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Oui, c'est un peu décalé par rapport à la raison d'être du blog (environ 6h de vol et +10°), mais prenez ça comme un mix de carnet de voyage et d'information sur une démarche semée d'embûches.

Saint Louis est une île (Ndar) à l'embouchure du fleuve Senegal, toute en largeur. Sur la terre ferme, le quartier de Sor qui est devenu plus étendu et plus peuplé que l'île d'origine de la ville. Entre Saint Louis et la mer, encore une autre île, étroite (200 à 300 mètres ) et toute en largeur, encore plus grande (une trentaine de kilomètres ) , la langue de Barbarie. Elle concentre seulement les quartiers hôteliers (du côté du large, au vent) ...

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... et les activités de pêche (du côté abrité) : Guet-Ndar.

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Le poisson se faisant assez rare, il est fréquent que les bateaux (de grosses pirogues) partent pour des campagnes pouvant durer jusqu'à trois mois.

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Qu'on imagine ces grosses embarcations comptant une dizaine de marins et dotées d'aucun abris : c'est qu'il faut faire le maximum de place aux poissons, parfois aux limites des capacités, ce qui peut déstabiliser le bateau . Et lorsqu'un pêcheur tombe à l'eau, il ne peut être secouru. Certes, on nous dit qu'ils gagnent très bien leur vie, mais aussi qu'ils la perdent souvent.

À terre, toutes les activités liées à la pêche occupent beaucoup de monde, en particulier les femmes. La circulation y est très dense : calèches de fortune, gros camions, taxis délabrés et nombreux, et piétons bien sûr. Beaucoup d'enfants prenant déjà la relève des parents. Sur le sable, beaucoup d'embarcations, certaines en ruine, d'autres en construction. De l'autre côté de la route, un peu plus loin, la maison éternelle : le cimetière aux murs partiellement effondrés.

Louis Faidherbe, polytechnicien et gouverneur (nommé en 1854), a aménagé la ville et a fait construire les deux ponts reliant l'île au continent et à la langue de Barbarie.

À Saint Louis, on trouve bien des bâtiments en ruine, souvent d'anciennes maisons coloniales aux longs balcons.

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Elles ont été classées au patrimoine de l'Unesco et les plans de chacune d'elles ont été établis en vue de rénovation, en particulier grâce à la coopération de la communauté urbaine de Lille ainsi que de celle de Wallonie-Bruxelles. Les bâtiments restaurés donnent un charme certain  à la ville et ont été souvent transformés en hôtels de caractère.

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Saint Louis n'est pas (encore) desservi par une voie rapide. Actuellement , il faut près de 5h par la route depuis Dakar.

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Ceci naturellement pèse sur le développement de la ville. Elle ne compte pas beaucoup d'évènements susceptibles d'y attirer du monde.

C'est dans ce contexte que le festival de jazz est un événement économique important à Saint Louis. Il draine un large public touristique, des expatriés et l'élite du Senegal. Il n'existe que par les contributions de sponsors, assez enclins à s'engager, mais traînant parfois jusqu'à la prochaine édition pour régler leurs engagements . De fait, ce festival en est fragilisé et ne tient que par l'opiniâtreté de certains.

Et ils sont très utiles à la ville. Plusieurs manifestations sont en effet organisées pour créer une animation intense.

Les organisateurs ont, en effet, eu l'intelligence de coupler en fait deux festivals. L'officiel, avec comme locomotives des musiciens occidentaux de renom (Marcus Miller, Monty Alexander, Stanley Clarke, Kyle Eastwood , Lucky Peterson, Lisa Simone et Hervé Samb, Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo, etc) et un autre, le "Jazz du Meyazz" (du nom d'un jazz Club), avec la fine fleur des musiciens africains.

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C'est ce dernier volet qui est très populaire parmi les Sénégalais : notre chauffeur de taxi savait qui jouait, à quelle heure, à quel endroit. Ces concerts se déroulent en décalage afin de permettre d'assister sans difficulté aux deux facettes du festival . En outre un festival off permet des animations musicales en divers endroits de la ville. En parallèle , une expo de peintres locaux à proximité immédiate du festival "occidental" ainsi qu'un marché aux incroyables produits, remèdes (zoomez sur la photo), bijoux, soins de beauté dont d'impressionnantes mottes de beurre de karité.

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Sans compter les spectacles de rue, avec des danseurs incroyablement vêtus et grimés qui vous auraient flanqué la frayeur de votre vie dans des circonstances autres.

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Cette animation se prolongeait dans certains clubs ou restaurants avec des musiciens locaux particulièrement convaincants. Stanley Clarke qui essayait de s'y faufiler, prenait visiblement du plaisir à ce spectacle inattendu .

Bref c'était la fête.

Et sur scène ? Les billets étaient pour la soirée avec le Jacky Terrasson trio + Stéphane Belmondo en première partie et le Stanley Clarke 4tet au second set.

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L'annonce de ce premier set me laissait mal augurer de la suite : chanson française, pop, musique classique. De fait après un début tout de notes chantournées au piano, Jacky Terrasson s'est libéré pour nous offrir un concert d'exubérance joyeuse , empruntant deux thèmes à Michael Jackson, histoire d'en souligner la proximité avec le jazz, mais aussi pour illustrer la capacité de ce même jazz d'être en mesure de tout réinventer .  Comme un gosse disposant d'une baguette magique capable de lui faire se jouer du piano, de faire le grand écart sur le clavier et dans les hémisphères commandant ses mains gauche et droite. Un quartet très inspiré avec Stéphane Belmondo en co-vedette, capable d'entamer un chorus dans l'instant et finissant par l'évocation de l'après-midi d'un faune, Thomas Brameri confondant d'inventions mélodiques et Ludmik Perez toujours efficace et inattendu . Un vrai bonheur.

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Stanley Clarke ensuite. Grand showman devant l'Éternel, chauffant la salle avec son slap magique à la basse électrique, jouant du Mingus (Good bye Porc Pie Hat). Las, les dieux de l'électronique l'ont abandonné : panne de sono. Finalement un concert acoustique , pour l'essentiel à la contrebasse. Le carré VIP a pu l'écouter. Pour le reste de la salle, c'était probablement plus incertain .

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Le lendemain , retour au restaurant où nous dînions la veille (Résidence), avec cette fois un trio où excellait une formidable jeunette Sénégalaise.

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Des chansons sur la vie de tous les jours, mais du blues et un punch à soulever l'enthousiasme .

À Saint Louis, le jazz est d'utilité publique.

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