Jazz à Paris

28 mai 2020

Max Roach une playlist de Tucson (Arizona) (David Mittleman)

1 - People2 - Birth and Rebirth3 - bitter

4 - drums illimited5 - money jungle6 - the long march

7 - Sounds as Roach8 - Speak9 - with Cecil Taylor

David Mittleman produit des playlists de musiques "uncanny" pour la radio KXCI de Tucson (Arizona). Certaines d'entres elles ont déjà été relayées sur ce blog (voir plus bas), certaines pour notre seul blog (la série des trois playlists autour de Takayanagi).
Comme toutes les playlists de cette radio, elle sont disponibles pour un temps limité. Celle-ci disparaîtra dans les brumes électroniques le 7 juin 2020 vers 10h du matin, heure de Paris.
Aujourd'hui, David nous régale de près de trois heures de musique autour de Max Roach, occasion de nous rappeler quel formidable créateur il fut.
Comme il se doit, la musique peut être écoutée là :
https://www.radiofreeamerica.com/show/observations-of-deviance-1-kxci-91-3-community-radio
Il suffit de cliquer sur le lien du 24 mai pour en profiter.

La chronologie est disponible sur une autre page pour que vous puissiez suivre.

Observations of Deviance Sun May 24 with David M on KXCI 91.3FM Tucson AZ

Observations of Deviance is an all vinyl, free form program that harkens back to early days of underground FM radio. Your host, David, hunts down the most exotic, unusual and off-the-beaten-track music from around the world in a number of genres: Spiritual Jazz, Free Improvisation, Experimental Electronics, Ethnographic Oddities and World-Wide Psychedelic Funk.

https://spinitron.com

Autres playlists de David :
Gil Evans et Georges Russel

Masayuki Takayanagi I, II, III.

---
Retrouvez tous les articles Jazz sur le web
---

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


26 mai 2020

Kazuo Imai « For Tentou Mishima »

kazuo imai for tentu mishima

Tentou Mishima était un graphiste, un plasticien, un performer. Il nous a quitté en 2012. 

En 2010, une exposition, « Line Man », lui était dédiée à Shibuya (Tokyo), et lors du dernier jour, Kazuo Imai y a donné un concert.

Kazuo Imai a été l’élève de Masayuki Takayanagi, tout comme Otomo Yoshihide et Shin’Ichi Isohata. Il est donc issu de cette formidable explosion des années 70 au Japon, même si naturellement il a défriché sa propre voie.

Un long entretien conduit par Michel Henritzi lui a été consacré dans Revue&Corrigée de mars 2020. Très instructif, il est complété par une sélection discographique en solo, au sein de deux de ses formations : Marginal Consort et East Bionic Symphonia, ou en compagnie d’improvisateurs européens. Tout n’est pas aisément accessible, mais ce concert de 2010 est disponible depuis 2016, en particulier sur Bandcamp. 

Dans cet album, Kazuo Imai joue de la guitare acoustique, de la viole de gambe, et de divers autres objets sonores. Il dit s’être servi des œuvres de Tentou Mishima comme de partitions, en particulier sur les quatre dernières courtes pièces de cet enregistrement, jouées à la guitare.

La première pièce fait quarante minute, et a pour nom « Improvisation ». A l’écoute des premiers instants, on se demande s’il ne s’agit pas seulement de l’installation, mais comme c’est intégré à l’enregistrement, on se prend à tendre l’oreille, à juste titre. Des percussions, des frottements, des bruissements, un ressort qui vibre, des grincements doux, une note de guitare, un archet qui glisse lentement. Progressivement la guitare devient une source importante, mais il s’agit d’une utilisation essentiellement percussive, ou faite de frottements. En fait, il faut prendre cette pièce comme une musique à la fois acousmatique pour le détournement des sources et l’imaginaire associé, et concrète, mais sans référence à une quelconque esthétique passée. La musique des frottements, des matières sinueuses, des voix multiples, sans recherche de joliesses, émerge et prend tout l’espace vers le milieu de la pièce, probablement la viole de gambe. 

De ces tremblements, de ces déflagrations, de ces douces résonances, de ces cliquetis, des ces frottements, de ces grincements éraillés, émerge un bien être, une forme de yoga musical à la respiration ample, une réception vierge et totale. Une musique qui cherche et trouve l’essentiel, la beauté abrupte, sans apprêt.  Elle agit comme un jacuzzi de l’âme.

Cette première pièce n’est pas disponible à l’écoute. Il faut passer par l’acte d’achat ici    https://hitorri.bandcamp.com/album/for-tentou-mishima

En revanche, en guise de mise en oreilles, je vous suggère de découvrir la piste au doux nom de 1-B

Quelques informations complémentaires : 

La biographie, en anglais, de Kazuo Imai : https://en.wikipedia.org/wiki/Kazuo_Imai

Deux articles à propos d'autres élèves de Masayuki Takayanagi :

Otomo Yoshihide : Lovely Woman http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2020/05/14/38254581.html

 Shin’Ichi Isoahata au bal https://www.citizenjazz.com/Shin-Ichi-Isohata-au-Bal-masque.html

Des informations sur deux des groupes de Kazuo Imai

East Bionic Symphonia https://en.wikipedia.org/wiki/East_Bionic_Symphonia

Et  Marginal Consort https://en.wikipedia.org/wiki/Marginal_Consort


---
Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

21 mai 2020

Des concerts encore ?

Banlieues Bleues Initiales BB

Beaucoup d'initiatives sont prises par des salles de concert, des clubs, pour parvenir à maintenir un minimum de vie musicale malgré un confinement des esprits qui risque malheureusement de durer. Toutes les initiatives sont à saluer.

Musique au Comptoir mai 2020


Depuis plusieurs semaines, Le Comptoir propose des séquences, une par semaine, le dimanche à 19h, avec une interview mené par Sophie Gastine, de type "zoom", avec des musiciens chez eux, et une séquence musicale enregistrée lors d'un de leur précédents concerts en ce lieu. C'est visible sur leur page FaceBook ainsi que sur leur site : Musique au Comptoir. De fait, sur leur page d'accueil, plusieurs de ces émissions sont disponibles même si vous avez raté les rendez-vous. Leur accroche ? Restez chez vous, la musique vient à vous.

The Vortex Jazz Club


D'autres initiatives à rappeler, mais peut-être faut-il signaler celle du célèbre club londonien, The Vortex. Le patron du club a décidé de programmer quelques concerts, un par semaine je crois. Un spectacle sans spectateur hormi ledit patron. On peut le voir seul parmi les chaises vides, s'adresser à nous pour présenter le concert et nous inviter à faire un geste financier. Le futur concert est annoncé sur le site du Vortex, et il est visible sur la chaîne YouTube du club. Les précédents aussi. Au passage, il propose un lien vers la rubrique du Vortex sur Bandcamp, où on peut s'acheter des extraits musicaux.

Plus près de nous, dans l'Est parisien, Banlieues Bleues propose chaque semaine deux films de concerts proposés par La Huit. La semaine dernière c'était Fred Frith "Cosa Brava" et Anthony Joseph "Carribean Roots Live".
Cette semaine, Naïssam Jalal "Quest Of The Invisible" par Gilles Le Mao et "Liniker & Os Caramelows" par Stéphane Jourdain.
Le mercredi 27 mai, ce sera The William Parker Organ Quartet, 2017 ainsi que Fuego Por Favor - Pedrito Martinez Group, 2017.
Pour en profiter, il suffit d'aller sur le site de Banlieues Bleues, Initiales BB.

Anne Montaron Face Book


Last but not least, tous les jours Anne Montaron propose la rediffusion vidéo d'un concert "A l'Improviste" sur sa page FaceBook. Parmi les derniers en date, Michel Doneda, Tetsu Saitoh et Frédéric Blondy.

De temps à autres, passez par la page FaceBook de Jazz à Paris pour saisir certaines opportunités du moment.

18 mai 2020

Noël Akchoté et Giannis Arapis «Name It So»

A4DED482-0000-49F7-8A9D-D26B0CD1167A


Noël Akchoté nous avait habitué à des publications d’albums assez généreuses, puis plus rien. Peut-être un temps de retour sur soi-même. 

Mais il revient. Parmi ses publications récentes, ce duo de guitares, avec Giannis Arapis, comportant treize morceaux pour une durée totale dépassant l’heure. 

Dire quelle musique est jouée serait une gageure. On y retrouve ses notes acidulées, dont l’attaque claque presque (ce n’est pas du slap). On y reconnaît aussi certains des parcours musicaux qui ont été les siens. En empruntant le titre à Moussorsky, ce serait des « Tableaux d’une exposition ». Et encore. Si certains sont clairement référencés : Charlie Haden, Coltrane, Ornette, bien d’autres proposent des éclats, des brins de son ADN musical, comme parsemés çà et là.  On croit reconnaître, on l’a sur le bout de la langue, mais c’est tellement transfiguré que la reconnaissance se perd et qu’un autre brin nous interpelle.

Le rôle de Giannis Arapis évolue de pièce en pièce, souvent au sein même d’une pièce. Accompagnateur au début de la première pièce, il la termine avec avec des sonorités à spectre large, chatoyantes. Sur « Mara Xantis », c’est lui qui s’octroie la ligne mélodique, sur une errance aux couleurs indéfinissables, vaguement espagnoles, avant d’entrer dans une boucle qui semble sans fin, qui devient un quasi bourdon, laissant Noël Akchoté poser ses touches expressionnistes. 

Dans « Moon Rouge », Giannis Arapis se paie le luxe d’un rôle percussif, rythmique, parfois facétieux, sans hésiter à changer de cap, alors que Noël Akchoté colore sa guitare de bleu. Et sans qu’on y prend garde, ça se met à sérieusement swinguer, juste un temps. Les brouillards électroniques viennent tout recouvrir avant une douce balade ... qui ne dure pas. C’est ainsi le lieu de l’impermanence, en un feu d’artifice d’initiatives, celui des bifurcations amusées. 

Au fil des plages, Giannis Arepis brouille les cartes, saute volontiers du coq à l’âne, l’humour à fleur de cordes. Noël Akchoté nous titille l’âme à chaque pincement de cordes, et va de temps à autres piocher dans son vaste univers musical des standards d’ailleurs, d’autres esthétiques, en les transfigurant au point que vous vous interrogez : est-ce moi qui imagine où est-ce effectivement là ? Peut-être ne le sait-il pas lui-même. Les idées rebondissent d’un côté à l’autre, et inévitablement les rôles s’inversent. 

C’est ainsi que des accents baroques viennent ouvrir « Theo Gonia », en une forme de danse. Mais les couleurs changent. Peut-être un soupçon de Texas fantasmé, une pincée de Sud profond, une rythmique forcenée d’un côté, des notes comme avalées ou ne laissant que leur résonances, des séquences brèves et répétées, de l’autre, et une transe festive s’épanouit pour près d’un quart d’heure.

Le salut à Charlie Haden bouleverse. Un signe à Coltrane qui désarçonne : oui, c’est bien le thème « Countdonwn », joué lors des pas de géant avec une virtuosité parkerienne et placé qu’en fin de pièce; il est ici au cœur et comme rendu à ses couleurs mélodiques. Ornette aussi, bien évidemment, avec un « Sex Spy » sans Prime Time, et déjà joué par Noël Akchoté dans un de ses albums en hommage à Charlie Haden, une manière de boucler la boucle. 

Trois « Jazz-Two-Three », trois petites virgules de moins de vingt secondes pour clore cet album aux multiples parfums.

C’est donc un enregistrement aux plaisirs multiples, aux contrepieds incessants, qui nous est offert; un excellent remède pour sortir des musiques balisées. 

Cet album est disponible sur Bandcamp, comme d’ailleurs une large part de la production de Noël Akchoté. https://noelakchote.bandcamp.com/album/name-it-so

Je vous propose l’écoute de Théo Gonia

---

Retrouvez toutes les chroniques —-

 

 

 

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , , , ,

14 mai 2020

Otomo Yoshihide -Six facettes de Lonely Woman et une biographie (Guillaume Belhomme)

Otomo Yoshihide Lonely Woman


C'est une vieille habitude, pour Otomo Yoshihide, que celle de reprendre "Lonely Woman". Si "Guitar Solo" en consigne déjà une version enregistrée en 2004, ce disque-là en assemble six, interprétées seul encore, en New Jazz Trio ou New Jazz Trio augmenté des présences de Sachiko M et Jim O'Rourke.

Le quintette se charge d'ailleurs des première et dernière versions à entendre sur le disque : lente divagation autour du thème d'Ornette Coleman conclue sur rendez-vous d'aigus tenaces ; jeu de miroirs opposant leurs motifs abstraits. Seul, Yoshihide élabore, au son d'une guitare acoustique brisée et plus tard d'une guitare électrique, deux approches de l'œuvre : nonchalante obligée et bruitiste défroquée. En New Jazz Trio, promis, il donne avec Mizutani Hiroaki (basse) et Yoshigaki Yasuhiro (batterie) deux autres relectures : digression enlevée de guitare électrique contre versant mélodique où se réfugie la guitare acoustique.
Malgré le spectre, pas une fois la redite. "Lonely Woman" conseillé en conséquence.
Otomo Yoshihide's New Jazz Trio : Lonely Woman (Doubt / Metamkine)(2010)

Un extrait est proposé en bas de l'article. Ce dernier avait été publié sur Le Son du Grisli.
Guillaume Belhomme propose en outre une petite biographie d'Otomo Yoshihide, parue initialement dans "Jazz en 150 figures", éditions Layeur.


Adolescent obnubilé par l'électricité, Otomo Yoshihide réalise ses premiers collages sonores avant d'intégrer à la guitare un groupe de rock amateur de Fukushima. Lorsqu'il rejoint Tokyo pour poursuivre ses études, quelques disques (signés Ornette Coleman, Eric Dolphy ou Derek Bailey) et concerts (du saxophoniste Kaoru Abe ou du guitariste Masayuki Takayanagi) le décident à servir un jazz indiscipliné : dès 1981, il improvise ainsi au Goodman Club à coups de guitares, de magnétophones et de récepteurs radio.
En 1987, il se fait remarquer davantage en duo avec le saxophoniste Junji Hirose puis au sein d'ORT, formation qu'emmène la pianiste Kyoko Kuroda et dans laquelle il intervient aux platines. En 1990, il intègre le Player Piano du bassiste Hideki Kato et, surtout, fonde Ground Zero, groupe à géométrie variable qui défend aux quatre coins du monde, jusqu'en mars 1998, une esthétique radicale pour être souvent assourdissante.
En parallèle, Yoshihide mène d'autres projets (Double Unit Orchestra, Celluloid Machine Gun, Sampling Virus Project, Mosquito Paper) et entame d'autres collaborations (apparitions dans le Peril de Tony Buck, l'Optical 8 d'Hoppy Kamiyama ou le P53 de Chris Cutler, et association avec la platiniste Sachiko M en duo sous le nom de Filament puis en trio avec le batteur Yoshimitsu Ichiraku sous celui d'I.S.O.).
En 1999, l'homme revient au jazz en enregistrant avec quelques vétérans japonais du genre le disque Plays the Music of Takeo Yamashita, retour qu'il concrétise l'année suivante en prenant, en studio,
la tête d'un New Jazz Quintet qu'il conduit souvent depuis, lorsqu'il n'est pas occupé à de beaux et tapageurs travaux de tourne-disques.




---
Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , ,


11 mai 2020

Raymond Boni, Gilles Dalbis « Sélénites » (MazetoSquare)

78F8B286-3954-45F5-AC38-B2884CD7177E


Un voyage dans les paysages lunaires, voilà l’invitation qui nous est faite. 

Mais de quelle Lune s’agit-il. Celle-ci est toute de résonances, et donc oui, oubliez vos cours de physique. 

Plus de trois minutes de touches aux balais, ou sur la grosse caisse, en laissant les sons faire leur voyage dans des espaces vides, sans obstacle. C’est ainsi que débute « Kenichi Flies to Selene ». Puis une guitare qui s’invite, discrète, mais surprenante d’emblée. La batterie est au centre, mais la guitare est à gauche et à droite. Pas tout à fait la même, pas tout à fait une autre, disait le poète dans son «Rêve Familier». Peut-être deux sorties distinctes pour deux groupes de pédales, ou un dispositif plus complexe. Effet saisissant. Cette musique des espaces, des réverbérations s’appuie par moments sur des dialogues brefs entre les deux instruments, des impulsions, des vrilles, des éclats, et la propagation des sons entre. Parfois ces échanges se densifient, réduisant les espaces. Et comme la guitare est partout, s’entament par instants des dialogues entre les cordes elles-mêmes, serrés. Quand bien même des segments mélodiques courts ou des bouts de rythmique connues apparaissent, l’étrangeté demeure. Le voyage a bien lieu. Vers la fin de la pièce, des vagues apportent leur lent mouvement puis un relatif silence, perturbé par des petits crissements. 

L’harmonica presqu’en percussion d’accords, de grandes salves, puis comme des soufflets qui s’entrouvrent, parsemés de quelques cliquetis de baguettes, telle est l’entame de « Crazy Moon ». Les sonorités plus connues de l’harmonica s’épanouissent ensuite, très riches, agressives parfois, comme ponctuées par une batterie économe de ses frappes. 

Retour à la guitare. « Sélénite Blues » surprend parce que c’est un blues, fût-il lunaire, quasi western crépitant, langoureux, sombre, cinématographique, avec des frappes éparses, des friselis, des bouts de rythmiques balisées, des coups de pinceau sur les peaux et le métal. Par contraste, la pièce suivante est plutôt bruitiste, un mix de grognements sourds, de chocs, de séquences répétitives, d’échos, les cordes se répondant des deux côtés, avec une batterie qui ne fréquente une pulsation régulière que par morceaux, comme aléatoirement, alors que la pièce a pour nom « Dancing » !

De nouveau l’harmonica pour une très belle errance, « Moon Song », puis la guitare pour « Where Is Kenichi » 

Le jeu de Gilles Dalbis est fait de gestes épurés, à la manière des maîtres de l’encre en Chine, et de scansions connues placées de loin en loin. Raymond Boni est un gourmet du déploiement des sons, des résonances multiples, des quasi percussions, en particulier à l’harmonica. Ces deux musiciens nous offrent de belles errances oniriques et de vraies gourmandises sonores, servies par une prise de son remarquable.

PS : le texte d'accompagnement est de Julien Palomo.

On peut trouver surYoutube un extrait de la séance d'enregistrement :

 

---
Retrouvez toutes les chroniques —-

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

07 mai 2020

We Now Create Masahiko Togashi 4tet (1969)

we now create cover


En 1960, Max Roach sortait un album avec cette double injonction : Freedom Now (suite) et We Insist. L’émancipation des noirs ne va pas pouvoir attendre davantage. Avec Togashi et ce qui compte parmi les figures les plus importantes d’un Free émergent au Japon, c’est un peu cette même déclaration péremptoire : We Now Create. Nous ne sommes plus de simples épigones d’un jazz des USA ou d’ailleurs; nous créons, maintenant, et j’ajouterais selon notre propre voie. C’est un manifeste, que cette série ImproJapon ne fait qu’illustrer.

Quatre pistes sont proposées, chacune avec une choix instrumental qui sert de fil conducteur. 

Ainsi, dans « Variations on a Theme of Feed-Back », si le quartette est bien au complet, c’est la guitare électrique qui a le trait, du moins au début. Des stridences aux timbres parfois proches du sax qui font douter. Lorsque ce dernier explose, c’est avec furie, avec des déchirements, des plaintes suraiguës, des cris comme si sa vie en dépendait. La batterie crépite continûment avec des roulements mats. Ses respirations deviennent celle du quartette. Et lorsqu’elle s’arrête, c’est pour laisser les lentes plaintes, les miaulements des seules cordes de la guitare électrique, comme s’interrogeant. C’est un free primal, original, loin de tout blues.

Avec « Invitation to ‘corn pipe’ dance » c’est un quasi solo extrêmement vif, survolté de Takagi sur une flûte qui ouvre la pièce. Il est ensuite rejoint par des roulements mats et furieux, qui les propulse dans une danse sauvage, à perdre haleine. Des cordes répétitives à la basse prennent progressivement place. Et comme pour la pièce précédente, lorsque la batterie se tait, le sax en fait autant. C’est pour laisser encore des cordes toutes seules, celles de la contrebasse cette fois. 

Un long solo de batterie, de près de dix minutes, accompagné de divers petites percussions qu’on doit à au moins deux autres membres du groupe. « Artistry in Percussions », tel est le titre de cette pièce. Pas de pulsation, même suggérée. C’est sur l’ensemble des fûts (pas de grosse caisse), des cymbales que ses baguettes prodiguent des roulements, des mitrailles, des frappes parfois éparses aussi pour que le silence reprenne ses droits.

La contrebasse ouvre « Fantasy for strings » en compagnie, évidemment, de la guitare dans un dialogue de cordes pincées. En embuscade, quelques pépiements de la flûte et des frappes comme épousant les pincements des cordes, ces scansions étant parfois reprises en retour à la flûte. Baguettes et souffle se mettent en retrait pour une musiques aux seules cordes, élégiaque; archet d’un côté, arpèges de l’autre. Lorsque la guitare se fait électrique, la basse oublie l’archet, les crépitements et les pépiements reviennent. Ainsi, toute cette pièce se déploie en une dentelle complexe.

Cet album est effectivement un manifeste. Il date du tout début de 1969, point de départ convenu de cette cavalcade d’un free original, aux couleurs particulières de l’Archipel. Pas de référence à une tradition musicale antérieure, ni blues ni Japon ancestral. Pas de mimétisme non plus vis à vis du Free d’alors, et loin bien sûr du jazz mainstream dont ces musiciens sont issus. Leur musique serait plus proche des développements de la musique improvisée européenne d’alors, mais sans filiation évidente. 

Ces quatre là ont su trouver une voie originale, inventer leur propre musique au sein de l’explosion free. Elle a conservé une capacité de vif étonnement pour nos oreilles pourtant accoutumées aux aventures musicales diverses depuis déjà cinq décennies. Music is a rare thing, disait Ornette. Nous y sommes. 

Les musiciens : Masayuki Takayanagi (g), Mototeru Takagi (ts), Motoharu Yoshizawa (b), Masahiko Togashi (dm)

Cet album est quasi introuvable. On trouvera plus bas un lien Discogs pour un achat réservé à quelques amateurs fortunés. 

Cependant, la première piste est disponible sur YouTube. Pourquoi s’en priver ?

Discogs : https://www.discogs.com/fr/Masahiko-Togashi-Quartet-We-Now-Create/release/1023685

 ---
Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

04 mai 2020

Sweet Zee : Daunik Lazro, Toshinori Kondo, Tristan Honsinger et Jean-Jacques Avenel (Willisau 1983)

Daunik Lazro 4tet Sweet Zee

Lors d’un précédent article, nous avions évoqué un album doublement facétieux et néanmoins passionnant réunissant Toshinori Kondo (tp) et Eugene Chadbourne (g). 

Aujourd’hui, nous retrouvons le trompettiste avec la fine fleur de l’improvisation européenne : Daunik Lazro (as), Tristan Honsiger (vlc) et Jean-Jacques Avenel (b). C’est donc une formation assez originale avec deux vents et deux cordes, enregistrée en 1983 lors du festival de Willisau.

Dès les premiers instants de ce concert, on se prend à scruter les contributions respectives, et à frissonner de plaisir.

Le Daunik Lazro qu’on y retrouve a trente sept ans de moins. Ce qu’il n’a pas encore acquis dans le travail d’orfèvre du son actuel est compensé par une fougue sans complexe. Il ose tout dans une séquence free débridée, avec un rythme interne à ses phrases qui rappelle ... à chacun de le dire. Il trouve en Toshinori Kondo un compagnon de jeu, un garnement malicieux, déjà maître de son art et de ses fulgurances. Ce dernier adore se vautrer dans les vibrations métalliques les plus graves tout comme aller tutoyer un soleil suraigüe et lui crépiter des mots doux. Un chanté-parlé au sax pour y répondre, des interjections, des bribes de harangue, des véhémences auxquelles les deux cordes viennet se mêler avec punch. Naturellement les sons du sax prennent plaisir à déraper, dans une sorte de jubilation amusée.

L’idée de s’adjoindre deux instruments à cordes, un violoncelle (souvent à l’archet) et une contrebasse placés au centre comme pour séparer les sauvageons du cuivre, conduit à une richesse mélodique étonnante, le trait, les cadences passant de l’un à l’autre. Et naturellement, ces escarmouches ne peuvent se résoudre que sur le pré, en duo, cordes pincées contre cordes frottées. Dentelles follement impressionnantes d’un côté, bribes de chansons d’ailleurs de l’autre. Tout cela inspire ce feu follet à la trompette qui vient fureter partout, semer des braises là où il y a des brindilles. Le duo se fait trio, puis des caquètements de canard, et le trio devient quartette fou. Tout le bestiaire de la ferme passe à la trompette, même la voix du fermier. Toshinori Kondo choisit en effet de laisser de côté sa trompette pour un discours halluciné, alors que Daunik Lazro convoque le Bird, émet des claquements divers, se met à dialoguer avec le violoncelle et les cordes vocales de son maître (pas Daunik tout de même !). La trompette revient pour un début de chant martial avant de retrouver un certain jazz puis les vrilles ensorcelantes, alors que Tristan Honsinger double ses cordes avec sa voix ... 

Une Béguine hésitante puis affirmée en un duo trompette-basse dites-vous ? Ils sont rejoint par un sax qui chante et qui est comme pressé aux flancs par les deux cordes. Le public, d’abord interloqué, se prend au jeu et jubile, bruyamment.

Oui cet album est complètement fou et on n’en est qu’à moins de la moitié du set. Tristan Honsiger repart sur des cordes aux rythmes Caraïbes, poussé par la basse. Des percussions (sur les joues ?), des onomatopées qui surgissent de partout ... 

Je jette la plume ! 

Encore une fête. Quatre fous de musique qui lâchent la bride à leur imagination, à leur fantaisie, à leur talent, à leur sensibilité aussi. Car c’est bien ainsi qu’on retrouve vers la fin les deux archets dans un dialogue élégiaque devenant serré, intense même. La tentation de nouvelles danses pointe le bout de son museau dans un final étourdissant, les cordes étant rejointes par les cuivres.

Il s’agit là de l’un des disques de ce double album. Il a été mis en ligne sur YouTube à la demande de Daunik Lazro. C’est un cadeau qu’il nous fait. Profitons-en !


Cet enregistrement n’a pas été réédité, pas encore. Quelques exemplaires du double album sont disponibles sur Discogs

Les plus démunis peuvent quant à eux musarder sur Inconstant Sol.  Il faut alors chercher 1fichier dans les commentaires 

https://inconstantsol.blogspot.com/2008/01/daunik-lazro-sweet-zee-1985-hat-2010.html

 ---

Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

30 avril 2020

Michel Doneda, Jack Wright & Tatsuya Nakatani - From Between Live @ PiedNu

From Between, PiedNu 2004
Photo de Christine Pagier


Cela se passa donc le 1er mars 2005, sur le Port du Havre, dans les premiers locaux de l'Association PiedNu, par un de ces soirs glaciaux où la neige envahit l'espace et rend le silence plus silencieux encore. Michel Doneda avait organisé cette tournée en France avec le saxophoniste Jack Wright et le percussionniste Tatsuya Nakatani, tous deux venus des USA… Mais si je n'avais jamais douté de la magie du concert à venir, j'étais bien loin d'imaginer que cette rencontre participerait d'une incroyable aventure humaine et d'une amitié qui ne s'est jamais démentie depuis.

Je ne saurais, bien sûr, vous dire précisément ce qui se passa entre les musiciens voilà maintenant quinze ans ! Mais de l'archet du batteur sur les gongs, les cymbales et les cercles aux souffles mêlés de Jack et de Michel, respectivement à l'alto et au soprano, nous aurions été bien en peine de distinguer la provenance des sons si nous n'avions pas assisté à leur conception. Le trio se nomme From Between et nous n'entendions effectivement qu'une seule vibration, portée par l'imperceptible densité de l'air circulant entre les instrumentistes.

Jack Wright, assis sur une chaise, une jambe de pantalon relevée au-dessus du genoux gauche, creusait au plus profond d'une veine connue de lui seul dont il extrayait des matières tenant à la fois du minéral et de l'organique, borborygmes roulant dans la glaise, brillant comme le silex et amassant dans leur parcours toute la richesse du sol. Parfois, il collait le pavillon du sax contre son mollet nu - justifiant ainsi son étrange coquetterie - et semblait alors retenir assez d'air pour maintenir l'instrument à son point de rupture. Pourtant, sous son bonnet rouge qui, avec sa barbe blanche, lui conférait une vague ressemblance avec le Commandant Cousteau, il ne se départissait jamais de cette malice naturelle qui illumine son visage.

A ses côtés, Michel impressionnait par son aplomb, étirant parfois son soprano vers le plafond comme pour en toucher le ciel. Je pense qu'il n'est pas de son qui ne puisse sortir de ce tuyau de cuivre : râles, jappements, cris d'oiseaux ou souffles aphones, son vocabulaire en perpétuelle évolution tend simplement à l'universel. Aussi aérien que terrestre, inscrit dans une parfaite verticalité, il apparaissait de facto comme le pilier du trio, planté au cœur de l'osmose, de ce From Between où se matérialisait la relation chamanique des trois artistes et de l'espace, cosmogonie à l'échelle humaine dont la musique naissait avec l'évidence de la nature même et de l'environnement immédiat. La profusion de signes émanant de l'instrument comme prolongement du personnage enveloppait également ses partenaires, le public et le lieu du concert avant de refluer vers le centre névralgique de l'acte créatif en une bouleversante nébuleuse d'harmoniques.

Quant au percussionniste, il n'évoquait rien moins que la montagne dans la régularité de sa progression et l'effevescence qui l'accompagne. Avec sa silhouette trapue et ses larges épaules, Tatsuya Nakatani respire l'équilibre et la solidité, une forme de souplesse doublée de puissance dont il investit tous les aspects de son jeu. De même son inventivité permanente maintient l'illusion de l'immobilité derrière la profusion des mouvements, de l'imperceptible froissement du métal au fracas des tambours, de même son univers sonore, maîtrisé de l'intérieur, suggère l'opacité d'une matière composite et la limpidité de chaque élément la composant. Gongs et cymbales résonnant au bout de l'archet, éléments déplacés dans un désordre apparent qui, à la manière d'un Paul Lovens, suscite le rythme sans jamais le marquer, profondeur de toms réagissant au moindre contact, d'un soupir aux caresses ou d'un grondement tragique à l'éclat des baguettes, Tatsuya déployait in situ l'architecture mouvante d'une construction dont Michel assurait la stabilité comme le rapport au ciel quand Jack l'enracinait dans la réalité organique du lieu.

Quarante minutes passèrent ainsi comme par enchantement. Le temps et sa notion avaient tout bonnement disparu, laissant la place à la plénitude de l'accomplissement, à une sorte de bonheur inscrit dans la certitude absolue de l'instant et de son éternité. De fait, le silence était encore chargé de vibrations lorsque les premiers mots commencèrent à s'échanger dans la permanence de l'émotion partagée. Le bar était ouvert et la neige continuait de tomber, retenant ceux qui, peut-être, auraient pu songer à partir… quand les trois musiciens, dont on aurait pu croire qu'ils avaient tout donné, nous proposèrent un second set…

Demandez à un malade s'il veut la santé !

Ce fut exactement cela, d'ailleurs : un baume sur notre quotidien, petites misères et grands soucis, une rencontre avec cette beauté née de la bonne intelligence entre individus soumettant un langage pluriel aux exigences d'un discours singulier bien qu'aux multiples facettes. Car, si nous retrouvions cette sonorité si particulière au trio, cet entrelac de souffles et de frappes, de longs étirements cinglés de brusques interruptions et de chaos incessants dont le tuilage permanent générait un terreau fertile où les trois hommes puisaient la substance de leur improvisation, les termes de leur entretien se révélèrent bien différents de ceux de la première partie, comme s'ils avaient alors décidé d'imprimer leur marque distincte dans un territoire préalablement défini.

Les saxes cernaient l'espace en un contrepoint sauvage, ne laissant au hasard que l'ambiguïté d'un rythme intime longeant l'abscisse temporelle de chacun, spectateur ou musicien. Le danger s'immiscait dans les vibrations du cuivre, carlingue poussée à sa limite dans une ultime tentative pour retrouver l'autre et la familiarité de son souffle quand le métal confine à l'incandescence. Le batteur, notamment, lâcha la bride à son expressionnisme, débusquant sous le vide de ses fûts des résonnances tribales où se croisaient à la fois les tam-tams de l'Afrique et le kôdô japonais. Le paroxysme, en fait, ne cessait de repousser l'inéluctable moment de la fin dont on se demandait bien comment ils pourraient en négocier l'approche, jusqu'à ce qu'elle intervînt d'elle-même, et ce de la plus surprenante façon…

Depuis quelques minutes, peut-être, le bruit et la fureur avaient cédé la place aux plaintes écorchées du métal, à l'asphyxie des vents et au glas arraché par les mailloches à la peau de la grosse-caisse. La disparition progressive du son imposait une pesanteur croissante à la désolation d'un paysage d'après la bataille, entre nuages et fumées. Çà et là, des gémissements de cuivre et d'acier ponctuaient les dernières manifestations d'une vie à la lisière de son extinction, avant de s'espacer définitivement, et l'on crut un instant avoir atteint l'ultime résolution du concert. Les musiciens, pourtant, n'abandonnaient pas leurs positions, gardant en eux toute la concentration de l'instant, au point que personne n'osait applaudir… Et c'est là que, dans la densité du vide absolu qui les révélait, quelques gouttes issues du poële allumé dès le matin pour atteindre péniblement les douze degrés achevèrent de tomber dans les méandres de la tuyauterie, déchirant un silence dont notre écoute avait encore accru la profondeur. Un sourire apparut sur les visages de Jack, de Michel et de Tatsuya qui se regardèrent avant d'éclater de rire et le public, extasié, laissa enfin exploser sa joie dans le plus beau tonnerre d'applaudissements qu'aient jamais pu délivrer douze paires de mains déchainées.

Au bar, les conversations reprenaient peu à peu, chacun citant de mémoire tel ou tel moment qui l'avait particulièrement ému, et les bières en bouteille retardaient à nouveau le moment de se quitter pour affronter les rues et la nuit verglacées.

C'est l'après-midi même que nous avions réalisé l'interview que vous avez pu lire sur ce même blog, élaborant toute une théorie de questions auxquelles Tatsuya répondait en anglais et que Michel traduisait aussitôt. Un moment de réelle connivence et de grande émotion, notamment lorsque le batteur avait évoqué les derniers concerts de Frank Lowe et de Peter Kowald auxquels il se trouvait avoir participé. En la circonstance, il avoua d'ailleurs une profonde admiration pour le contrebassiste allemand dont il a repris le principe des longues tournées itinérantes à bord de son van.

Et dès le lendemain, Tatsuya, Jack et Michel, qui étaient arrivés le 28 février depuis Saint-Nazaire où ils avaient déjà entrepris de placer leur musique dans l'air glacial et la rigueur portuaire, mirent le cap au Nord et retrouvèrent en temps et en heure leurs amis du CRIME, agitateurs à l'époque du bouillonnement improvisé lillois.

Pour ce qui est des Havrais de PiedNu, il leur reste, bien sûr, le souvenir d'un concert à marquer d'une pierre rouge dans les annales de l'association ainsi que quelques photos éparses, mais ce fut surtout le début d'une collaboration nourrie, Michel revenant régulièrement avec tel ou tel partenaire pour un set et/ou un enregistrement et Tatsuya passant une fois au hasard d'un déplacement européen. Quant à Jack Wright, pour qui l'Atlantique ne paraît guère plus large que la Seine à sa source, il nous rendit non seulement visite dès que l'occasion s'en présentait, mais il invita également le groupe formé par trois électroacousticiens de PiedNu à se rendre aux Etats-Unis pour deux tournées successives, entre le New York underground et les environs de Boston. Ce que les trois Havrais s'empressèrent d'accepter pour leur plus grand bonheur, celui de Jack et le nôtre qui voyions alors s'ouvrir un avenir plutôt radieux…

Quinze ans plus tard, seule une pandémie aura pu s'opposer à l'ouverture de la quinzième édition du Festival PiedNu.

Joël Pagier

Nous ne disposons pas de la vidéo de ce concert mais d'une autre réalisée plus tard. Et Jack Wright y porte bien le fameux bonnet rouge.

---
Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

27 avril 2020

Itaru Oki 4tet « Mirage » (1977)

Itaru Oki Mirage cd cover


Avec cet album, on voit que notre Itaru national était déjà une vedette du free en 1977 au Japon. Dans cet album, il est en effet accompagné par des figures comme Togashi, Kako, et Midorikawa. En ces temps de confinement, souvenons-nous du bonheur qu'on a eu (et qu'on aura) de l’écouter sur nos scènes, parfois comme en visite impromptue, avec son sac à dos aux multiples trésors.

Revenons à cet album, plus particulièrement à deux de ses titres. En effet, comme il est quasi introuvable, il nous reste deux extraits disponibles sur YouTube.

Les premières notes du « 11 rue Titon » viennent d’emblée se loger dans notre mémoire, avec ces accords de piano insistants, dissonants et la trompette qui s’élève sur un tapis de frappes irrégulières et un discours de la basse qui suit son chemin propre. Après un somptueux solo de trompette, c’est celui du piano, obsessionnel d’un côté, acide, chaotique et pourtant presque chantant de l’autre. Togashi est toutes salves et déséquilibres dehors et Midorikawa est impressionnant par ses lignes qui ne partagent avec le reste du groupe que la pulsation (mais pas toujours) et les couleurs. Le trompettiste nous régale de généreuses sonorités, faisant suivre aux vibrations de son métal bien des méandres gourmands. L’inspiration des quatre protagonistes ne faiblit à aucun moment. Et quand reviennent les accords lancinants du piano, quand Oki reprend voix, c’est toute la magie du thème qui nous explose au visage. 

Une musique impressionniste nous est proposée avec « Silkin Rain On Lotus Blossom » . Des frappes comme posées çà et là, une ligne de basse comme une gamme étrange montante et descendante, des notes cristallines comme sortant d’un vibraphone, et quelques éraillements de trompette, des phrases courtes, parfois seulement une salve, qui s’élèvent en faisant penser d’une manière surprenante à un autre soleil, de l’autre côté du Pacifique, Miles. Mais Itaru reste Oki.  C’est un festival de taches éparses, de courtes éruptions métalliques, de crépitements de baguettes, de rares accords,  de tremblements au piano, et cette gamme obsessionnelle à la basse. Puis la flûte fulgurante d’Itaru nous transperce l’âme. Elle gazouille, elle plane, elle pépie, elle roucoule, elle ne reste jamais en place. Elle nous rappelle si besoin est quel formidable magicien des sons qu’est Itaru Oki.

Ces deux titres sont disponibles sur cette playlist vidéo :


Musiciens : Keiki Midorikawa (b), Masahiko Togashi (dm), Takashi Kako (p), Itaru Oki (tp, comp)

Discogs : https://www.discogs.com/fr/Itaru-Oki-Mirage/master/161096

Enregistré à Tokyo les 8 & 9 février 1977.

11 rue Titon

---
Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,