Toshinori Kondo Death is

Cet album fait partie de la sélection de JM Van Schouwburg des improvisateurs japonais à la rencontre du monde. Ici, Toshinori Kondo (tp), qu’on avait déjà rencontré avec Eugene Chadbourne (g), est entouré de deux percussionnistes, Paul Lovens (dm) et Paul Lytton (electro, dm, perc). 

Cet enregistrement est difficile à trouver, pas toujours à des prix convenables. Il reste alors YouTube, non pas un « Full album » mais juste la seconde des deux pistes, « Morioka ».

On pourrait s’attendre, avec une telle formation, à un ensevelissement sonore, à la manière de « Spy vs Spy » de John Zorn. Ce n’est pas le cas. Non que la voix de la trompette résonne haut et fort au-dessus de l’horizon, mais plutôt que le parti pris soit celui des proximités sonores. 

Notre trompettiste ne choisit pas la brillance solaire du métal mais les feulements, des miaulements de trompette bouchée, parfois à la limite d’un discours humain, certes incompréhensible. Des crépitements, des cris, des plaintes, toutes sortes de lacérations sonores, des fulgurances plus ou moins enrouées. Ces textures rejoignent les traitements électroniques, les brouillages, les sifflements, parsemés de clochettes, de résonances de bois, de peaux, de cahots. Parfois le discours évoque un jazz de jadis, mainstream, celui de l’époque de l’enregistrement, mais morcelé, comme ayant du mal à sortir des limbes. Les batteries pour leur part sont plutôt économes de leur frappes, y compris dans des phases de solos.  Les roulements sont retenus, irréguliers, comme des éboulis au ralenti; ils crépitent parfois aussi en écho à la trompette. 

C’est dans une ambiance toute en demie teinte que nous sommes plongés, une grisaille de l’esprit. Mais dans ces paysages à faible spectre chromatique, la séduction opère, intense, dès les premières notes, surprenantes, de la trompette. Au début, on scrute, on tente de suivre chacun des instruments, on s’y perd parfois, on tente de reprendre, et progressivement cette coulée sonore nous fait lâcher prise. On se laisse alors balloter d’une rive à l’autre; l’inattendu vient nous surprendre, souvent. Et qu’on le veuille ou non, on est accroché, dérangé par l’illustration de couverture où l’inéluctable est là, ajoutant au fort magnétisme musical.
Une sorte de  force gravitationnelle, sourde et puissante.

Cet album sur Discogs.
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