cd coverpAn-G : une "petite formation de grande taille".
Un 10tet avec cinq souffleurs (euphonium/trombone, clarinette basse, sax alto, sax tenor, trompette/bugle), une guitare, un vibraphone, un Fender Rhodes, une contrebasse et une batterie.
Quatre titres : Pangée, Golgoth IX, Eaux Pâles, Cent Sous (ou Sans sous).
Les musicien :
Aloïs Benoit : euphonium, trombone & compositions
Jean Dousteyssier : clarinette basse
Thibault Florent : guitare
Rémi Fox : sax alto
Romain Lay : vibraphone, objets
Yannick Lestra : Fender Rhodes
Thomas Letellier : sax tenor
Gabriel Levasseur : trompette, bugle
Alexandre Perrot : contrebasse, basse
Ariel Tessier : batterie

Allons à l'essentiel : c'est une très belle surprise. Elle surgit  comme une terre qui émerge des abysses après une éruption cataclysmique.
"Pangéee", une ouverture en forme de coup de poing au plexus. L'importance des premières notes, des premières couleurs. Puis après cette longue et puissante entrée, une accalmie. Une voix qui s'élève, celle de l'euphonium, au sein d'une masse orchestrale qui prend peut à peu de la vigueur, avec le retour d'un certain jazz mélodique : oui, le fatras initial était porteur d'un thème, qui est à présent repris, explicité, malaxé par une écriture précise, en arrière plan du solo de trombone. Quelques clusters martelés au clavier pour amorcer une nouvelle phase, qui laisse tout l'espace à la pâte orchestrale ... et une fin brutale.

Golgoth IX* s'amorce par un voile évanescent, déchiré par des éclats d'orchestre. Reprise de ces couleurs étranges, un chant tourmenté à la clarinette basse, qui souvent s'étrangle pour n'être que cris éperdus, puis retour de l'orchestre qui balance entre grande fête des matières, des rythmes, et moments éclatés, suspendus.

Eaux pâles (opale ?) pour une entré à peine audible, une basse aux cordes frottées, des cymbales qui grincent en arrière plan. Des chuchottis, des ronflements, des grondements, des étranglements, bientôt baignés par un chant orchestral sur deux accords semble-t-il, comme une respiration, un mouvement lent, lyrique, une batterie chaotique en arrière plan, des voix intrumentales qui s'épanouissent, se complexifient.

Sans sous, un thème, plutôt un motif de six notes, lancinant, à peine audible au début, puis délicatement cristallin avant de s'enrichir, de se complexifier. Un long chant au sax au lyrisme puissant serti dans une masse orchestrale fluctuante. Une douce fin d'enregistrement.

Ce disque laisse une large place à l'étrangeté des couleurs. "Pangée", cette terre au milieu d'un globe couvert par les mers, issue d'une inconcevable convulsion. C'est bien le propos d'Aloïs Benoit : faire musique avec le repérable et l'éloignement  (l'image de notre Terre, méconnaissable), avec des couleurs parfois indécises, inhabituelles souvent, des convulsions sonores, des irruptions magmatiques, des segments mélodiques qui foisonnent en une masse incertaine, qui semble par moments hors de contrôle. Mais l'effet est saisissant. On pourra parler de free pour l'énergie, de musique improvisée pour le traitement des matières, d'écriture aux irrisations qui divergent et j'en oublie.
Et toute cette débauche d'inventions est au service de la sensibilité, d'émotions qui fouaillent notre coeur, notre imaginaire.
Une réussite et une pépite de plus dans notre galerie des grands formats allant du MégaOctet d'Andy Emler au Surnatural Orchestra, en passant par Ping Machine, la Grande Campagnie, le Spoumj ... j'arrête : ce serait trop injuste pour les autres. A présent, pAn-G entre dans ce superbe club.
A entendre en direct, si possible dans une salle bien sonorisée, pas trop grande, pour ne rien manquer.

Comme indiqué sur leur blog (pan-g.overblog.com), ce premier album est en écoute libre et en vente sur bandcamp : http://pan-g.overblog.com/audio



* personnage de "la horde du contrevent" d'Alain Damasio (Merci Aloïs de l'info).

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