Marjolaine Reymond - CD Cover

Un titre d'album qui, au premier degré, limite un destin ("To be an aphrodite or not to be"), des illustrations figurant une (belle) jeune femme toute drapée de voiles savament disposés, une "dramaturgie" autour de trois thèmes  qui (auto)célébrent le corps : "a lover, a dance, a child".
Forme même de la composition (oratorio), insistance sur "la voix de soprano" et sur des références musicales dans la musique "savante" du 20e siecle (école de Vienne, Stravinsky ... jusqu'aux années 50).
Et la musique ?
Une écoute rapide laisse penser à du déjà entendu, de jolies plages, aux rythmes bien calés, une musique toute packagée.
Amateurs d'alcools forts, passez votre chemin.
Mais alors pourquoi l'envoi de ce disque à un amateur de choses rugueuses ? Envoi en nombre, erreur humaine, très probablement. Mais faisons comme si c'était de la provocation.
Ré-écoute donc.
Il faut passer les "joliesses" au second plan, et écouter cette musique qui se révèle bien inhabituelle : c'est là que niche le poison, peut-être l'addiction.
Oui, c'est bien une sorte de Thrid Stream qui lorgnerait du côté du "Groupe des Six", du sprechgesang de Schönberg, des ondes Martenot, etc.  mais qui en révèlerait des séductions cachées, d'où l'une des sources de cette joliesse.
Du jazz ? Il y en a aussi. Du jazz pris comme vecteur, comme une sorte d'arbre qu'on viendrait greffer, qui apporterait la sève nourricière, le renouveau propre à la glèbe. Et pour ce faire, hésitation à prendre des essences âpres. S'il faut du free, il sera enchâssé de cool, de belles lignes au sopranino et aux flûtes (Vortex, Purification), de superbes sonorités à la trompette (To be an Aphrodite), d'où une autre source de joliesse.
Et oui, cette voix qui flirte souvent avec les suraigus : vous disjoncterez peut-être.
Des ponctuations, des séquences de quelques secondes, pour des poèmes d'Emily Dickinson, dont on apprend qu'elle s'est enfermée, coupée du monde (non, pas une otaku), pour écrire. Ils sont parfois récités avec des pirouettes dans la voix (Linda Thiry, en particulier dans Folie). Vous ne comprenez pas l'anglais ? Les textes sont à votre disposition (plus, éventuellement, votre dico). Mais ceux des "chansons" ? Alors là, c'est le brouillage électronique.
Enfin, des compositions, des arrangements et des traitements électroniques qui ne laissent rien au hasard.
Les musiciens ? Des pointures, qui semblent conquis par le projet.
Les publications de Marjolaine Reymond sont rares : en 2005 et 2008 (voir discographie)
Suggestion :
Oubliez la pochette (pas les textes des poèmes), les références aux figures du passé fussent-elles prestigieuses, et laissez le fil d'Ariane se dérouler pour parcourir sans préjugés, avec curiosité, ces labyrinthes très personnels.
Le charme pourrait vous saisir, impromptu. Profitez-en !

Marjolaine Reymond passe au Sunset le 26 novembre, à 21h.
Site : http://www.marjolainereymond.com/

Les musiciens : Marjolaine Reymond (voix, electro), Linda Thiry (voix d'Emuily Dickinson), David Patrois (vibraphone, marimba), Xuan Lindenmeyer (b), Yann Joussein (dr)
Invités : Christophe Monniot (sopranino, as & bs); Alain Vankenhove (tp); Juliette Stolzemberg (fl); Julien Pontvianne (ts)
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