Zouave Jacob - La Lune


Ce disque est une invitation à découvrir un personnage du Paris du XIXe siècle, qui vécu de ses talents de guérisseur. Une histoire savoureuse, qui prend un relief particulier lors de son procès intenté par Mme Durvillard (une intrigante, forcément). Parismyope (et la pochette du CD) vous en disent plus.
Cette évocation est d'autant plus savoureuse qu'on cherche en vain sa filiation avec l'histoire personnelle des trois artistes (d'origine italienne) ou avec le contenu même du disque. En effet, si 8 des 10 titres de l'album évoquent ce personnage (quoique "Zouaves d'Ornette" ???), la musique ne semble pas porter une quelconque trace de cet épisode de la vie parisienne d'alors.

Après cette incise culturelle, revenons à la musique.
Un trio sax, basse, percussions (Gianni Gebbia, Mauro Gargano, Dario de Filippo), assez peu habituel, qui laisse une large place à chaque musicien, surtout lorsqu'il n'y a pas une voix mélodique qui accapare tout le devant de l'écoute. Si en plus, chacun joue plutôt mezzo voce, cela donne une musique aérienne, propice à l'écoute de chacune des intenventions, fut-elle discrète, ce qui est le cas ici.
Il s'agit d'un jazz qui ferait penser à la période "cool" pour le moelleux sonore, mais avec bien des couleurs, des ambiances délicates et mouvantes. La musique semble ici se servir de la très bonne entente entre les musiciens pour diriger les notes de chacun vers la compositions collective d'atmosphères irrisées, poétiques, parfois élégiaques ou teintées d'humour. Le groupe prime.

Oui mais ... il faut reconnaître un rôle particulier à chacun d'eux.
Mauro Gargano (b) nous régale de lignes de basse puissantes ("No hagas holas", avec ses silences ... parsemés de chuchottements de samba), parfois répétitives de bout en bout, une véritable ossature qui tient l'ensemble. A d'autres moments, il prend une voix mélodiste, un motif assez court décliné à l'envie ("Souvenir d'Afrique"), parfois aux accents de guitare ou de sitar ("Sweet Zouave"), en solo ou en dialogue avec le sax. L'électronique aidant, c'est une large palette sonore qu'il nous offre.

Dario de Filippo est assez discret. A l'exception de "Retour de guerre" soutenu par des roulements percussifs intenses, son jeu est fait de touches délicates, d'ambiances esquissées aux balais, de chocs espacés, une forme de ponctuation. Une belle efficacité pour un minimum d'amplitude sonore.

Gianni Gebbia, on l'a dit, répugne à prendre tout l'espace soliste au profit de touches multiples qui brossent un paysage impressioniste ("80 rue de la Roquette"). Il fait aussi son miel de sentiers répétitifs, parfois parsemés de motifs très simples qui diffusent une certaine mélancolie ("Azul Zouave"), ou de fragrances à peine esquissées qu'elles se dissipent (Ayler dans "Ballade Zouave", Lonely Woman dans ... "Zouaves d'Ornette", bien évidemment).

Quelques thèmes aux accents particuliers comme "Guérison", la pièce la plus courte, la plus dense, un amas de sons tout juste murmurés !
Enfin, "Cordelia", pièce de Gianni Gebbia, entêtante, hyper-répétitive, un chant en forme de ritournelle aux accents transalpins, avec de multiples petits écarts qui pourraient conduire à une musique sans fin; des traits d'archet pour souligner et un soutien discret aux percussions. Une belle façon de finir l'album.

Un album impressioniste, tout de maîtrise, attachant. On est assez loin de l'éxubérance de "Mo'Avast Band"  et de Francesco Bearzatti. 
Pour écouter ou acheter : http://objet-a.bandcamp.com/album/le-zouave-jacob 


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Zouave-Jacob-trio-copertina


Autres CD chroniqués avec Mauro Gargano :"so now"  & "Buscando la luz"

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