Tripes Suicide Jazz

Après la chronique de Claude Parle, hier, celle d'Etienne Brunet, radicalement différente. Un texte paradoxal et tourmenté. Une manière de plus d'aimer cette musique si originale de Tripes, que je vous recommande avec insistance.
On ne peut que remercier encore Bernard Ducayron et Théo Jarrier qui ont organisé ce concert (comme bien d'autres) dans leur boutique, le Souffle Continu. Elle permet de découvrir ou de retrouver bien des vinyles, des CDs de musiques qui refusent le confort émollient du formatage marketé.

Tripes ‘’Suicide Jazz’’ au Souffle Continu.
Jean-Brice Godet :Clarinettes. Julien Chamla : Batterie. Marco Quaresimin : Contrebasse.

Hier soir. Drones d’un unique accord et phrases répétées pendant plusieurs minutes. Froideur. Tristesse. Brillante performance. Très haut niveau de musique. Eros à zéro. Thanatos à fond. Idée épouvantable du suicide. Leur musique peut faire penser à celle de The Necks par des pièces longues et répétitives mais en réalité c’est l’inverse. Tripes ‘’Suicide Jazz’’ représente l’opposé de l’obsession du sexe. Ils jouent le non swing post coltranien et l’absolu refus de la recherche du plaisir.

C’est un des rares concert qui m’a complètement déprimé, la plupart des musiciens actuels ne me font rien. Je m’en fous. La musique de Tripes ‘’Suicide Jazz’’ me plaît beaucoup, elle est belle et bien maîtrisée mais elle donne vraiment la sensation horrible du suicide. Arrêtez de suite ou je saute. Sepuku rythmique.

Bien sûr plus personne n’improvise vraiment. Dans la catégorie esthétique dite musique improvisée tout est écrit et « préparé » dans le sens de Cage ou de Tartempion. L’improvisation proprement dite, c’est à dire l’absence totale d’idée et de maitrise de l’instant qui va suivre n’existe plus du tout. La « free music » n’est plus non plus dans la nature du son ou dans l’utilisation de soi-disant techniques étendues, pures mystifications mais bien dans le changement de la forme.

C’est ici que Tripes ‘’Suicide Jazz’’ est original : ils créent une cyber forme acoustique sans aucune machine. Contrairement au Suicide d’Alan Vega et Martin Rev qui ne s’ouvraient pas les veines comme Iggy Pop pendant le concert, ils ouvrent les vannes du jazz post bop qui date de l’après seconde guerre mondiale pour évacuer la version jazz pépère jouée par des milliers de musiciens formés par les classe de jazz des conservatoires. Ils ouvrent les portes de l’infini tristesse de notre monde.

Merci de votre attention, c’était une nouvelle page de mon carnet de samples.

Etienne Brunet (site)

Tripes Suicide Jazz CD cover 
Un lien pour écouter, sur Bandcamp

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