Jazz à Paris

12 novembre 2019

Isla Decepción : Yoko Miura, Jean-Michel Van Schouwburg, Lawrence Casserley (Setola di maiale SM3970)

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Des notes éparses au piano qui suffisent à donner une couleur, à esquisser un espace, à propager très vite des sentiments diffus, où rien n’est clair, tranché, où l’entre deux est le seul lieu qui vaille.

Des brouillages électroniques discrets, la litote comme bréviaire, diverses nuances monochromes, l’aube d’une nature minérale sourd de signaux digitaux.

Une voix comme des grésillements, avant qu’elle ne s’affirme, qu’elle ne se scinde, qu’elle n’halète, qu’elle ne tremble. Un vibrato qui dit l’éloignement, la nostalgie, qui murmure un appel. Et quand la voix s’affirme davantage, elle devient chant d’une âme solitaire puis s’éteint.  

Le piano se met à gronder doucement, à faire résonner la caisse, à planter quelques banderilles, à faire surgir quelques vagues sonores. L’électronique prend des allures de cloches tubulaires, diffuse des brouillages métalliques. La voix revient pour un soliloque virtuose où bien des sentiments s’emmêlent en des zébrures d’humanité. C’était « Neptune Bellows ».

Neuf errances sont ainsi proposées dans cet album qui nous présente la géographie d’une île lointaine, près du cercle polaire antarctique. Une île désertée par les hommes, hormis des scientifiques. Un lieu propice à la redécouverte de soi-même, de sa vérité. Trois voix qui chacune prend un nom de lieu, « Fumarole Bay » par exemple, comme métaphore pour explorer un paysage mental, pour ouvrir sa propre voie, pour parfois croiser celle des autres, dans une sorte de documentaire imaginaire d’une subtilité frissonnante. 

Yoko Miura excelle dans cette économie des touches, des caresses, des vaguelettes sonores, pour suggérer la rude poésie de ces espaces hostiles. 

Lawrence Casserley fait le choix de la parcimonie, des tremblements métalliques doux ou sombres, des souffles devenant parfois blizzards, des brouillages. 

Quant à Jean-Michel Van Schouwburg, il surprend par la flexibilité de sa voix, par sa plasticité, pour dire bien des choses étranges ou familières, avec ce mélange de chants, de vibrations, d’halètements, de grincements, de plaintes, de frénésie sauvage parfois, de murmures aussi, de soliloques qui frôlent la solitude de la folie.

Cet album nous invite ainsi à une exploration cartographique imaginaire, à la mise en résonance des sensibilités des trois musiciens, chacun semblant suivre sa voie. Un projet musical d’une grande délicatesse des sentiments, des couleurs et des images. Cette errance onirique captive.

On peut s'adresser à son disquaire favori pour acheter le CD paru chez Setola di Maiale où aller sur Bandcamp. L'album en version numérique est disponible pour 7,5€ (c'est une vraie casse des prix) ou pour 11€ pour le CD. 
https://orynx.bandcamp.com/album/isla-decepci-n

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Quelques mots de Jean-Michel Van Schouwburg : 

"L'équilibre de Sverdrup, ou relation de Sverdrup, est une relation théorique entre la contrainte du vent exercée à la surface de l'océan et le transport méridien intégré verticalement de l'eau de l’océan

ISLA DECEPCIÓN : île volcanique concentrique : son centre où les navires peuvent accoster via le détroit Neptune Bellows , est quasi à l’abri du courant Circumpolaire Antarctique le plus puissant du monde sujet à de très violentes tempêtes …. 

C’est ma trouvaille pour exprimer l’idée que notre trio est fait de flux de courants (streams) qui évoluent parallèlement, et se croisent ou se mélangent dans certains points … plutôt qu’un call and response pointilliste de type Bailey Parker ou Lovens Christmann ou John Russell Durrant Russell"

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Autre album paru chez Setola di Maiale et chroniqué sur ce blog, SaxaPetra, de Guy- Frank Pellerin et Mathieu Bec : http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2018/10/08/36754637.html

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07 novembre 2019

Kami Fusen : Itaru Oki, Choi Sun Bae, Nobuyoshi Ino (NoBusiness Records NBCD100)

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Cet album ne fait pas partie de la sélection des albums des premiers temps du Free au Japon 1960-80* et pour cause, il a été enregistré le 2 janvier 1996 au café Amores , repère de Takeo Suetomi qui a produit ledit album. Il s’agit donc là d’une nouvelle et fructueuse collaboration avec NoBusiness.

La configuration du groupe est originale avec une contrebasse (Nobuyoshi Ino) et deux trompettes : Choi Sun Bae et Itaru Oki. On pourra distinguer ces derniers d’une part, parce que notre Itaru est le seul à jouer des flûtes de bambou qu’il affectionne, et d’autre part, en raison du type de musique joué. Oki a, en effet, choisi de se faire accompagner par des musiciens mélodistes, mais pas conformistes, se gardant le rôle du trublion, de l’iconoclaste qui lui convient très bien.

Cet album nous propose ainsi des phases où émergent de vraies splendeurs n’ayant rien à envier aux belles heures du hard bop, et des fulgurances stupéfiantes du free, voire des musiques improvisées.

Ainsi « Pon Pon Tea » s’ouvre sur une contrebasse puissante, puis exposition du thème et très vite, la musique s’emballe. Une embardée d’itaru Oki entraîne son compagnon à sortir des canons du jazz. Et nos trois musiciens vont ainsi passer de phases balisées à de pures fulgurances. Un très beau et long solo de basse invite les deux trompettes à venir enfin entrelacer leur chants de métal. Puis de nouveau la basse seule. Nouvelles ponctuations des trompettes, ronflements et stridences d’un côté, jazz-canto de l’autre. Puis, comme invité surprise, Mack the Knife On le voit ici, comme sur le reste de l’album, la contrebasse joue un rôle majeur, habituée aux défis musicaux.

« Yawning Baku » fait penser à un changement de registre. Un archet insistant, des grondements de trompette et un pur chant d’éveil de la nature aux flûtes. L’archet encore convoque nos souvenirs de lentes ballades celtiques avant d’explorer plus avant les tréfonds des graves. Un thème comme refusant de s’exposer, tout d’évitement puis quatre notes répétitives à la basse, qu’on croit reconnaître, qu’on devrait situer à l’âge d’or du bop, permet enfin au thème de sortir des limbes, de scintiller. Mais c’est bien meilleur si c’est situé dans l’entre deux avec le free, et c’est naturellement Oki, le grand iconoclaste, qui s’en charge. Choi Sun Bae nous gratifie d’un « in the tradition » et quand Oki prend le relai, on est totalement saisi. On mesure l’ampleur de son talent qui se déploie sur un tapis de basse imperturbable. Retour du leitmotiv de la basse annonçant celui du thème.

Dans l’ouverture de « Ikuru », en revanche, on est pleinement dans l’impro mâtinée d’échos ancestraux du Japon (à la flûte). Une cavalcade au long cours à la basse, puis une stase à l’archet ouvre le retour d’une mélodie solaire aux trompettes. Les trois discours s’entremêlent, malgré de sauvages griffures, des fulgurances, des intimidations à babines retroussées, menaçantes, sifflantes de qui vous savez.

« Kami-Fusen » commence par un ostinato à l’archet, qui rappelle l´occident, et un thème qui pourrait être l’hymne d’un pays imaginaire, langoureux, lyrique, inspiré. À mi  parcours, un leitmotiv à la basse fait advenir des couleurs de jazz en particulier par Choi Sun Bae, et des virevoltes cinglantes, surexcitées d’Itaru Oki, avant le retour de l’hymne.

En exemple de cette musique, le 2e thème, « Yawning Baku », disponible sur Bandcamp :

Au Japon, les artistes n’hésitent pas à dire ce qu’ils doivent à l’occident. Ici, c’est la reprise d’un hommage à Clifford Brown : « I Remember Clifford ». Lyrisme tout en retenue, émouvant, en un pur solo, pour dire avec modestie toute l’admiration due à un illustre prédécesseur. Ce thème, écrit par Benny Gilson, en a inspiré plus d’un, dont Dizzy, Lee Morgan, Roy Hargrove, et même un saxophoniste, Stan Getz. On dispose d’une vidéo, de Takeo Suetomi, bien évidemment, qui crédite le solo à Itaru Oki.**

Suite de ce salut affectueux au jazz et à son histoire, le dernier thème « Old Folks/Tea for Two ». Plus tout à fait un solo, la basse ayant choisi d’accompagner la trompette. Ici, plus de fulgurances, de zébrures électriques, mais une forme de recueillement, un devoir de mémoire ... à la mode free, en cassant le rythme, en retardant ou déformant l’exposition du thème, tout en le laissant reconnaissable.

Cet enregistrement nous donne une fois de plus l’occasion de mesurer l’étendue des talents d’Itaru Oki et des deux compagnons qu’il a choisis. Un album festif et saisissant, qui éblouit par ses fulgurances, qui séduit et qui émeut.

Il est disponible aussi sous format numérique sur Bandcamp ici :  

http://nobusinessrecords.bandcamp.com/album/kami-fusen

Au fait, Kami-Fusen est le nom des ballons en papier, qui s’envolent mais sont tenus en laisse. À chacun d'interpréter s'il le souhaite.

 

* Sélection parue sur jazzaparis : Free Music 1960-80 Disk Guide (via Pierre Crépon) - Jazz à Paris.

** Qui à la trompette ? Les images de la vidéo manquant de netteté, on ne peut que croire Takeo Suetomi lorsqu’il le crédite à Itaru Oki. Mais sur Bandcamp où l’album est proposé, le solo est attribué à Choi Sun Bae. Enfin, All Music affirme doctement que ... c’est l’un ou l’autre.
J'ai pu voir d'autres vidéos où Itaru Oki rendait hommage à Clifford Brown, avec la même retenue. Cela semble être une forme de rituel, de dévotion
.

À Itaru Oki de nous dire, s’il lit cet article.

À cette occasion, ce dernier pourrait confirmer ou non que les fulgurances à la trompette sont bien les siennes.

Enfin, en parcourant les vidéos de Takeo Suetomi, j'ai eu l'impression qu'il y avait d'autres enregistrements de ce trio, au même endroit, mais lors de soirées différentes. Peut-être un autre album de ce superbe trio ?

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31 octobre 2019

Masahiko Togashi - Mototeru Takagi : Isolation (1969)

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Avec ce duo, on retrouve deux des figures majeures des premiers temps du Free japonais, le batteur Masahiko Togashi et Mototeru Takagi au sax tenor et à la clarinette basse (et à la flûte ? Voir *).

On retrouve aussi une formule qu’appréciait en son temps John Coltrane, le duo, avec batteur, avec Elvin Jones puis Rashied Ali**. Il y a certes des proximités, ne serait-ce que dans l’écoute actuelle de ces musiques d’alors. Mais je crois qu’on gagnerait en plaisir musical  en nous défaisant de ces souvenirs, en nous offrant des oreilles neuves.

L’album ne comporte que deux titres. 

Sur Isolation 1, Masahiko Togashi  semble n’utiliser que de peu d’éléments de sa batterie. Les résonances sont peu sollicitées, comme pour souligner le caractère « art brut » de la production. Un flot de roulements, de cahots, de chocs mats qui se prolonge sans que rien ne l’arrête, qui n’est même pas modifié lorsque Mototeru Takagi s’arrête de jouer, pendant près de 4 minutes. Le batteur semble considérer nécessaire l’exposition de son propre discours, sans se préoccuper davantage de celui du souffleur***. Nous ne serions donc pas dans l’écoute de l’autre, et dans la magie de l’instant chères aux musiques improvisées européennes. Mais serait-ce un faux semblant ? Togashi s’arrête de jouer pour le début d’un solo de flûte surprenant, bouleversant de Mototeru Takagi, encore plus primitif, brut, souffles et sons mêlés. Quelques touches de cymbales puis les roulements : cette fois c’est le silence de Takagi pendant un temps puis une reprise au sax où les râles, les étranglements, les enrouements rejoignent parfois quelques accents bluesy.

La seconde pièce en revanche, Isolation 2, démarre sur des résonances métalliques, tubes, vibraphone et cymbales, alors qu’un souffle étrange lacère cette quiétude, avec violence. Des stridences éblouissantes de flûte, un vrai dialogue où Togashi se met à la disposition du souffleur. Et là j’avoue mon saisissement : des souffles de flûte, des sons de clarinette basse, un mix de matières sonores qui laisse pantois (voir *). Résonances de timbale, éboulis sur caisse claire, la complémentarité des deux discours laisse penser à un projet écrit, méticuleux . Des sons nasillards jouxtant les rondeurs de la clarinette, des frappes éparses ou cahotiques, des pépiements, des  gazouillements, toute cette pièce envoûte et déroute. Elle se termine par une succession de frappes mates, irrégulières, le souffleur s’étant tu.

Le sentiment prévaut d’un dénuement nécessaire et salutaire, d’une recherche de l’essentiel, de la pureté, non sans liens avec la tradition esthétique du pays, où le silence vaut musique, servis par une maîtrise instrumentale sans faille. Un album à découvertes  et plaisirs multiples au fil des écoutes. Comme dirait un certain Phillip Mc..., cet enregistrement, il vous le faut.

L'album fait évidemment partie de la sélection publiée sur jazzaparis : Free Music 1960-80 Disk Guide (via Pierre Crépon) - Jazz à Paris.

Il n’est pas disponible sur les grandes enseignes. En revanche il est possible de le trouver sur Discogs à un tarif parfois encore supportable : Recherche pour "takagi togashi isolation"sur Discogs

Je vous propose une vidéo full album pour y goûter

 

* Flûte ou pas  flûte ? Sur Discogs, sur la vidéo, Mototeru Takagi est crédité des seuls sax tenor et clarinette basse. Via Inconstant Sol ( http://inconstantsol.blogspot.com/2010/11/masahiko-togashi-mototeru-takagi.html ) et freejazzblog.org, il est aussi crédité du « cornpipe ». Soit il s’agit d’une flûte primitive, soit nous aurions à faire à un instrument à poche d’air, à l’image d’une cornemuse, ce qui permettrait des sons simultanés.
À moins qu'il n'y ait pas de 3e instrument mais une technpiqué de jeu très originale.

Pour les curieux, ledit article sur Inconstant Sol réserve en plus une bien bonne surprise.

** À noter, les duos Coltrane-Ali datent de 1967 mais ne furent publiés qu'en 1974

*** Masahiko Togashi fut victime d'une agression en 1969, le laissant paralysé de la partie basse du corps. À sa sortie d'hôpital, il a aménagé sa batterie à sa situation nouvelle. Il semble que l'album "Isolation" soit le premier depuis ce traumatisme, d'où peut-être cette énergie farouche.

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24 octobre 2019

Takeo Moriyama Percussion Ensemble ‎– Full Load

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Après Kaoru Abe, Sabu Toyozumi, Masahiko Satoh, Masayuki Takayanagi, chroniqués dans la rubrique ImproJapon, je vous propose aujourd'hui une rencontre avec le drummer, percussionniste Takeo Moriyama. On trouvera sur Wikipedia une brève présentation en anglais :  https://en.wikipedia.org/wiki/Takeo_Moriyama .

Ici, l'album "Full Load" sorti en 1975. Il réunit deux autres percussionnistes autour de Takeo Moriyama : Kazunori Momose et Yasunori Yamaguchi. Il fait partie de la sélection des meilleurs albums des années 60 à 80 et publiée sur jazzaparis Free Music 1960-80 Disk Guide (via Pierre Crépon) - Jazz à Paris

Il attire donc au moins la curiosité. 

Il propose trois pistes : sur la face A, « Full Load » , et sur la face B, « Dual Board » et « Vibrophase»

Sur « Full Load », la voix médiane, celle de Takeo Moriyama, nous asphyxie littéralement par les déferlantes de roulements, de martèlements, par la nécessité irrépressible de hacher menu l’espace, de le sabrer, avec un jeu sur les intensités qui nous évite l’apoplexie par overdose. Toutes les composantes de sa batterie se bousculent pour délivrer leur message. Les voix de part et d’autres apportent des efflorescences de couleurs, des frénésies métalliques ou boisées, des résonances de clochettes, des friselis de cymbales. 

Puis la voix médiane s’assagit, avec des touches comme délicatement posées sur différents points de l’espace sonore.

Mais cela ne dure pas bien longtemps. Retour du maestro accompagné de bruissements et de feulements métalliques d’un côté, de tremblements telluriques de l’autre, avec de grands chocs répétés, puis la voix du leader, son cri pour laisser sortir une énergie qui n’en fini plus de jaillir.

« Dual Board » est construit sur les claviers de percussions, de métal ou de bois, de part et d’autre du torrent central. Pas de résonances mais la frénésie des frappes sur les lamelles, un peu à la manière des martèlements sur le clavier de Cecil Taylor, puis la batterie centrale prend seule l’espace, pour nous ensevelir littéralement, avant le retour de ce qui tient lieu de thème joué sur les instruments latéraux.

Comme des plaintes en échos de chaque côté, des grincements de métal, des frottements d’archet, des frappes de doigts sur les peaux un peu à la manière de tablas, des crépitements, des onomatopées, des résonances profondes de tymbales, tout une atmosphère étrange et vaguement inquiétante comme dans une lointaine forêt nocturne, telle est « Vibrophase », la dernière pièce de cet album.

Cette musique joue aussi bien sur la matérialité de notre corps que sur notre imaginaire, sur notre sensibilité. Elle nous saisit dès les premiers instants, nous emporte comme des alluvions, comme des troncs à la dérive, pour nous abandonner  bien plus loin, sur une rive, échoué là après une orgie qui nous laisse exténué mais ravi.

Malheureusement, cet album ne se retrouve pas pour l’instant dans les circuits commerciaux. Sur Discog, le prix moyen de ce vinyle est de 50€. Aussi, par souci de démocratie sociale, je vous en propose une version en ligne, un « full album » dont YouTube a le secret. Il en incitera peut-être certains à faire chauffer inconsidérément leur carte bancaire.

Musiciens : Takeo Moriyama, Kazunori Momose, Yasunori Yamaguchi

 


Frasco, FS 7005; 1975

Référence  Discog Moriyama Takeo Percussion Ensemble - Full Load (1975, Vinyl) | Discogs

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22 octobre 2019

FGBH (John Wall, Mark Sanders, John Edwards)(album numérique)

 

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L'illustration de l'album est des plus minimalistes, mais la musique ne l'est pas.
Le titre de l’album, a priori mystérieux, n’est que la juxtaposition des titres des pièces, elles-mêmes n’étant que la succession de A à H de huit pièces improvisées d’origine. L’enregistrement initial faisait un peu plus de 36 minutes. Quatre des huit pièces ont été abandonnées. Les autres sont présentées là dans un ordre croissant de durée. D’où FGBH, qui dure près de 23 minutes.
Il ne s’agit pas à priori d’une simple sélection, mais plutôt d’une opération qui s’apparenterait à une composition de John Wall, consistant en un travail minutieux sur les sons de chaque instrument, sans les dénaturer, une forme de distillation différentiée, ainsi que d’une mise en espace et d’un équilibrage au trébuchet. C’est du moins ce que j’ai compris.
Le résultat donne le sentiment d’une très grande pureté et d’un bel équilibre.
Les sons synthétiques font bien partie du trio, avec une présence plutôt discrète, apportant souvent des granulations venant fureter avec les frappes légères de la batterie et se combiner avec le jeu sur les cordes de la basse.
Le jeu subtil et impressionnant d’à propos de Mark Sanders, l’inspiration continue de John Edwards ainsi que sa maîtrise impressionnante trouvent là une mise en écrin remarquable.
Un condensé de réussite.
Une musique patiemment distillée dans de multiples alambics pour nous offrir des arômes des plus recherchés.
Ceux qui connaissent et apprécient le travail de chacun des trois musiciens seront comblés.
Je propose à l’écoute F, donc la pièce la plus courte.



L’album numérique est proposé pour 4£ hors taxes sur Bandcamp, de l’ordre de 6€ taxes comprises.
https://johnwall.bandcamp.com/album/fgbh

John Wall. Laptop
Mark Sanders. Percussion/Drums
John Edwards. Double Bass
Mastered By Jacque Beloeil

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17 octobre 2019

Improvisateurs japonais à la rencontre du monde : une discographie (par Jean-Michel van Schouwburg)

Front


Pour les amoureux des listes de disques avec des improvisateurs japonais.

Ligne du temps – Improvisateurs japonais à la rencontre du monde.

 

Jazz à Paris a récemment publié une liste de disques de free-jazz et d’improvisation réunissant musiciens japonais et musiciens français. Une série d’articles y ont été consacré au free-jazz japonais, entre autres le légendaire saxophoniste Kaoru Abe dont presque tous les concerts ont été publiés en CD’s. Tout de suite, j’ai signalé à Guy Sitruk, le très aimable éditeur de Jazz à Paris, de pouvoir contribuer en ce sens. L’intérêt de souligner les lignes de force des improvisateurs japonais dans leur rencontre avec le reste du monde par le truchement d’un liste d’albums significatifs où s’affirme un dialogue entre « japonais » et « étrangers », qu’ils soient américains, européens etc … Les japonais ont un respect immense pour la culture européenne, la musique classique et le jazz et sont aussi très attachés à leur propre culture traditionnelle et musicale dont ils ont conservé des pans entiers depuis l’Antiquité et le Moyen-Âge. Mais se dessinent aussi une attitude, une sensibilité et une perception des choses aux antipodes de l’Occident.

Les quatre premiers musiciens free japonais qui se sont fait connaître en France et en Europe en jouant avec des musiciens américains et européens sont le trompettiste Itaru Oki, les pianistes Takashi Kako et Masahiko Satoh, ainsi que le batteur Yoshisaburo « Sabu » Toyozumi au début des années 70.
Satoh, un pianiste impressionnant, fut le premier arrivé : il enregistra avec Albert Mangelsdorff, Peter Warren, Karl Berger et Pierre Favre.
Sabu avait déjà tourné en Europe avec les Samuraï, un groupe de rock costumé en samouraï qui se produisit sur les mêmes scènes que Pink Floyd et Ten Years After (Rome 1969).
Oki réside toujours à Paris et Kako s’était établi en France jusqu’au début des années 1980. Tous deux se sont intégrés dans la communauté afro-américaine parisienne. Itaru Oki est connu pour ses trompettes hors norme. Il fit partie du Celestrial Orchestra d’Alan Silva et collabora fréquemment avec lui. Dans les années septante, il tourna avec le saxophoniste Noah Howard (Schizophrenic Blues) et le clarinettiste basse Michel Pilz (One Year). Ces deux albums furent produits par label berlinois FMP/SAJ, une très solide référence.
Dès 1975, le label Enja publie les albums mordants du trio du pianiste Yosuke Yamashita avec le sax alto Akira Sakata et le batteur Takeo Moriyama dont on découvre la folle énergie dans les festivals et salles de concert en Allemagne.
Le festival de Moers invita le groupe du guitariste Masayuki « Jojo » Takayanagi, un pionnier du free et du noise qui enregistra deux brûlots mémorables avec Kaoru Abe. Mais à ma connaissance, Takyanagi n’a pas enregistré avec des musiciens européens ou américains.

En 1979, c’est au tour de Toshinori Kondo d’être un des trompettistes free les plus demandés. Alors que ses collègues trompettistes d’alors « respectent » plus ou moins les conventions de l’instrument, pour ne pas exposer leurs lèvres, Kondo a transgressé la limite son musical / bruit avec un talent exceptionnel et une endurance physique étonnante.
Après son séjour au Japon et deux enregistrements à Tokyo, Derek Bailey a invité plusieurs musiciens japonais dans ses concerts Company au fil des ans : Kondo, Motoharu Yoshizawa et le danseur Butoh Min Tanaka. Son album solo acoustique phare, Aïda, est dédié au promoteur journaliste Aquirax Aïda décédé en 1978, lequel avait aussi invité Milford Graves en 1977initiantainsi un flux de rencontres entre improvisateurs japonais et « étrangers » à grande échelle.

Même Anthony Braxton n’y échappe pas. Son premier album consacré à sa musique en quartet et initiant ces cycles de compositions est Four Composition 1973 enregistré au Japon avec des musiciens japonais dont Masahiko Satoh.

Le batteur Sabu Toyozumi est sans nul doute l’improvisateur japonais le plus universel : il a rencontré personnellement le quintet de Coltrane en 1966 à Tokyo et y a été embauché par Charles Mingus pour un enregistrement suite à une audition en 1970. Il fit partie de l’AACM à Chicago en 1971, jouant avec Roscoe Mitchell et l’Art Ensemble, Braxton, Leo Smith et George Lewis. Il y avait formé un trio de batteries avec Steve McCall et Don Moye. Ces musiciens américains lui recommandèrent d’aller jouer à Paris, et il participa à plusieurs ensembles dont le Creative Music Orchestra d’Anthony Braxton et le groupe Emergency. Au Japon, Sabu s’est révélé incontournable en tournant et enregistrant inlassablement avec Peter Brötzmann, Peter Kowald, Derek Bailey, Tristan Honsinger, Barre Phillips, Leo Smith, Misha Mengelberg, Han Bennink, Evan Parker, Paul Rutherford, Fred Van Hove, Mats Gustafsson et John Russell qui l’invita en Grande Bretagne. C’est avec lui que John Zorn, nipponophile notoire, fit ses premiers gigs au Pays du Soleil Levant.
Quant à Kondo, il a participé au Die Like A Dog Quartet avec Peter Brötzmann, Hamid Drake et William Parker, groupe qui compte pas moins de cinq albums FMP, le label coopérative par excellence de la free music allemande. Le premier de ceux-ci était dédié à Albert Ayler : Fragments, Life and Death of Albert Ayler.

Certaines musiciennes de formation traditionnelle ont mué en libres improvisatrices comme les joueuses de koto Miya Masaoka et Kasue Sawaï. Ce qui semble aller de soi vu les connections de l’univers de la musique contemporaine avec de nombreux musiciens traditionnels japonais. Xenakis a été jusqu’à produire un album inoubliable avec l’extraordinaire chanteuse Kinshi Tsuruta, interprète des Heiki Monogatari avec son satsuma biwa (Le Chant Du Monde).

Parmi tous les improvisateurs d’envergure ayant travaillé avec des improvisateurs japonais, il faut spécialement mentionner Steve Lacy, Peter Kowald, Joëlle Léandre, Michel Doneda et Lê Quan Ninh que ce soit au Japon, en Europe ou en Amérique. La musique épurée de Lacy fait songer aux poèmes haïkus et il enregistra avec le percussionniste traditionnel Masa Kwaté. Lacy entreprit de nombreux concerts et enregistrements avec le batteur Masahiko Togashi, doyen des musiciens free japonais condamné à jouer en chaise roulante suite à une violente agression. Togashi enregistra avec Don Cherry, Charlie Haden, Albert Mangelsdorff , …
Il faut aussi mentionner un autre percussionniste, Makoto Sato, compagnon d’Alan Silva et d’Itaru Oki et pilier de la scène free parisienne où plusieurs danseuses /danseurs Butoh collaborent avec des improvisateurs.
En parlant de danse, comment ne pas évoquer le danseur Masashi Harada qui travailla avec Cecil Taylor et,comme pianiste et batteur, avec Joe Maneri, Mat Maneri et Malcolm Goldstein lorsqu’il résidait à Boston. En outre, il dirigeait son propre Condanction Ensemble au moyen des gestes de la danse avec des improvisateurs de la ville : Philip Tomasic, Dan Levin, Gregg Kelley, Mike Bullock et son compatriote le percussionniste Tatsuya Nakatani.
Basé à Boston, puis à New York, Nakatani enregistra avec Assif Tsahar, Peter Jacquemyn, Jack Wright et Michel Doneda avec qui il tourna en Europe.
Et le nom de Doneda me remet en mémoire celui du contrebassiste disparu Tetsu Saitoh, un musicien avec qui Michel Doneda a beaucoup tourné tant en France qu’au Japon au point que leur amitié a débouché sur une vidéo : Spring Road. Mention spéciale au très organique Une Chance Pour L’Ombre, un quintet radical dans la recherche des sons - bruits. Trois japonais : Kazue Sawaï, Tetsu Saitoh et le guitariste Kazuo Imaï, deux français : Lê Quan Ninh et Michel Doneda, un groupe à part entière focalisé sur une musique éminemment collective.
Un autre bassiste, Maresuke Okamoto fait régulièrement le voyage vers l’Italie et la Grande Bretagne où il fait partie d’une confrérie de solides improvisateurs : le percussionniste Marcello Magliocchi, les saxophonistes Adrian Northover et Guy-Frank Pellerin, le violoniste Matthias Boss, les guitaristes Eugenio Sanna et Phil Gibbs.

Bien sûr, une nouvelle communauté japonaise focalisée sur le « minimalisme » réductionniste (drone, new silence, lower case) s’est littéralement fondue dans l’avant-garde européenne : Tetuzi Akiyama, Toshimaru Nakamura, Taku Sugimoto, Masafumi Ezaki, Seijiro Murayama, Sachiko M vs Keith Rowe, Radu Malfatti, Rhodri Davies, Jean-Luc Guionnet, Burkhard Beins, Mark Wastell etc… rencontres documentées dans une kyrielle de labels souterrains dont le fameux Erstwhile…

Je mentionne encore un album de duos du contrebassiste Peter Kowald avec des improvisateurs japonais : Duos Japan (FMP 1280) dont certains jouent des instruments traditionnels (shakuhashi, samizen, koto, biwa).C'est dire que Peter se sent concerné par la culture japonaise. Cet album fait partie d'une série de trois vinyles de duos, les deux autres étant consacrés à l'Europe et à l'Amérique

Quant à la pianiste Aki Takase établie à Berlin, elle est sans doute devenue la musicienne japonaise la plus européanisée, dirigeant de joyeux orchestres de jazz matinés de free avec Axel Dörner, Rudi Mahall, Eugene Chadbourne et Paul Lovens. À la ville, elle partage la vie d’Alexander von Schlippenbach avec qui elle a tourné dans son pays natal au sein du Berlin Jazz Orchestra et en duo.
Moi-même, en tant que chanteur, ai travaillé et enregistré avec Sabu Toyozumi et la pianiste Yoko Miura, laquelle a aussi joué et/ou enregistré avec les contrebassistes Jean Demey et Teppo Hauta-Aho, le saxophoniste Gianni Mimmo et les clarinettistes Ove Volquartz et Jacques Foschia.

 

Voici un aperçu discographique des nombreuses collaborations Japon vs Europe et Amérique dont j’ai écouté les enregistrements et recueilli  en grande partie les témoignages physiques vinyles et Cds, répertoriés par année d’enregistrement. Cette ligne du temps reflète les migrations de ces artistes de l’impossible à travers les continents et qui, aujourd’hui, semblent nous échapper. Certains albums anciens ont été réédités, d’autres sont sans doute oubliés.

 

L’album le plus curieux et un des plus rares me semble être la rencontre du saxophoniste Keizo Inoue avec le tromboniste Gunther Christmann et Paul Lovens : In Moers 81 – Trio Records. Cela évoque les rencontres improbables de l’acteur activiste italien Mario Schiano avec son saxophone et le gratin du free (dont Paul Lovens).

Jean-Michel Van Schouwburg.

 

1971

Masahiko Satoh/ Albert Mangelsdorff/ Peter Warren/ Allen Blairman Spontaneous Enja 2064

Masahiko Satoh/ Peter Warren/ Pierre Favre Trinity Enja 2008

1972

Karl Berger/ Masahiko Satoh/ Adelhard Roidinger / Allen Blairman With Silence Enja 2022

1973

Emergency : Glenn Spearman / Boulou Ferré/ Takashi Kako/ Bob Reid/ Sabu Toyozumi Hommage to Peace America Records 30 AM 6134

Anthony Braxton Four Composition 1973 avec Keiki Midorikawa, Masahiko Satoh et Hazumi Tanaka Columbia NCP 8504 N

1975

Manfred Schoof/ Yosuke Yamashita / Akira Sakata / Takeo Moriyama Distant Thunder Enja 2066

1977

Steve Lacy & Masa Kwaté Shots Musica Records MUS 3024

Milford Graves Meditation Among Us avec Kaoru Abe/ Mototeru Takagi/ Tushi Tsuchitori/ Toshinori Kondo Kitty Records MKF 1021

Noah Howard Quartet Schizophrenic Blues avec Howard/ Itaru Oki/ Jean-Jacques Avenel/ Oliver Johnson. FMP SAJ -13

Yosuke Yamashita & Adelhard Roidinger Inner Space Enia 3001

1978

Derek Bailey Duo and Trio Improvisation avec Toshinori Kondo / Kaoru Abe / Mototeru Takagi / Motoharu Yoshizawa/ Toshi Tsuchitori Kitty Records MKF 1034

Itaru Oki / Ralf Hübner / Michel Pilz One Year / Afternoon and Evening FMP 0720

Toshinori Kondo/ Henry Kaiser/John Oswald Moose and Salmon Music Gallery Editions mge 30

1979

TOK - Takashi Kako / Kent Carter / Oliver Johnson – Paradox JAPO 60029

Eugene Chadbourne & Toshinori Kondo Possibilities of the Colour Plastic Bellows 002

Toshinori Kondo/ John Russell/ Roger Turner Artless Sky CAW 001

1980

Toshinori Kondo & Paul Lovens The Last Supper PoTorch PTR/JWD 9

Derek Bailey & Min Tanaka Music and Dance Cassette

1981

Steve Lacy / Kent Carter / Masahiko Togashi Spiritual Moments Paddle Wheel K28P 6138

Steve Beresford/ Tristan Honsinger/ David Toop/ Toshinori Kondo Imitation of Life Y Records Y13

1982

Toshinori Kondo/ Paul Lovens/ Paul Lytton Death Is Our Eternal Friend IMA 002 – DIW 1109

Company Epiphany - Epiphanies : Derek Bailey/ Fred Frith/ George Lewis/ Ursula Oppens/ Akio Suzuki/ Julie Tippetts/ Keith Tippett/ Phil Wachsmann/ Motoharu Yoshizawa Incus 46/47

1983

Toshinori Kondo/Tristan Honsinger / Peter Kowald/ Sabu Toyozumi What Are you Talkin’ About ? DIW 1119 - Ima 003

1984

Quiet Violence : Requiem Gillian Mc Gregor/ Junya Kawasaki/ John Russell Impetus Records IMP18405

1986

Danny Davis/ Peter Kowald/ Takehisa Kosugi Global Village Suite FMP –SAJ 60

Peter Kowald Duos Japan avec Seizan Matsuda, Sabu Toyozumi, Junko Handa, Michihiro Satoh, Tadao Sawaï, Keiki Midorikawa, Masahiko Kono, Akira Sakata, Takehisa Kosugi, Toshinori Kondo FMP 1280

 

1989

Joe Maneri Trio : Joe Maneri/ Masashi Harada/Matt Maneri Kalavinka Cochlea Productions CP 1289

1990

Cecil Taylor/ William Parker/ Masashi Harada C.T. : The Dance Project FMP CD 130

1994

Sabu Toyozumi & Misha Mengelberg The Untrammeled Traveller Chap Chap CPCD-006

Leo Smith & Sabu Toyozumi Burning Meditation No Business CD 110

1996

Jon Rose & Miya Masaoka Sliding Noise Asia NAIM 02CD

Berlin Jazz Contemporary Jazz Orchestra directed by Alex von Schlippenbach Live in Japan ‘96 avec Aki Takase, Hiroaki Katayama, Eiichi Hayashi, Nobuyoshi Ino, Haruki Sato, Evan Parker, Rudi Mahall, Paul Rutherford, Marc Boukouya, Axel Dörner, Henry Lowther, Paul Lovens,… DIW-922

1997

Benat Achiary / Michel Doneda / Kasue Sawaï Temps Couché Victo CD 055

George Lewis & Miya Masaoka the Usual Turmoil and Other Duets Music and Arts 1023

1998

Joëlle Léandre & Kumi Wakao Ryoanji John Cage Concert in Hiroshima Mesostics MESCD -005

1999

Sabu Toyozumi & Paul Rutherford The Conscience No Business NBCD 099

Masashi Harada Condanction Ensemble Enter The Continent Emanem 4041

2000

Masahiko Satoh Joëlle Léandre Yuji Takahashi Signature Live at the Egg Farm Red Toucan RT 9321

Peter Kowald/ Miya Masaoka/ Gino Robair Illuminations (several views) Rastascan BRD049

Keith Rowe/ Günter Müller/ Taku Sugimoto The World Turned Upside Down Ertswhile records 005

2001

Tatsuya Nakatani & Peter Kowald 13 Definitions of Truth Quakebasket Qb 17

Masashi Harada Condanction Ensemble Enterprising Mass of Cilia Emanem 4108

2002

Malcolm Goldstein & Masashi Harada Soil Emanem 4124

John Butcher Solo and With Toshimaru Nakamura Cavern With Nightlife Weight of Wax wow 001

Tetuzi Akiyama/ Toshimaru Nakamura/ Taku Sugimoto/ Mark Wastell Foldings Confront 12

2003

Une Chance Pour l’Ombre Michel Doneda/Kasue Sawaï/ Kazuo Imai/ Lê Quan Ninh/ Tetsu Saitoh Bab Ili Lef 02

Joe Maneri & Masashi Harada Pinerskol Leo Records CD LR 553

Aki Takase Plays Fats Waller avec Aki Takase/Eugene Chadbourne/Nils Wogram/Rudi Mahall/ Thomas Heberer/ Paul Lovens. Enja CD 9152-2

Akio Suzuki & David Toop Breath Taking Confront Records 14

Raku Sugifatti : Radu Malfatti & Taku Sugimoto Futatsu Improvised Music from Japan IMJ 508-9

2004

Michel Doneda/ Tatsuya Nakatani / Jack Wright From Between SOSEditions 801

Une Chance Pour l’Ombre Michel Doneda/ Kasue Sawaï/ Kazuo Imai/ Lê Quan Ninh/ Tetsu Saitoh Victo CD 094

Die Like A Dog : Peter Brötzmann/ Toshinori Kondo/ William Parker/ Hamid Drake Fragments, Life and Death of Albert Ayler FMP CD 64

Bertrand Denzler/ Jean-Luc Guionnet/ Kasushige Kinoshita/ Taku Unami Vasistas Creative Sources CS 22

2005

Ernesto Rodrigues/ Angarhad Davies/ Guilherme Rodrigues/ Masafumi Ezaki/ Alessandro Bosetti London Creative Sources CS 080 CD

2006

Aki Takase Piano Quintet Tarantella : avec Tristan Honsinger/ Nobuyoshi Ino/ Maurice Hortshuys/ Aleks Kolkowski. Psi 06.03

SLW : Burkhard Beins/ Lucio Capece/ Rhodri Davies/ Toshimaru Nakamura Formed Records formed 108

2007

Rhythm Section (Peter Jacqmyn - Tatsuya Nakatani) and Fred Van Hove Hear Here Now (K-RAA-K) K 055.

2009

Keiko Higuchi/ Alan Silva/ Sabu Toyozumi/ Takuo Tanikawa Crimson Lip improvising beings ib08

Abdelhaï Bennani/ Itaru Oki/ Alan Silva/ Makoto Sato New Today New Everyday improvising beings ib 13

2010

Ernesto Rodrigues/ Katsura Yamauchi/ Carlos Santos Three Rushes Creative Sources CS 227 cd

Jean-Luc Guionnet & Seijiro Murayama Window Dressing Potlatch P-111

Keith Rowe/ Toshimaru Nakamura Weather Sky Erstwhile Records 018

2011

Kosai Yujyo Sabu Toyozumi avec J-M Van Schouwburg, Dan Warburton, Pascal Marzan, John Russell, Jean Demey, Audrey Lauro, Jacques Foschia, Marjolaine Charbin, Ove Volquartz, Peer Schlechta, etc… improvising beings ib14 Inaudible cd 008

Jean Demey/ Yoko Miura/ Ove Volquartz Discovery of Mysteries Setola di Maiale SM 2250

2012

Itaru Oki & Axel Dörner Root of the Bohemian improvising beings ib 36

Sabu Toyozumi & Shih Yang Lee Music Non Stop NCAA 005

Sabu Toyozumi /Jean Michel Van Schouwburg /Luc Bouquet Rustrel & Paluds Setola Di Maiale SM 2910

2013

John Russell & Sabu Toyozumi : Sabu John Duo. Empty Spontaneity Chap-Chap CPCD 010

Hugues Vincent & Morishige Yamune Fragment improvising beings ib28

2014

Linda Sharrock No is no & Don’t Fuck Around with Your Women avec Itaru Oki, Makoto Sato, Eric Zinman, Mario Rechtern, Yoram Rosilio improvising beings ib 30 & ib30 ltd 45 t.

2015

Itaru Oki/ Sylvain Guérineau/ Kent Carter/ Makoto Sato D’Une Rive à l’Autre improvising beings ib47

Sabu Toyozumi & Claudia Cervenca as if once more  Klopotec IZK CD 059

Gianni Mimmo & Yoko Miura Departure Setola di Maiale SM 3140

2016

Yoko Miura & Jean Michel Van Schouwburg + JM Foussat on 1 track On The Shore of Dreams

FMR CD 461-0817

Gianni Mimmo/ Yoko Miura/ Ove Volquartz Air Current Setola di Maiale SM 3330

2017

Phil Gibbs/ Marcello Magliocchi/ Adrian Northover/ Maresuke Okamoto Sezu FMR CD487-0518

Guy-Frank Pellerin/ Maresuke Okamoto/ Eugenio Sanna OPS Setola di Maiale SM 3620

Sabu Toyozumi/ Rick Countryman/ Simon Tan the Center of Contradiction Chap-Chap CPCD012

Sabu Toyozumi/ Rick Countryman/ Simon Tan  Preludes and Prepositions Chap-Chap CPCD013

Yoko Miura & Jean-Marc Foussat When the Lowlands Consume The Space Creative Sources CS 485 CD

2018

Yoko Miura, Teppo Hauta-aho, Janne Tuomi Finland Concert – Moony MoonSetola di MaialeSM 3630

Yoko Miura/Gianni Mimmo/ Thierry Waziniak Live at L'Horloge Amirani AMRN059

Sverdrup Balance : Lawrence Casserley/ Yoko Miura/ Jean-Michel Van Schouwburg Isla Decepciòn Setola di Maiale SM 3960

 

Vinyles réédités en CD’s : Hommage to Peace, Shots, Meditation Among Us, Duo and Trio Improvisation, Spiritual Moments, Music and Dance, Death is Our Eternal Friend, What Are You Talking About ?, Epiphany - Epiphanies.

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09 octobre 2019

Leo Smith & Sabu Toyozumi "Burning Meditation" NoBusiness NBCD 110 (par Jean-Michel Van Schouwburg)

Wadada-Sabu-Burning Meditation


Wadada Leo Smith
 et Sabu Toyozumi ont fait connaissance en 1971 lors du séjour prolongé de Sabu à Chicago alors qu’il y jouait régulièrement avec Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Anthony Braxton et faisait partie d’un trio de percussions avec Don Moye et Steve Mc Call. Depuis le début des années 80, Sabu Toyozumi est devenu le partenaire incontournable d’improvisateurs américains ou européens dans des tournées à travers tout l’archipel nippon : John Zorn, Fred Van Hove, Misha Mengelberg, Peter Kowald, Peter Brötzmann, Joseph Jarman, Paul Rutherford, John Russell et bien entendu, Leo Smith. Remarquablement enregistré au Café Amores, le club légendaire de Takeo Suetomi à Yamaguchi City lors d’un concert mémorable le 22 mars 1994, Burning Meditation est une rencontre merveilleuse de deux poètes messagers du jazz librement improvisé. Ce duo trompette – percussion se suffit à lui même et dispense une musicalité naturelle sous le signe de l’écoute, de l’invention mélodique et rythmique et d’un chamanisme extra-sensoriel. Ce type d’échange est un finalement un genre difficile vu que les artistes doivent occuper l’espace et le temps sans faiblir en relançant sans discontinuer l’intérêt des auditeurs réinventant sans relâche rythmes, sons, mélodies, dynamiques sans se répéter, et sans l’aide d’accompagnateurs (bassiste, pianiste etc..). Le travail de toute une vie. La sonorité chaleureuse et cuivrée du trompettiste  envahit l’espace et le temps dont le percussionniste ponctue de mille et une manières de frappes surprenantes de pulsations naturelles et étrangement combinées, utilisant toutes les ressources expressives de ses tambours. Chaque membre actionne les baguettes en toute indépendance accélérant et ralentissant les cadences alternativement, croisant les figures spontanément créant un réseau vibratoire complexe et mouvant au départ d’un rythme chaloupé somme toute assez simple. Le souffle de Leo Smith a une puissance étonnante striant l’air ambiant telle une corne de brume à l’orée de la Yazoo River où les Flatlands détrempés dégagent fumeroles et vapeurs  ensorcelantes de l’hiver immobile. Son timbre et ses accents sont uniques et son chant cuivré illumine l’atmosphère. On peut comparer ce magnifique enregistrement live à celui gravé par Leo Smith en compagnie d’Ed Blackwell (The Blue Mountain’s Sun Drummer  1986 – Kabell rds 111 – 2010). Les morceaux, ici librement improvisés, durent entre 15 et 7/ 8 minutes et déversent leur trop plein de blues, de groove sauvage (quand ce n’est pas du funk enfantin) et d’inventions soniques et expressives en dehors des sentiers battus. Les compositions avec Blackwell sont plus ramassées (10 pièces de 3 à 6 minutes) et sont signées Wadada Leo Smith. Quelle que soit l’orientation choisie, sa musique est essentielle. Tout l’art de Leo Smith est de suggérer le rythme, de le vivifier tout en faisant éclater le son de la Great Black Music, une des plus vécues, authentiques et intenses qu’il nous est permis de goûter. Et aussi de chanter un hymne blues aux Human Rights de circonstance. La qualité du travail de Sabu Toyozumi se mesure tout à fait par le fait que sa musique s’adapte naturellement à son camarade. Écoutez le dans the Conscience un album en duo avec  Paul Rutherford paru aussi chez No Business, et vous conviendrez que la flexibilité sincère et enthousiaste de ce grand artiste est confondante, créant le complément sonore et percussif idéalement conçu en regard de la personnalité musique de ses partenaires. Dans le continuum du jazz libre et de l’improvisation afro-américaine, cette merveille musicale est un moment indispensable. Une méditation brûlante.

Jean-Michel Von Schouwburg (article publié initialement sur Orynx)

En complément, la première piste de l'album en libre écoute

Creative Music-1- Red Mountain Garden, Wild Irises and Glacier Lines

... et une vidéo de la collection de Takeo Suetomi


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07 octobre 2019

The Hatch : Julien Desprez, Mette Rasmussen Dark Tree

hatch cover recto


Par quelque bout qu’on prenne cet album, c’est une réussite. Ce duo rassemble deux protagonistes aux talents déjà reconnus et dont la progression ne semble pas marquer le pas. Ils continuent de tout oser, avec fraîcheur, dynamisme. Ils savent qu’ils sont de ceux qui feront bouger les lignes et ils comptent bien y prendre leur part. C’est donc une excellente idée de Dark Tree que de les réunir.
La guitare est souvent dans les brisures, les grésillements, les crépitements, les craquements, les mitrailles, les bourdonnements d’insectes métalliques, des quasi bruits blancs, comme si tout discours mélodique, fut-il fragmentaire, serait par trop emphatique et diluerait la tension nécessaire à l’expression de l’urgence. Seules exceptions, des notes (sur)aigües pour finir des phrases en une sorte de lacération stridente.
Des éclats au sax, comme si le chant n’osait pas. Puis il s’amorce, encore timidement, avant de se déployer. Le sax choisit souvent ces sons fragmentaires, percutés, claqués ou torturés afin que le grain sonore acquiert la complexité et l’instabilité nécessaires. À d’autres moments, ce sont des tourbillons enfiévrés, des cris, des quasi sifflements, des vagissements, des parlés-joués où la voix de Mette Rasmussen est identifiable, des répétitions entêtantes, des fibrillations autour d’une note, avec là aussi des échappées suraiguës. Ici encore, l’urgence est le fil conducteur, comme si la sève musicale était impatiente de faire éclore de nouveaux espaces.
Chez les deux artistes, c’est bien ce qu’il s’agit de défricher à coups rapides, incessants, énergiques, avec chez Julien Desprez, une radicalité peut-être plus marquée, invitant l’autre à faire un pas de plus vers l’ailleurs, vers un peu plus de transgression ... avec un certain succès dans les trois premières pièces.
Et d’une manière inattendue, une sorte de béance en milieu d’album avec « Matter of the Soul », une forme d’hommage Aylerien, Coltranien aussi, exaspéré, toujours sur la crête des sons, bardé d’accords lourds et obsédants, d’une intensité expressive peu commune. Un piton au milieu d’une tempête, un moment à la fois totalement singulier et parfaitement cohérent avec le reste de l’album.
La suite renoue avec l’urgence initiale, ses fragmentations. Cette musique donne l’impression de se faire de plus en plus affranchie au fil des plages, en une sorte de crescendo des incitations, des consentements, des provocations, des tentations gourmandes, avec « Twin Eye », «  Black Sand » (absolument saisissant) et « Orange Plateau ».
Peut-être s’agit-il de ma part d’une accoutumance coupable à cette drogue addictive. La réécoute rend plus difficile encore, voire insupportable, l’agression soporifique des musiques balisées.

Dark Tree nous offre généreusement l’écoute d’une plage, la première, « Roadskill Junkies »

Pour les autres plages, il vous faudra acquitter un octroi.

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03 octobre 2019

Masayuki Takayanagi’s New Direction Unit « April is the cruellest month » (blankform edition)

Masayuki Takayanagi

Le New Direction Unit, animé par Masayuki Takayanagi (g) est un quartet composé de Kengi Mori (as, fl,bcl), Nobuyoshi Ino (b, vlc) et Hiroshi Yamazaki (perc). Cet enregistrement date d’avril-mai 1975. C’était donc il y a près de 45 ans. Pourquoi donc exhumer ça aujourd’hui ?
Parce que cette musique est fascinante de beauté sauvage, mais aussi parce qu’il s’y passe quelque chose d’important : une bifurcation musicale, comme le début d’une dérive des continents.
Avant d’aller plus avant, une précaution à prendre. Cet album fait partie de ceux qu’il faut ecouter à fort volume, sans quoi tout se perd dans un brouet informe et sans saveur. C’était aussi, je crois, la recommandation de Xenakis. Ici, c’est essentiel.
Dans la première pièce, « We have existed », on est saisit par ces roulements, ces crépitements inlassables sur les différentes surfaces, les pièces de métal, les peaux avec pour toute rythmique une respiration des phrases lente et inexorable. Une batterie omniprésente, obsédante, accompagnée de violents coups d’archets, brefs et répétés, des grincements rugueux, des grondements sauvages. Et les cordes de la guitare électrique écrasées, avec application, en insistant : il faut que ça fasse mal. En arrière plan, une flûte, seule voix mélodique, virevoltante, dans ces décharges orageuses, ces stridences métalliques, ces cris sauvages et inconnus, ces feulements. Puis comme dans un retournement, les félins de la batterie et de la guitare amorcent un recul, les frottements au violoncelle (la basse ?) se font moins rugueux, la flûte devient de facto plus présente, puis l’extinction vient.
Cette musique est Free par quelques aspects, mais elle relève aussi des musiques improvisées. C’est une esthétique musicale spécifique à l’Archipel. La 2ème pièce renforce d’ailleurs cette spécificité avec, cette fois, Kengi Mori à la clarinette basse. Eric Dolphy n’est pas totalement absent mais c’est une toute autre musique qui se joue là, comme on peut s’en rendre compte via ce lien : What Have We Given?
Cet album mérite déjà toute notre considération, mais la 3ème pièce, « My Friend, blood shaking my heart », est une grande claque, bien plus, c’est un bouleversement esthétique. Dans ce cataclysme sonore, plus aucun des codes du Jazz, fût-il le plus Free, n’est respecté. Il faut jouer fort, donner tout ce qu’on a, ne pas se répéter. Miles disait qu’il n’y avait pas de fausse note. Ici, il n’y a pas de bon goût, ni de décence, ni de bribe mélodique quel qu’elle soit, ni de scansion. Il ne s’agit pas d’une révolte sociale, ou politique, ou de l’émancipation par rapport aux grands frères américains ou européens, ou encore par rapport à la musique contemporaine. Nous sommes ailleurs, aux portes de la Noise, qui n’existait pas encore. Takayanagi ne fut pas seulement le professeur de Otomo Yoshihide, il est probablement à l’origine des choix des Merzbow, Keiji Haino, Hijokaïdan et de bien d’autres icônes ultra radicales venues du Japon. Cette « nouvelle direction » a fait depuis bien des émules. Cet art brut nous oblige à prêter une attention soutenue aux sons, fussent-ils sales et violents. Cette pièce de près de vingt minutes est captivante de bout en bout. Elle est faite de déferlantes multiples, de stridences continues, de grondements, de cris inarticulés. Elle repousse les limites de ce qu’il est admis d’appeler musique. Et si l’on opte pour une écoute empathique, c’est un vrai bain de jouvence musical qui s’offre à nous. Nos oreilles sont neuves, prêtes pour l’écoute de nouveaux continents musicaux. Confirmation ici :


Un bain de jouvence vivifiant. Attention au retour des "musiques d'ameublement".

C’est un témoignage fascinant d’une bifurcation musicale dont les effets continuent de se faire sentir.
Un album phare.
Masayuki Takayanagi (guitare)
Kengi Mori (sax alto, flûte, clarinette basse)
Nobuyoshi Ino (contrebasse, violoncelle)
Hiroshi Yamazaki (percussions)
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30 septembre 2019

De Cleveland à Paris, les diverses facettes de Bobby Few (Wire, juillet 2019)

Bobby Few z,Avant Garde

On doit cet article de Wire et les compléments spécifiques à notre blog à Pierre Crépon.
L’idée lui en est venue lors d’une interview du pianiste lorsque ce dernier lui disait que ses albums sont actuellement difficiles à trouver. Il y avait là une lacune à combler, non en ré-éditant lesdits albums mais en rappelant quelle trajectoire fut la sienne, en soulignant quels jugements portaient sur lui des figures de premier plan de l’histoire du jazz, en mettant en évidence quelques une de ses folles rencontres musicales, en indiquant comment lui-même se situait face à deux des figures tutélaires du piano, Cecil Taylor et Thelonious Monk, et bien d’autres choses encore. Cela, c’est l’article qui nous l’apprend.
La playlist proprement dite ouvre la voie à la redécouverte, probablement aussi à la surprise. On le retrouve rageur, libre, puissant, original ... et charmeur. Je l’ai toujours vu sur scène souriant, malicieux. Il avait déjà plus de soixante dix ans (il est né en 1935, voir wiki https://fr.wikipedia.org/wiki/Bobby_Few), mais quel a été son parcours avant ça ?
Cette playlist joue son rôle d’aiguillon : exciter l’intérêt, la curiosité, l’envie d’en écouter davantage, de fouiller les bacs, les ressources en ligne. Surtout, s’il passe sur scène près de chez vous (ah, messieurs les programmeurs !), déplacez-vous, faites des photos, achetez ce qu’il vous propose et remerciez-le pour sa musique.
C’est, d’une certaine manière, ce qu’a fait Pierre Crépon avec cet article dans Wire. Il va ici plus loin encore en nous communiquant les informations associées à la discographie qui n’avaient pas été publiées sur Wire : les musiciens, les dates et lieu d’enregistrement et quelques liens pour vous inciter encore à acheter. Votre disquaire pourra aussi vous être d’un grand secours.
Vous pouvez certes écouter cette playlist de plus de cent onze minutes depuis le début, d’une traite. Mais la découverte curieuse, zigzaguante, avec d’éventuelles redites, un peu comme on regarderait sur quelle touche du clavier appuyer, a aussi ses charmes. À vous de « jouer ». La musique est là :

Wire Playlist: From Cleveland to Paris - the many sides of Bobby Few - The Wire

In 1969 US pianist Bobby Few flew to Paris as a member of The Noah Howard-Frank Wright quartet, beginning a 50 year plus relationship with France where he still resides. Born in Cleveland in 1935, Few started his jazz career in Ohio.

https://www.thewire.co.uk


Je vous suggère d’écouter en ayant sous les yeux les éléments détaillés promis :
Booker Ervin "The Muse"
From The In Between (Blue Note)
Rec. Jan. 12, 1968, Englewood Cliffs, NJ
Booker Ervin (ts, fl), Richard Williams (tp), Bobby Few (p), Cevera Jeffries (b), Lenny McBrowne (d)
Albert Ayler "Water Music"
From The Last Album (Impulse!)
Rec. Aug. 27, 1969, New York City, NY
Albert Ayler (ts), Bobby Few (p), Bill Folwell (b), Stafford James (b)
Noah Howard "Viva Black"
From Space Dimension (America/Eating Standing)
Rec. early 1970, prob. Paris, France
Noah Howard (as), Frank Wright (ts), Bobby Few (p), Art Taylor (d)
Frank Wright Quartet "Chapter Ten"
From For Example: Workshop Freie Musik 1969-1978 (FMP/Destination: OUT)
Rec. between Mar. 30 and Apr. 3, 1972, Berlin, Germany
Frank Wright (ts), Bobby Few (p), Alan Silva (b), Muhammad Ali (d)
Bobby Few "Few’s Blues"
From More or Less Few (Center of the World)
Rec. Nov. 1, 1973, Paris, France
Bobby Few (p), Alan Silva (b), Muhammad Ali (d)
Bobby Few "El Torro"
From Solos & Duets (Center of the World)
Rec. Nov. 1975, Paris, France
Bobby Few (p)
Sunny Murray Quintet "Tree Tops"
From Aigu-Grave (Marge)
Rec. Apr. 1, 1979, Paris, France
Sunny Murray (d), Richard Raux (ts), Bobby Few (p), Alan Silva (b), Sunny Murray (d)
Bobby Few "Continental Jazz Express"
From Continental Jazz Express (Vogue)
Rec. Mar. 12, 1979, Villetaneuse, France
Bobby Few (p)
Steve Lacy/Brion Gysin "Gay Paree Bop"
From Songs (hat ART)
Rec. Jan. 29, 1981, Paris, France
Steve Lacy (ss), Steve Potts (as, ss), Irène Aebi (vln, voc), Bobby Few (p), Jean-Jacques Avenel (b), Oliver Johnson (d)
Byron Pope "Pope’s Blues"
From Speed of Light Jazz (Speed of Light)
Rec. 1984, Paris, France
Byron Pope (as), Bobby Few (p), Jean-Jacques Avenel (b), Roger Raspail (perc)
Bobby Few Trio "Few’s Boogie"
From Few and Far Between (Adès)
Rec. ca. 1991, prob. Paris, France
Bobby Few (p), Raymond Doumbé (el-b), Noel McGhie (d)
Bobby Few "Like a Waterfall"
From Continental Jazz Express (Boxholder)
Rec. May 27, 2000, New York City, NY
Bobby Few (p)
Bobby Few & Avram Fefer Quartet "For Frank (Lowe)" [excerpt]
From Sanctuary (CIMP)
Rec. May 7, 2005, Canton, NY
Bobby Few (p), Avram Fefer (ts), Hilliard Greene (b), Newman Taylor Baker (d)
Sonny Simmons & Bobby Few "Round Midnight"
From True Wind (Hello World!)
Rec. Nov. 10, 2007, Paris, France
Sonny Simmons (as), Bobby Few (p)
Bobby Few "Let it Rain"
From Let it Rain (Bobby Few)
Rec. Jan. 2002, Montreuil, France
Bobby Few (p, voc), Rasul Siddik (tp), Jon Handelsman (ts), Harry Swift (b), Bob DeMeo (d)
J'aimerais aussi vous proposer cette vidéo en 4tet à Paris, au Z'Avant Garde (de Noah Rosen) en 2011, avec Harry Swift (b), Jon Handelsman (ts, bcl), Ichiro Onoe (dms) ... et Aldridge Hansberry "à la technique".



Et encore merci à Pierre Crépon qui a fait l'essentiel
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