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Un voyage dans les paysages lunaires, voilà l’invitation qui nous est faite. 

Mais de quelle Lune s’agit-il. Celle-ci est toute de résonances, et donc oui, oubliez vos cours de physique. 

Plus de trois minutes de touches aux balais, ou sur la grosse caisse, en laissant les sons faire leur voyage dans des espaces vides, sans obstacle. C’est ainsi que débute « Kenichi Flies to Selene ». Puis une guitare qui s’invite, discrète, mais surprenante d’emblée. La batterie est au centre, mais la guitare est à gauche et à droite. Pas tout à fait la même, pas tout à fait une autre, disait le poète dans son «Rêve Familier». Peut-être deux sorties distinctes pour deux groupes de pédales, ou un dispositif plus complexe. Effet saisissant. Cette musique des espaces, des réverbérations s’appuie par moments sur des dialogues brefs entre les deux instruments, des impulsions, des vrilles, des éclats, et la propagation des sons entre. Parfois ces échanges se densifient, réduisant les espaces. Et comme la guitare est partout, s’entament par instants des dialogues entre les cordes elles-mêmes, serrés. Quand bien même des segments mélodiques courts ou des bouts de rythmique connues apparaissent, l’étrangeté demeure. Le voyage a bien lieu. Vers la fin de la pièce, des vagues apportent leur lent mouvement puis un relatif silence, perturbé par des petits crissements. 

L’harmonica presqu’en percussion d’accords, de grandes salves, puis comme des soufflets qui s’entrouvrent, parsemés de quelques cliquetis de baguettes, telle est l’entame de « Crazy Moon ». Les sonorités plus connues de l’harmonica s’épanouissent ensuite, très riches, agressives parfois, comme ponctuées par une batterie économe de ses frappes. 

Retour à la guitare. « Sélénite Blues » surprend parce que c’est un blues, fût-il lunaire, quasi western crépitant, langoureux, sombre, cinématographique, avec des frappes éparses, des friselis, des bouts de rythmiques balisées, des coups de pinceau sur les peaux et le métal. Par contraste, la pièce suivante est plutôt bruitiste, un mix de grognements sourds, de chocs, de séquences répétitives, d’échos, les cordes se répondant des deux côtés, avec une batterie qui ne fréquente une pulsation régulière que par morceaux, comme aléatoirement, alors que la pièce a pour nom « Dancing » !

De nouveau l’harmonica pour une très belle errance, « Moon Song », puis la guitare pour « Where Is Kenichi » 

Le jeu de Gilles Dalbis est fait de gestes épurés, à la manière des maîtres de l’encre en Chine, et de scansions connues placées de loin en loin. Raymond Boni est un gourmet du déploiement des sons, des résonances multiples, des quasi percussions, en particulier à l’harmonica. Ces deux musiciens nous offrent de belles errances oniriques et de vraies gourmandises sonores, servies par une prise de son remarquable.

PS : le texte d'accompagnement est de Julien Palomo.

On peut trouver surYoutube un extrait de la séance d'enregistrement :

 

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