22 mai 2012

Paul Dunmall, Mark Sanders & Hasse Poulsen (Radio France, 5 mai 2012)

Quelques images d'un concert donné le 5 mai dans les locaux de Radio France.
L'album est au bout du clic sur la photo
12-05-05_35_Dunmall, Sanders, Poulsen
Paul Dunmall, Mark Sanders, Hasse Poulsen (photos dolphy00)

Et la musique ?
Tout d'abord, un souvenir d'un temps lointain.
Une collègue turque s'étonnait que je qualifie sa tenue de bleu marine. Elle était manifestement marine; pas bleue voyons !
Ce jour-là, j'apprenais qu'une langue est pour une part une forme de découpe, arbitraire.

Cela me revenait à l'esprit ce 5 mai lors de l'enregistrement de l'émission "A l'improviste".
Un trio de Free Jazz composé de Paul Dunmall (ts, ss), de Mark Sanders (dms) et de Hasse Poulsen (g)  : voilà qui tranchait avec la première partie réunissant Eve Risser et Joris Rühl (voir chronique sur Jazz à Paris)
Un trio qu'on s'attendrait, selon nos critères, à retrouver dans l'émission de Xavier Prévost : Jazz sur le vif.
Mais en Grande Bretagne, l'art de la découpe n'est pas identique au nôtre.
Paul Dunmall préfère parler d'une musique mélodique ou abstraite, d'une musique énergique (pulsée) ou non.
Le travail sur la matière sonore ? Il est partout. Au besoin, Hasse Poulsen change de guitare, voilà tout.
Oui, c'est vrai, il y a des musiciens Grands Bretons qui veulent couper tout lien avec le jazz, mais il n'est pas de ceux-là.
Voilà. Soyez simple, pragmatiques, et fermez le ban !
Mais ces mots sont venus après, lorsqu'Anne Montaron a fait parler les musiciens.
Auparavant, un superbe concert d'une heure (au lieu des 40 minutes de l'émission), où les découpes françaises étaient mises à mal, où la pâte émotionnelle sinuait selon l'inspiration du moment.
J'étais principalement venu pour Hasse Poulsen (au demeurant excellent); j'ai été impressionné par le jeu de Mark Sanders, une fois de plus (voir 4tet de Kris Wanders). Un grand maître de la batterie.
C'était le vrai "patron" de ce trio.
Quant à Paul Dunmall, il affirmait son jeu en vieux briscard de la scène underground, mais son lyrisme s'est totalement épanoui aux environs de la 27e minute, lorsqu'il a saisi son saxophone soprano. La guitare assurait alors une séquence répétitive obsédante et Mark Sanders laissait les rythmes se complexifier encore et encore, jusqu'à la fin de ce premier morceau. Sept minutes à se repasser en boucle !

La deuxième pièce débute par un travail sur les matières. La guitare d'Hasse Poulsen se fait grinçante, craquante; elle rencontre, parfois d'une manière abrupte, bien des objets censés lui faire rendre des sonorités inhabituelles. La percussion se fait allusive, les notes, les frappes semblant parfois juste suggérées. Le saxophone murmure, marmone, chevrotte un peu, s'éraille. Oui, c'est plus "abstrait" ... au moins pour un temps, avant le retour de la première guitare (celle qui est censée jouer de vraies notes) et de ce qu'en France on continue d'appeler le Free Jazz : une musique lyrique, qui frôle parfois l'élévation mystique.
Une chanson du temps de la jeunesse de mes parents (de vos grands parents, 1934) me revient à l'esprit : c'était probablement une manière de conjurer les terreurs de la guerre à venir, alors que les horreurs de la précédente n'étaient pas effacées et que la crise avait frappé.

"Amusez-vous
Foutez-vous d'tout !
La vie, entre nous, est si brève
Amusez-vous
Comme des fous
La vie est si courte, après tout !" *


C'était peut-être ce rejet des contraintes face aux plaisirs de l'instant qui motivait nos trois amis ce soir-là.
Faites-en autant. Profitez de cette musique qui bouscule les barrières ! La crise aura bien le temps de nous rattrapper.
Certes, la vidéo est là (quel beau service de Radio France !), intégralement au strict plan musical, mais sans les mots qui font aussi la valeur de cette émission.


A l'improviste - Poulsen - Dunmall - Sanders par francemusique

Allez sur le site de "A l'improviste" et retrouvez Anne Montaron, grande admiratrice de cette étonnante musique britannique, qui sait interroger les musiciens, leur faire dire la manière dont ils tentent de s'en sortir, les faire parler de leurs projets, de leur histoire, de leurs rencontres, et qui finalement nous mène par la main, nous le public, à la découverte de cet étranger si proche.

Profitez-en pour glisser d'un clic ver l'interview en français de Paul Dunmall sur le "Son du Grisli".

Autres lien utiles : sites de Mark Sanders , de Hasse Poulsen et de Paul Dunmall .

Si vous avez aimé, direction kilogram records
Asunder trio - the lamp


Et de temps à autres, le lundi soir, branchez-vous sur Jazz on 3, l'émission de Jez Nelson sur BBC3, qui lui non plus ne connaît pas les frontières esthétiques. 

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16 mai 2012

Eve Risser et Joris Rühl à l'Improviste

Eve Risser & Joris Ruhl - photo dolphy00
12-05-05_12_Risser, Ruhl

Deux musiciens qui se connaissent depuis leur tendre enfance, depuis les deux villages alsaciens voisins qui les ont vus grandir : Joris Rühl (clarinette) et Eve Risser (piano "augmenté").
Ils ont choisi, selon leurs propres mots, de nous présenter une musique de l'illusion, de la confusion des sources sonores.
Ils utilisent pourtant des instruments aux potentiels biens lointains. Mais la varité des objets manipulés au sein même du piano et la recherche des convergences par les deux instruments rendent l'identification de l'origine des sons bien délicate par moments.
Leur musique se déploit lentement, souvent dans les aigus, voire les suraigus, à la manière de drônes complexes, avec parfois pour seuls à-coups quelques notes frappées sur le clavier, ou des coups de mailloche directement sur les cordes. Un continuum de variations des matières sonores, des agrégats composites, surprenant lorsqu'on songe que seuls deux instruments opèrent, sans manipulation électronique (sauf un archet électronique assure une vibration continue des cordes du piano).
Bien des paysages acoustiques nous traversent, s'enchevêtrent. L'écoute "en aveugle", acousmatique*, celle qu'a permis la diffusion radiophonique "à l'improviste" le 14 mai à 0h, laisse notre mémoire opérer des associations  impossibles, esquisser des espaces poétiques, nous lavant de toute cette "boue" sonore dans laquelle nous pataugeons.
Une musique envoûtante, qui fascine, nous plongeant dans une forme d'hypnose auditive, de séduction addictive.

A réécouter sur le site de France Musique, avant sa dissolution électronique.
Quelques images pour finir :

Un petit clic sur la photo pour voir l'album
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Eve Risser - photo dolphy00

Finir ? Pas tout à fait.
Une proposition incongrue : après l'écoute complète (oui, on peut la répéter), enregistrer le podcast, puis en extraire quelques segments pas trop courts (de 1 à 4 minutes), et lancer leur écoute en boucles aléatoires.
Pourquoi un tel traitement ? Pour mieux se laisser surprendre par la richesse du discours proposé, sans le relatif confort des évolutions continues, de la trajectoire musicale.
Chronophage et contestable ? Je vous l'accorde.

* Acousmatique : "Un son acousmatique - que l'on entend sans voir la cause dont il provient - est ressenti comme lieu secret, énigmatique, où le savoir se cache". Définition exhumée par Pierre Schaeffer, et reprise par François Bayle et d'autres ( voir idixa.net) .

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09 mai 2012

Joelle Léandre - François Houle : quelques images (19 avril 2012)

jazz@home-31 - Leandre - Houle - 19 avril 12Les concerts à domicile du cycle "Jazz @ Home" sont de ceux qui marquent l'encrage de la musique improvisée sur la scène parisienne. Avec ici une constante : le lien puissant entre cette musique et le Free Jazz, et des figures navigant de l'un à l'autre en faisant fi des classifications (Sabir Mateen et Emilie Lesbros, Henry Grimes et Benjamin Duboc, etc.).

Autre dimension de ce cycle : la convivialité, la proximité. On y vient, en effet, aussi pour retrouver des amis, des gens de connivence, avec qui on partage nos coups de coeur difficiles à évoquer dans le grand ailleurs, tout en partageant, ce qui ne gâte rien, petites mises en bouches d'après concert (des hôtes aux petits soins).
Proximité avec les musiciens aussi. Il est facile d'échanger avec eux; de plus nous sommes très près d'eux physiquement, parfois à peine un métre nous sépare, ce qui permet de savourer pleinement l'épanouissement des sons, leurs vibrations intimes. Enfin, dans l'assistance, on voit souvent des musiciens venir écouter en connaisseurs.

Petit changement bénéfique pour tous : une contribution fixe aux frais, versée aux musiciens.

Et ce concert de Joelle Léandre ?
Ce soir là, l'appartement était bondé. La rencontre avec François Houle est déjà dans les oreilles du public, grâce au disque "Last Seen Headed" (en compagnie de Raymond Strid : Ayler Record AYLCD-096).
Parmi le public, deux bébés (pas un cri) et une fillette. Cette dernière quitte sa maman et s'approche à quelques centimètres à peine d'une Joelle Léandre interloquée et amusée : une attention soutenue, sérieuse. Une fine oreille déjà.

Et la musique ? Les souvenirs s'estompent, n'ayant pas enregistré de séquence au moins à titre de prise de notes. L'impression qui demeure c'est que le concert fut excellent.
Un François Houle très concentré sur son instrument, aux matières sonores mouvantes, complexes, découplant souvent sa clarinette pour en extraire des sonorités inattendues : on en arriverait à aimer l'instrument pour lui-même.
Quant à Joelle Léandre, elle fut comme à son habitude très à l'aise, sûre des infinies couleurs de sa palette sonore, y ajoutant comme de juste ses grognements, ses vocalisations ou ses babillages poétiques pour un public d'emblée conquis.

Mais quelles autres traces de cette musique ? En attendant la mise en ligne de l'enregistrement vidéo du concert sur le site de Jazz @ Home, je me suis offert un retour sur le disque paru chez Ayler Records.
Je ne l'ai pas chroniqué (à tort), mais avec les traces mémorielles de ce concert, il prend de l'ampleur, comme s'il fallait d'abord que les vibrations en direct, que le spectacle des musiciens en création, viennent préparer nos oreilles, notre sensibilité. 

Et comme promis, quelques images.

Pour voir l'album, il suffit de cliquer sur la photo
12-04-19_14_Joelle Leandre
photos dolphy00

Si vous n'y étiez pas (et même si vous y étiez), vous pouvez déjà lire des chroniques et commander ce disque.

aylcd-096 bis

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04 avril 2012

Jupiter Bokondji @ Banlieues Bleues (par Philippe Larollière)

Jupiter Bokondji
Jupiter Bokondji

Kind Of Jupiter (Just Fellas) Banlieues bleues:
22 mars – Jupiter's Dance, film de Renaud Barret et Florent de La Tullaye.
24 mars – Ray Lema, Station Congo, et Jupiter & Okwess International.

Dans l'ordre des apparitions, Jupiter est la troisième planète que John Coltrane et Rashied Ali célèbrent sur Interstellar Space. Aujourd'hui – et pour longtemps –, c'est aussi le nom d'une comète punk funk africaine. Jupiter Bokondji, quarante-huit ans, est né à Kinshasa. Il a une silhouette longue, très longue, impériale et souple, une voix chaude, mate et ocre à la diction précise, et un magnétisme de guérisseur – de sorcier peut-être – pour soulever, assembler et déployer les sons foisonnants, électriques ou bruts, de la soul et du groove multipistes kinois. En une heure et quelques d’un set qui brasse Funkadelic, Fela, David Byrne et Material, il prouve qu’il dirige le groupe parfait : Okwess International ou – en lingala, et en accentuant l’effet de sens –, la nouvelle grande bouffe de la sono mondiale. Car tout est question de cuisson. Les Africains, on le sait, mangent de tout, du Blanc comme du Noir. Le « Général Rebelle » Jupiter de Lemba, commune déglinguée de Kinshasa, n’est pas en reste.

Il passe les tendres années de sa jeunesse entre Berlin-Est et Berlin-Ouest – maximum respect – à écouter les Stones, Bowie et Deep Purple, puis à les jouer, mêlés à James Brown et aux Jackson Five, dans son premier combo, Die Neger, qui plaque des guitares saturées sur des percussions congolaises. De retour au pays, il fricote à droite à gauche, assure lors des cérémonies musicales des rituels de deuil – il est initié aux rythmes qui soignent –, fonde des groupes, devient un érudit: il compile à lui seul – ou presque – la connaissance encyclopédique des patterns et mélopées des 450 ethnies du Congo – sans compter les sous-ethnies. Au fil des rencontres sur la scène kinoise, il assaisonne le patrimoine musical et mystique de la nation d'un rock chauffé à blanc – il invente le Bofenia Rock – pour, dit-il, « que la sauce soit bouffée par tous ». Cette impression persiste après son concert pour Banlieues Bleues: Jupiter Bokondji est l'incarnation nouvelle – donc ultime – d'un punk à l'africaine.

Le punk, croit-on, est une outrance répulsive, une vocifération, une accélération teigneuse des riffs de guitare et des rythmes pour tuer l'institution glam et le prog rock hirsute. Il en resterait des signes: épingles métalliques, tatouages, vêtements trop cintrés. Mais, en vérité, le punk est une pratique, une manière de (dé)faire la musique, donc de l'ouvrir à l'altérité – à l'image des mouvements culturels anthropophages brésiliens et africains. Constructivisme sauvage, intuitif ou savant, il demande une appréhension très exacte de la musique en acte et des orientations à lui donner, dans la composition, le jeu et l'improvisation. Créateur, interprète et performer rigoureux, Jupiter possède les aptitudes et les dons requis. Montage cut: vitesse, décélération, clarté allusive de la mélodie, groove,  insistance – cuisson. Ainsi, naturellement, Jupiter travaille avec  Damon Albarn dans le collectif DRC MUSIC pour enregistrer Kinshasa One Two. Et, dans le timing de Banlieues Bleues, le concert de Okwess International vient à point après celui, – blues viré punk ou punk dérivé blues – de Marc Ribot le 21 mars. Annoncé le 22 mars par Jupiter's Dance – le film de Renaud Barret et Florent de La Tullaye qui l'a révélé –, parrainé par Ray Lema, qui le précède le soir du 24 sur le plateau de l'Espace Paul Eluard, à Stains, avec Station Congo – projet pédagogique pour le renouveau de la scène kinoise –, Jupiter avance face au public, un drapeau congolais sur les épaules, pour son intronisation en France. Et hop, – le coup de foudre.

Sur scène, ils excellent, rodés par la dèche et des années de live avant d'entrer en studio. Les guitares rythmiques et la basse – Richard, Yende, Shule – tracent le groove. Jupiter, Nelly, Alberto et Cubain, authentiques punk, sont en synergie: chant, gestes, trames percussives, scansions. La danse de Nelly relance le jeu des batteurs, irrigue la transe naissante de Jupiter et des autres, la fusion des sons. Le concert se dédouble, se démultiplie, comme un sorcier à la recherche de son Autre dans la nuit équatorienne. L'avenir leur appartient. Ils ont le temps.

Philippe Larollière

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06 mars 2012

Actuum au Kobé (8 dec 11)

Actuul - photo L. Malterre
Actuum - photo L Malterre
...

Trashvortex est un cycle de concerts se déroulant au Kobé, une salle située dans un pavillon d'Ivry (à moins qu'il s'agisse d'un ancien atelier).
La musique jouée fait toute la place aux musiques innovantes d'aujourd'hui, improvisées, électroniques ou non.
Ce soir de décembre (8 dec 11), soirée "jazz" avec Silencers, le groupe de Benoît Delbecq, et Actuum.
Ce dernier est composé de :

Louis Laurain, trompette
Benjamin Dousteyssier, saxophone
Ronan Courty, contrebasse
Julien Loutelier, batterie

Du jazz ? Oui, sûrement ... enfin il y a des notes, des percussions, parfois même des pulsations à peu près régulières.
D'accord, pas tout de suite.
Au début les notes sortent, ou plutôt sont expulsées, et bien sûr il y a des trous, des silences entre elles. Et pourtant, on entend parfaitement ce qui aurait pu être un discours, mais ces notes ne sont pas toutes jouées, du moins pas sur scène, ou elles passent d'un instrument à l'autre : c'est notre cerveau qui fait le travail, qui assemble, qui bouche les trous. Et on reconnaît alors les accents d'un jazz, du bop peut-être.

Dans la vidéo qui va suivre, par exemple, il faut attendre presque la 3eme minute pour que ce qui pourrait être un thème soit exposé (une première tentative à 1:45). Une quinzaine de secondes plus tard, Julien Loutelier, saisi d'une envie de faire danser des baguettes aux couleurs d'une Afrique imaginaire, propulse le 4tet dans une ambiance nouvelle. Les notes se font moins espacées. Un continuum discursif se met en place, un free jouissif animé par Louis Laurin d'abord puis par Benjamin Dousteyssier. On croit être installés dans une musique repérable quand la batterie s'arrête (6:10). Des cornes de brume, des notes qui éclatent çà et là, une basse répétitive (Ronan Courty) soutient alors le (beau) solo de Louis Laurin, retour des rythmes obsédants à la batterie, arrêt ...

Inutile d'écrire davantage. Cette musique est faite de tant de ruptures, de tant d'éclats ou de passages ténus qu'elle résiste à toute description.
Elle est inventive, fraîche, teintée d'humour, en constante instabilité, explosive.


Lien direct : http://youtu.be/aCy-5zKdv4Y  .

Le 2eme extrait fait irresistiblement penser à l'explosion initiale du free jazz, celui des années du jeune ornette, non par ses accents mais par l'énergie, la fougue d'un monde en train de surgir, de bousculer les codes. Alors oui, c'est du jazz pur jus (ils sont "champion d'Europe de jazz", en fait prix de Jazz Migration 2012). Un discours particulièrement inspiré de Louis Laurain ... qui s'épuise progressivement, seulement accompagné par les cordes frappées de Ronan Courty. Le 4tet revient, puis un solo de sax, qui se cherche un peu au début pour trouver ensuite la veine qui l'emménera presque jusqu'au bout.


Lien direct : http://youtu.be/rBOBkAPf3wY  .

Une musique qui pousse, qui pousse, qui bouscule, qui fait sa place. Craquant !

Site Myspace : http://www.myspace.com/actuum
Actuum fait partie du bouillonnant Collectif Coax .

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29 février 2012

Tchamitchian - Mouradian : inséminations intra arméniennes

Gaguik Mouradian (photo dolphy00)
12-02-05_06_Gaguik Mouradian
Pour voir l'album, cliquez sur la photo.

J'avoue me méfier des jazz métissés, des "cross over". Pour des tas de mauvaises raisons.
Mais aussi parce que je crains toujours l'appel à la facilité de l'évocation des terres d'ailleurs ou aux joliesses mélodiques ou rythmiques, l'insuffisance de l'authencité émotionnelle ou de l'exigence. Rien d'inéluctable, diriez-vous, mais on ne se refait pas.
Et puis des illuminations, et il y en a comme à la Java en ce jour de février 2012, le 5 exactement.
L'un est un musicien qui puise aux racines des musiques traditionnelles d'Arménie. L'autre s'est nourri de jazz, de ses convulsions, probablement aussi de la musique contemporaine. L'un ne parle qu'Arménien ou Russe, et n'entend rien au Français ou à l'Anglais que pratique l'autre, ce dernier étant démuni face aux langues du premier.
Ils se sont rencontrés pourtant il y a bien des années, avec pour toute convergence le talent. Et l'Arménie bien sûr et sa générosité consubstantielle.

Une heure d'une musique qui bien sûr nous parle immédiatement (le vertige des repères des musiques traditionnelles et de la basse rythmique), et à laquelle il nous faut résister ... mais pourquoi ? Ici tout est autenthique et puissant.

Gaguik Mouradian écoute attentivement Claude Tchmaitchian mais projette son propre chant sur les cordes de son étrange calebasse à cordes, le kamantcha. Il nous bouleverse par une émotion resserrée, presque contenue, le visage impassible, une musique certes d'ailleurs mais résolument du présent.

Claude Tchamitchian apparaît comme totalement en résonnance avec Gaguik Mouradian, en pleine empathie, mais la musique reste la sienne, avec des sonorités amples et riches qui nous chavirent, nous transportent; quelques éléments répétitifs, comme pour installer un semblant de rythmique jazzy pour ensuite les pervertir, les quitter et visiter des terres qui nous régalent, celles des musiques libres actuelles. Mais il nous fait sentir qu'il n'ignore rien d'une Arménie intime.

Sur le moment nous restons liquéfiés de plaisir. Et en préparant cet article, en revisionnant la vidéo, la magie opère à nouveau. J'espère que vous en aurez autant de bonheur que moi.


Lien direct : http://youtu.be/lgwAMMus9Hk  .

A la fin du concert, quelques mots de Claude Tchamitchian. Il est aussi un magicien du verbe improvisé. Il raconte : Mouradian, les langages, la rencontre au-delà des mots et la connivence durablement installée. Et son propos s'élargit à ces étrangers qui ne sont pas des menaces mais des amis qu'on ne connaît pas encore. Et élargissement encore pour évoquer la période politique actuelle et l'occasion donnée de s'offrir de nouvelles valeurs, plus authentiques.

Retrouvez Claude Tchamitchian lors de ses prochains concerts en Ile de France :
"Neige rien" : Corinne Frimas, Christine Roillet, comédiennes | Guillaume Roy, alto | Claude Tchamitchian, contrebasse
13 mars, 20h30 : Auditorium du collége des Pyramides, Evry (91)
14 mars, 20h00 : Médiathéque Romain Rolland, Romainville (93)
Toutes ses infos sur sa page du label Emouvance .

Enfin, pourquoi pas revoir les minutes de son solo au Souffle Continu ?

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Hasards rédactionnels ? Hier Joelle Léandre, ce jour Claude Tchamitchian, deux des figures de la contrebasse actuelle en France.


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07 février 2012

En Campagnie de Duke et Thelonious

Salut la Campagnie (dolphy00)
Salut la Campagnie
Pour voir l'album, cliquez sur la photo .

On connaît Denis Charolles percussioniste, au bric à brac sonore trimbalé dans une caisse en carton.
Un poète naïf et baroque aussi, nous vantant sa fascination pour un Hollywood de pacotille aux couleurs criardes (Ermitage, avril 2011).
Et bien sûr, le grand Mamamouchi des Musiques à Ouïr.
Le voici donc revenu avec sa Grande Campagnie, un octet, pour une forme de déclaration d'amour à deux figures essentielles du jazz, Duke et Thelonious. C'était le 24 janvier dernier au New Morning.
Un rapprochement qui fleure l'évidence lorsqu'on se souvient d'un article (ou d'une déclaration du Duke lui-même) revendiquant la paternité Ellingtonnienne du jeu de Monk. A posteriori, une confirmation à l'écoute de certaines pièces du Duke. Peut-être aussi, est-ce là une manifestation supplémentaire de cette logique de la création, pointée je crois par Pierre-Antoine Badaroux (Peeping Tom), qui voyait dans son propre jeu une parcelle musicale utilisée en son temps par Coltrane, grossie, retravaillée, structurée par ses soins pour l'amorce d'un nouveau langage.
Et ce rapprochement de ces deux figures dans la dévotion opère merveilleusement.
J'anticipais la désillusion de ceux qui étaient venus en nombre ce soir là au New Morning pour être bercés dans le swing d'Ellington, et qui seraient saisis, broyés par ce grand iconoclaste de Charolles. Mais que nenni, la Campagnie nous a régalé d'une musique certes assez décapante, rugueuse par moments, mais toujours respectueuse des figures, des couleurs, de l'âme même de ces deux étoiles du jazz.
Prenons donc cette vidéo, où Denis Charolles nous évoque un manière de jouer de la batterie qu'on n'oserait plus proposer aujourd'hui, où les arrangements respirent cet esprit du Duke désirant la reconnaissance du public blanc, ses suites, et où Mathias Mahler se livre à un solo étourdissant au trombone en une fête enfiévrée.


Lien direct : http://youtu.be/XP5S6hYg4vY  ;

Du côté obscur, Monk !
Voir cette interprétation de Hackensack, à la fois raboteuse et intimement fidèle à l'esprit de la musique de Thelonious, par une Campagnie réduite à un trio : une batterie (Denis Charolles), un sax baryton (Julien Eil) et un sax basse (Fred Gastard). Formation retenue pour amorcer abruptement le second set, après les douceurs de la pause.
Une pièce courte, moins de quatre minutes, impressionante de vigueur. Un jazz comme on l'aime, primal, libre, fougueux ... et quasi dansant !


Lien direct : http://youtu.be/3xxU_UML68k  ;

Je serait incomplet si je ne disais mon grand plaisir de retrouver au sein même de cette Campagnie, le formidable trio de cuivres "Journal Intime" : Fred Gastard, Matthias Mahler et Sylvain Bardiau. Ainsi que Julien Eil, le sax de Oui Monsieur, ce trio surprenant entendu au Studio de l'Ermitage.

Des musiciens en très grande forme !

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16 janvier 2012

Ernest Dawkins au Souffle Continu (dec 2011)

Absent de Paris pour quelques jours encore, je vous invite à lire (ou relire) la chronique du concert d'Ernest Dawkins au Souffle Continu déjà parue sur FluxJazz.

Théo Jarrier, Ernest Dawkins et fils, Alexandre Pierrepont, Michel Dorbon (photo France Pellecer)
Photo Theo Jarrier

Ernest Dawkins est un homme généreux. Oh, certes, il n'oublie pas qu'il est venu au Souffle Continu, le 16 décembre dernier, pour promouvoir son dernier double CD, il le rappelle d'ailleurs avec une insistance malicieuse, mais il entend bien donner un vrai beau concert, long et intense.
En connivence avec le public, il lui demande de faire tinter tout objet, de préférence métallique, pendant son jeu, pour "éloigner les mauvais esprits" (avec un large sourire en forme de clin d'oeil) avant d'entamer tout d'abord un solo de près de 40 minutes.
Au début, on mesure bien la difficulté de l'exercice, mais ce diable d'homme nous mène progressivement vers divers territoires du jazz, en un pélerinage vers son enfance, la sienne, celle de cette musique, d'une certaine manière la nôtre aussi, avec des enjambées fantastiques du free le plus intense aux classiques du bebop. On continue de faire tinter nos clés, sans vraiment nous en rendre compte, subjugués par cet étonnant conteur.

Ernest Dawkins n'aime pas trop les captures vidéos, mais il avait donné son accord. En contrepartie, je ne propose qu'un extrait assez court (7:40), la fin du premier solo.


Lien direct : http://youtu.be/xYsnyynKq7o .

Et ce CD ? Il s'agit d'un double album paru chez Rogue Art ‘’Velvet Songs, to Baba Fred Anderson’’ en trio avec Harrison Bankhead et Hamid Drake. Le titre est un double hommage : au Velvet Lounge de Chicago et à Fred Anderson, son mentor. Hommage encore par le choix des musiciens, puisqu'il a choisi pour son trio ceux qu'avait choisi Fred Anderson pour son propre trio.
Et il s'en explique devant nous. C'est un homme de partage, de don, d'amour. Il dit pourquoi Fred Anderson, pourquoi la nécessité de tout embrasser, pourquoi encore et toujours le travail, et cela avec humour, longuement, en appellant Alexandre Pierrepont à la rescousse pour traduire.

On ne va pas se priver de ça !  


Quelques mots : http://youtu.be/Nj8aOtv63dY .

Il fait venir une jeune chanteuse "sur scène". Il est aussi rejoint par Rasul Siddik. Musique encore, un peu sur la corde raide : il s'agit de donner confiance à cette jeune artiste (Alice ?).
Puis il revient au CD, nous suggérant tout sourire de l'acheter. Dans le public, quelqu'un dit OK mais encore de la musique ! Qu'à cela ne tienne. Il reprend son sax, se met au milieu du public (qui n'était déjà pas bien loin) et la fête repart ...

Avant de lire la présentation (remarquable) du concert, quelques photos de cette belle soirée :

L'album est bout du clic
11-12-16_14_Ernest Dawkins-Theo Jarrier
photos dolphy00

Les mots de présentation (par Théo Jarrier ? Alexandre Pierrepont ?) :
"Pour la sortie du disque (double cd) du Chicago Trio ‘’Velvet Songs, to Baba Fred Anderson’’ avec Harrison Bankhead et Hamid Drake, produit par le label Rogue Art.
Ernest Dawkins dans la pure tradition de la Great Black Music traverse toutes les strates de la musique afro-américaine de ces cinquante dernières années. Il propose à Souffle Continu, un solo profondément ancrée dans l'âme noire, en quête de ces moments d'extase où la transe des corps et la ferveur des esprits ne sont plus qu'une seule et même chose.
Saxophoniste, compositeur, enseignant, il présida l'AACM de Chicago, dirige le New Horizons Ensemble (fondé en 1979), rassemblant trois générations de musiciens de Chicago. Il organise aussi le Chicago 12, constitués de jeunes musiciens de cette même ville, dont certains furent ses élèves. Il dirige l'Aesop Quartet, tout en participant à d'autres projets musicaux comme l'Ethnic Heritage Ensemble de Kahil El'Zabar. Dans ses explorations musicales avec l'Aesop Quartet, on peut entendre des échos de John Coltrane et Albert Ayler, des invocations de Dizzy Gillespie et Charlie Parker arrangées de telle manière qu'elles rendent un hommage à Louis Armstrong. L'Aesop Quartet intègre également une part importante du hip-hop, qui trouve ses racines dans la tradition jazzistique.
Son jeu lie à la perfection la tradition du jazz et le free, l'influence des grands maîtres, comme ceux du bebop ou John Coltrane et l'exploration expérimentale."


On ne va se quitter comme ça : en cliquant sur la pochette du CD, on trouvera la belle chronique parue sur "FreeJazz"

chicago trio - velvet songs recto

 

Encore et toujours merci à Bernard, à Théo et à leurs formidables invités.

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13 décembre 2011

Daunik Lazro & Roger Turner - Souffle Continu 2 dec 11

Au Souffle Continu le 2 décembre 2011
11-12-02_5_Daunik Lazro, Roger Turner
photo extraite de la vidéo - dolphy00

Mieux vaut arriver tardivement que d'être privé de concert, du moins si cela ne crée pas de gêne.
C'est ainsi qu'arrivé bien après le début du duo Daunik Lazro, Roger Turner au Souffle Continu, j'ai pu profiter sans complexe d'une musiques aux facettes multiples.

La première pièce, m'a-t-on dit, a duré près d'une demi-heure et a consisté en un de ces longs chants dont Daunik Lazro semble détenir le secret où le lyrisme balance la complexité de la sculpture sonore. La batterie de Roger Turner était dotée de peu d'éléments (un claisse claire, un gros tom, deux cymbales et un charleston). Des frappes qui claquent, avec un minimum de résonnances, souvent aux baguettes sur le métal des armatures, les sonorités des peaux quant à elles étant rendues plus étouffées avec diverses plaques posées dessus (métal, feutre, mini cymbales ...) : une forme de contre-lyrisme bruitiste.
La video de cette première partie n'est que partielle, évidemment. Peut-être sera-t-elle diffusée plus tard ...

A la fin, un regard échangé entre les deux artistes : oui, OK, on va jouer un autre morceau.
Cette fois, il s'agit d'un thème enlevé (dont j'ignore le nom). Des grognements suivis de chants aux charmes du jazz d'antant ... très vite détournés, déchiquetés, la richesse sonore toujours, sussurée ou hurlée à la limite d'un sifflement épuisé, la batterie de Turner s'ingéniant à des décalages marqués sauf en fin de pièce où progressivement un semblant de rythme joué sur les deux caisses donnait une esquisse de jungle.


Lien direct : http://www.youtube.com/watch?v=fgUA5OAEG8c

On pensait le concert terminé, mais Roger Turner ne se levait pas. Il démarrait en solo avec ces frappes sèches, ces mitrailles sonores. Daunik Lazro déboite le haut de son baryton pour un chant ouvrant sur un registre large, assez surprenant sur ce bout d'instrument, avant de le ré-emboiter. Une séquence finale sur peu de notes, aux sonorités très travaillées. Un plaisir du son comme suspendu, qui pourrait durer ...
Fin du concert.


Lien direct : http://www.youtube.com/watch?v=n_xo1_5sMuw

Ce duo s'est ouvert peu de jours plus tard à Jean-François Pauvros, à Nantes je crois.

Rappel : chronique des deux derniers CDs de Daunik Lazro :
          some other zongs & Pourtant les cimes des arbres .

Une dernière photo pour finir :
11-12-02_2_Roger Turner
Roger Turner (photo dolphy00)

On ne remerciera jamais assez Bernard Ducayron et Théo Jarrier pour le superbe travail qu'ils font pour promouvoir les créations musicales actuelles.

Posté par dolphy00 à 13:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
23 novembre 2011

Amok Improv : Sylvain Cathala, Fred Maurin et leurs invités

Cuny, Cathala, Mariétan, Maurin
photo extraite de la vidéo
3 - Sylvain Cathala, Fred Maurin, Thierry Marietan,

Retour sur la soirée Amok Improv du 11 octobre dernier au Lavoir Moderne Parisien, cette fois à propos des deux autres protagonistes de ces soirées : Fred Maurin (g) et Sylvain Cathala (ts).

Tout d'abord une séquence en quartette avec John Cuny (p) et Thierry Mariétan (b), pour une musique chatoyante, toute de changements d'ambiances, de couleurs, de trames sonores.
Une pièce avec deux dominantes, la première autour de plaintes éraillées et fragiles au saxophone. Elles sont comme violentées, fouettées de percussions d'archet, de clusters et de frappes directes sur les cordes du piano droit qui en soulignent les accents dramatiques, alors que l'électronique de Fred Maurin joue davantage la rupture par des notes suraigües et des trames complexes. Tout un éventail de textures sonores.
Et aux deux tiers de la pièce, quatre accords délicats au piano installent une ambiance nouvelle, soulignée, ponctuée à la contrebasse. Une forme de tremplin pour un chant au lyrisme tout en demie teinte au sax , la guitare s'installant sur quelques notes aigües et des "nappes de souffles" pour finir sur ... des quasi-clochettes délicates.


lien direct : http://youtu.be/cUN9TDOfp64 

Treize musiciens (si j'ai bien compté) pour un final réunissant Sylvain Cathala (ts), Jean-Brice Godet (bcl), John Cuny (p), Emilie Lesbros (voix), Benjamin Dousteyssier (cl), Gael Ascal et Thierry Mariétan (b), Nicolas Souchal (tp), Sabir Mateen (cl), Benoît Guenoun (cornemuse, ts), Fred Maurin (g), Karsten Hochapfel (cello) et Yoann Durant (as).
Rien n'était préparé pour ce "big band" de musique improvisée, les interactions des musiciens définissant la musique en train de se faire. Dans ce cas de figure, on peut aussi soutenir que la musique est la résultante de l'écoute de chaque spectateur.  Chacun de vous pourrait suivre les "prises d'initiative" ou les recherches de convergences au gré de votre sensibilité :  l'éruption, les éclats de matières sonores, le lyrisme, l'inspiration, la fluidité du discours ... A vous de faire votre écoute.


Lien direct : http://youtu.be/0112P6ldbpo

Amok Improv aura donc finit ainsi son cycle de concerts sous sa forme initiale, dans ce coin du 18eme arrondissement de Paris. Les nouveaux choix programmatiques de l'Olympic Café conduiront à revoir le concept. Comment, en effet "vendre" ce concept ?
Peut-être un "Amok Improv trio" pourrait voir le jour, un trio qui n'aurait de cesse d'inviter d'autres musiciens pour défricher de nouveaux territoires musicaux.
Probablement à suivre.

Posté par dolphy00 à 05:00 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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