_Hermosdef

L'âme du groupe est, bien sûr Benjamin Sanz, qui aime à mettre en avant ses musiciens et le premier d'entre eux, Rasul Siddick. Avec son jeu aux baguettes économe, il impulse une polyrythmie qui sait prendre le meilleur de différentes traditions (free, Afrique, ...). On lui doit pour une bonne part ce sentiment de fête pendant le concert.

Le bassiste du groupe, Idriss Mlanao n'était pas là. Oliver de Gabriele l'a remplacé au pied levé.
Après réglage du son, il a été possible d'entendre correctement ce musicien : une bien belle surprise. Une ligne de basse d'une efficacité remarquable, proposant un contrepoint continu au jeu des autres artistes, un peu à l'école d'un William Parker.
J'ai été moins convaincu par ses solos (oui, je sais, on devrait dire "soli"), mais ce musicien est très jeune; il n'a pas fini de nous étonner.

Et Rasul Siddick ? Un des très grands musiciens sur la place de Paris.

Rasul Siddik par Hermosdef

Rasul_Siddik_par_Hermosdef

Simple, aimable, un peu surpris qu'on l'aime, qu'on le mette ainsi en vedette.
Mais un jeu terriblement inventif, une belle technique, un plaisir évident de jouer et une inspiration jamais en panne, un soucis  de faire corps avec les autres  musiciens. Un kador !
Sur la petite vidéo qui suit, on a droit à un solo de plus de 4 mn, toute d'énergie et d'invention. Pardon pour la très mauvaise qualité du document : faudra que le Père Noël fasse un effort côté équipement du blog.

Rasul Siddick solo - Habana Jazz - 13 nov. 07
(erreur corrigée : merci "Chalalou")

Je ne connais pas bien New York et je n'ai jamais pu aller dans l'un de ses hauts lieux du jazz.
Mais dans mon New York imaginaire, celui où jouent les grands noms de la musique noire, ce quintette de Benjamin Sanz aurait toute sa place. C'est un superbe pied de nez à ceux qui imaginent (et j'en fait un peu partie) que le talent se raréfie hors des USA.
Ce groupe n'a pas l'ambition de tracer des voies nouvelles du jazz, mais de très bien faire ce jazz qu'on aime tant.

PS : pour continuer
dimanche 18 novembre - 19h30  - Jam session à la Miroiterie
88 rue de Ménilmontant Paris 18ème / M° Ménilmontant ou Pyrénées
Participation libre
et bien sûr :  site du 5tet de Benjamin Sanz

Les photos les plus réussies m'ont été transmises par "Chalalou". Merci !