La Miroiterie, ce club de Ménilmontant menacé de fermeture, de destruction, a la vie dure.
Elle résiste et nous offre une belle programmation ... à 19h, pour tenter de finir plus tôt, pour ne pas gêner les voisins.

M_nilmontant

Ce dimanche dernier, qui résonne comme une comptine : 9, 10, 11 ... (11 octobre 2009), un trio tout neuf "Ank" (Phillipe Gleizes (dms), Matthieu Jérôme (Fender Rhodes), Benjamin Duboc (b)) accueillait l'une des figures de l'AACM : Ernest Dawkins (as) et l'un des musiciens de cet orchestre fou qu'est le Surnatural Orchestra : le réservé Han Sen Limtung (as) .

Juste avant le concert, quelques réglages. Ernest Dawkins souhaite qu'on s'adapte à lui, non parce qu'il est une vedette mais parce qu'il est invité, comme les autres musiciens seraient traités chez lui, à Chicago. OK. D'ailleurs, Benjamin Duboc a déjà joué avec lui (voir concert Atelier Tampon).
Balance du son : finalement, Dawkins choisi une amplification nulle (ou quasi).

Matthieu Jérôme
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Focale sur Ank.
Il s'agit d'un trio à trois solistes, dans la grande tradition free. Chacun va sont chemin, l'écoute des autres en plus.
De plus, la musique de ce trio est à haute intensité. On connaît  la fougue du batteur, Philippe Gleizes. Il donne là le sentiment de se lâcher encore d'avantage.
La vraie surprise vient des deux autres musiciens.
Matthieu Jérôme troque son piano contre un Fender Rhodes pour en exploiter aussi les registres électroniques. Son jeu est bien plus nerveux, tendu, comme libéré, jouisseur, jouissif, un flot continu, torrentiel.
Quant à Benjamin Duboc, la surprise est grande, non qu'il ne nous ait pas habitué à naviguer aussi dans l'univers free (en particulier avec les Fées du Rhin), mais il délivre là une musique puissante, pulsante, d'une grande beauté. Il nous a offert, en particulier, un solo de près de 3mn30 exceptionnel d'invention, de sensibilité. Il donne le sentiment de ne plus s'arrêter de progresser à l'occasion de chaque nouvelle rencontre.

Avec un tel trio, l'opportunité d'inviter d'autres musiciens n'était pas bien évidente.
Y aurait-il assez de place faite pour eux ? Certains pensaient que non; Ank aurait manqué à ses devoirs d'hôte.
Troublé, j'ai visionné les vidéos du concert.
Certes, Ernest Dawkins était desservi par une amplification minimale au milieu de ce flux puissant. Mais c'est une force de la nature, à l'inspiration jamais en panne, qui a été confronté à bien des situations. De plus, il donnait l'impression d'aller puiser des ressources nouvelles pour relever le défi.
Un grand moment de musique, libre, comme très souvent avec lui, navigant du cri aux segments mélodiques. Et comme à son habitude aussi, il ne s'arrête jamais, selon la tradition établie par l'AACM. Lorsque d'autres assurent l'essentiel du jeu, il ponctue leurs discours de coups de sifflet, de petites percussions, de tuyaux vibrionnant. Il assure aussi un soutien au sax d'Han Sen Limtung lors de ses solos. Il sait ce qu'est un groupe.

Et Han Sen Limtung justement ? Musicien discret, il jouait sa musique en finesse, imperturbablement, un chant empruntant parfois des accents à l'orient, souvent mélodieux. Et dans ce moments là, le trio baissait l'intensité du jeu, comme pour faire la place nécessaire à l'écoute de ce frêle alto.

Pas de séquence vidéo, pour le moment. Ernest Dawkins n'est pas contre, mais il veut pouvoir donner son feu vert après examen. Il faudra donc attendre.

Pour patienter, je vous propose de voir quelques photos de cette soirée. Il suffit de cliquer sur l'image ci-dessous.

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Au programme de la Miroiterie :
- le vendredi 23 octobre : Fantazio & Emiko invitent Benjamin Sanz, Aymeric Avice, Le Tombonalement et … ? à composer des duos et des trios improbables.
- le jeudi 29 octobre, le Benjamin Sanz 5tet : une pulsation forte, un son direct et ouvert.

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