YY_Clay_front light

Il ne suffit pas d’un album pour se mettre en oreilles les talents fous qui sévirent aux premiers temps du free au Japon. Pourquoi pas revenir, par exemple, au pianiste Yosuke Yamashita. Nous avions évoqué son formidable enregistrement « Ghosts», avec Akira Sakata (sax) et Shota Koyama (dm). Parmi ses nombreux albums, il en est un, « Clay », qui recueille bien des suffrages. Il fait d’ailleurs parti des meilleurs albums de la période 60-80. Il nous permet de retrouver Akira Sakata (déjà dans Ghosts) et Takeo Moriyama qui dirigeait un trio de percussions hallucinant, « Full Load ».

L’album comporte trois pistes, mais se compose principalement d’un thème, « Mina’s Second Theme ». Titre énigmatique. Présentation élégiaque dudit Mina’s au piano, retenue et dérapages à la clarinette, et chocs en chaos à la batterie. La clarinette s’efface, puis la batterie. Des phrases nerveuses en salves à partir des graves. Avec le retour de la batterie, c’est une certaine fièvre qui s’installe. Les impulsions puissantes de Takeo Moriyama, sa soif insatiable de frappes sur ses différents fûts, la quasi asphyxie qu’il engendre, ne laissent d’autre voie que celle de sortie du siège à toutes forces et propulsent le discours du piano. Un solo de batterie , tout de mitrailles diverses, parfois délicates, nous fait cruellement regretter de ne pas avoir été dans le public ce jour là. Une voix lointaine, qui arrive au devant de la scène, celle de la clarinette, mène le trio vers une intensité des plus ardentes faite de ruptures, de cassures, de convulsions, de longues plaintes aux limites de l’étranglement, aidée en cela par un piano qui retrouve sa vocation percussive. Yamashita se fait sculpteur d’espace, alors que Takeo Moriyama en grand maître des peaux, alterne les mitrailles et les éboulis erratiques. Une sorte de climax, interrompu peut-être pour les besoins de l’enregistrement sur les LPs d’alors ... ou pour exclure une phase de moindre intensité. 

C’est ce que laisse penser le début de la seconde partie de la pièce. Un solo époustouflant d’Akira Sakata, mixant lyrisme d’antan et éraillements, danse joyeuse et virevoltes incontrôlables, craquètement et sonorités crépusculaires, à la fois jouées et chantées, grognées, parfois hurlées. Et retour de Takeo et de Yosuke pour enclencher le sur-générateur pour 7:30 supplémentaires. 

Et pendant que le public applaudit, Takeo Moriyama se lance dans l’hommage, « Clay », à l’un de ses camarades de frappes, Muhammad Ali. Un démarrage comme une harangue sur les peaux, mais très vite aussi à l’alto et au piano. Akira s’éloigne. Le discours au piano se fait urgent, nécessaire, alors que la batterie reprend son travail de propulsion à haute énergie, puis se tait. La course folle sur le clavier se poursuit avec une ferveur jamais démentie. Un motif rythmique au piano appelle irrésistiblement la batterie puis le sax pour une fin de concert à haute intensité. Akira Sakata, Yosuke Yamashita et Takeo Moriyama lâchent toute prise. Le sax se met en retrait, le piano plaque un motif d’accords laissant quasiment tout l’espace à la batterie. Une fin de concert jubilatoire.

Ce sont de pures merveilles qui sont ainsi présentées à nouveau pour ceux, dont moi, qui ne les avaient vu éclore.

L’album sorti sur Enja Records (ENJ 1012) est difficile à trouver pour le moment. Sur Discogs, il est proposé entre 70 et 140€. Mais il est disponible en ligne sur YouTube 

Enfin, comme cet album n’est pas réédité , il est possible de le trouver sur Inconstant Sol

https://inconstantsol.blogspot.com/2010/11/yamashita-trio-clay.html

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Faire très vite ! Le lien sera bientôt désactivé, puisque l'album de ENJA va être réédité, ce qui va en accroître la visibilité, ainsi que d'autres album jamais publiés auparavant..

Enfin, à lire, un article éclairant sur le Grisli : http://grisli.canalblog.com/archives/2011/11/06/22595216.html

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