L'Ouïe 9 : La Grande Campagnie des Musiques à Ouïr
ouie_neufDenis Charolles est un personnage de la scène du jazz, un artiste atypique, inclassable.
Après un passage remarqué en solo (Ermitage, avril 2011) et son concert en hommage à Duke et Monk, me revoilà à écrire sur sa musique, cette fois en conserve, avec un titre qui sème un lèger trouble : l'ouïe neuf. Neuvième opus des Musiques à Ouïr, mais aussi invite au renouvellement permanent de l'écoute.
Et ça démarre par "En piste", évidemment. Un déconcertant mix d'esthétiques musicales aux accents d'un cirque foutraque. Kurt Weil ? Oui, il y en a aussi. D'emblée une fête des sons, une liberté de chacun qui fait redouter que tout dérape, une instabilité créatrice.
Puis "From Duke to D". D comme Denis ? Une même phrase, d'abord suggérée à la batterie (un peu jungle), déjà répétée trois fois, puis avec l'octet, répétée encore et encore (douze fois) avant que ça se détraque, puis une semblant de retour au thème semble se dégager, avant de s'échapper vers un rythme aux couleurs cubaines, un peu désarticulé, là encore avec moult répétitions. Une musique festive qui nous offre un superbe trio batterie, clarinette, sax basse (Jacques di Donato, Fred Gastard), puis un solo, d'un galop, de Denis Charolles. Mais rien n'est stable. Un nouveau trio étourdissant ... et une fin en forme de glissement vers le thème suivant.
"Bob et Joan" : tempo lent pour cette marche épurée, une Nouvelle Orléans toute neuve
"L'art de la viande" : titre provocateur et une impro époustouflante en trio trombone, orgue, batterie.
Alors, la reprise de "Java" sonne comme un pied de nez. Oui, on connaît tous : Java qu'est-ce que tu fais là/ Entre les deux bras/ D'un accordéoniste ? Oui, Lucienne Delyle avait immortalisé ce thème, tout comme Domino repris par ... le Surnatural Orchestra.
"Petit et grand gazon". Peut-être mon morceau préféré. Cela commence comme de la "musique à trous" (il y en a souvent dans ce disque) puis une répétition s'installe, jouée ... ouf, impossible de compter : une ligne de basse, en fait, qui permet l'éclosion d'une grappe de pépites d'écriture. A réécouter en boucle, pour le plaisir des sons aussi. Des musiciens en très belle forme. Mingus n'aurait pas renié, malgré les "trous".
"Joker" : encore des trous, encore du Gastard, encore des surprises acidulées.
"Beau gosse" : une improvisation collective, magmatique
"MC Suite" avec un solo délirant, moqueur, drôlatique de Mathias Mahler. une composition délicate d'éclats musicaux, caressant/fuyant la joliesse (on y évoque un "tube" pour le déchiqueter du mieux possible). C'est suivi d'ODB, Old Dirty Bastard rappeur du Wu Tan Clan nous dit-on. Sur cette scansion hyper répétitive, obsessionnelle, quasi hypnotique, un vrai trou noir rythmique, se développe une improvisation collective qui semble partir dans tous les sens ... d'une manière maîtrisée.
"Kid Créole" ou 46 secondes d'une fanfare tonitruante et débridée, un accord, puis un grand silence de 20 secondes. Puis, en rupture totale avec tout ce qui précéde, "Hackensack" de Monk, un hommage au be bop, un jazz très épuré, joué en trio, une forme d'écho peut-être au versant New Orleans de Bob et Joan.

"Hackensack" de Monk (New Morning, janvier 2012)


Fin d'un très beau parcours de fête irrespectueuse

Musiciens : Denis Charolles, Frédéric Gastard, Sylvain Bardiau, Matthias Mahler (ces trois derniers forment Journal Intime), Julien Eil (Oui Monsieur), Jacques di Donato, Alexandre Authelain, Antonin Rayon

Sortie du disque le 8 octobre, mais achat possible en ligne sur le site des Musiques à Ouïr  (http://musicaouir.fr/commande). Vous aurez ainsi droit à deux pistes en bonus.

Concert de sortie le 30 octobre, Mont Saint-Aignan (76), Maison de l'Université, et à Paris ... en janvier 2013 : à suivre.