Bureau of Atomic Tourism

Curieux comme le terme « Atomic » a pris une connotation rétro futuriste. On trouvait déjà cet aspect dans un autre album, « Atomic Spoutnik ».

Ici, il s’agit du nom du groupe propulsé par le batteur Teun Verbruggen et composé de Jon Irabagon (sax), Magnus Broo (tp), Jozef Dumoulin (Fender Rhodes, casio), Julien Desprez (g), et Ingebrit Håker Flaten (b). Quant à l'acronyme, BOAT (Bureau Of Atomic Tourism), peut-être est-ce un clin d'oeil facétieux du leader, une manière de nous mener en bateau, comme pourrait aussi nous le faire penser cette juxtaposition entre Atomic et Eden, le nom de l'album. 

Cette musique est de celles qui savent mixer originalité et points de repères.
C’est d’abord une certaine agressivité du son, une manière de mettre les pieds dans le plat avec ce regard de défi : tu m’aimes ou pas ? 

À l’image du premier thème, « De Teun Van Eden » qui commence par un paroxysme qu’on trouve parfois en fin de pièce ou en fin de concert afin d’achever de chauffer une salle. Après cette orgie sonore, une batterie seule est chargée de lancer le groupe, le thème. Le thème ? Une même note répétée, différente selon les instruments, mais avec une scansion identique. Et dans ce magma, des voix lointaines au sax, à la trompette, plongées dans une masse indistincte, martelée à la batterie. La fin ? Non, une accalmie et la fournaise reprend.

Et après cela, une virgule de moins de deux minutes, aux notes espacées, « Love and Things 1 ». Une deuxième virgule d’un peu plus d’une minute, encore plus éclatée, « Enjoyin G’s Presence ». Des crépitements de guitare, de batterie,  de Fender Rhodes, des bribes de phrases à la trompette, au sax. C’est vraiment trop court.

Puis comme une nappe aérienne, au Fender Rhodes, avec une rythmique régulière (basse-batterie), l’un des points de repère évoqué plus haut. Un unisson des cuivres puis des dialogues, des crépitements, des brouillages de guitare. Une belle fête qui s’épanouit pour ce « Two Part Oven In Thin Eleven ». Mais cette régularité se brise, les discours éclatent : pas question de se laisser aller à un quelconque confort.

Nouvelle virgule de bulles sonores (2:20). C’est aussi ainsi que démarre « Passed Present » mais avec une densité croissante. Un dialogue en hoquets des cuivres, des convulsions de guitares, des salves rythmiques, quatre notes qui reviennent comme une annonce. Une voix, des voix qui surgissent de nulle part. Il nous faudrait bien davantage d’oreilles tant ça jaillit de partout dans une débauche sonore. 

Une rythme bien carré, une basse aux notes bien lourdes, une guitare mi-rythme mi-chant, et un chœur cuivres-Fender Rhodes (Casio ?) aux sonorités qui s’ouvrent en corolle. Près de cinq minutes de « Search End When Sharing Starts », suivies de pétarades multiples de « Ifrit », lui-même suivi d’une virgule jazz rock vaguement hispanisante !

Quatorze pistes dans cet album ! Inutile de poursuivre, je pose ma plume, non sans saluer ce personnage tropical composite qui illustre la pochette.

Cet album est un feu d’artifice riche de surprises.

L’urgence du plaisir. Ce pourrait être la bannière de ce festival convulsif des sons

 

https://soundcloud.com/teunverbruggen/search-end-when-sharing-starts

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