Oliver Lake Trio (Mount Morris Ascension Presbyterian Church)
Jason Kao Hwang, Oliver Lake and Reggie Nicholson - photo Dave Kauffman (All About Jazz)
Le hasard des promenades, en particulier à Harlem, peut être source de plaisirs, de petits bonheurs inattendus.
Ainsi, en admirant l'un de ces nombreux "brownstones" de NY, des rangées de maisons en grès rouge, une tache claire, un avis, collé à la porte d'entrée. Curiosité. C'était l'annonce d'un concert du trio d'Oliver Lake dans quelques jours. Ce flyer était apposé sur toutes les entrées de la rue, et le lieu de ce futur concert était proche : petite reconnaissance des lieux, juste à côté du Marcus Garvey Park, près du tout début de la 5e avenue (ou de sa fin). Une église presbytérienne, elle aussi en grès rouge, la Mount Morris Ascension Presbyterian Church. C'était pour le 3eme dimanche du mois, à 3 heures, proposé par "Three on 3", initiative de Craig S. Harris et de Patricia Pates Eaton.
Sur le site d'Oliver Lake, on apprend que son trio habituel est composé d'Andrew Cyrille (dr) & Reggie Workman (b) : des figures du Free !
Rien d'étonnant quand on songe à son parcours, en particulier à la création dans les années 70 du World Saxophone 4tet, composé alors de Julius Hemphill, d'Hamiet Bluiett et de David Murray. De superbes pages du jazz !
Mais aujourd'hui ? Direction cette église de Harlem.
Accueil très attentionné : non, ce n'est pas encore l'heure, un confortable fauteuil proposé en attendant, tandis que les musiciens répètent, un thème simple et entêtant ... et des remerciements à la fin pour être venu.
Une belle église avec vitraux et grand orgue, ambiance ocre rose et brun foncé, une salle assez grande pour nous faire regretter une assistance modeste, une vingtaine de personnes (pas d'annonce dans Hot House*).
Ici, pas de confrérie internationale mais un public averti, comptant aussi un photographe de "All about jazz" nous permettant de conserver quelques belles images (de Dave Kaufman)
La composition du trio a de quoi surprendre : certes une batterie (Reggie Nicholson), mais aussi un violon (Jason Kao Hwang). Deux musiciens totalement au service du chant d'Oliver Lake : une batterie en cahot et balancements irrépressibles et un violon aux cordes souvent pincées, frappées, comme s'il fallait s'échapper de sa fonction mélodique pour libérer la musique.
Dès les premières notes, le souffle de l'épopée du Free ressurgit. Une superbe sonorité, puissante, choisissant des éraillements, des dérapages, des grondements, des cris, toutes sortes d'aggressions sonores qui semblent ici absolument nécessaires, indispensables, évidentes même, pour magnifier davantage encore un discours fascinant, et oui, mélodique ... à sa manière. On y retrouve même des traitements de l'instrument à la manière d'un Zorn, mais c'est d'abord de son propre parcours qu'il s'agit.
Saxophoniste mais aussi peintre et poète.
D'aiileurs, il n'hésite pas à projeter ses textes au cours de ses improvisations, ou à en faire un propos introductif, une forme de thème parlé, comme cet hommage à Lester Bowie, autre superbe figure de cette épopée.
Un peu plus d'une heure intense. Une pure énergie renouvelable.
En fin de concert, ce thème qui était répété sans cesse avant l'ouverture des portes. Peu de notes, qui vrillent la mémoire par leur simplicité, qui sont répétées jusqu'à ce que ça déraille. L'histoire est courte (5 minutes environ), mais il la raconte bien mieux que moi.
lien direct : http://youtu.be/WEyRB1bCJxc
Le son est assez mauvais pour ne pas pouvoir en faire une exploitation commerciale, mais de qualité suffisante pour trépigner d'impatience et pour espérer un futur CD de cette formation.
Après le concert et les quelques mots balbutiants pour dire l'admiration, achat de l'un de ses derniers CDs, consacré au Big Band. Une seule écoute pour le moment, une fête.
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* Hot House : New York's Jazz Bible for 31 years, gratuit.