Benjamin Duboc
Benjamin_DubocLe Z-band est un groupe de bloggueurs qui tente de renouveler une publication simultanée de textes à propos d'un thème donné. Le premier opus concernait les Jazz'Elles. Cette fois, il s'agit de la contrebasse, d'où le titre générique : "Cordes sensibles".

J'avais envie de parler du  superbe pas de deux de contrebasses entre Scott LaFaro et Charlie Haden sur l'album Free Jazz (1960, presqu'un demi siècle !); et
du jeu de Mingus sur African Flowers : ses seules notes initiales trillées suffisent à évoquer toute la magie du disque réunissant Duke Ellington et Max Roach. Un sommet du jazz. Mingus décidément : presque tous ses albums méritent de figurer au Panthéon du jazz (voir du côté de Z).

Je n'évoquerai pas davantage le très regretté Jean-François Jenny Clark.

J'ai choisi d'éviter la nostalgie pour parler de la jeune génération actuelle, riche de musiciens de grand talent. Il faut choisir. Pour moi, c'est Benjamin Duboc.

J'ai pu l'entendre en duo de musique improvisée avec Dante Feijoo, en trio free jazz avec Jobic Le Masson et Didier Lasserre (Free Unfold Trio), en trio de jazz "festif" (par deux fois) : les Fées du Rhin (avec Daniel Erdmann et Antoine Paganotti), en 4tet avec Amy Gamlen, Jobic Le Masson et Antoine Paganotti.
J'ai pu dire tout le bien qu'on peut penser de l'enregistrement de deux des concerts du groupe "The Fish" (avec JL Guionnet et E. Perraud).

Il travaille aussi dans le registre de la musique électroacoustique, mais je n'ai pas encore entendu cette musique là. Rien de bien surprenant : il anime ou participe à une vingtaine de projets musicaux.

C'est bien cette dimension là de cet artiste que je souhaite illustrer : celle d'un défricheur qui non seulement se régale (et nous avec) des magnifiques sonorités qu'il sait extraire de sa contrebasse, mais aussi un compositeur de l'instant, un musicien qui pense les assemblages de talents, de sonorités, d'univers intérieurs pour proposer des projets musicaux excitants.

Pour cette fois, je voudrais parler de son dernier groupe : Nuts, qui s'est produit à l'Atelier Tampon en septembre 2007.
Il a réuni deux trompettistes (Rasul Siddik et Itaru Oki) et deux batteurs (Makoto Sato et Didier Lasserre), des musiciens très intéressants qu'on aime à entendre en concert.

L'esthétique retenue pour le groupe relève principalement d'un free jazz sauvage, n'hésitant pas par moment à folâtrer du côté de la musique improvisée. Pas facile d'écoute ? Cette musique mérite qu'on l'écoute en ne faisant rien d'autre en même temps, qu'on prenne le temps du plaisir du son, qu'on suive le fil de la connivence entre les musiciens.

Musique improvisée pour commencer : travail sur les sonorités (trompettes), percussions hors rythme (pas de groove), basse qui "sonne" somptueusement.
Progressivement, on quitte la "messe" de sons, suspendus dans le silence,  pour une montée d'énergie à cinq voix à la fois autonomes et attentives aux autres : on entre alors dans un univers free, quasi primal de puissance, de sauvagerie, sans même le recours à la joliesse de certains segments plus ou moins mélodieux (comme chez Ornette).

Le plaisir est là. Une vrai identité se développe alors. Ce premier morceau du premier set sert à cela, à l'installation de cette musique là. Richesse des timbres, des rythmes, des combinaisons instrumentales, convergence de l'imagination musicale dans une esthétique free sans fioritures.

Le 2e morceau du 1er set se développe sur cette assise. Comme le "son" est là, l'invention se débride encore davantage. L'idée de faire converger deux percussions et deux trompettes, articulées par une basse somptueuse, est très féconde, surtout quand elle est portée par des musiciens aussi inspirées.
Comment dire l'évidence d'une rencontre, d'un univers qui a toute la force de la cohérence. Le terme même de "projet" trouve là tout son sens.
Il faudrait "raconter" quasiment tout ce 2e morceau. Concentrons-nous sur un seul moment : dialogue d'Itaru Oki et de Benjamin Duboc puis percussions, puis jeu de cordes frottées en solo pour un pur plaisir des sens, quasi charnel, retour progressif des autres musiciens  ... et ça vit, ça se développe, ça bifurque, ça respire.
Ecoutons un bref extrait (augmentez le volume afin de mieux entendre les sons graves, les résonnances):



Cela se poursuit,véritable composition collective instantanée et c'est la fin du set. Le 2e set vient apporter encore 45 mn de plaisir.

Contrairement au concert, je peux revenir sur des moments (on m'a remis un enregistrement du concert); l'émotion est plus forte encore; la réécoute fait découvrir de nouvelles richesses, de nouveaux plaisirs.
Il est à espérer que ce concert sera un jour publié; le contraire serait dommage.
Nuts se produira en mai à Bordeaux. A quand une nouvelle date sur Paris ?

* Z-Band : Liste des blogs qui publient ce même jour un post sur les contrebassistes

Christophe Wallemme  par Jazz Chroniques et coups de coeur
Normand Guilbeault par Jazz Frissons
Manolo Cabras par Jazzques
Henri Texier par Maitrechronique
François Moutin par Ptilou'sblog

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