L'Art Ensemble of Chicago à la Cité de la musique - 15 mars 06
Art Ensemble of Chicago
Famoudou Don Moye – Joseph Jarman – Roscoe Mitchell
Corey Wilkes - Jaribu Shahid
(le 15 mars 2006 – Cité de la Musique)
Moment d’émotion que de revoir l’Art Ensemble of Chicago.
Le temps est passé depuis leur concert acide, décapant et fascinant au TEP ou depuis leur concert doublement ouvert du Zenith (avec le Amabutho Male Chorus d’Afrique du Sud & le Brass Fantasy de Lester Bowie) où le free ne retrouvait plus ses repères.
Exit Lester Bowie (1999) et Malachi Favors (2004).
Qu’allait-on entendre ? Qu’allait-on voir ?
Un dispositif scénique en triangle pour les anciens : Don Moye au centre et au fond (avec une tenue digne d’un empereur chinois, le visage grimé) , Jarman à droite (en tenue colorée, visage grimé), Mitchell à gauche, sobrement vêtu. Les « jeunes » (les "invités" selon le site de l'AEC) sont placés entre les anciens : Jaribu Shahid entre Roscoe Mitchell et Don Moye et Corey Wilkes (tout en dreadlocks) entre Jarman et Roscoe Mitchell.
Voilà pour les yeux.
Pour les oreilles, en ce qui concerne les anciens, on retrouve l’énergie, l’engagement et l'inspiration jamais en panne de Roscoe Mitchell, pivot de la formation, les couleurs musicales de Joseph Jarman et la subtilité de Don Moye.
Corey Wilkes, au centre de la scène, avait la lourde tâche de faire oublier Lester Bowie. C’est en creux que le talent de ce dernier sautait aux yeux et aux oreilles : Corey Wilkes est un très grand musicien, inventif et fougueux, mais sans la folie et l’humour de son génial prédécesseur. Tournons la page de la nostalgie et écoutons ce groupe.
L’AEC nous a offert une fois de plus ce qui est sa marque de fabrique, l’intégration de différents courants musicaux, même si la fanfare, composante habituelle de leurs concerts, s’est faite discrète. De même, on retrouve cette « règle » pour chaque musicien de toujours apporter sa contribution musicale en jouant de diverses percussions pendant les improvisations des autres.
Au chapitre des innovations, signalons l’utilisation de deux instruments simultanément par Corey Wilkes et par Joseph Jarman, ainsi que le recours sans complexe aux effets permis par la technologie à la trompette.
Plusieurs années après l'écoute de l'album "Nonaah", je restais (aujourd'hui encore) admiratif devant le jeu de Roscoe Mitchell, ce qui me faisait négliger un peu Joseph Jarman. Ce concert a été l'occasion de rééavaluer le jeu subtil de ce dernier, la variété des timbres, des instruments, sa capacité à infléchir et colorer le jeu du groupe. Une bien agréable surprise.
Famoudou Don Moye nous a offert, lors du deuxième thème, une improvisation aux percussions, initialement inspirée d’un rythme africain (soudanais, je crois), délicate, envoûtante tout en évitant le recours aux répétitions : un jeu sobre et intelligent.
Jaribu Shahid, compagnon de route de Roscoe Mitchell, alternait contrebasse et guitare basse : c’est sur cet instrument qu’il m’a semblé le plus inspiré, injectant le slap dans une formation dominée par un courant post-free.
Une belle musique, donc, mais la machine, superbe, a semblé par moments un peu tourner à vide. J'en attendais peut-être trop.
Cette étonnante aventure de près de 40 ans (l’AEC a été officiellement formé en 69) a réussi le pari de se renouveler après le décès de deux des cinq musiciens fondateurs. Qu’elle change en chemin n’est donc pas étonnant. Il reste les disques pour témoigner de leurs diverses périodes de création.
Avant de quitter la scène et pour nous gratifier lors de la présentation des musiciens, l’AEC nous a joué ce qui apparaît avec le recul du temps comme leur hymne, « Odwalla Theme » (Coming Home Jamaica). Nostalgie, nostalgie.
photo : www.artensembleofchicago.com
Famoudou Don Moye : batterie, percussion
Joseph Jarman : saxophones, flûtes, petites percussions
Roscoe Mitchell : saxophones, petites percussions
Corey Wilkes : trompette, flugelhorn
Jaribu Shahid : contrebasse, basse électrique, petites percussions