Sonia Fleurance (photo dolphy00)

Sonia Fleurance

 

J'avais loupé "La Douleur", superbe texte de Marguerite Duras, par Sonia Fleurance et Benjamin Duboc. Chance tout de même, Claude Parle avait enclenché sa machine à graver des souvenirs. Il nous en laissé quelques mots, ... et quels mots !
Un nouveau défi avec ce texte de Beckett, son dernier, "Soubresauts".
Or cette année a permis de se remettre en oreille la "musique" de Beckett, sa respiration, son "phrasé". C'est l'une des caractéristiques de cette écriture.
Une part dépend, de fait, du locuteur, l'acteur ou le lecteur.
Côté acteur, j'ai eu la chance de voir cette saison le toujours étonnant Sami Frey (il se bonifie encore) projeter "Premier amour" (premier texte de Becket, semble-t-il) et le destructeur "Cap au pire". Une diction qui nous plonge dans l'étrangeté du discours de Beckett. Et pour en avoir le coeur net, retour au livre, à "Cap au pire". Ce traitement si spécifique de la langue (superbe traduction d'Edith Fournier) s'y retrouve, mais comme déjà "apprivoisé" par une écoute antérieure, la scène bien sûr. Et cette incertitude des perceptions, la fragilité et l'épuisement de la réalité.
Bientôt, "Oh les beaux jours".
Cette fois, Sonia Fleurance nous mène dans "Soubresauts", chez Ackenbush, en compagnie de Didier Lasserre.
Le texte est disponible, oui en ligne , mais il faut aussi acheter le livre, pour la rythmique des pages, leur respiration : le texte est court, très; on peut sauter le pas.
Le lire avant, pour l'oreille. Puis une redécouverte, sur scène cette fois.
Une lumière un peu chiche, pas de décor, pas de micro : une lecture.
Une diction qui surprend : la voix avec de faibles variations dynamiques pour laisser tout l'espace aux mots; des respirations, des accents mis comme pour nous rendre le texte plus familier d'emblée : une rythmique pas nécessairement là où je l'avais imaginée. La relecture confirme ces écarts.
Enfin, la proximité immédiate du public. Tout est là pour la rencontre avec l'auteur*.

Didier Lasserre participe de cette économie de moyens.
Il est venu avec juste une cymbale, un balai, deux mailloches. Le jeu est ramassé : au début, de simples caresses du balai sur les différentes parties de la cymbale, des frottements continus très doux. Puis à mi-parcours, deux mailloches pour des frappes répétitives, si ce n'est encore une fois le choix de là où ça frappe. Des résonnances en forme de drône viennent occuper l'espace. Attention aiguisée, poésie de l'instant.
Equilibre délicat entre l'existence même d'une musique (la capture de l'attention, les paysages esquissés) et la place nécessaire aux mots.


Lien direct : http://youtu.be/OJIbxqUhMiY

En deuxième partie, un texte de Pierre Klossoswki "La monnaie vivante" et une gestuelle, lente, très sculpturale de la danseuse, Lotus Edde Khouri. On trouvera en ligne un extrait de ce texte, semble-t-il l'extrait lu.

Lotus Edde Khouri , photo dolphy00

Lotus Edde KhouriJ'ai dû partir alors qu'un solo de Didier Lasserre était prévu.
Mais dernière nous, une caméra tournait, tout au long de la soirée. Peut-être des extraits seront-ils mis en ligne.

Une très belle programmation d'Ackenbush.

* Une chronique limitée à la "musique des mots", aux paysages de l'instant. Pour une critique du texte même, voir peut-être : "Pour en finir avec Beckett" à propos de Soubresauts. Et ... «Thanks for the good time.»



Retrouvez toutes les brèves de concert .