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Jazz à Paris
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5 juin 2013

John Zorn Improv Night - A Stone Benefit (13 mai 2013)

The Stone (dolphy00)

The StoneCinq minutes devraient suffire ! Tel semblait être le crédo de cette soirée dédiée à l'improvisation au Stone, le club de John Zorn à New York, dans l'East Village.

Deux mots tout d'abord du club : une visite préalable sur place s'était d'abord soldée par un échec, club introuvable. Personne ne connaît ce club. Selon les cartes, ce devrait pourtant être tout prés, à côté du "Petit Versaille", un espace vert, un square peut-être. Au moment de partir, j'interroge deux percussionnistes qui venaient juste de finir de jouer dans un bout de friche végétale : c'était le Petit Versailles et oui, ils savaient où se trouve le Stone. Juste à l'angle de la rue, un ancien magasin aux devantures obstruées par un rideau de fer. Retour sur nos pas : une porte en vitre teintée, une mention très discrète du nom du lieu au-dessus de la barre d'ouverture. On pousse la porte : John Zorn sera là le 13 et il vient 50 minutes avant le concert, donc ne pas trop traîner.
Le jour dit, on se retrouve à quelques uns devant ce coin de rue quasi-aveugle, une confrérie internationale. On nous fait entrer un quart d'heure avant le concert, mais à peine cinq minute plus tard, John Zorn constatant que la salle est pleine, demande la fermeture des portes, je crois même aussi en français, bien avant l'heure.
Sur scène, presqu'au milieu de nous, John Zorn (as), Jon Rose (vln), David Watson (g) et un batteur dont je n'ai pu saisir le nom.
Une improvisation rageuse, compulsive. Un quartette dévastateur, tout d'invention, triturant les matières des instruments, déversant son trop plein d'une énergie comme trop longtemps contenue, sombre et inquiète. Pas du jazz, ni du free : de l'improvisation pure. Les doutes sur Zorn, ses scintillances orchestrales, certaines douceurs mélodistes, tout semble balayé. Le sentiment de vivre un moment d'exception, avec un Zorn extraterrestre.
Et très brutalement, tout s'arrête, au bout d'à peine sept minutes. Un haussement d'épaules de John Zorn, comme pour s'excuser, et le quartet quitte la scène, bientôt suivi d'une autre formation.
C'est la formule retenue pour cette session d'improvisation : dix musiciens (cordes et percussions, plus le sax alto de Zorn) composant une douzaine de formations qui se succèdent sur scène pour des séquences de cinq minutes environ. Tout doit être dit dans cette courte séquence. Un exercice qui fait penser aux premiers enregistrements 78 tours qui obligeaient à condenser tout en trois minutes : thème, impro, thème.
Au total, une session d'une heure un quart, sans temps mort, particulièrement enlevée compte tenu de la contrainte des cinq minutes et de la personnalité des musiciens.
Amok Improv, à Paris, a déjà présenté ce type de concert, mais sans cette urgence des discours, l'accent étant plutôt mis sur les assemblages des pâtes sonores ou sur des esquisses ou des miniatures en cours d'épanouissement.
Dans les deux cas, une formule excitante.

Deux figures solaires semblaient tenir une place particulière auprès de John Zorn : Jon Rose au violon, fluide, décontracté, se jouant de son instrument, de son archet, n'hésitant pas, pour conclure une séquence, à faire racler la tête de son instrument sur le béton du sol, encourageant, félicitant les artistes plus jeunes. L'autre invité tenant une place centrale : Erik Friedlander au violoncelle, un vague sourire accrochée au visage, distillant quelques fragrances mélodiques d'une Europe centrale fantasmée, lointaine, faisant affleurer des racines imaginaires dans des matières musicales actuelles.

Deux figures sombres : David Watson qui ne laisse passer aucun segment mélodique sur sa guitare, presque recroquevillé sur elle, qu'on sent plutôt enclin à poursuivre sa transe fusionnelle n'était la vigilance d'un Zorn; et Kevin Norton au vibraphone, qui semblait avoir besoin de temps pour faire éclore sa musique, passant d'un rôle second lors du premier quartet aux éboulements irrésistibles lors d'apparitions ultérieures.

Deux mentions spéciales : James Ilgenfritz tendu sur l'écoute des autres lors de son premier trio aux accents d'un rock acide, pour trouver un rôle pivot au fil des formations, et Jeff Ziegler lui aussi sur violoncelle, s'émancipant de la tutelle de Friedlander.
Au regret de ne pouvoir citer les noms de l'autre guitariste et des deux batteurs-percussionistes.

Une soirée à haute densité.

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Tarif plus élevé qu'à l'ordinaire : 25$ au lieu de 15$. C'est pour aider au financement du club. Toujours pour cette même caisse, trois CDs sont mis en vente sur place, et je crois, nulle part ailleurs, des sessions du Stone.
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Sur le chemin du retour ...
Reality is an illusion

 

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