Quelques images de Mo'Avast (album au bout du clic)(dolphy00)
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Mauro Gargano

C'est une vraie chance de disposer de différents instituts culturels à Paris. Une chance pour le public qui peut ainsi découvrir des acteurs marquants de diverses scènes de jazz étrangères. Intérêt symétrique pour les artistes qui ne trouvent pas nécessairement dans la programmation parisienne des occasions d'être invités. Faites donc un tour sur le site du prochain festival Jazzycolors (6 au 30 novembre 2012) pour tester votre culture jazzistique. Pour ma part, en dehors de Michael Wollny [em] , j'avoue mon ignorance (une formation sur 17, Bojan Z - J. Lourau qui assurent l'ouverture en étant les "parrains").

Il y a des exceptions, bien sûr. Mauro Gargano (bassiste italien installé à Paris) est loin d'être un inconnu en France : son nom figure assez régulièrement dans les agendas de jazz. Le groupe présenté mercredi 19 septembre, à l'Institut Culturel Italien, Mo'Avast Band, s'est d'ailleurs déjà produit cette année à l'Improviste (la péniche) et au Sunside. Mauro Gargano a, de plus, été déjà entendu, et apprécié, sur le CD "So Now" (label Sans Bruit)avec Bruno Angelini et Fabrice Moreau (voir chronique) mais curieusement, jamais encore en direct pour ma part.
 
Une salle assez grande (peut-être plus de 200 places ?) à l'Institut Culturel Italien, ce 19 septembre, où l'on n'entrait que si l'on avait pensé à réserver ce concert proposé gratuitement.
Une salle pleine !
Sur scène le "Mo'Avast Band" : lors de la présentation du concert, la maîtresse des lieux s'est résolue à quitter furtivement l'italien et à parler français pour traduire "Mo'Avast" : ça suffit, dans le dialecte de Bari.
C'est un quartet, deux souffleurs : Francesco Bearzatti (ts, cl) et Stephane Mercier (as); et une section rythmique : Mauro Gargano (b) et Fabrice Moreau (dms). Deux italiens et deux français.
Francesco Bearzatti est une vedette. Tout en lui est flamboyant : grosse chaussures et pantalon rouge vif, lyrisme à fleur de peau, omniprésence musicale, ayant toujours des bribes de phrases, des ritournelles à insinuer, des sonorités très travaillées à délivrer, et la bonne humeur contagieuse, un enthousiasme quasi juvénil.
Sa très grande chance, outre son évident talent, est que Stéphane Mercier, l'autre souffleur, est l'un de ses admirateurs. Il se met volontier à son service, lui concoctant un contrechant par ci, des ponctuations par là, offrant régulièrement un écrin aux solos de Bearzatti, marquant son plaisir à l'écoute de son ami. Ce dernier est ravi, on le comprend, et le lui rend bien volontiers.
On retrouve cette complémentarité dans la section rythmique. Mauro Gargano est d'abord un mélodiste et un joailler des sons. Il n'est pas rare qu'il introduise les thèmes à la basse : ils s'inscrivent bien dans nos mémoires et charpentent solidement les divers morceaux. De plus, son toucher étonne tant il est délicat, ce qui lui permet de proposer des solos qui retiennent l'attention, qui séduisent.
Fabrice Moreau joue sur les rythmes en en faisant des séquences quasi-mélodiques, elles aussi mémorisables, qu'il peut ensuite travailler, et sur lesquelles il revient, offrant ainsi une remarquable assise aux autres musiciens.

C'est donc un quartet particulièrement bien équilibré, balancé diraient les anglophones.
Le jazz délivré est un jazz de plaisirs immédiats et d'exigences. Il renoue, en effet, avec des  segments mélodistes qui imprègnent nos circonvolutions cérébrales, qui puisent leurs couleurs dans les cultures européennes. Mais c'est aussi un jazz faisant savourer les rugosités des matières sonores, la dextérité et la liberté des discours.  La rythmique est à la fois délicate et terriblement efficace, dansante même (Francesco Bearzatti ne peut s'empêcher d'esquisser des pas, de se balancer, tout le concert durant).

Près d'une dizaine de pièces ont été jouées. J'en ai enregistré certaines, mais le choix pour la diffusion s'est révélé cornélien.
Pour commencer, une composition due, non à Mauro Gargano, mais à ... Coldplay : "When God Put a Smile Upon Your Face". Un thème au vague à l'âme quasi existentiel (voir traduction des paroles et vidéo). La version de MoAvast est un exemple, un de plus, dont le jazz sait s'emparer d'un thème de la pop.


Lien direct : http://youtu.be/2GnF3oR1pj0  

Le second extrait a été choisi, en particulier, pour illustrer le jeu du leader, Mauro Gargano, d'une plasticité saisissante : une intro où il se régale, et nous avec, et un solo environ à mi-parcours.
On pardonnera la prise de vue une peu tarabiscotée : le pupitre des souffleurs ayant été déplacé au début du concert, il était quasi impossible de filmer Stéphane Mercier et Mauro Gargano sans se déplacer et gêner une part du public. J'ai donc dû me résoudre à capter le reflet de Stéphane Mercier sur un miroir bienvenu, et à saisir Mauro Gargano en une contre-plongée assez raide. Quant à Fabrice Moreau, il subit l'inconvénient classique de tout batteur : être masqué par ses propres instruments. Mais l'important c'est la musique.


Lien direct : http://youtu.be/5ldJ23mAdMo

Bien d'autres moments de cet excellent concert auraient pu être proposés. Le mieux serait d'être à l'affût d'un nouveau concert de ce groupe particulièrement bien composé.

Pour info, le site portail des instituts culturels de la capitale : http://www.ficep.info/

Autres liens utiles : chronique du CD "MoAvast Band" dans blog de choc et cette bio de Mauro Gargano sur italieaparis .
Mauro Gargano commence sa carrière de musicien en Italie en jouant dans des clubs de Jazz et dans des Festivals en compagnie de personnalités comme Paolo Fresu, Emanuele Cisi, Nicola Stilo, Franco Ambrosetti, Gianluca Petrella, Billy Cobham, Mike Melillo, Jesse Davis, Gianni Lenoci, Roberto Ottaviano, Guido DiLeone.

En 2003 il fonde son premier groupe «Mo`Avast!» avec Francesco Bearzatti, Stéphane Mercier puis il enregistre en trio avec Nicolas Folmer et Michel Legrand pour le projet de Nicolas Folmer «Plays Michel Legrand». C'est en 2008 qu'il enregistre avec Philippe Lebaraillec et le CD reçoit le «CHOC» de Jazzman et le «Disque d’Emoi» de Jazzmagazine. En Février 2009 il participe à l’enregistrement du projet «Mo`Avast!» en quartette avec Francesco Bearzatti au sax ténor, Stéphane Mercier au sax alto, Fabrice Moreau à la batterie plus Bruno Angelini en invité au piano. Il compose des musiques pour le film-documentaire “U Megghie Paise” du réalisateur italien Vanni Bramati. En juin 2011 joue en Italie au festival "Bari in Jazz" avec son nouveau projet "Do Do Boxe" Suite for Battling Siki. Il sort son premier cd avec le projet "Mo'Avast Band" pour le label italien Note Sonanti.


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