Canaan Baptist Church (Harlem, 116th Street, 19 mai 2013)(Gospel)
Où trouverait-on en France une église, un temple, faisant référence à Canaan, la terre promise ?
A Harlem, cela ne choque pas.
Il s'agissait, ce dimanche là, de la "Canaan Baptist Church of Christ", dans la 116e rue.
Arrivés bien avant l'heure pour éviter toute déconvenue, on est accueillis d'emblée, sans ségrégation a priori, près de l'estrade où seuls quatre ou cinq rangs sont réservés.
Heureux de cette mixité ... avant de se rendre compte qu'il n'y en a pas : nous sommes une fois de plus entre touristes.
Il n'y a, en effet, qu'une rangée de fidèles assis en grande tenue au premier rang, plus une trentaine d'officiants sur l'estrade et c'est tout. Le reste de l'assistance est composée de scolaires et de touristes. Et cette grande église est pleine !
Malaise. Que venons-nous faire là ? Trop tard pour se lever et partir.
Pourquoi donc organiser un tel office ?
Peut-être pour éviter de pratiquer sa foi dans une église vide. Pourquoi pas pour assurer une collecte qui permette d'assurer l'entretien des lieux, l'action évangélique, la charité pour les plus démunis ? Peut-être aussi un vague espoir de toucher l'âme de ce public là, en particulier des scolaires, sait-on jamais.
Peut-être enfin pour se réconforter et perpétuer son appartenance en dépit d'un sort contraire, d'une désaffection de ces lieux de culte (j'en ai vu d'autres encore moins fréquentés à proximité) en raison simplement de l'évolution du quartier : située dans "Little Senegal", cette église ne peut compter sur le voisinage immédiat, la majorité des gens du cru étant des musulmans.
Revenons à l'office. Ce qui frappe d'emblée, c'est le parti pris des couleurs du décor, des vêtements : noirs et rouges. Les fleurs, les tapis, les tentures, les chapeaux, robes, chemises et costumes (tout d'élégance), les chasubles, l'estrade, la croix, les dépliants distribués à l'entrée et permettant de suivre tout l'office ...
Un piano, un orgue et un choeur.
Des mots de bienvenue, y compris en français, et l'annonce ce jour- là de l'anniversaire de cette église qui fête ses quatre vingts un ans au coeur de Harlem.
Et l'office commence, laissant une large place à la musique. Des spirituals tels qu'on les imagine en Europe, ceux qui ont probablement influencé les musiques populaires actuelles. Pas de voix exceptionnelles mais une ferveur collective, un engagement puissant de tous, dans la joie. Le chef de choeur fait de grands gestes, y compris lorsque les chanteurs lui tournent le dos pour porter leur regard vers la croix. Il est plutôt un "diffuseur de foi", un "énergiseur", un connecteur vers la communication céleste.
La crainte que tout cela soit un "spectacle" s'estompe, se dilue dans cette lumière intérieure qui irradie les officiants, les autres fidèles. Ils viennent nous voir, nous serrent dans leurs bras ou nous remercient, nous invitent à passer chacun notre tour devant l'estrade, devant la croix.
Puis vient le sermon.
Un "vieux routier", habitué à l'estrade, plein de fougue ... et d'humour. Ses postures semblent d'emblée nous dire "Je réfléchis et je me dis que ..." Il sait faire rire, il sait convaincre, bien sûr pas ceux qui ont trempé tout petits dans l'école républicaine et laïque de nos contrées impies.
Une ambiance amicale. A plusieurs reprises, des mots en français, pour nous intégrer à leur fête.
Effectivement, il valait mieux rester.
Liste des chroniques gospels :
Canaan Baptist Church,
Morning Star Pentecostal Chapel,
First Corinthian Baptist Church ,
United House of Prayer for All People .
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