Visuel-album-TRANS-2Une entente totale entre ces deux artistes. C'est l'un des leviers de cette réussite.

Rouge, par exemple, semble totalement écrit, avec précision. La guitare tintinabule tandis que l'archet se fait drône, progressivement véloce. Une émotion fragile, délicate. Des chants ténus. Puis, à mi parcours, un archet acide à la guitare puis un chant grave à la basse, esquisse de leitmotiv.

On retrouve là l'autre levier de cet enregistrement, et c'est bien évidemment la richesse de la palette onirique.
Particulièrement émouvant, fouaillant notre sensibilité, est par exemple Orange, le 2e thème, l'un de ceux où Joëlle Léandre chante. Ce thème commence comme un battement cardiaque puis s'élève la voix de Joëlle Léandre, une errance dans les couleurs des chants tourmentés, un blues réinventé, pour se terminer dans un quasi râle.

Un album plutôt en retenu.
Comme ce 3e thème "Jaune" (oui, l'arc en ciel), une sorte de chant d'oiseau, isolé dans un espace sauvage, des sons éraillés, étrillés, acides ... et doux. Un bourdon grave, affolé où se mixent bien des strates sonores. Une ampleur bridée : l'émotion y est distillée.

Ah, ce vert ! Peut-être le climax. Attaque grave à l'archet, contrechant à la guitare puis au lointain, le chant de Joëlle. Un chant à peine articulé. Progressivement des cris, des vociférations, une véhémence de tous les instants ... mais vide de sens.
"C'est pas vrai!" "Ah, ils sont biens!". Une révolte folle, une catharsis émotionnelle. Nous sommes broyés dans les affres de cette souffrance mentale. Et lorsque l'accalmie arrive, c'est l'épuisement, la défaite, les ultimes tentatives de justification ...
Un talent de tragédienne peu commun.

On retrouve les trilles lointaines, comme liquides, de Serge Teyssot-Gay (quelle sensibilité !) pour un dialogue aux cordes frottées des plus entrelacés. Des phrases voletantes, un babil, de drôles d'insectes volants. Des chocs graves sur les cordes, un bourdon puissant mais qui s'effiloche, progressivement. Tel est Bleu.

Et lorsque les sonorités se font si proches, on croit percevoir des battements. Indigo est alors comme étalé en couches pleines, chatoyantes, puisant sans complexe dans le romantisme, dans la précision d'un Ligeti, empruntant de rares accents indiens.

Une surprise pour finir. On s'étonne d'un jeu presque naturel à la guitare, des couleurs d'une Espagne décalée, réinventée. Pourquoi le final de Violet évoque-t-il irresistiblement le duo mythique de contrebasses de Free Jazz ? Cette sorte de danse envoûtante entre les deux instruments à cordes, très probablement, ces virevoltes de deux mannequins sans visage de Giorgio De Chirico dans un espace sans autre vie que ce couple.

La réécoute passe comme un songe, très très vite. L'émotion s'aiguise encore. Le Vert se love dans l'esprit.

Trans 2 et le deuxième album de ce duo. Enregistré au Triton (Les Lilas) et publié sur le label "Intervalle Triton"

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