Daunik Lazro - Kristoff K Roll

"Chants du Milieu" : un nouveau CD de Daunik Lazro, ou du moins avec lui.
Autres compagnons d'aventure : Kristoff K. Roll, un duo electroacoustique de Carole Rieussec et Jean-Kristoff Camps.
J'avoue être très intéressé par les diverses convergences de l'électroacoustique et de la lutherie "classique" (si on peut dire ça lorsque Daunik Lazro se saisit d'un sax), en particulier dans la musique improvisée. Déjà en des temps héroïques, Joe McPhee s'y était frotté, mais il s'agissait alors de pure électronique, je crois.
On sait la musique improvisée autant à l'aise avec le Free, avec la musique contemporaine qu'avec l'électroacoustique. C'est peut-être cette ouverture qui en fait un lieu d'enrichissement permanent.
Dans ce CD, pour autant que j'ai pu le comprendre, pas de contribution directe à ces transformations comme avec Quentin Rollet et Dan Charles Dahan (danQ), ni de traitement "passif" en direct du son du saxophone (comme avec Aliquid de Foussat & Guérineau).
La voix du saxophone baryton est distincte, identifiable ... sauf lorsque l'électro s'amuse à brouiller les pistes, non au niveau du discours mais des timbres; sauf lorsque Daunik Lazro s'amuse à des discours semblables à des drônes acoustiques.
Le projet ? Une superbe errance, lente, par moments quasi méditative, dans des paysages acoustiques qui s'entrechoquent, s'imbriquent, se fondent.
Ainsi de Prémonition, toute de plainte initiale, laissant place à un jeu de sax en notes tenues, grenues, vibrantes, rejoint par l'électro qui vient brouiller l'écoute : perte de repères.
Autre beau titre : Pigment. Couleurs sonores de moteur de barcasse, de cris de mouettes ? Peut-être. Mais ici, pas de projet de field recording, juste la convergence instantannée de paysages intérieurs pétris par notre mémoire, d'images glanées, de souvenirs qui surgissent. Un chant au baryton, souvent de gravier sur verre, des grincements affirmés ou qui affleurent. Electro de voix quasi effacées, de semi clapotis.
Et que dire des cette "Autoroute japonaise" ? Des souffles, des graves profonds, moirés, auxquels se superposent des enregistrements déformés de circulation routières, d'échanges verbaux indistincts, d'orages ... puis le métal du sax, de l'électro.
Le disque gagne encore en intensité à mi-parcours, à partir de "Milieu du Chant" : très belle pièce, onirique, aux mélopées brouillées, d'origine incertaine, peut-être l'Orient.
Pourquoi encore écrire ? décrire ? L'attention se fait gourmande, insistante. On réécoute les quatre dernières pistes, une fois, une autre, encore ... en acceptant que l'abstraction imaginaire prenne les commandes.
Un rêve à demi éveillé, une trajectoire onirique.

Chants du Milieu : enregistré en septembre 2009, à Frontignan.
Creative Sources Recordings CS 219.