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C’est une musique hors piste qui nous est proposée par ce quartette. 

On est cueilli par un éclat de rire, vaguement contraint, un peu inquiétant, puis comme un vol de mouche énervée, des claquements de clés, des souffles semblables à des borborygmes, des presque notes, des colliers de perles électroniques, des stridulations douces, des éboulements doux aux balais.  Une guitare (peut-être) qui rappelle des pré-échos, des craquements, des parasitages d’une téléphonie déréglée. Des phrases en salves, un peu plaintives, rugueuses parfois, qui nous saisissent comme des rafales d’uppercuts. Des ondes électroniques qui rappellent Twilight Zone. Un sax un peu en écho, d’abord en quasi stase, éraillé, puis projetant des circonvolutions rapides. Des claquements de cordes, devenant percussions se mêlant aux frappes discontinues, aux limites de l’erratique, de la batterie. Ainsi un double duo se met en place, Quentin Rollet (sax) et Jérôme Lorichon (élec) de part et d’autre, Alexei Borisov (g) et Olga Nosva (dms) au centre. « Telephone Call », premier titre de l’album, installe un flux surprenant, saisissant.

Dans certaines pièces, comme « Escopados », l’électronique se fait omniprésente, avec des réverbérations en forme de tocsin, des brouillages, des infra discours au sens indiscernable, des parasitages. Le sax s’y fond par moments avec un naturel confondant, illustrant l’extrême ductibilité du discours de Quentin Rollet. Puis, quittant un temps ces parages, se déploie un discours aux limites de la perte de repère, un mix de plaintes, de roulements rapides, des phrases véloces faisant du sur place. La batterie se fait avalanche, succession d’éboulements. Des drones électroniques se mettent en survol. Des craquements et des distorsions de guitare comme dans des prémisses d’orage menacent.

J’évoque le free. C’est plutôt un certain rock qui émerge, avec des rythmiques plus ou moins repérables, plus ou moins marquées. Des projections de textures électroniques aux marges de la Noise surexcitent notre imaginaire. Des voix péremptoires, quasi enfantines mais incompréhensibles, parcourent l’album et installent un ailleurs qui nous échappe. 

Le titre de ce disque, « Shampankoye », résonne comme en écho à une certaine actualité. Le maître du Kremlin vient en effet de baptiser Champagne le mousseux local, celui des collines de Reims étant relégué au simple rang de vin pétillant. Ici, bien avant cet oukase, le bonheur musical est brut, évident, enivrant, remarquable. 

Il semble qu’aux USA on donne le même nom au super héros et aux guêpes, « Yellow Jacket ». C’est le titre qu'il vous est proposé d’écouter.  

 

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