Takagi Mosura Freight

Mototeru Takagi (sax, bcl), Takashi Tokuhiro (b) , Tsutomu Ono (dm)

Mototeru Takagi est décidément une grande figure du Free. Une série de chroniques de la rubrique ImproJazz suffirait à l’attester. Pourquoi une chronique de plus ?

C’est qu’ici, Takagi s’est entouré d’un trio sans les « pères fondateurs » du free nippon. Un trio à sa main dans lequel sa verve, son invraisemblable énergie, sa soif de sons neufs, son expressivité débordante trouvent l'espace nécessaire à leur épanouissement. Dès les toutes premières notes de « Estado », un duo infernal se noue avec le batteur, Tsutomu Ono, figure qui se retrouvera à maintes reprises tout l’album durant. Des frappes en mitrailles sèches et chaotiques, déstabilisantes et d’une effroyable efficacité. Durant cette même pièce, l’archet de Takashi Tokuhiro prend toute la place durant une belle séquence avant le retrouver du trio à hautes énergies. 

Le titre de la pièce suivante, « Bird Song », est à prendre littéralement, du moins au debut. Il s’agit de pépiements brefs, de « tweets », de courts motifs qui reviennent de temps à autres, comme posés sur des lignes de cordes pincées, et transpercés de salves de la batterie. Encore une longue échappée libre aux cordes pincées, enfin rejointe par des éclats de batterie et parsemée de grognements aux sons multiples, de courts chants tourmentés, de cris et de tourbillons du sax.

Des cordes rares, qui laissent les sons s’épanouir, puis un souffle, un chant crépusculaire à la clarinette basse, c’est ainsi que s’amorce ce « Love Song » pour se déployer en boucles feutrées mais tourmentées. Le souffle s’arrête un temps pour laisser les cordes résonner seules, puis reprend ses méandres tendres, ses caresses affectueuses. Un duo pris dans une danse voluptueuse. 

Un duo qui semble revenir dans « People in Sorrow », un très beau thème pris au sax. La batterie est très discrète, de rares crépitements, puis un chant suraigüe à l’intensité lyrique qui nous chavire. La modération des uns souligne l’extrême beauté au du chant. Puis les sculptures sonores d’Ono, la longue mélopée ininterrompue de la basse, façonnent l’écrin d’un chant de plus en plus tourmenté. L’archet déploie une sorte de lamentation, presque seul, puis des graviers de percussion, de brefs segments de Takagi viennent la troubler, avant le retour de ce thème traité de manière bouleversante au sax, puis sur la basse, et pour finir par les deux ensemble. Une pure réussite et un très bel hommage à l’Art Ensemble of Chicago dont l’album du même nom était sorti en 1969.

L’album de ce trio fait figure de pierre blanche dans une discographie essentielle de cette période du Free, mais il est pour le moment parfaitement inaccessible (si vous avez 480$, Discogs est prêt à faire un effort). Grâce à des pirates, il est disponible sur YouTube.

Comme souvent, en attendant que les éditeurs reprennent la main, Inconstant Sol offre une perspective, tout en bas de leur page, avec un lien 1fichier à suivre

A présent, ladite vidéo, avec la chronologie associée

Face A : Estado (->10:40)-Bird Song (->21:32)

Face B : Love Song (->28:30)- People in Sorrow (->41:57)

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