Jazz à Paris

25 septembre 2017

Henri Texier 30 ans à Maison de la Culture d'Amiens !

30 ans cover recto

Un sextet composées figures marquantes du jazz de France. Qu'on en juge : Manu Codjia (g), Edward Perraud (dr), Michel Portal (cl, bandonéon), Thomas de Pourquery (sax), Henri Texier himselef et Bojan Z (p) (ordre alphabétique oblige; pas de préséance).

Après l'expo du thème "Skopje", un dialogue étourdissant et curieusement minaudant De Pourquery - Portal, ponctué par un Perraud en verve. Henri Texier s'y glisse puis un solo délié et inventif de Perraud pour nous faire déguster les sonorités de chacune de ses peaux. Manu Codjia entre alors dans la danse, mais c'est déjà "Mucho Calor". C'est un autre tube de Texier, qui, avec certaines amplifications, pourrait passer pour du métal le plus torride avec spots aveuglants et brumes artificielles. Mais ici, ce sont des gentlemen qui sont à l'œuvre, et tout change. Magie de la subtilité.

On l'attendait : Bojan Z. Quelle entrée ! Pour un thème tout de sensibilité, "Don't buy ivory anymore". Et Manu Codjia tout aussi délicat et lumineux. Un solo de contrebasse très mélodique ponctué de clochettes au piano. On y sent tout l'engagement et la douceur d'âme. On aimerait que ça n'arrête pas. Des gentlemen, vous dis-je. Le public exulte, évidemment.

J'envisageais d'arrêter là le parcours en mots de ces notes de musique, mais encore Bojan Z et Edward Perraud nous font revivre, les yeux un peu humides, les accents d'un jazz qu'on croyait oublié : "Barth's Groove". Portal nous fait tendre l'oreille à ses sonorités quasi érotiques et aux marges qu'il taquine, puis l'ogre doux et généreux, Thomas de Pourquey, nous emporte pour une danse irrésistible. Le maître revient avec ses cordes pincées aux sons amples. Des ponctuations au piano et d'autres à la batterie toutes de subtilité.

C'est dit, j'arrête là. Ça me démange, mais je ne dirais rien du solo introductif à la contrebasse des "vautours du Cambodge", ni du bandonéon émouvant du sieur Portal, ni du reste de l'album : à vous d'écrire la suite du rêve éveillé. Non, je ne reprendrai pas la plume même pour le calypso final, festif, exultant, étourdissant et subtil, au titre étrange "Noises".

Un vent léger soufflait en ce coin perdu et ensoleillé de Lozère où j'écoutais cet album anniversaire d'une longue connivence avec la Maison de la Culture d'Amiens. Un pur plaisir, emporté là.

Amour amour.

Des gentlemen !

30 ans cover verso

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22 septembre 2017

Billie Holiday "Night and day" (France Culture)

Billie Holiday


"God Bless the Child", "Strange Fruits", "Born to Love", "Lady Sings the Blues", "Solitude".
Cinq épisodes de 25 minutes pour une fiction radiophonique autour de Eleonora Fagan, de Billie Holiday. Don't Explain, Lover Man, He's my Man, Gloomy Sunday, Stormy Weather et tant d'autres thèmes pour cette errance dans la vie de Lady Day. La violence au quotidien dès son plus jeune âge, des moeurs qui hérissent le poil aujourd'hui, des rêves fracassés, des hommes qui l'ont détruite, qui l'ont volée, qui l'ont aimés, l'alcool, la poudre, la police, l'hôpital, mais aussi de merveilleuses rencontres avec ses amis musiciens, les plus grands de lépoque : Count Basie, Louis Armstrong, Duke Ellington etc. et bien sûr Lester Young.
Tout cela est dit avec douceur, avec fatalité, avec affection, sans regret ni récrimination.
Une très belle fiction de Sophie Lemp.
"17 juillet 1959, une chambre du Metropolitan Hospital de New York. Billie Holiday, entre la vie et la mort, revisite les moments essentiels de son existence. À demi consciente, sa pensée voyage dans le temps et convoque ceux qui ont compté, ainsi ses parents, Sadie et Clarence, son agent, Joe Glaser, ou encore des musiciens comme Count Basie ou Louis Armstrong."
Vous pouvez aussi télécharger cette fiction pour en réécouter des extraits, des épisodes

 

Tout Jazz sur le web

 

20 septembre 2017

Jazz en Marne & Gondoire 10 au 15 octobre 17

La programmation est assez ambitieuse avec des invités comme Médéric Collignon, Emile Parisien, Baptiste Herbin et bien d'autres.
L'affiche complète ? La voici

Automne Jazz en Marne et Gondoire 2017

Pour le détail du programme, il vous faudra le télécharger là :

http://www.marneetgondoire.fr/uploads/media/FestivalJazz16pages-web.pdf

Un jeune festival, je crois. A soutenir

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18 septembre 2017

Garden(s) : Lazro, Cappozzo, Lasserre (Ayler Records AYLCD-150))

Lazro - Cappozzo - Lasserre Gardens

Pas un jardin au cordeau mais des efflorescences multiples pour ces Garden(s).

Un album qui démarre par un Ellington de 1932, "Sophisticated Lady", puis, plus loin, un Coltrane, "Lonnie's Lament" (1963 ?), puis encore un Ayler de 65, "Angels", pour se clore par "Hop Head" d'Ellingtong (1927 ?) repris comme en fanfare, comme un éclat de rire réjouissant, après une introduction tonitruante à la seule batterie. Ces reprises peut-être pour signifier qu'il faut du temps pour faire un jardin, que certaines pousses ont des racines anciennes, tout comme pour les talents musicaux d'aujourd'hui. Occasions pour les artistes du trio de dire leur indéfectible amour à cette aventure musicale hors du commun, malgré tant d'années, tant d'écoutes, tant d'aventures transgressives. Et le dire avec infiniment de tendresse, en allant à l'essentiel, mais avec les hardiesses, les furies, les sinuosités et les rugosités d'aujourd'hui. À l'image d'Angels, une superbe réussite. Ayler aurait adoré ces trois là.

Mais il ne s'agit bien sûr pas du seul propos de l'album.

On se souvient de "Spirits Rejoice" ou l'affirmation péremptoire d'une voix radicalement neuve, celle d'Albert Ayler. "Joy Spirit", de Jean-Luc Cappozzo, est aussi un thème-oriflamme. Brandi comme une revendication identitaire. La trompette (le flughelhorn ?) est impérieuse, conquérante. Elle déclame; elle clame l'amour du son, l'amour du chant sans autre prétention mélodique que la magie de la répétition de deux notes portées haut. La batterie ne délivre aucune scansion mais elle déverse des chapelets irréguliers d'éboulis de roches. Une encre chinoise fascinante esquissant un relief tourmenté à peine discernable. Le saxophone se tait, longuement. Puis vient doucement, tout en sonorités très travaillées, complexes. Des nappes éraillées mêlées de souffles. Une sorte d'anti-chant à mi-intensité, qui souligne l'envol de la trompette. Trois voix qui suivent des sentiers distincts pour une forme de réalité augmentée saisissante. Et quand le chant s'estompe, le saxophone quitte ses brumes pour des bribes mélodiques pudiques et bouleversantes.

Et les trois "Gardens" qui offrent des paysages instables, mouvants où l'énergie motrice de chacun est l'écoute des deux autres. Une figure de percussion devient esquisse mélodique ou trame sonore. Un vibrato devient figure rythmique. Deux-trois notes qui font chant ouvrent des paysages sonores hors des sentiers habituels de la lutherie. Certes, on croit déceler une tendresse encore présente de Jean-Luc Cappozzo pour des haïkus mélodiques, ainsi qu'une joie évidente à faire resplendir le métal de son instrument. Mais la proximité de Daunik Lazro ouvre tant de possibles tissus sonores, de grains, de discours enchevêtrés. Il faut dire que dans cet album, le saxophoniste choisit souvent la demi-teinte, privilégiant son art consommé des sons multiples devenant chants ou souffles, sa maîtrise des glissements harmoniques de ses instruments, des couleurs sonores. Et, à l'improviste, une esquisse de chant qui nous pince le cœur.

À noter aussi la très grande présence de Didier Lasserre. Il passe de simples frappes répétées sur le sommet de sa cymbale à des roulements puissants et abruptes. Il n'est pas dans un discours ample, mais dans l'alternance entre les caresses discrètes et la puissance sèche et contrôlée au millimètre. Le sentiment d'être face à un langage radicalement neuf de la batterie. On pourrait écouter tout l'album en n'écoutant que lui, mais pourquoi se priver de ses incidences sur les deux autres, de ces passages de témoins continus de ces trois là.

On nous dit que les plus beaux fruits, les plus belles fleurs s'épanouissent dans la proximité d'autres plantes. C'est ici la preuve par trois. Impressionnant.

Gardens verso



PS : à noter, une excellente note de pochette de Joël Pagier. Difficile d'écrire une chronique après.

Gardens Pagier

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15 septembre 2017

Festival Au Sud du Nord du 20 au 24 septembre 2017

Festival Au Sud du Nord 2017


Festival Au Sud du Nord du 20 au 24 septembre


Le festival a lieu à Cerny  (à côté de La Ferté-Alais)
Concerts de
le 20 : Franck Tortillier & François Corneloup; Christophe Marguet & Daniel Erdmann 4tet
le 21 : Dominique Lemerle 4tet, Pierre Durand "Roots" 4tet
le 22 : Yves Rousseau & Jean Marc Larche; Olivier Hutman trio; Marc Buronfosse 5tet
le 23 : Julien Tekeyan & David Aubaile; Backhand 4tet; Captain + Bal
le 24 : Bal

Toutes les festivités, les tarifs et autres infos pratiques : http://www.ausuddunord.fr/festival-2017/


13 septembre 2017

Hamid Drake / William Parker / Pat Thomas au festival Météo (août 2016)

Pat Thomas par JC Sarrasin

Pat Thomas par JC Sarrasin - Meteo 2016

Hamid Drake et William Parker forment un tandem parmi les plus emblématiques de la scène US actuelle. Ils viennent souvent en Europe, en France, pour notre plus grand bonheur.
Le festival Météo 2016 les avaient invités en compagnie du pianiste anglais, Pat Thomas, figure de la scène improvisée de Londres, mais assez peu souvent invité en France *. C'est donc l'occasion de mieux le connaître, d'autant que le trio était en très grande forme ce jour là.
Nous avons la chance de les entendre deux fois (et davantage encore si vous le souhaitez), la premère grâce à la captation vidéo réalisée par les organisateurs (amical salut)


Et la seconde grâce aux oreilles toujours à l'affût d'Anne Montaron (A l'Improviste, France Musique) : au-delà de la diffusion de larges extraits du concert, elle nous gratifie d'une interview du trio très intéressante, drôle, éclairante . En outre, la page d'écoute, de téléchargement, est éclairée d'une mise en bouche textuelle de qualité et de très belles photos de JC Sarrasin. Pourquoi diable s'en priver ?

A l'improviste au Festival Météo (2) : Le trio Hamid Drake / William Parker / Pat Thomas

A l'Improviste retourne à Mulhouse ce soir, et vous propose le deuxième volet d'un riche album sonore consacré au festival Météo qui s'est tenu le mois dernier, sur les tout derniers jours d'août.

https://www.francemusique.fr

* Pat Thomas fait parti du 4tet New Jazz Imagination dont la vidéo "Ahmed" a fait l'objet d'une brève le 8 septembre dernier. Jazz sur le web, bien sûr.

Tout Jazz sur le web

11 septembre 2017

Benoît Kilian et Jean-Luc Petit "la nuit circonflexe" (Fou Records FR-CD 25)

Jean-Luc Petit _ Benoît Kilian

"Gazouillis fragiles d'inconsolés soleils
Remous des dunes
Alluvions de graves
Au tourment du désert oxydé
La nuit circonflexe
Les boréales saignées"

Autant de titres, autant d'accroches, autant d'images entrecroisées, autant d'invites à l'errance onirique. C'est l'objet même de cet album que de déclencher des rêves éveillés, entremêlés, incertains.

Un rythme lent, pour ne pas effaroucher d'emblée, pour laisser toute leur place aux couleurs, aux matières sonores. Pour laisser s'amplifier notre souffle, calmement. Des percussions caressées, frottées, aux stridences contrôlées, en résonance, en sympathie avec celles du saxophone, de la clarinette contrebasse. C'est en particulier sur ce dernier instrument que repose cet univers de brumes, de vibrations graves, transpercées parfois de fulgurances suraigües. Ainsi se déploient ces "gazouillis fragiles ..." .

Univers heurté, grognement de graves aux percussions frottées, stridences suraigües pour "le désert oxydé". Une plongée dans une zone de turbulences éraillées et fascinantes.

Et c'est curieusement dans le thème titre de l'album, "la nuit circonflexe", qu'on croit déceler de vagues échos de solos de sax de l'épopée du jazz. Oh, rien de bien évident, mais une impression persistante. Juste peut-être un lointain souvenir du lyrisme d'alors enchâssé dans cette musique radicalement neuve. Une sorte de résidu granitique, épargné par l'érosion du temps et des mémoires, pointant encore par dessus les moraines accumulées depuis lors. La science du presque rien qui charrie des univers.

Une très belle entente illustrée encore et encore, à l'image de ces " boréales saignées". Les percussions de Benoît Kilian rappelant les matins calmes, tissant parfois des trames, amplifiant les gazouillis de Jean-Luc Petit, lui laissant par moments tout le silence nécessaire ou au contraire, se faisant discrètement pressant.

Une cinquantaine de minutes d'errances bienfaisantes. Offrez-vous ce moment suspendu.

Benoît Kilian : grosse caisse horizontale, percussions

Jean-Luc Petit : clarinette contrebasse, saxophone alto, sopranino

Jean-Luc Petit _ Benoît Kilian verso

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08 septembre 2017

New Jazz Imagination "Ahmed"

Ahmed par New Jazz Imagination

Une petite vidéo de cinq minutes qui dérange sérieusement et qui fascine tout autant.
Dans une première moitié, le quartette joue quatre notes reprises inlassablement. Certes, la musique est répétition selon Léonard Bernstein, mais la répétition en musique n'est jamais identique à elle même, c'est l'évidence.

Ce 4tet, "New Jazz Imagination ", est composé d'Antonin Gerbal (dr), Joel Grip (b), Pat Thomas (p) et Seymour Wright (as).
Au Café Oto de Londres, ils ont délivré une musique nerveuse, compacte, hors de tout canon, hors de toute convenance. Et comme ils sont déterminés, la seconde partie de cette courte pièce tourne autour d'une seule note, jusqu'à l'étranglement, jusqu'à l'épuisement .

Le piège consiste à suivre des yeux la vidéo, qui n'est autre que le film inversé d'un dessin à propos des protagonistes de cette musique. On arrive alors à la fin, en ayant accepté l'écoute, "à l'insu de son plein gré ". Le mal est fait. La musique est dans la tête. Il ne reste plus qu'à la réécouter, encore, encore.
On se surprend, plusieurs jours après, à chercher cette vidéo, pour l'écouter à nouveau ... C'est pire qu'un virus informatique.
Music addict, disait un ami. On en est là !
La vidéo est là. A vous de savoir si vous prendrez le risque d'être contaminé. Pour moi, c'est trop tard.

L'album sera publié chez Umlaut Records et vous pouvez le réserver là

http://www.umlautrecords.com/u/records/new-jazz-imagination/

Ahmed New Jazz Imagination cd cover


PS : si vous voulez en savoir plus sur Ahmed Abdul-Malik, bassiste, joueur d'Oud, compositeur new-yorkais, inspirateur de cette musique, c'est dans la note sous la vidéo Youtube

 

Tout Jazz sur le web

06 septembre 2017

Crak Festival 2017

Crak Festival 2017


Crak Festival du jeudi 21 au samedi 23 septembre, 20h30
Eglise Saint Merri - 06 67 65 69 48
76 rue de la Verrerie - Paris 4e (M° Hôtel de Ville, Rambuteau, Châtelet) .
Google Maps .
Tarif plein : 15€
Tarif réduit : 10€ (bénéficiaires des minimas sociaux, étudiants)
Pass 3 soirées : 35€ ; Workshop + pass 3 soirées : 80€
Informations : contact@babbelproductions.com

Tous les détails sur le site du festival + photos, vidéos, notes d'info etc.
"... une programmation à la frontière de tous les genres, qu’elle soit contemporaine avec l’ONCEIM ou le Jon Gibson Ensemble; électronique avec Mark Fell et Will Guthrie ; improvisée avec Claire Bergerault, John Tilbury et Eddie Prevost; électroacoustique avec Hanna Hartman et Tomoko Sauvage; et audiovisuelle avec Pierce Warnecke."


* jeudi 21 :
Claire Bergerault solo (acc); Mark Fell (elec) & Will Guthrie (dr)

Mark Fell - Will Guthrie _ Crak 2017

* vendredi 22
Tomoko Sauvage "Water Bowls"; Onceim (34 têtes) & John Tilbury "Sans"; Hanna Hartman "Defrost"

John Tilbury - Onceim _ Crak 2017

(+ stage d'improvisation Claire Bergerault)

* samedi 23
Jon Gibson's Visitations; Eddie Prevost (perc) & John Tilbury (p); Pierce Warnecke "Cyclic Remains"

John Tilbury - Eddie Prevost _ Crak 2017

 



04 septembre 2017

En Corps - Génération (DT07 dark tree)

cd cover

Un trio piano, basse, batterie qui a largué toutes les amarres de la tradition, du déjà vu. L'objet est ici une sensibilité extrême au moyen d'un langage radicalement neuf.

Des corps, des âmes : deux pièces pour dire une dualité, peut-être à fronts inversés.

"des corps" comme évanescent. Un piano proche d'un clavier de clochettes. Des frappes et des frottements à l'origine indécidable. Des rythmes semblables à des figures mélodiques ...

Cet univers aux repères incertains nous fait tendre l'oreille, étire notre sensibilité. Les sollicitations auditives jaillissent de partout, délicates, continues. Le temps est aspiré. Au bout d'un quart d'heure, on se retrouve emportés dans une houle d'une formidable cohérence, où tout trouve une place exacte, comme préméditée, écrite. Un mouvement inexorable, mais des touches imprévisibles. Et vers la fin, un chant ample à la basse, des éboulis à la batterie. Les clochettes délicates reviennent. Un moment de pure poésie.

On aurait pu s'attendre à ce que cette seconde pièce, "des âmes", soit la plus éthérée : un pied de nez ! Si le piano distille des notes délicates, des bribes de lignes, quelques virevoltes comme suspendues ... de la main droite, la gauche ressasse des grondements sombres ponctués d'éclats, de grands clusters plaqués avec violence. La basse offre en continu une deuxième voix aiguë (quel paradoxe!) toute en chants entremêlées avec les aigus du piano, alors que la batterie alterne affûts menaçants et martèlements puissants sur les peaux, les pièces de métal. Une pièce relativement courte (16 mn) qui nous laisse pantois.

Eve Risser (p), Benjamin Duboc (b), Edward Perraud (dr), trois créateurs aux filaments sensitifs particulièrement développés qui se croisent, se frôlent, se caressent, s'entremêlent, se libèrent, se rapprochent à nouveau. Un album particulièrement subtil et saisissant.

Risser - Duboc - Perraud _ Atelier du Plateau 15 mars 17_ photo Bien Culturel

Risser - Duboc - Perraud_Atelier du Plateau 15 mars 17_ Bien Culturel

Je ne voulais pas écouter leur premier album pour comparer les univers sonores, pas plus que lire la chronique écrite alors (http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2012/10/03/25235803.html).

En Corps

Il fallait que ce second album opère seul.
Mieux, il fallait ne rien écrire avant que d'entendre cet opus à plusieurs reprises, parfois en commençant par la seconde pièce. La séduction, l'envoûtement n'en sont que plus fort.

Faut-il le préciser ? Encore un parcours sans faute du label Dark Tree dont chaque publication devient indispensable.

Un extrait de quelques minutes sur Bandcamp

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