Jazz à Paris

Concerts de jazz à Paris et en Ile de France .................. dolphy00@hotmail.com ...

05 mai 2008

Retour sur le festival "La Belle Ouïe" (Philippe Levreaud)

La_Belle_Ouie_08Le 21 mai,l'émission "A l'improviste" retransmettra la 1ere partie du concert du 23 avril (Festival "La Belle Ouïe au Lavoir Moderne : voir JAP2).
Pour la seconde partie, ceux qui n'ont pu se rendre au Lavoir Moderne pourront en avoir une idée à la lecture de cette chronique de Philippe Levreaud.

"Eh bien oui, parlons musique : mercredi 23 avril, splendide soirée au Lavoir moderne :Teppo Hauta-Aho et Raymond Boni,suivis du Quatuor Bela jouant John Oswald, puis de 3 mvts du 2e quatuor de Ligeti, Black Angels de George Crumb en plat de résistance (que j'avais entendu il y a quelques années en binôme avec Annette Peacock en solo, grand souvenir déjà), suivis de Mats Edden, et Erkki Sven Tüür, avec Britten pour finir.

Course poursuite tout en énergie et en finesse, rebonds, galops, et steeple chase pour les premiers, humour aussi. Très beau moment de musique et belle rencontre humaine.Magnifique programme défendu bec et ongles par les seconds. Même si Tüür apparaît un peu faible dans cet ensemble, le tout prend sens par la confrontation, en une seule coulée.

Et, surtout, très belle initiative de programmateur pour composer cette soirée à deux volets improvisation/écriture, cordes à cordes, où - j'imagine - pour certaines oreilles, ici mélangées, et c'est toujours un bonheur de voir cela fonctionner (et toujours une surprise désolante de devoir constater que si peu de programmateurs jouent cette carte... mais c'est qu'il faut, encore, se soucier de musique et d'écoute, ne pas faire n'importe quoi, et là...) l'un a pu éclairer l'autre et l'écoute du mieux connu appeler l'attention à la découverte.

Voilà, c'est tout. Le lendemain est une autre histoire (Ninh solo et Cie des musiques à Ouïr)..." 
(Philippe Levreaud)

Rappel : Retransmis le 21 mai à l'Improviste, la première partie de la soirée (Teppo Hauta-Aho et Raymond Boni)

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01 avril 2008

Hubbub : "Une question de timbre ... et d'enveloppe"

Comment empêcher Edward Perraud de rebondir sur une remarque de Jean-Luc Guionnet au sujet des timbres produits dans la musique improvisée ? Cette métaphore musico-postale a jailli du batteur presqu'à son corps défendant et l'a plongé dans un fou rire dont il a eu du mal à sortir.

Hubbub - photo www.jazz-mulhouse.org

hubbub___photo_jazz_mulhouse_org

Comme il est coutume lors de l'enregistrement de l'émission "A l'improviste", Anne Montaron, qui accueillait Hubbub* ce samedi 29 mars à Radio France, entamait avec les musiciens une discussion sur leur musique, sur l'esthétique du groupe.

Lors de ces échanges, les artistes ont, en particulier, pointé leur relation au spectacle et évoqué une des mises en scène antérieures : un concert joué derrière le rideau, afin de focaliser l'attention du public sur les seuls sons produits. Cette fois, ils étaient tous bien visibles, très proches physiquement les uns des autres, très proches aussi du public.

Ce public était lui aussi invité à participer à la discussion et les première questions marquaient une fois de plus les réticences de certains face à ce courant musical, l'association récurrente faite avec "des bruits". Très gentiment, Guionnet, Denzler et d'autres (dont Edward Perraud avec sa référence au timbre et à l'enveloppe) ont tâché de retourner la question vers la subjectivité de chacun, vers une écoute acceptant pourquoi pas l'hypothèse d'un moment de "bruits" ...
Il se trouve que mon regard est tombé sur le titre d'un livre évocateur : "Tout est bruit pour qui a peur"**.

Cette discussion fut, de fait, une vraie leçon de musique improvisée. Comment s'ouvrir à un univers aussi neuf, inouï par définition, porteur de sensations nouvelles, de nouveaux plaisirs.
Elle arrivait après une belle démonstration, musicale celle-là, de 45 mn.

Faire de la musique improvisée en solo, est assez fréquent.
En quintette, l'exercice est bien plus délicat.
En contrepartie, on peut se voir offrir de très belles convergences sonores, amples, riches, ce qui fut le cas.

Pourquoi parler de ce concert ?
D'une part, pour partager ce moment de plaisir, de sensibilité et d'intelligence, et pour inciter chacun à aller à Radio France pour l'enregistrement des prochaines émissions.
D'autre part, pour réserver votre soirée de mercredi (2 avril à 22h) pour écouter l'émission sur France Musique.

* : Hubbub :
Frédéric Blondy (p) - Bertrand Denzler (sax) - Jean-Luc Guionnet (sax) - Jean-Sébastien Mariage (g) - Edward Perraud (dr).

** Tout est bruit pour qui a peur - Pour une histoire sociale du son sale : Pierre Albert Castanet.

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25 mars 2008

M. Ducret; Gebbia - Grip - Powell : 23 mars à l'Atelier Tampon (par Claude Parle)

Brève de concert par Claude Parle :

Umlaut_Records


"
Dimanche à 17h 30 Marc Ducret apparait comme spider man surgirait de sa toile face aux fantastic four ! ...
acharné dans les fils de sa guitare écarlate, le voici qui entreprend de découper l'univers du discours musical en tranches ! ...Un long tissage par ici et clac !  d'un grand coup de pédale il tranche net dans l'art ! ...Ou bien il saucissonne par petits tapotages dans la chaine des effets aplatis au sol, sages ! ! ...
Entre les effleurements amoureux de sa paume sur l'engin jusqu'aux frappes assénées sur le corps le manche et le dos de la bête, Marc s'est exprimé, comme on dit, en trois courts mais purs moments de bonheur intense ...

Après les libations en usage en ce lieu, un trio inédit composé de Gianni GEBBIA (sax), Joel GRIP (basse),  et Garth POWELL batterie ...

Un trio tout bonnement sidérant d'inventivité, de précision d'intensité et d'émotions ! ...
Gianni Gebbia est un remarquable altiste qui posséde un répertoire d'une étendue remarquable et un son carrément magnifique ...
Joel Grip est un furieux contrebassiste dont l'inventivité et la finesse ne laissent aucune béance rythmique ni répit quel que soient les tempi ...
Quant au percussionniste, Garth Powell, je l'ai trouvé carrément stupéfiant ! ! ...puissant s'il le faut, fin et prècis comme un métronome, pour se laisser aller à l'introduction des gadgets de rigueur dans ce genre de session avec humour mais sensibilité ...
Apparemment, rencontre unique mais à suivre à mon avis ...

Ces rencontres ont eu lieu dans le cadre du "Umlaut Records Festival Tour"
"

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19 mars 2008

"Improviser c'est respirer !" Mercredi 19 mars 08 sur France Musique

Bruno Chevillon et ses deux archets
08_03_12_A_l_improviste_12_Bruno_ChevillonC'est Jean-Marc Foltz qui reporte ce commentaire d'un musicien suisse non improvisateur.

Lors de la soirée d'enregistrement de l'émission "A l'improviste", nous avions respiré à plein poumons avec un duo d'une rare complicité : Bruno Chevillon (cbs) et Jean-Marc Foltz (cl, bcl).

L'un est issu de la scène du jazz (quoiqu'il en dise), et l'autre étouffe lorsqu'il est confiné dans le seul univers de la musique contemporaine, chacun allant vers l'autre, vers l'autre univers ... pour produire une musique qui doit à l'un et l'autre des genres musicaux, mais aussi à la musique électronique ... alors que la lutherie était pure de tout ajout de la fée électricité (hormis les micros etc.).

Il y avait, en effet, un tel amour des sons, que nous avions à entendre un travail délicat, comme suspendu (un drône), où la pâte sonore devenait l'objet même de toutes les attentions, de bien des trouvailles.

Par moments, chacun des musiciens s'ingéniait à faire résonner son instrument de manière à faire entendre tout un spectre sonore. Une belle richesse musicale.

On pourra les entendre ce mercredi 19 à 22h sur France Musique, l'émission d'Anne Montaron, et pendant une semaine, en différé, sur le site de l'émission.

Et puis aussi, notez sur votre agenda que le samedi 29, à 17h30, à la Maison de Radio France, un autre enregistrement d' "A l'improviste" sera offert, avec comme invité "Hubbub" (Frédéric Blondy - Bertrand Denzler - Jean-Luc Guionnet).
Cette démarche permettant de faire connaître cette musique encore émergeante qu'est la musique improvisée, reste fragile : Anne Montaron a besoin du soutien des amoureux des sons, de l'aventure musicale d'aujourd'hui, des rencontres inouïes.
Venez au concert du 29. Là où l'émission dure une heure, le concert et les échanges durent 90 mn.

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18 mars 2008

Deux soirées de musique improvisée (par Claude Parle)

Madiot___Battus___MurayamaOn peut dire qu'il y a quand même des soirées qui valent la peine de se déplacer ... contrairement à ce qu'on s'entend lire parfois ! ! ...

Mercredi donc, à la galerie "Tampon" spectacle de choix :

Thierry Madiot, Pascal Battus et Seijiro Murayama
Thierry MADIOT : souffle;
Pascal BATTUS : guitare environnée;
Seijiro MURAYAMA : percussions

Performance tout à fait remarquable pour ne pas dire exceptionnelle certes  réalisée par des musiciens dont la réputation n'est plus à faire mais dont l'inventivité, l'écoute et la précision font rêver ...et laissent rêveur ! !

Pascal Battus, excellant dans ses choix et dans la minutie de ses triturations électrodactyles, on peut dire qu'il est en train d'inventer une nouvelle industrie : la Chirelectronie ! ! ...
Madiot comme toujours remarquable instrumentiste et inventeur d'improbables tessitures ...avait allongé son ambitieux registre jusqu'au bar où l'agaçant serpent ondulait du bec et du sang/son dans les pieds des invétérés rivés à leurs goulots ...
Murayama dont la précision dans le désordre reste une vivante énigme dans les sillons du rythme érodés par des vents indicibles ...
L'ensemble a fonctionné avec merveille et minutie pendant les deux sets ...

J'en profite pour dire aussi tout le bien qu'il faut penser de ce lieu étonnant qu'est la Galerie Tampon-Ramier qui outre une programmation d'exception a l'insigne mérite d'offrir des vins tout à fait remarquables ! ...
Au moment où tant de places disparaissent, il convient d'adresser un fervent hommage à cet endroit unique où règne en maitre Monsieur Marc poête-oenologue à ses heures et programmateur  éclairé dont devraient s'inspirer bien de ces "loueurs de salles" ci-devant tenanciers d'indigestes musiques ...

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Jeudi, aux "Instants"...

Le_Quan_NinhLê Quan Ninh - photo www.instantschavires.com

Soirée tout aussi fabuleuse avec Frédéric Blondy et Lê Quan Ninh ...

Encore deux musiciens qu'on ne présente plus ! ! ...et bien sur, musique à rêver! ...

Puissance, sensibilité et inventivité ébouriffante de ce remarquable pianiste (si il faut quand même le dire ! ) qu'est Frédéric Blondy ...sachant lorsqu'il est nécessaire faire chanter son clavier comme s'il écrivait quelque billet à une lointaine âme chère et déchainant sa fureur sous les rafales de Ninh littéralement explosé sur son incontournable (g)rosse caisse ! ! ...véritable autel voué aux célébrations les plus iconoclastes de la rythmicité inventive.

Quoique ce soir la célébration ait plus tourné sur les effleurements d'archet aux bols de l'offertoire
(impie forcément ! ) que sur l'orage prévisible.

Ces deux là nous ont offert deux remarquables sets d'une véritable écriture, tout y était ou presque... c'est là où l'on perçoit clairement que le travail du talent a tourné la clef d'or qui laisse libre la clenche de la porte du génie.

Claude Parle

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17 mars 2008

Ernest Dawkins - Frank Catalano : from Chicago

Promis, juré : lorsqu'on sera à Chicago, on se contactera pour assister à un concert.
Promesse faite en décembre 07 à Ernest Dawkins, à la Miroiterie (voir deux vidéos ici et ), grâce à l'aide d'un traducteur bénévole.
Sur place : coups de fil, mails ... c'est OK. Ce soir là au Pete Miller, à Evanston, au nord de Chicago.
Pas de voiture : un métro interminable, des quartiers peu aguichants (j'aurais dû écouter les conseils du lobby de l'hotel !), mais un voyageur affable : une "Marseillaise" chantonnée, des nouvelles de Paris, de Sarko (eh oui !), où allez-vous ? qu'allez-vous faire dans cette galère ? qui joue ?  ah ! c'est  un africain ! je connais une station plus proche pour y aller ... Il descend. Une femme fait un sourire : je vais vous montrer où c'est, suivez-moi.
Au bout de cette aventure ferroviaire, le Pete Miller : un restaurant de belle tenue. Je dis le pourquoi de ma visite : on trouve une place juste à côté de la scène. Ernest Dawkins est déjà là à préparer ses instruments, seul. Grands saluts malgré la barrière de la langue.
La scène n'est pas éclairée.
Un batteur, puis un pianiste arrivent. Le concert débute, sans contrebasse (il n'arrivera que 20 mn plus tard) ... et sans éclairage supplémentaire.
La formation entendue n'est pas le groupe régulier d'Ernest Dawkins. Le groupe de musiciens français à Paris était bien meilleur (quoi chauvin ? non !). Mais Ernest Dawkins est toujours excellent; ce soir-là, il joue dans un registre moins free, plus en hommage à la période be bop, cool ... mais toujours de magnifiques dérapages. Une musique sensible, lyrique. Un vrai bonheur.
Compte tenu du manque de lumière, je n'ai gardé que la bande son d'une petite vidéo sur une image due à un généreux flash. On partage ?

Ernest_Dawkins___Pete_Miller___07_mars_08

boomp3.com

Le lendemain, recherche d'un autre club, dans le centre de Chicago. Il y a juste à côté le Andy Bar. L'entrée c'est 10 $, pour 2h, qu'il y ait ou non des musiciens sur scène. Si on veut dîner, c'est possible, juste à côté de la scène; sinon, boire un verre au bar un peu en retrait, sur le côté. La scène est assez grande, mais avec l'énorme batteur et les cinq autres musiciens, ça devient exigu.
La vedette ? Frank Catalano. J'ai pu en savoir plus sur lui ici. Il est même possible d'y entendre des extraits musicaux.
Musique très dynamique, son puissant, improvisateur jamais en panne. Un plaisir immédiat. Mais ici, on est dans une tradition pré-free, même s'il est impossible aujourd'hui de faire tout à fait sans. De plus, malgré le rythme, on est dans un univers "blanc" : peu ou pas de référence au blues, alors que Chicago en est l'une des grandes métropoles.
Au bout de 2h, fin du repas, du set : dehors il fait frais (-10°). Je n'aurais pas eu l'occasion de voir l'Art Ensemble, ni des grands bluesmen. Ce sera pour une autre fois.

Dans les rues, une affiche proposant le téléchargement d'un audiotour de Chicago proposé par Buddy Guy ("Available in Mandarin Chinese, English, German, Japanese, and Spanish" : à vous de voir).
La balade vaut le détour. Prenez vos aises et cliquez ici pour cette visite.

Retour à Paris. Insomnies, courrier et blog en retard. Au boulot !

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03 mars 2008

Benjamin Duboc et le Z-Band (Cordes Sensibles)

Benjamin Duboc
Benjamin_DubocLe Z-band est un groupe de bloggueurs qui tente de renouveler une publication simultanée de textes à propos d'un thème donné. Le premier opus concernait les Jazz'Elles. Cette fois, il s'agit de la contrebasse, d'où le titre générique : "Cordes sensibles".

J'avais envie de parler du  superbe pas de deux de contrebasses entre Scott LaFaro et Charlie Haden sur l'album Free Jazz (1960, presqu'un demi siècle !); et
du jeu de Mingus sur African Flowers : ses seules notes initiales trillées suffisent à évoquer toute la magie du disque réunissant Duke Ellington et Max Roach. Un sommet du jazz. Mingus décidément : presque tous ses albums méritent de figurer au Panthéon du jazz (voir du côté de Z).

Je n'évoquerai pas davantage le très regretté Jean-François Jenny Clark.

J'ai choisi d'éviter la nostalgie pour parler de la jeune génération actuelle, riche de musiciens de grand talent. Il faut choisir. Pour moi, c'est Benjamin Duboc.

J'ai pu l'entendre en duo de musique improvisée avec Dante Feijoo, en trio free jazz avec Jobic Le Masson et Didier Lasserre (Free Unfold Trio), en trio de jazz "festif" (par deux fois) : les Fées du Rhin (avec Daniel Erdmann et Antoine Paganotti), en 4tet avec Amy Gamlen, Jobic Le Masson et Antoine Paganotti.
J'ai pu dire tout le bien qu'on peut penser de l'enregistrement de deux des concerts du groupe "The Fish" (avec JL Guionnet et E. Perraud).

Il travaille aussi dans le registre de la musique électroacoustique, mais je n'ai pas encore entendu cette musique là. Rien de bien surprenant : il anime ou participe à une vingtaine de projets musicaux.

C'est bien cette dimension là de cet artiste que je souhaite illustrer : celle d'un défricheur qui non seulement se régale (et nous avec) des magnifiques sonorités qu'il sait extraire de sa contrebasse, mais aussi un compositeur de l'instant, un musicien qui pense les assemblages de talents, de sonorités, d'univers intérieurs pour proposer des projets musicaux excitants.

Pour cette fois, je voudrais parler de son dernier groupe : Nuts, qui s'est produit à l'Atelier Tampon en septembre 2007.
Il a réuni deux trompettistes (Rasul Siddik et Itaru Oki) et deux batteurs (Makoto Sato et Didier Lasserre), des musiciens très intéressants qu'on aime à entendre en concert.

L'esthétique retenue pour le groupe relève principalement d'un free jazz sauvage, n'hésitant pas par moment à folâtrer du côté de la musique improvisée. Pas facile d'écoute ? Cette musique mérite qu'on l'écoute en ne faisant rien d'autre en même temps, qu'on prenne le temps du plaisir du son, qu'on suive le fil de la connivence entre les musiciens.

Musique improvisée pour commencer : travail sur les sonorités (trompettes), percussions hors rythme (pas de groove), basse qui "sonne" somptueusement.
Progressivement, on quitte la "messe" de sons, suspendus dans le silence,  pour une montée d'énergie à cinq voix à la fois autonomes et attentives aux autres : on entre alors dans un univers free, quasi primal de puissance, de sauvagerie, sans même le recours à la joliesse de certains segments plus ou moins mélodieux (comme chez Ornette).

Le plaisir est là. Une vrai identité se développe alors. Ce premier morceau du premier set sert à cela, à l'installation de cette musique là. Richesse des timbres, des rythmes, des combinaisons instrumentales, convergence de l'imagination musicale dans une esthétique free sans fioritures.

Le 2e morceau du 1er set se développe sur cette assise. Comme le "son" est là, l'invention se débride encore davantage. L'idée de faire converger deux percussions et deux trompettes, articulées par une basse somptueuse, est très féconde, surtout quand elle est portée par des musiciens aussi inspirées.
Comment dire l'évidence d'une rencontre, d'un univers qui a toute la force de la cohérence. Le terme même de "projet" trouve là tout son sens.
Il faudrait "raconter" quasiment tout ce 2e morceau. Concentrons-nous sur un seul moment : dialogue d'Itaru Oki et de Benjamin Duboc puis percussions, puis jeu de cordes frottées en solo pour un pur plaisir des sens, quasi charnel, retour progressif des autres musiciens  ... et ça vit, ça se développe, ça bifurque, ça respire.
Ecoutons un bref extrait (augmentez le volume afin de mieux entendre les sons graves, les résonnances):



Cela se poursuit,véritable composition collective instantanée et c'est la fin du set. Le 2e set vient apporter encore 45 mn de plaisir.

Contrairement au concert, je peux revenir sur des moments (on m'a remis un enregistrement du concert); l'émotion est plus forte encore; la réécoute fait découvrir de nouvelles richesses, de nouveaux plaisirs.
Il est à espérer que ce concert sera un jour publié; le contraire serait dommage.
Nuts se produira en mai à Bordeaux. A quand une nouvelle date sur Paris ?

* Z-Band : Liste des blogs qui publient ce même jour un post sur les contrebassistes

Christophe Wallemme  par Jazz Chroniques et coups de coeur
Normand Guilbeault par Jazz Frissons
Manolo Cabras par Jazzques
Henri Texier par Maitrechronique
François Moutin par Ptilou'sblog

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13 février 2008

Marc Ribot "Spiritual Unity"

Marc Ribot - photo www.winterjazzfest.com
Marc_Ribot___winterjazzfest_com

Deux figures emblématiques : Henry Grimes, contrebassiste d'Albert Ayler, et Marc Ribot (guitare), entourés de musiciens dont la notoriété est moindre : Roy Campbell Jr (trompette) et Chad Taylor (batterie). Une soirée prometteuse.

J'ai pu lire ici et des critiques intéressantes, mais dans lesquelles je ne me retrouve pas assez. D'où la saisie de mon clavier pour coucher ces quelques lignes.

Certes le jeu d'Henry Grimes est singulier, très créatif en particulier à l'archet, qu'il s'agisse de la contrebasse ou du violon; mais il n'a pas, à mon sens, impulsé la musique de la soirée. On est assez loin du "drive" d'un William Parker, par exemple. Il a été plutôt discret dans l'ensemble (à quelques exceptions près); c'était donc une petite déception.

Inversement, cette formation semble inspirer Roy Campbell (trompette, cornet, ...). J'avais déjà entendu ce musicien à plusieurs reprises, sans être toujours convaincu par son chant. Cette fois, ses interventions étaient souvent inspirées; il a produit de plus un vrai travail sur les sonorités et a montré une réelle connivence avec Marc Ribot.

Chad Taylor, quant à lui, affichait une attitude modeste, mais assurait une bien belle efficacité rythmique et un jeu subtil sur divers palettes de son instrument.

Quant à Marc Ribot, il est vrai qu'il aurait pu aussi bien être tout seul sur scène, tant il occupe l'espace sonore. Quasi recroquevillé sur sa guitare, il a produit une musique rageuse, fauve, furieuse. On se demandait si et quant sa guitare allait rendre l'âme; qu'on se rassure, une seule corde a pétée. Outre certains thèmes d'Albert Ayler, Marc Ribot en a retenu le lyrisme exacerbé et l'indifférence aux règles du moment : "Un Amour Supreme" de la musique.
Un extraordinaire soliste, généreux. Quelqu'un qui paraît timide et qu'on aimerait bien rencontrer hors concert, pour bavarder avec lui, pour écouter cet écorché vif.
Mais parlerait-il ?.

En complément, lire cet article du Monde autour de la mystique dans le jazz.

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12 février 2008

Laurent Bardainne & Co : Hommage à Albert Ayler

Laurent_BardainneSous la bannière du "jazz mystique", le 5tet de Laurent Bardainne "Here is to you Albert Ayler" ouvrait le concert du 9 février à la Cité de la Musique.

Une entrée en scène très sobre : Laurent Bardainne en solo.
Sa musique devient très progressivement véhémente; puis Philippe Gleize entre à son tour et martèle ses peaux, contribuant ainsi à augmenter l'énergie du concert; puis Vincent Taeger, lui aussi à la batterie, vient renforcer la tension de ce début de concert.
Avec l'arrivée de Nicolas Villebrun (guitare) et Arnaud Roulin (claviers), des nappes sonores sont déployées sans pour autant que la tension crée par le trio sax tenor et batteries ne cède du terrain.
Enfin, le chanteur-vocaliste Dean Bowman entre à son tour avec un travail impressionnant sur la voix : beau timbre, progressivement torturé pour déployer une large variété de pâtes sonores, des sifflements très purs par moment et le recours de temps à autres à un double son : sifflement et chant, ou souffle ou râles.
D'une manière tout aussi impressionnante, il englouti de belles quantités d'eau et quitte la scène au bout de 20 mn.

Retour sur la musique de Laurent Bardainne. J'avoue avoir du mal à voir l'influence d'Albert Ayler si ce n'est la véhémence et le recours à certains thèmes du grand Albert. Cela dit, son groupe nous a offert une belle musique, une voix singulière très fortement charpentée par une rythmique intense, obsédante (peu de recours aux cymbales). Une musique à haut niveau d'énergie mais assez loin du jeu iconoclaste d'Albert Ayler.

Et Dean Bowman ? A l'appel de Laurent Bardainne, il revient sur scène 1/4h avant la fin du set et reprend certains des thèmes churchy d'Albert Ayler. Bardainne invite un groupe de toutes jeunes filles (12) à monter à leur tour sur la scène, sous la houlette de Dean Bowman : beaucoup de plaisir d'être là, bien sûr une présence toute de fraîcheur, sympathique, mais loin des demandes, des exhortations de Bowman dont certains gestes, pourtant répétés, voire frénétiques, restaient sans effet.

Laurent Bardainne, décontracté, doux, aimable avec les autres : un beau contraste avec l'énergie déployée sur son sax.
Un beau concert.

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19 décembre 2007

Steve Potts : Last Tangle aux 7 Lézards le 15 déc. 07

Entendre Steve Potts aux 7 Lézards était devenu un petit rituel.
Pas moins de trois chroniques déjà sur ce blog, en décembre 2005, en juin 2006 et en janvier 2007. Pas sûr de vouloir en raconter une 4e.

Steve Potts - photo dolphy00
10___Steve_Potts

Avec cette dernière soirée du club, cela ne pouvait pas avoir la même couleur.
Départ donc avec une certaine nostalgie anticipée, sachant qu'au plan strictement musical, je n'attendais pas de grande surprise (4e visite tout de même !).

Beaucoup de monde dans cette petite salle. Même les escaliers étaient occupés.
Beaucoup de monde sur scène aussi : pas de Michel Edelin (le "frère en crimes"), mais un 6tet, avec Jean Jacques Avenel (contrebasse), Simon Goubert (batterie), Sophia Domancich (piano), Thomas Savy (clarinette basse) et Michael Felberbaum (guitare électrique) que je voyais pour la première fois.

Ne me demandez pas le nom du premier thème : je l'ai immédiatement reconnu comme l'un des favoris de Steve Potts, sans pouvoir mettre un nom dessus. Défaut définitivement incorrigible.

Pas de tour de chauffe.
Cela commence fort, très fort, avec une prise en main du concert par un grand Steve.
Maîtrise du son (belle puissance sans être un "gros son", sonorités et attaques variées à l'alto comme au soprano), phrases inspirées, sensibilité et sens aigu du rythme.
Oubliée la nostalgie; on est dans de l'immédiat, dans l'émotion musicale intense délivrée par un très grand bonhomme du jazz, tout continent confondu.
Un sextet immédiatement à la hauteur, avec en particulier, une "section rythmique" de tout premier plan, peut-être la meilleure à Paris en ce moment. Avouerais-je mon admiration pour le jeu de Simon Goubert, subtil ou puissant, inventif, terriblement efficace, et pour les talents mélodiste de Jean-Jacques Avenel, ayant toujours des pépites à nous donner à entendre.
Sophia Domancich ajoute encore une voix, avec des phrases qui ruissellent par moments, qui jouent abruptement sur les sonorités, les couleurs, les contrastes à d'autres.

Deuxième thème (n'insistez pas pour le nom; c'est pas fair play) avec deux nouveaux venus sur cette petite scène : Stéphane Kerecki (contrebasse) et une jeune femme au soprano, Amy Gamlen. Je ne la connaissais pas, mes voisins non plus.

Un solo étourdissant de Steve Potts, laissant muet ses musiciens.
Ils ne prennent pas la suite au grand étonnement du chef, qui ne l'entend pas de cette oreille.
Les deux contrebasses commencent alors leur dialogue, accompagnés ou précédés par Simon Goubert; Sophia Domancich entre en jeu pour un moment de pure magie à quatre.

Michael Felberbaum - photo dolphy00
09___Michael_Felberbaum

Michael Felberbaum nous fait découvrir la délicatesse de son jeu, aérien, très subtil, puis c'est au tour de Thomas Savy qui démarre en trombe et termine par des séries de phrases très courtes, travaillant ciselant les sonorités. Steve Potts écoute et sourit aux discours de sa "famille".

Une surprise pour moi : le solo d'Amy Gamlen. Un son puissant, un discours inspiré, "free" et sensible (comment parler de feeling en français?). Elle m'a d'ailleurs paru proche du jeu de Steve Potts. Visiblement, il l'apprécie. J'ai le sentiment qu'elle n'est pas une promesse pour demain, mais déjà une pointure d'aujourd'hui sur la scène parisienne. Il faudrait mieux la connaître. Savoir quelles seront ses futures apparitions pour l'entendre dans son propre univers, pour se faire une idée plus précise.

Fin ? Pas encore. Steve Potts se dirige vers Sophia Domancich : alors, ce solo, c'est pour quand ? Mais non, c'est déjà fait proteste-t-elle ! Steve s'amuse, mais Simon Goubert vient à la rescousse et entame un solo d'anthologie.
Le groupe reprend le thème et le set prend fin après plus d'une heure de musique intense.

Pause ? Oui mais non. Pas tout de suite.
Steve Potts prend la parole, avec ce timbre de voix si doux, surprenant après l'avoir entendu au sax, pour dire que sa famille, c'est d'abord nous, le public; pour dire deux mots de Michel Edelin; pour saluer les lieux, le plafond décoré des visages de cette belle musique, accompagné par un Simon Goubert facécieux qui utilise ses baguettes pour faire sonner certaines des pierres du mur derrière lui.
Steve Potts ne se démonte pas. Il rend hommage à Caroline Volcovici pour avoir su faire sortir la scène du jazz parisien du siècle dernier.

   

On ne peut que l'approuver de bout en bout.
Comment va se recomposer la géographie musicale à Paris ?
Gageons que ces Lézards sont de vrais Phenix : ils renaîtront ailleurs que sur les gravas des travaux exigés par certains de la Ville de Paris (ah Bertrand, si tu savais !)

Pour continuer un peu :
Site d'Amy Gamlen & Page Myspace

Pour suivre Caroline Volcovici et son équipe, aller sur le site des 7 Lézards  et laisser un petit mot

Rendez-vous sur ce site (et ailleurs) pour la suite des aventures de cette équipe : organisateurs, personnel et musiciens.

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Posté par dolphy00 à 09:09 - Brèves de concerts - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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