02 décembre 2009
Daniel Monforté @ la Guillotine (8 nov. 09)
Daniel Monforté (photo jazzaparis)
Daniel Monforté (voir album photos) ouvrait le programme de cette après-midi de novembre à la Guillotine, ancienne manufacture transformée en lieu associatif où la musique improvisée a ses entrées une fois par mois, un dimanche.
Le lieu n'est pas bien insonorisé d'un extérieur parfois exubérant (large façade vitrée), mais l'oreille isole le travail des artistes défricheurs qui savent trouver là un public attentif.
Seul en scène, avec tout de même un peu d'électronique et une contrebasse tenue en oblique, Daniel Monforté nous a proposé un set d'exploration de diverses manières de solliciter les cordes : avec des mailloches, avec un archet et un balai etc.
Une promenade dans des espaces poétiques et secrets, souvent originaux, parfois faisant penser au dialogue de basses de "Free Jazz", lorsque les cordes sont simplement pincées.
Confortablement installé, à proximité du musicien, les oreilles fermées aux événements de la rue, chacun a pu profiter de ce bien être qui vous saisit lorsque la musique sait jouer sur vos propres cordes sensibles.
Je vous propose d'écouter l'une des séquences, courte (4 mn environ) :
Pensez à vous réserver un dimanche à la Guillotine.
Retrouvez toutes les brèves de
concert
.
17 novembre 2009
13 en scène + 1 : Ping Machine à Radio France (7 nov 09)
Ping Machine - Fred Maurin, de dos
Foule des grands jours à Radio France, avec des enfants un peu partout. Un léger doute au début : étais-je sur la bonne file ? Oui, bon.
C'était un concert attendu.
Ping Machine est connu grâce en particulier à la programmation de l'Olympic Café (pour tenir sur cette petite scène, il faudrait inverser les places du public et des musiciens).
Mais samedi, la salle de Radio France était grande, bien sonorisée, confortable ... et archi-pleine.
Petite présentation de Xavier Prévost pour nous préciser qu'il s'agit d'un collectif, où chacun se sent totalement engagé même si l'on joue la musique d'un seul d'entre eux : Fred Maurin.
Il nous rappelle l'impression forte que lui avait laissée cette formation lors d'un festival de la Défense.
Après deux sets et 1h30 de musique plus un rappel, plusieurs centaines de personnes partagent cette impression.
Cette formation * nous offre un plateau de 10 cuivres, plus une guitare (Fred Maurin), une contrebasse (Raphael Schwab) et une batterie (Rafael Koerner). "Médium band" ? Plutôt "Grand Format" pour le plaisir des oreilles.
Une première partie avec deux thèmes, ou plutôt une suite en 5 parties "Machination" et un thème "Rage etc." issu du précédent album.
La suite permet d'entendre un soliste (voire deux ou trois, successivement), différent à chaque mouvement et qui semble jouir d'une totale liberté d'improvisation, face à l'orchestre doté d'une partition très écrite.
J'ai particulièrement retenu le 2e mouvement, avec un Sylvain Bardiau travaillant, fouaillant les sonorités de sa trompette, un discours très aventureux au sein d'un bain orchestral chatoyant, charmeur, séducteur : une opposition (ou une mise en relief) particulièrement réussie.
Les références à de glorieux anciens ne manquent pas, selon l'histoire, les tropismes de chaque auditeur.
Pour ma part on ne s'étonnera pas que j'y ai cru déceler des réminiscences mingusiennes, en particulier en raison de ce savant dosage d'écriture et d'improvisation débridée; ce sentiment aussi que chaque musicien est comme transcendé par sa contribution au collectif, qu'il puise là une source de développement de son propre univers musical.
Une deuxième partie où l'invité, Benjamin Moussay, avait a priori la lourde tâche de s'intégrer à un ensemble très structuré, disposant d'un son puissant, spécifique ...
Tout a paru, au contraire, très naturel, simple, presque sans modification ni rupture du discours orchestral antérieur, presque ...
J'ai eu le sentiment que les choses ont changé lorsque Benjamin Moussay a commencé à griffer avec son (sa?) Fender Rhodes. Phrases aux attaques puissantes, qui semblaient entraîner l'orchestre, lui donner encore plus de punch. L'écho d'un héritage, peut-être, d'un phénomène des années 50-60, Jimmy Smith.
Tous les musiciens ont eu l'occasion de se faire entendre en solo, les titulaires comme les remplaçants (Matthias Mahler).
Ils étaient tous excellents, certes certains plus visibles, plus
expansifs, à l'image d'un Julien Soro omniprésent et lyrique à souhait,
surtout en deuxième partie. Mais il faudrait citer tous les cuivres.
Une section rythmique basse - batterie
qui sert, soutien très efficacement l'ensemble, avec ce mélange de
décontraction (Koerner) et de puissance (Schwab), ce que le public a
justement "sanctionné" par des applaudissements nourris.
Non, je n'oublie pas Fred Maurin, l'âme de cette "Machine", même s'il a passé une une large part du concert à diriger l'orchestre.
Petit tour en images de cette formation.
Pour voir l'album, cliquez sur la photo
On sent bien que ce concert n'est pas tout à fait comme les autres. Il donne le sentiment d'une éclosion, d'une entrée dans la cour des grands.
Les conditions étaient idéales : grande salle, belles lumières, sonorisation professionnelle, des musiciens en forme, un concept bien au point (un très beau travail de Fred Maurin), un public nombreux et conquis.
Un souhait : que cet ensemble là dure, qu'il ne se défasse pas. Le risque n'est pas mince tant chacun des musiciens pourrait à juste titre prétendre à un itinéraire propre. Ils ont beaucoup à nous offrir, tous ensemble.
Petite précision : de larges extraits de ce concert seront retransmis le 28 novembre prochain sur France Musique (Le bleu, la nuit).
D'autres concerts de Ping Machine sont prévus : faire un petit tour sur leur site ( www.ping-machine.com).
Et pensez à acheter leur dernier disque, d'où est issu une bonne part du répertoire de ce concert : Random issues .
* Liste des musiciens
Benjamin Moussay (piano & piano électrique)
Jean-Michel Couchet (saxophones alto & soprano)
Fabien Debellefontaine (saxophone alto & flûte)
Florent Dupuit (saxophone ténor, flûte, flûte alto & piccolo)
Julien Soro (saxophones ténor & soprano)
Guillaume Christophel (saxophone baryton)
Fabien Norbert (trompette & bugle)
Andrew Crocker( trompette)
Sylvain Bardiau (trompette & bugle)
Matthias Mahler (trombone)
Didier Havet (trombone & tuba)
Fred Maurin (guitare, composition & direction)
Raphaël Schwab (contrebasse)
Rafaël Koerner (batterie & percussions)
Retrouvez toutes les brèves de concert .
03 novembre 2009
Martine Salavize - Denis Colin à Montreuil (19 octobre 09)
Une performance quasi privée et un numéro de téléphone pour s'y inscrire.
Au bout du fil, une artiste qui avoue son trac devant ce type d'action : réaliser une sculpture le temps d'une improvisation en solo de Denis Colin.
Ce dernier en parle assez simplement, à la fin de la performance : comment ne pas être trop présent, ne pas être intrusif, et en même temps jouer pleinement le jeu de cette performance.
Le début de son improvisation reflétait assez bien cette retenue.
Un solo assez doux, avec des sonorités d'une grande sensualité, une forme de célébration des registres de la clarinette basse.
Puis le lyrisme qu'on lui connaît dans la deuxième moitié de son improvisation ... qui se termine par ce qui me semble être une citation d'Eric Dolphy (God bless the child)
petite vidéo
Ce n'est semble-t-il pas la première fois qu'il joue en solo, alors qu'il est souvent entendu au sein d'une formation assez conséquente, la superbe Société des Arpenteurs.
Le modelage de Martine Salavize part de pièces déjà travaillées (deux ou trois têtes) et d'une masse d'argile brute.
Ce qui frappe le néophyte, c'est bien sûr l'intensité du regard, ce regard qui voit déjà l'oeuvre en devenir.
Lorsqu'une tête est reprise pour être travaillée, c'est avec des gestes qui font irrésistiblement penser aux attentions d'une mère pour son enfant.
A contrario, une autre tête est précipitée au sol : matériau à retravailler, parfois à coups de batte.
Le temps passe très vite. C'est d'ailleurs ce rapport au temps qu'évoque Denis Colin. Cela donne un timing, un début et une fin pour la création de l'oeuvre plastique. "Moi ça me fait faire des choses que je ne ferais jamais" précise Martine Salavize ..."le lancé de tête ?" suggère un spectateur ... rires.
Quelques images, fixes, de cette performance, ce tête à tête promis sur l'invitation.
Pour voir l'album, il suffit de cliquer sur la photo
Discussion libre ensuite, avec une intéressante suggestion d'ajouter un troisième volet à la performance, la mise en lumière.
Petit verre, discussions. Départ et regret de n'avoir pas pris le temps de photographier les oeuvres exposées dans le hall du temps où le public n'était pas nombreux. Une prochaine fois, sûrement.
27 octobre 2009
Claude Parle - Marguerite Papazoglou @ La Rotonde de Choc
Il y avait bien des tentations à Paris ce 16 octobre, mais il me fallait enfin aller voir ce lieu de l'improvisation qu'est la Rotonde de Choc (R²C).
Et puis, Claude Parle s'y produisait.
Beaucoup de monde à l'entrée, quai de Jemmapes, mais c'était pour un concert de rap et pour un cours de danse. Bien moins nombreux pour la R²C.
On doit s'abonner, pour un trimestre c'est 3 €, et grâce à des mathématiques étranges, l'année ne coûte que 7 €.
La salle noire est finalement bien remplie.
Claude Parle - Marguerite Papazoglou
Les artistes sont là. On apprend que la danseuse, Marguerite Papazoglou, est blessée au bras droit ... mais le spectacle continu.
L'obscurité se fait, la musique se déploie, longuement, installant une attention aiguisée.
Puis la lumière se fait, sur une Marguerite immobile.
Difficile de parler de danse lorsqu'on est, comme moi, totalement néophyte.
J'ai perçu cela comme une ode initiale à l'équilibre fragile, nerveux. Une jupe qui se déploie comme les plumes d'un oiseau, comme une flamme hésitante.
Puis la fragilité à nouveau, sous les griffures de l'accordéon, un peu à l'image d'un petit animal traqué, qui se défend, farouchement, qui cherche la protection d'un abri.
Métaphores, métaphores, qui n'ont probablement rien à voir avec la danse.
Deux artistes tendus chacun vers l'autre, ses mouvements de corps, de chant, aucun n'imposant son geste. Une entente réussie de l'athlète et du moineau.
Et Claude Parle ? sa musique ?
Un instrument aux très belles sonorités. A main gauche, les nappes sonores, faisant parfois penser à des drônes électroniques, parfois à des polyphonies à l'orgue. Un grain complexe, une matière sonore riche, qui présente bien des mouvements de couleurs juxtaposées. Et des trilles à main droite, des vrilles, des gifles, des coups de griffes, en tensions déferlantes et apaisements.
Un duo particulièrement expressif, comme un moment de souffle retenu.
On partage, même si la vidéo ne peut rendre totalement la sensibilité du moment.
Et puis quelques photos, permettant de voir autrement ces artistes.
De cette soirée, décidément riche de sensibilité, j'ai aussi ramené des image d'un autre duo, Catherine Karako et Gilles Broussaud. Pas de musique, ni vraiment de danse, mais une forme de théâtre, avec parfois juste des esquisses de mots, des tensions, obsessions, déceptions, accablements, rêves, espoirs, lumières.
Retrouvez toutes les brèves de concert .
16 octobre 2009
Retour sur Eve Risser - Joel Grip - Raymond Strid trio (Claude Parle)
Eve Risser - Joel Grip - Raymond Strip (photo facebook d'Eve Risser)
Un trio qui pourrait se révèler fécond ?
Lundi 5 octobre à la Galerie "A l'enseigne d'un volatile insignifiant"…
Un trio inédit nous a littéralement soufflés ! ...
Les mots de bienvenue traînaient encore leur écho que déjà Eve Risser infligeait de monstrueux clusters au clavier d'un piano qui ne s’attendait guère à cela ...
Raymond Strid décollé de cinquante enchaînait aussitôt lâchant les bois sur ses peaux tendues à rompre, entraînant dans son sillage Grip plaqué dans les cordes ...Non, je dirais :Joel plaquant ses cordes sur le manche fourbi de la contrebasse tonne ! ! ... Lol ! ...
Durant un bon quart d'heure, j'eus l'impression d'assister à un remake de Ben Hur avec la sono des Stones ! ...
Eve de plus en plus magnifique torturant un piano enfin à la hauteur de sa puissance, manipulant étoffe, crins, aimants, vibreurs et autres accessoires dorénavant liés au pianiste contemporain, s'installe dans son inouï habituel ...
Raymond c'est un drôle de bonhomme ...il a joué avec une kyrielle de musicien de première grandeur (note)
C'est vraiment un alchimiste de la percussion ... manipulant avec un rare bonheur un attirail de dinanderie qui n'eut pas déparé un ferrailleur, il fait gémir le bronze et l'acier autant que le bois et le poil ! ...
flirtant avec la trépidité* de la basse puis mêlant son grain boisé dans les percussions du piano, il ne lâche pas le rythme ni le mordant, tirant des bords contre Joel puis revenant au près sur le jeu intransigeant d'Eve ...
Le deuxième set succéda immédiatement au premier, sans pause devant le public sidéré.
Une entrée toute en subtilités, en totale opposition au premier set, Eve créant des nappes avec ses vibreurs, de véritables nappes harmoniques, tandis que Raymond faisait chanter ses cuivres, ces deux là créant une métallurgie nouvelle, un eutectique cupro-ferrique dément ... porté au point de fusion maximum, alimenté par la combustion spontanée de la contrebasse, enlié par la corde et le crin de Joel ...
Qui eut pu se douter que l’alliance du cuivre et de l’acier pouvait donner de l’or ?
Ce qui a fait le génie de ce deuxième set c’est l’incroyable duo piano batterie. Tant par tuilage que par complétion, voir opposition, la paire telle une mayonnaise inouïe, surfactée par la basse sans cesse à l’affût de Joel, a construit méticuleusement un canevas singulier et précis. Alliance de bois de Raymond quand Eve attaquait les cordes, chuintement de bronze quand le cordier gémissait sous les vibreurs ou le crin.
Breaks secs, crépitements de baguettes, wood bloc, résonateurs de bronze, sans jamais aucune absence de rythme … tout l’arsenal du percussionniste mais sous forme compacte a été mobilisé au service d’une musique sans cesse renouvelée, inventive, généreuse et fraîche …
Gageons qu’un hardi tourneur osera se pencher sur le destin d’un possible Trio du futur …
* « trépidité » néologisme crée sur l’A.F : trepper
Note : Raymond Strid. Né à Stokholm en 56, inspiré par les batteurs comme Han Bennink, Paul Lytton, Tony Oxley, a formé le trio "Gush" avec Mats Gustafsson et Sten Sandell, the Electrics (Axel Örner, Sture Ericson Ingebrigt Flaten), une discographie qui s'étale de 88 à maintenant, avec des partenaires comme Sven Ake Johansson, Paul Pignon, Phil Wachsmann, Martin Künchen, Joelle Léandre ... Il a joué dans le Barry Guy New Orchestra.
Raymond Strid : http://www.digmusic.se/Artiklar.Raymond%20Strid.html
Infos sur Raymond Strid : http://www.efi.group.shef.ac.uk/musician/mstrid.html
Claude Parle
Voir aussi l'article de Théo Jarrier sur ce même concert.
Retrouvez toutes les brèves de
concert
.
07 octobre 2009
Risser/Strid/Grip @ L'Atelier Tampon (5 oct 09)(par Théo Jarrier)
Eve Risser - photo DNA Julien Kauffmann
Trio Eve Risser (p) - Joel Grip (b) - Raymond Strid (dms)
le 5 octobre 09 à l'Atelier Tampon
Très beau concert lundi soir à Tampon...
Issue de la nouvelle génération d’improvisateur, Eve Risser et Joel Grip s’inscrivent dans la formidable continuité de ces musiques vivantes, il faut le dire.
Eve Risser (évoquant dans les moments les plus lyriques, Marilyn Crispell) utilise en plus, une large palette d’accessoires à côté et à l'intérieur du piano...
Raymond Strid, quant à lui, oppose en contrepoint une trame élaborée où les sonorités des fûts se mélangeant aux sons des cloches et autres accessoires, fournissant une nappe bouillonnante qui réchauffe la matière à petit feu.
Joel Grip, dans les cordes, s’immisce alors habilement à l'intérieur de tout ça, sonde et tempère le jeux des deux autres.
Nous avons cette constante impression de bouillonnement, de mijotement d’ingrédients, bien sûr par ailleurs bien connus et certes identitaires, mais qui savamment dosés révèle une musique instinctive particulièrement intense.
On en redemande avec bonheur !!!
Théo Jarrier
Retrouvez toutes les brèves de
concert
.
PS : Théo Jarrier et Bernard Ducayron fêtent le 1er anniversaire de leur boutique, le "Souffle Continu",
le samedi 10 octobre de 12h à 22h.
"A cette occasion, soufflette continue & poivros vinaigrettes.
Venez nombreux...
20 / 22, rue Gerbier
75011 Paris - France"
18 septembre 2009
Festival "The New" de Joel Grip à l'Atelier Tampon (Claude Parle)
A l'atelier Tampon: Micro festival en forme d'envoi pour une improbable rentrée ...
Samedi 12 & dimanche 13 septembre.
La Suède est revenue à l'atelier ! .....Avec une carte blanche à Joel Grip.
Ce contrebassiste talentueux dont nous avions déjà dit beaucoup de bien et pressenti une évolution prometteuse s'est acquitté de la tâche avec un rare bonheur ...
Comme les formations sont très spécifiques, nous abandonnerons délibérément l'ordre chronologique qui n'avait d'intérêt que dans sa progression scénique.
La présence de Sofia Jernberg que nous avions remarquée lors d'une précédente venue à Paris, dans le trio qui conclut la première soirée s'est encore affirmée aux cotés de Silvia Tarozzi et Pierre Borel.
Ce trio tout en finesse et retenue a exploité tous les registres des timbres et de l'articulation voix/instrument.
L'alto de Pierre Borel a exploré sans relâche les aigus, les résonances et les attaques d'anche, tuilant sans cesse avec les effleurements de cordes de Silvia pour se fondre dans les susurrements de Sofia ...
Une véritable mélodie de timbres avec quelques saillances inédites qui nous a ravi pendant deux (courtes) improvisations.
Certes, ce ne sont plus là de véritables innovations mais le courage et la précision de leur mise en forme au cours d'une session improvisée a quand même de quoi surprendre ...
Ces délicats tuilages de timbres bien sentis et parfaitement exploités touchent de près une écoute quasiment spectrale du son.
Borel a trouvé quant à lui un système d'attaque et de tenue (de note) particulièrement intéressant, donnant un rendu linéaire, presque sinusoïdal à certains sons...
Et la superposition des trois registres engendra des harmoniques tout à fait étranges ...
Conclusion splendide d'une soirée ouverte par un duo de piano dans sa configuration classique ...mais dont le déroulement fut tout autre.
Délicatement préparés, avec deux instrumentistes remarquables, le duo d'ouverture mit les choses en place immédiatement et précisément.
Leur jeu décrivait d'étonnante manière, une approche résolument contemporaine subitement traversée par quelques traits de groove repartant vers les touchers subtils des cordes préparées pour rencontrer comme un courant d'air à un carrefour des riffs de jazz, un tempo de bop ! ...
Joel Grip s'est illustré dans un impressionnant
solo de basse, exploitant tout ce qui est possible d’extraire de son
instrument, tantôt charmeur, puis s'acharnant sur la carcasse tel un équarrisseur
dément à l'heure de l'apéro ! ...
Pour revenir caresser comme une excuse, les cordes
qui tour à tour sous ses doigts de magicien sont drisses de haubans ou cheveux
de Naïades ...
Yumi qui avait semble t-il pris le parti de rester
minimale dans sa gestuelle et son énergie n'a pas jugé utile de se créer de
force une entrée dans ce labyrinthe de sons et de gestes ... attendant
tranquille que le minotaure s'il y vit encore daigne saluer son économie d'un
petit signe, du bout d'une corne indécise ...
Pierre Borel, le lendemain a fait preuve d'une ténacité
et d'une endurance toute particulière ...
Traçant un solo clair, précis et incisif, sur un
mode linéaire avec une construction attaque/tenue, timbre/silence imperturbable
malgré les vociférations distantes de quelques énergumènes que l'exposition qui
avait précédé n'avait pu larguer plus bas (le caniveau est pourtant en pente
vers Charonne ! ...)
Une mention spéciale pour le duo Sehnaoui/Jernberg.
Le trio de la veille nous avait vraiment plongé
dans le ravissement mais là, ce duo de femmes fut particulièrement émouvant
autant que magistral.
Christine dont le travail original à l'alto a
considérablement évolué a tissé un véritable cocon de micro sons pour l'organe
délicat de Sofia. Elle a su construire une réelle architecture
dans le registre
des attaques, des oscillations entretenues, des souffles et des compressions
dans une splendide association avec le travail de la voix.
Solide quand il a fallu construire, souple quand il
fallait des trames, avec une inventivité constante, cela permit à la chanteuse
de se laisser aller à toutes les excursions possibles ... une véritable
manducation de la parole ! ...
Laissant le public sous le charme d'un réel envoûtement
....
Un grand merci à ces deux artistes.
Il revint au trio Grip, Tarozzi, Walker de
conclure ces deux passionnantes soirées ...
Nous ne fûmes point déçus ! ! ...
Saluons d'abord Deborah Walker, une violoncelliste
impressionnante, possédant tous les registres de son instrument, capable d'une
vivacité et d'une étonnante puissance autant que d'une douceur subtile à la
limite du son... faisant sonner ses cordes avec presque autant de sauvagerie
que Joel .
Silvia, au violon alto toujours aussi subtile et
inventive a encore extrait de l'instrument des timbres et des frisés dont elle
a le secret et Joel inlassable créateur explorant/exploitant tout ce que cette
malheureuse caisse peut contenir d'inouï et d'indicible ...
Il y eut deux séquences, la première dans un jeu
ouvert avec une disposition trine chacun bien individualisé contribuant à une
séquence rythmique et harmonique bien équilibrée, avec des vélocités et des
registres posés et déterminés. Les évolutions en intensités et en timbres toujours
bien individualisées et argumentées ...
La seconde, fabuleuse, disons le tout net ! ! ...
une mélodie de timbres et de micro tonalités avec quelques saillances subtiles
semblait avoir été composée et répétée ! ...
Merveilleux tissage de timbres et d'harmoniques de
cordes, au cours duquel, Silvia eut le génie d'amener quelques souffles,
inspirs, puis voix très fine, comme un murmure des cordes dont on n'eut osé
dire qu'elles appartinssent à l'alto ou au larynx de l'exécutante ! ...
Joel sans broncher d'un pouce dilua jusqu'à
l'infinitésimal la puissance de la contrebasse avec la fécondité d'un
alchimiste ...
Un final parfaitement abouti, posé, se terminant
avec la précision implacable de l'archer lâchant son ultime trait ...
Il fallait cela pour conclure ...
Deux soirées intenses donc, mémorables parce que
rares, avec du public, des amis et de l'excellent vin judicieusement épongé par
les gaufres suédoise que Joel, ubiquitaire ...mais avec quel talent réalisa,
cuites par Eve Risser dont il convient de saluer la présence au
"piano" miniature ! ! ...
Heureusement qu'il existe encore un tel lieu dans
Paris où les Zorganisateurs frileux dans leurs petites laines humidifiées des
crachins automnaux vont encore s'étrécir sous les effets combinés de la pluie,
du froid et des strangulations budgétaires !... Brrrrrrrr ! ... (c'est pas
demain qu'on va se risquer ! )
Samedi : Duo de pianos :Patricio
Villarroel / Benoit Delbecq
Duo : Yumi Fujitani : Danse, Joel Grip : ctb
Trio : Pierre Borel, alto/ Sofia Jernberg, voix/ Silvia Tarozzi,
violon
Dimanche : Solo : Pierre Borel, alto
Duo : Sofia Jernberg, voix/ Christine Sehnaoui, alto
Trio : Joel Grip, ctb/ Silvia Tarozzi, violon/
Deborah Walker, violoncelle.
11 septembre 2009
Jean-Louis à La Villette (10 septembre 09)
Aymeric Avice - photo Christophe Alary
Je n'y étais pas, ou du moins pas vraiment.
Ce concert était retransmis sur le site de La Villette, en direct.
Jean-Louis est un trio composé d'Aymeric Avice (tp), Joachim Florent (b) et Francesco Pastacaldi (dms).
Il passait en première partie de la formation de Carl Craig (que j'écoute en ce moment même).
Quelques lignes écrites à chaud pour dire l'intensité de la musique de ce trio.
Un groupe qui s'épanouit dans un groove puissant, avec une batterie qui martèle un rythme fait de ruptures, qui faiblit pas, avec des lignes de contrebasse nerveuses, jouées comme sur une guitare, avec des sons superbes, certes travaillés grâce aux pédales.
Enfin, un Aymeric Avice au phrasé et aux sonorités toujours surprenants, à large spectre (je ne crois pourtant pas qu'il disposait de pédales), passionnants. Pas d'effets, pas d'esbroufe, un jazz nécessaire, concentré, un astre noir.
Peut-être ne mesurons-nous pas assez l'excellence de la jeune (et moins jeune) scène française de jazz.
Excellente initiative du Festival de La Villette .
Voir précédente chronique là .
Retrouvez toutes les brèves de
concert
.
09 septembre 2009
Big Four & Joey Baron à La Villette
Le Cabaret Sauvage, un chapiteau posé un peu loin de tout dans ce vaste espace de La Villette.
Un Cabaret déjà plein vingt minutes avant l'heure, d'où un incessant va et vient de spectateurs cherchant une micro place où se poser, alors que la billetterie continuait de distribuer des places, imperturbablement.
Et une chaleur insupportable dans la salle, et j'imagine sur scène avec les projecteurs.
Et la musique ?
Difficile de s'abstraire de ces conditions d'écoute.
L'impression d'ensemble est celle d'une musique navigant entre un New Orleans revisité et un Free amical, avec des thèmes bien chantants; une musique aux phrases finalement assez sages.
La rythmique était au rendez-vous grâce au trio Baron, Akchoté, Jones, des lignes différentes mais très complémentaires; un sourire d'ange aux lèvres de Joey Baron du début à la fin.
Des phrases parfois un peu folles, parfois drôles, des deux solistes, Max Nagl (sax, invisible de moi, bien caché par l'un des nombreux poteaux du chapiteau) et Steven Berstein (tp et petit quelque chose à coulisse).
Steven Berstein Big Four + Joey Baron (Max Nagl absent des photos)
Malgré des conditions matérielles déplorables, et en dépit de l'attente principale du public (le concert de Marc Ducret), un pari assez réussi.
On pourra en juger par cette vidéo, prise comme j'ai pu.
Vidéo 1
ou par cette autre avec un battement implacable de Joey Baron, et deux solos, l'un d'Akchoté, l'autre de Brad Jones
Vidéo 2
Retrouvez toutes les brèves de
concert
.
04 juin 2009
Parle - Petit - Pontevia : retour sur le concert du 13 mai par ... Claude Parle
Il n'est pas bien fréquent qu'un musicien écrive une chronique de son propre concert.
On avait évoqué cette possibilité avec Claude Parle, sur le ton du "... et pourquoi pas ...".
Et comme on aime jouer, Claude Parle a pris son clavier, avec la distance qu'imposait l'exercice.
Il n'allait pas dire qu'il avait été génial ou que ses amis sont formidables. Je l'ai moi-même fait lors d'une précédente chronique.
Il s'agit plutôt d'offrir un point de vue nouveau, quasi technique sur le process même de ce concert ... et de sa mise en écho avec celui du lendemain.
Pour compléter son propos, la vidéo de fin de concert, avec l'éclat de rire final : on ne s'embête pas dans la musique improvisée.
Trio inhabituel à Souffle Continu ce Jeudi soir ...
Une grosse caisse, Mathias Pontévia; un accordéon, Claude Parle; Un sax, Jean Luc-Petit, plus classique ! ...
Pas de round d'observation ! ...Tout le monde part en même temps à fond ...Dieu ou Satan reconnaîtra les siens ! ! ...
Que dire d'un tel enfer de notes ? ...Même en réécoutant la perf sur la vidéo, il est impossible d'en tirer un quelconque parti ...
Peut être que cela peut définir une forme d'improvisation: l'impossibilité d'en extraire quoi que ce soit ! ...
Tout semble lié, mené par une sorte d'implacable logique dont le code serait variable.
Et pourtant, il y a une indéniable écoute, un échange manifeste et un soutient mutuel dans les explorations ...
Même les accords sont incompréhensibles ...Comment ce foutu accordéon arrive t-il à émettre d'aussi bizarres clusters ? et on ne peut pourtant mettre en évidence aucune maladresse ou fausse route par rapport au saxophone de Petit ...
En fait, en repensant au concert du lendemain à Tampon, il vient à l'esprit qu'après avoir épuisé une certaine quantité d'énergie brute, il se crée peu à peu un espace pour l'émergence de formes plus identifiables, ou plus structurées ... Un peu comme l’opacité de l’univers en formation …
La dernière partie du concert à la Galerie fut en fait édifiante par rapport à l’épuisement du matériau …
Avec la répétition des trames harmoniques, pouvant compter sur leur potentiel développement, il devenait possible d’en faire l’économie et de construire une sorte de contre sujet pour exploiter la dynamique ou l’harmonie sans se poser la question de l’épaisseur ou de la densité du matériau proposé …
Ensuite, la longueur du concert porte à exploiter “obligatoirement “ si l’on peut dire, des directions, des construction qui ont été mises de coté par le développement de l’intention première.
Ce qui implique une recherche constructive plus “pensée“, plus décalée par rapport à l’engagement immédiat de l’instrument dans la prime impulsion du concert.
Quant à la question de l’appréciation de ce travail … Le public fut semble t-il assez satisfait …
Le plaisir des musiciens fut en tout cas manifeste …
C.P
Retrouvez
toutes les brèves de concert



















![09-05-30_Le bruit du [sign] @ Atelier du Plateau](http://storage.canalblog.com/52/64/77359/40161449_q.jpg)














