Jazz à Paris

23 mai 2019

Duboc Kassap au Comptoir (Fontenay le 3 janvier 2019)

Duboc Kassap 2

Une musique de scène enregistrée au Comptoir de Fontenay sous Bois
Deux artistes improvisateurs au parcours déjà très riche.
Comme un crépuscule qui s’installe dans un espace déserté, avec des frottements de bois, un à-peine chant dans la solitude, une voix qui murmure dans une langue indiscernable. Puis l’archet qui fouille les graves, et un chant aux vagues couleurs d’Orient : le rêve est là...
Une errance, un lyrisme contenu, des claquements assourdis. Puis le chant s’affirme, d’autres couleurs s’esquissent, certaines issues des tréfonds du jazz, sans jamais quitter les terres vierges.
Le temps passe vite, vite.

Duboc Kassap au Comptoir

Pas de publication sur support physique à ce jour

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20 mai 2019

Fred Marty et Irène Kelp « Pirouette »

pirouette cover


Visiter les jardins des cordes est l’une des aventures de Joëlle Léandre (triple album « String Gardens » + « Chez Hélène » : quartes duos avec contrebasse + 2e basse, violoncelle, violon, guitare)
Fred Marty et Irène Kelp prennent ici cette gageure à leur compte avec un duo violon contrebasse, mais avec des paysages radicalement différents.
Ils donnent à leurs pièces des noms de mouvements du corps : pirouette, roulement, saut, dérapage, demi-tour. Au singulier.
Mais c’est bien de danse qu’il s’agit, dans un engagement quasi physique.
Dans « Pirouette », cette chorégraphie est saisissante, toute d’archets enfiévrés (il faut attendre cinq minutes pour un claquement de cordes). Certes le lyrisme est au rendez-vous, mais entrelacé de bourdonnements incessants, de gazouillis, de faux éloignements comme pour un refus obstiné, espiègle.
On retrouve dans « Roll » des coups d’archets rapides au violon, en forme de guirlandes ou de nuées autour des amples mouvements de la basse. Dans cette danse, les rôles s’inversent aussi, la basse venant fouiller les graves quand le chant se fait violon. On pense aux corps qui pivotent ensemble pour une valse des temps futurs.
L’ouverture de «Salto » est dédiée aux percussions, des mécanismes déréglés, puis arrivent ces bourdonnements affolés, des insectes métalliques allant de toute part, pour finir sur de grands mouvements d’archets se répondant, se chevauchant, se fuyant, avec une fougue peu commune.
On retrouve cette grande richesse sonore des cordes aux frottements entremêlés dans « Skid », et une virtuosité percussive dans « U-Turn ». Toujours la danse entre deux qui ne se lâchent pas mais qui font mine de se refuser, de s’éloigner tout en se tendant les bras.

Fred Marty et Irène Kelp nous offrent là un album d’une belle intensité, une forme de jeu incessant entre lyrisme et refus, entre approches et virevoltes, entre fusion et diffraction

Enregistré à Blondy le 29 mars 2018
Publié chez Creative Sources CS 554 CD. Septembre 2018


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16 mai 2019

Irreversible Entanglements & Pat Thomas (Café Oto 2018)

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Extrait d’un concert donné au Café Oto de Londres. Il réunissait le pianiste Pat Thomas, qu’Anne Montaron a fait connaître dans son émission À l’Improviste (voir http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2017/09/13/35612672.html) et le groupe de FreeJazz « Irreversible Entanglements ». 

Ce dernier s’est formé en 2015 avec Keir Neuringer (sax), Camae Ayewa (poète) et Luke Stewart (b) en réaction contre la brutalité du NYPD, ayant causée mort d’homme. Il s’est depuis enrichi d’Aquiles Navarro (tp) et de Tcheser Holmes (dr).
Une formation peu habituelle dans le monde du Free.
Certes, la poésie est parfois associée au jazz (qu'on pense à Max Roach et sa Freedom Now Suite avec Abbey Lincoln, ou plus récemment à Steve Dalachinsky, en pariculier avec Joëlle Léandre, The bill has been paid), mais rarement avec cette véhémence. L'association d'idée qui me revient est Linda Sharrock (No is No). Mais vous aurez probablement d'autres références à l'esprit.

Ici, un extrait de 11 minutes, d’une intensité folle. On retrouve avec gourmandise les grands mouvements de bras de Pat Thomas, ses tourbillons sonores. Il s'intègre parfaitement à l'expression d'une révolte pure portée par la voix du poète et la déferlante sonore du groupe. La violence musicale face à celle de la société. L’essence même du Free.
Un coup au plexus. De l’art brut, essentiel

Les musiciens :
Camae Ayewa (voix), Keir Neuringer (as), Aquiles Navarro (tp), Luke Stewart (b), Tcheser Holmes (dr)
Un groupe à suivre, bien évidemment

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13 mai 2019

Das Kapital « Vive la France » (Label Bleu)

 

das kapital vive la france recto


Petite surprise face à ce titre un peu provocateur de la part d’un trio aux 2/3 étranger (voir photo en pied d'article). On l’aura compris, c’est une forme de signe d’amitié, d’intérêt vis à vis d’un répertoire aux esthétiques très diverses. Et un pari. Le jazz s’est emparé de longue date de musiques dites savantes (qu’on pense à « Play Bach » par exemple), de musiques populaires ou de films (comme « Hello Dolly » par Armstrong). Mais là, il s’agit d’autre chose.
On pense bien sûr à l’extraordinaire métamorphose opérée par Coltrane de la mélodie « My Favorite Things ». C’est là, je crois, que réside le pari de notre trio. Proche et lointain, respectueux et iconoclaste, mélodieux et déstructuré sur des pièces aux esthétiques aussi éloignées que l’Arlésienne, Pavane pour une infante défunte, Comme d’habitude, Ne me quitte pas (mais là, Nina Simone ...), Le temps ne fait rien à l’affaire ...
Prenez Barbara. « Ma plus belle histoire d’amour ». Pas évident n’est-ce pas ?
Ça se présente comme une arche. D’abord l’extrême retenue à l’image de la voix d’écorchée vive de Barbara, puis un petit allant mélodique, puis un cœur, en forme d’hommage jubilatoire au jazz (mais Barbara est toujours là) par un magnifique Erdmann, très volubile, et un Poulsen tout aussi incisif, en bien belle forme, pour finir sur la mélodie et la pudeur, chaque passage étant initié et quasiment défini par les frappes de Perraud, une sorte de micro générique.
Vous avez dit Lully ? Bien que né à Florence, il est français, et même à la Comédie Française avec Molière, en particulier pour duper le Bourgeois Gentilhomme. Et le jazz dans tout ça irait dit un Bonaparte soucieux de modernité ? Eh bien là, c’est un saisissement. Notre trio a transfiguré, non le thème, mais la matière musicale elle même. Chacun de nos trois brigands s’est emparé qui des peaux, qui des cordes, qui des vents pour une re-création ingénieuse du tissu musical. En comme ils ne sont que trois, ils ont changé ce qui était une marche somptueuse, fastueuse (voir document de la Philharmonie http://digital.philharmoniedeparis.fr/CMDA/CMDA100000100/default.htm

Le Bourgeois gentilhomme (Marche pour la cérémonie des Turcs) de J.-B. Lully : un exemple de comédie-ballet . La comédie-ballet est une œuvre mêlant théâtre, musique et danse. C’est la collaboration entre Molière et Lully qui crée ce nouveau genre où la musique est intégrée à l’intrigue théâtrale : Le Bourgeois gentilhomme (1670) est en cela exemplaire.
digital.philharmoniedeparis.fr

avec sur le côté droit du doc, une petite analyse de la musique jouée), en une pièce d’une suprême fragilité, gracile et sensible et émouvante, effaçant toute farce. Après une première exposition du thème avec cette sonorité si particulière et cette retenue au soprano, reprise avec un rythme chaloupé introduit par Hasse Poulsen et Edward Perraud. Puis le plein jazz, puissant, festif et son anti-thèse toute de rareté et d’éclats multiples ouvrant sur le retour du thème. À noter encore l’excellent traitement du son par Daniel Erdmann.
Born to be alive : Français ? Succès mondial du disco. Succès sans lendemain de Patrick Hernandez, un français du Blanc Mesnil. Un thème ici totalement méconnaissable après le passage à la lessiveuse Das Kapital. Un rythme lourd, lent, lancinant comme un blues du Sud, puis les flamboiements d’un jazz résolument vivant. Un superbe pied de nez de notre trio.
Un Poulsen qui apporte certes des douceurs harmoniques mais qui sait être incisif, décisif.
Un Perraud maître des frappes, confondant de talent, d’idées, d’opportunisme.
Un Erdmann bluffant de sensibilité, de plasticité et grand apôtre du bonheur musical.
Et c’est bien cette conjonction d’inventivité, de talent, d’irrévérence ... et d’amour fou du jazz qui rend cet album indispensable. Écoutez-le. Parlez-en à vos amis. Vous ferez œuvre utile.
Cerise sur le gâteau, le drapeau français planté sur la Lune. De Gaulle en rêvait. Das Kapital l’a fait, sur la pochette du cd.

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... et la photo promise, raccourci de notre histoire ...

Vive la France


09 mai 2019

Mystery lesson 310 et des sentiers qui bifurquent

Mystery Lesson

J’étais persuadé d’avoir déjà écrit un article sur Mystery Lesson. Vérification faite, ce n’était qu’un dessert, un complément en bas de page d’un agenda radio de mars 2015 avec, entre autres, Matthieu Metzger (Killing Spree chez Ayler Records) , Joëlle Léandre, Mike Osborne et le trio Peter Brotzmann/Keiji Haino/Jim O'Rourke (mystery lesson 208 http://mysterylesson.posthaven.com/825078 ).
Mystery Lesson, tout comme Mélodie Citronique, La Nuit des Sauriens, Les Oreilles Libres, Epsilonia et JazzLib (les trois sur radio libertaire), Taran Free Jazz, JazzAct (Grasse) et d’autres encore sont des émissions (radio ou non) disponibles en ligne (sauf pour les Sauriens dont il ne reste que la playlist), sans compter nos grandes radios et les autres radios européennes.
Rappelons pour mémoire que Gérard Terrones nous avait gratifié de telles écoutes sur Radio Libertaire et que certaines de ces émissions disparaissent (comme Song Of Praise sur Radio Aligre, Jazz à Part, Music Addict)
Outre les découvertes que ces émissions permettent, c’est l’occasion de tracer quelques pistes annexes. Si la playlist est assez documentée, il est possible en effet de faire des recherches sur la Toile, de collecter quelques liens pour des informations complémentaires, des écoutes ultérieures voire, de liens en liens, de s’enfoncer dans des labyrinthes musicaux sans fin.
Mystery Lesson s’intéresse aux sorties discographiques récentes d’un jazz indécrotablement impertinent, quitte à nous offrir de temps à autres des « aires de repos » : l’écoute d’impertinences d’époques révolues comme celles de Monk.
Aujourd’hui je vous invite à la leçon 310, du 4 février 2019. C’est en ligne là : http://mysterylesson.posthaven.com/1370247
Vous pouvez l’écouter directement ou la télécharger. En écoute directe, à droite, c’est le temps résiduel qui est indiqué (début à 58:45)
1. Graham Massey & Umut Caglar / Tuz / Samarbeta -> 51:50
5e pièce de l’album, dotée d’une ligne de basse obsessionnelle. Umut Çaglar est saisissant mais dans un registre assez différent de celui de KonstruKt . Vous pourriez quitter temporairement Mystery Lesson pour écouter tout l’album (ou l’acheter 7,5£) sur Bandcamp, avec des informations intéressantes sur les conditions de cette collaboration.
https://samarbeta.bandcamp.com/album/kicked-from-the-stars


2. Bobby Bradford/Hafez Modirzadeh/Roberto Miranda/Vijay Anderson / Free The Idea – Variations On An Ornette Coleman Theme / NoBusiness. -> 44:38
Un hommage sensible aux 4tets d’Ornette Coleman où l’on retrouve le son particulier de Bobby Bradford. Guère plus qu’un petit extrait musical sur le site du label NoBusiness
http://nobusinessrecords.com/live-at-the-blue-whale.html
En revanche, une vidéo d’un 4tet de 2017 avec les mêmes souffleurs mais avec un tandem basse-batterie différent.
https://youtu.be/Y_lluv2bgpI

capri batterie

3. Capri-Batterie & Stewart Lee / The Last Holiday / Dirter -> 39:05
Capri-Batterie est un trio : batterie, trompette et electro, basse et sax, délivrant une musique abrupte, « expérimentale », à la jonction de plusieurs esthétiques, accompagné ici par Steward Lee, un vocaliste surprenant et un poète. L’album est disponible sur Bandcamp (téléchargement pour 7£)
https://capri-batterie.bandcamp.com/album/bristol-fashion-2

On peut retrouver le trio Capri-Batterie sur une vidéo captivante, saisie en novembre 2018 au Café Oto de Londres (avec une savoureuse anticipation dans le générique)
https://youtu.be/SyY3SuieTVU
Site de Capri-Batterie http://www.capri-batterie.com/
4. Philipp Schaufelberger / Quality Control / Wide Ear ->34:54
Solo de guitare acoustique tout en percussion. L’album n’est qu’en écoute partielle sur Bandcamp
https://wideearrecords.bandcamp.com/album/bonn

Roman Nose

5. Roman Nose / Three Part Valve / Singing Knives -> 30:05
Une pièce fascinante d’un 4tet composé semble-t-il de Jon Marshall (bandes,électro), Otto Willberg (b), Sarah McWatt (fl, voix ...), et Charlie Collins (dr).
L’album est disponible en écoute et téléchargement sur Bandcamp
https://singingknivesrecords.bandcamp.com/album/roman-nose-s-t-lp
Une chronique (en anglais) est disponible sur FreeJazzBlog
http://www.freejazzblog.org/2019/02/roman-nose-st-singing-knives-2018-12.html


6. Thelonious Monk / Monk’s Dream / Gearbox -> 21:28
« Something more familiar»
Quelques informations utiles sur le site du label
https://store.gearboxrecords.com/products/thelonious-monk-collectors-edition-pre-order
Pourquoi ne pas écouter ce que font des créateurs actuels autour de Monk ? Pour ma part, je vous suggère le toujours original Noël Akchoté sur Bandcamp : « Melodious ». Régalez-vous
https://noelakchote.bandcamp.com/album/melodious-plays-the-music-of-thelonious-monk-original-jazz-series


7. Tony Branker / Circles / Out-sider -> 15:45
Pour un jazz festif et diablement enlevé. Une bifurcation vers des terres plus balisées.
Infos sur le site du label :
https://www.deejay.de/Tony_Branker_For_The_Children_OSR071_Vinyl__342408
L’album est disponible à l’écoute intégralement sur Bandcamp
http://anthonybranker.bandcamp.com/album/for-the-children


8. Sarah Webster Fabio / Equinox / Tad -> 7:20
https://www.discogs.com/fr/Sarah-Webster-Fabio-Together-To-The-Tune-Of-Coltranes-Equinox/release/6024256
L’album est disponible en liste de pseudo vidéos sur YouTube
https://www.youtube.com/playlist?list=OLAK5uy_lgReX0cSzEmXr5hnxbKgw9TeM0RxlLsB8

Brotzmann Full Blast

9. Full Blast / Rio One / Trost écourté
D’une superbe intensité avec
Peter Brötzmann – Reeds
Marino Pliakas – E-Bass
Michael Wertmüller – Drums
Pièce écourtée mais album en libre écoute et à l’achat (21€ pour version numérique + vinyle) sur Bandcamp
https://trostrecords.bandcamp.com/album/rio
Quelques heures de réjouissances musicales à votre convenance. À vous de choisir vos bifurcations.

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06 mai 2019

Paul Wacrenier 5tet Healing Unit « Repeat Please » (LFDS007)

 

Healing Unit cd recto


«Repeat please» , une autre, encore ! Jusqu’à plus soif, et encore ... C’est cet irrépressible élan pour encore plus de plaisir, pour s’ouvrir aux autres.
Pour un bonheur musical qui ne s’embarrasse pas des styles successifs qu’a trouvé le jazz afin de faire jaillir cette jouissance de l’instant. C’est le but même de Paul Wacrenier via les huit des neuf compositions de l’album dues à sa plume, dont le thème qui donne son nom à l’album « Repeat Please ».
Une pièce dans laquelle les notes aériennes du vibraphone font traverser des décennies.Et quand le temps du trio cuivre-basse-batterie arrive, d’abord avec le sax puis la trompette, l’intensité voire la rugosité des premiers temps du Free resurgit, comme lors d’une nouvelle naissance, servies par une section rythmique incisive et inventive.
Du Free, du Blues, du Be-bop, du swing ... Something Else ? On trouve une sorte de concentré de cette ambition dans « Blues for AEC ». Un thème qui éveille des souvenirs du côté de Miles et peut-être d’Art Blakey mais dont les développements auraient ravi Dolphy, Coltrane, Ayler et d’autres. Et cela d’une manière radicalement neuve, authentique et festive. Quand l’amour ne se fait pas servile.
Benoist Raffin et ses frappes délicates excellent dans « Deep night, Clear fire », d’abord sous forme d’un long solo, puis avec un motif rythmique simple - 3 puis 4 frappes - répété inlassablement avec parfois de subtiles irrégularités. Quand l’hypnose s’installe , des infrasons aux cuivres, des matières délicatement travaillées, à basse intensité, comme une musique qui ne voudrait pas naître mais qui s’impose déjà.
« Decision » commence comme finissent bien d’autres morceaux de jazz, avec des touchers de piano vaguement churchy, des efflorescences multiples de cuivres, une légère emphase et un sens mélodique très marqué. Une forme d’introduction à la pièce suivante, « Full Moon Fanfare », irrésistiblement dansante, avec un bel accent afro-cubain (une biguine ?), avec des lignes de cuivres enchevêtrées, un superbe solo de Paul Wacrenier où les styles s’emmêlent, et qui se poursuit avec cette pièce en forme de question quasi existentielle «Too new or not too new » et un beau dialogue sax trompette hors de tout autre instrument.
Et la boucle se referme sur « Outro », une sorte de reprise des thèmes, parfois à peine esquissés, avec « Blues for AEC » comme pivot. Une manière de finir la fête en nous rappelant les bons moments passés ensemble .
Et comme le public en redemande , une « Chanson d’Albert », due cette fois à la plume d’Arnaud Sacase, une forme de geyser emphatique et festif, qui souligne sa cohérence avec le reste de l’album.

On reste saisit par le talent d’écriture de Paul Wacrenier tant les lignes s’enchevêtrent avec précision, tant les styles musicaux s’entrecroisent avec naturel et trouvent là comme une virginité originelle, tant les matières sonores s’emboîtent juste à leur places. Avec Marco Quarisimin (b) et Benoist Raffin (dr), la section rythmique est aiguisée, puissante, inventive. Et les deux souffleurs, Arnaud Sacase et Xavier Bornens ont trouvé là l’écrin qu’il leur fallait pour faire épanouir leur verve, leur sens mélodique et leur connivence.
Le sentiments que le Healing Unit a fortement progressé et qu'il est devenu un "all stars".
Une très belle réussite publiée par le Fondeur de Sons cher à l’infatigable militant des aventures musicales qu’est Yoram Rosilio (LFDS007)

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02 mai 2019

Horace Tapscott 4tet « Dark Tree »

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DarkTree, c’est le nom de l’excellent label de Bertrand Gastaud.
Dark Tree est aussi le nom d’un thème et d’un album du pianiste Horace Tapscott.
Encore en relation avec ce label, l’annonce d’un futur album d’Horace Tapscott, point d’orgue de nombreuses publications à propos de ce pianiste sur la page FaceBook de Bertrand Gastaud.
Aussi, se mettre en quête de ressources disponibles en ligne dudit pianiste répond à une curiosité naturelle.
Par exemple, « The Tapscott Sessions vol.9 », album solo qui propose, outre des titres propres, une ré-appropriation originale de cinq grands classiques, dont Fleurette Africaine; il fallait oser.
https://nimbuswest.bandcamp.com/album/tapscott-sessions-vol-9
Mais revenons à Dark Tree.
Une « vidéo » est disponible, en fait une image fixe, celle de la pochette de l’album Dark Tree de 1989. Il s’agit d’un enregistrement du quartette d’Horace Tapscott, ici présenté comme « live » et datant de 90. Différente de celle de l’album ? Je ne saurais dire. Même formation en revanche avec John Carter (cl) qu’on retrouve dans No U-Turn (chroniqué sur ce blog) du label ... Dark Tree, Cecil McBee (b) et Andrew Cyrille (dr).
Une musique qui nous propulse dans un jazz de rêve, celui d’un âge d’or au confluent du Hard Bop pour la richesse mélodique, les pulsations infernales de ce qu’on appelle encore la section rythmique, et des disruptions du Free, avec le toucher, les accords du piano, et le discours halluciné de la clarinette. Un jeu de groupe encore classique où chacun aura l’espace nécessaire pour un «solo » (pur bijou de trois minutes de Cyrille-McBee, fulgurances de John Carter).
Inutile de faire des phrases. L’écoute d’un moment de bonheur vieux de trente ans.

On pourra retrouver l’ensemble de la discographie d’Horace Tapscott sur le très utile AllMusic : https://www.allmusic.com/artist/horace-tapscott-mn0000219530
Une forme de tremplin pour de futures recherches de ressources en ligne, et pourquoi pas d’acquisitions.
N’y figure pas encore, bien sûr, le nouvel album de Dark Tree, Horace Tapscott et le Pan Afrikaner Peoples Arkestra « Why you don’t listen », live at LACMA, 1998. Un teasing pour vous faire patienter :


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29 avril 2019

"Chez Hélène" Joëlle Léandre et Marc Ducret (Ayler Records)

 

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Un duo de cordes : guitare et contrebasse. Une manière de quatrième volet de ce jardin des cordes entamé avec le triple album du même nom, String Gardens, où elle cultive des fleurs surprenantes avec Théo Ceccaldi (violon), Gaspar Clauss (violoncelle) et Bernard Santacruz (contrebasse). On retrouvera ce dernier duo (assez extraordinaire) sur cette vidéo enregistrée au Triton en 2018 : https://youtu.be/cuaxIhM63_k

18 09 27 ; Le Triton (Paris) Joëlle Léandre et Bernard Santacruz (b)
youtu.be



Ici donc, Marc Ducret et ses cordes inattendues. Un album à quatre titres pour des attitudes dans la dualité improvisée : Observation, Ponctuation, Vibration, Invocation.
Après une Observation qui va bien plus loin qu’une prise de contact, Ponctuation permet à Marc Ducret de surgir tel un diable de sa boîte. On ne sait qui ponctue l’autre, peut-être Joëlle Léandre au début de la pièce. Mais assez vite, la fureur s’empare de son archet. Puis c’est à la guitare de crépiter, de miauler, chaque motif de l’un trouvant un écho, un développement chez l’autre. Une symbiose qui se développe dans une belle intensité.
On pourrait penser que Vibration serait dédié aux résonances des cordes pincées, mais assez vite c’est la frénésie des sons suraigus de Ducret, des coups d’archet de Joëlle. Quand la basse se fait lyrique, les claquements secs, les stridences de la guitare s’y entrelacent pour une danse qui finira dans une sorte de stase élégiaque.
C’est peut-être dans Invocation que le duo donne sa pleine mesure. Marc Ducret très incisif, aux phrases sèches, aux notes acidulées. Joëlle Léandre fouaillant les graves ... et notre corps de son archet. Les deux mixant leur sonorités, leur paysages sonores, pour des séquences aux matières changeantes, complexes, faisant découvrir çà et là des veines précieuses et inattendues.

Un cinquième titre ? Acclamation . Celle d’un public heureux. Une rencontre, l’écoute aiguisée, une inventivité éruptive , l’authenticité, la générosité. Le public a su entrer en résonance. Une belle soirée passée chez Hélène Aziza.
Un grand merci à Stéphane Berland et à Ayler Records (AYLCD-154) pour avoir publié ce moment si particulier.
À noter ces « Stances à Hélène » d’Edgar Poe, traduite par Stéphane Mallarmée, et opportunément insérée dans la pochette de l’album.

 

Stances à Helene


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25 avril 2019

Gunter Baby Sommer « Apéro con brio »

Günter Baby Sommer Baby's Party

Apéro con brio : Ça vous dirait ? Je crois bien que oui, et plutôt deux fois qu’une. C’est la première pièce d’un album de Günter Baby Sommer (né en 1943), paru à mi 2018 sur Intakt, en duo avec le trompettiste Till Brönner (né en 1971).
Cet Apéro est un pur chocolat, qui donne davantage de plaisir si on le déguste lentement, qu’on y retourne afin d’en savourer tout le suc avec une gourmandise aiguisée.
Pièce courte en trois parties.
De grands éclats à la batterie laissant tout l’espace pour une dérive élégiaque au bugle, permettant de fouailler bien des sonorités, et finissant par une petite esquisse répétitive. Esquisse reprise aux percussions (congas ?) puis transfigurée en une figure répétitive folle, enivrante. Là c’est l’irruption d’un blues épuré au bugle, qui progressivement laisse tomber l’armure pour des déhanchements et des roulements bien appuyés, qui rappelle les plus belles fêtes d’un jazz des fanfares et des foules, mais avec toujours ce brin de retenue, de distanciation. Puis retour des éclats à la batterie et du chant au bugle.
On sent la maîtrise décontractée, le plaisir de jouer des deux compères que près de trente ans séparent. La gourmandise des sonorités aussi, la libération des plaisirs du corps, le jeu avec l’autre.
Deux pistes en libre écoute :
https://intaktrec.bandcamp.com/album/babys-party
Baby's Party by Günter Baby Sommer, Till Brönner, released 17 August 2018 1. Apéro con brio 2. First Shot 3. Special Guest No.1 – Danny Boy 4. Flinke Besen 5. Second Shot 6. A Soft Drink in Between 7. Inside-Outside-Trip 8. Third Shot 9. A Little Nap in Between 10. Special Guest No.2 – Der alte Spinner 11. Party Over – In a Sentimental Mood Intakt CD 303 Günter Baby Sommer is at the ...
intaktrec.bandcamp.com
Naturellement, l’album complet est disponible pour 9.88$ auxquels ajouter les taxes diverses.
C’est une forme de picorage dans la riche bibliothèque musicale de Bandcamp laissant le hasard guider le clic jusqu’à la pépite.

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22 avril 2019

Tony Buck - Massimo Pupillo « Time Beings » (Trost Records)

Massimo Pupillo, Tony Buck TimeBeings


Un autre album de ce duo percussions (Tony Buck) - basse (Massimo Pupillo) à grand renfort d’électronique. Un album à l’onirisme puissant et sombre. Je ne sais quels effets ce duo peut produire sur scène avec une sonorisation de qualité, mais cet enregistrement numérique, à écouter plutôt à fort volume, induit une quasi hypnose où les images mentales s’entrechoquent. La puissance des traitements électroniques permet une belle densité de matières sonores complexes et chatoyantes. Il est disponible sur Bandcamp à partir de 8€ : https://trostrecords.bandcamp.com/album/time-being
Deux thèmes : Strange Luminant et Exhale. Les mystères du codage font apparaître dans la fenêtre ci-dessous le 2e thème en premier.



Un vrai bonheur musical.
Précédemment dans JazzAParis, un autre album du même duo : « Unseen », toujours publié par Trost Records, et proposé sur Bandcamp et au même prix de 8€.
http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2019/03/04/37119261.html
On y trouvera, en pied d'article, des liens vers d'autres ressources musicales de ces deux défricheurs.
Dans les deux cas, un montage très coloré d’une photo de serpent crée un effet saisissant (par Sara d'Uva).
Deux albums en rafale pour faire connaissance avec ce duo qui sait nous faire lâcher prise et nous faire plonger au plus profond de notre psyché.

A noter aussi un article (en anglais) de FreeJazzBlog sur ces deux albums. Il y détaille aussi l'itinéraire de chacun de ces musiciens
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