Jazz à Paris

13 décembre 2017

Alan Silva # 3 : In the Tradition par Joël Pagier

Pour ce 3e jour, c'est Joël Pagier qui prend le relai. Régalez-vous !

Toutes les photos sont de Christine La Douce

Alan Silva par Christine la douce

J'ai toujours pensé Alan Silva en contrebassiste ou derviche tournant au cœur de l'orchestre comme une clé ouvrant les perspectives d'une céleste communication. La verticalité seyait à sa haute stature et, à l'image de Cecil Taylor, dont il fut le partenaire, ou de Butch Morris, je me le figurais plus encore en danseur qu'en musicien. Ce type ne s'assiérait jamais que pour écouter, éventuellement se reposer, ou s'enfoncer déjà dans la noirceur de l'oubli...
Mes certitudes étaient telles que, le voyant un soir alterner entre la basse et le synthétiseur près d'Itaru Oki et Makoto Sato, je refusai d'entendre le moindre son de clavier et passai le concert au filtre vaniteux d'une surdité sélective ! Heureusement, du temps passa et ce fut la découverte d'In The Tradition et la révélation de ce synthé qui, maintenu entre ciel et terre par Johannes Bauer et Roger Turner, concentrait peut-être autant de facettes que le Celestrial Communication.

Ce fut notamment le choc de ce concert donné en 2003 au Festival de Mhère et que la magie d'Internet vient aujourd'hui nous restituer, rehaussé des expériences esthétiques de la vidéaste Catherine Silva.
Maintenu entre ciel et terre... S'il est vrai que le format d'In The Tradition peut évoquer la traditionnelle formule du trio piano, basse, batterie, le son lui-même et la répartition des rôles en sont bien différents pour ne pas dire opposés. Ici, nous aurions plutôt affaire à deux électrons nomades gravitant autour d'un seul pôle magnétique et s'en extrayant avec aisance pour musarder en des espaces toujours plus inouïs. Ce ne sont pas le trombone et la batterie qui assurent l'équilibre du synthé, mais la puissance et l'audace de ce dernier qui leur permettent une telle liberté !

Johannes Bauer light par Christine la douce

Ainsi chez Johannes Bauer frisons-nous l'insolence, tant il semble n'avoir besoin de personne et se jouer des perches tendues, sa mutinerie exprimant toujours plus d'humour que de révolte, d'esprit de farce que de mépris. Le tromboniste était bien du genre à lever le pouce au moment de vous serrer la main et c'est ce que nous laisse entendre, dès l'ouverture, la ritournelle répliquant aux fragments serrés du batteur et à la troublante majesté du synthétiseur.

Roger Turner 3 light par Christine la douce

A ses côtés, Roger Turner apparaît comme le rythme incarné : un type qui, privé de batterie, continuerait d'assurer cette infernale pulsation dissimulée sous la percussion comme on trouve parfois, dans les caves ou les greniers, une pendule fonctionnant sous l'amoncellement de jouets, de cartons et de dossiers. Roger Turner est simplement l'un des tout premiers stylistes de l'instrument et l'un des seuls qui l'aient doté d'un langage propre aussitôt reconnaissable.

Voilà pourquoi le trio peut se permettre de jouer free sans risquer de se voir taxer de revivalisme : Alan Silva fut lui-même partie prenante de l'aventure originale et les deux iconoclastes qui s'attachèrent à ses pas depuis ce fameux concert de 1993, à Vand'œuvre-lès-Nancy, jusqu'à la récente - et inadmissible - disparition du tromboniste, furent et demeurent parmi les plus réactifs et les plus innovants spécimens de la nébuleuse improvisation. A Mhère, en ce 31 juillet 2003, l'intitulé du groupe, pied de nez justement adressé aux traditionnalistes de tout poil, explosait dans l'éclat de son intelligence en un coup de poing majeur asséné sur la table... Alan Silva serait toujours, dans la grande tradition du free, une figure incontournable de la Révolution Permanente !

Joël Pagier


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Antérieurement
Alan Silva série #0 : photo Jazz Magazine
Alan Silva série #1 : avec Marshall Allen et William Parker
Alan Silva série # 2 : Celestrial Communication Orchestra par Guillaume Belhomme

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Demain, un autre coup de coeur ...

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12 décembre 2017

Alan Silva série # 2 : Celestrial Communication Orchestra par Guillaume Belhomme

« Aujourd’hui, c’est Guillaume Belhomme qui prend le relai pour cet hommage à Alan Silva. La fin des années 60, son arrivée à Paris et le Celestrial Communication Orchestra. Une aventure sidérante par la musique produite et par la qualité des participants. »

Les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture.
Alan Silva prit des leçons de composition de Bill Dixon, amateur d’images tout comme lui. A la fin des années cinquante, il abandonne la trompette pour la contrebasse, instrument qui dira son appétit de sonorités neuves : en quartette aux côtés de Burton Greene ou dans l’Arkestra de Sun Ra lors de l’October Revolution in Jazz, organisé par la Jazz Composers Guild de Dixon ; ensuite sous la houlette de Cecil Taylor (avec lequel il enregistre Conquistador! et Unit Structures, deux des plus audacieuses références du catalogue Blue Note), celle d’Albert Ayler (Love Cry) ou encore celle d’Archie Shepp (Poem for Malcom).

Alan Silva Seasons

En 1968, Silva enregistre pour la première fois en meneur : Skillfullness, sur ESP ; l’année suivante, il s’installe à Paris où, en invitant à le rejoindre expatriés et musiciens de l’endroit, il fomentera le Celestrial Communication Orchestra. Pour BYG, la formation enregistre en 1969 Luna Surface : Anthony Braxton, Archie Shepp, Grachan Moncur III, Leroy Jenkins, Kenneth Terroade, Dave Burrell, Malachi Favors, Bernard Vitet, Claude Delcloo ou encore Beb Guérin y interviennent en rangs serrés, jouant chacun des coudes pour que l’orchestre joue de ses singularités. 
Le 29 décembre 1970, jour de l’enregistrement de Seasons à la Maison de l’O.R.T.F., la formation n’est plus la même, mais impressionne autant si ce n’est plus encore : les autres membres de l’Art Ensemble y ayant rejoint Malachi Favors tandis que s’y sont fait une place Steve Lacy, Alan Shorter, Ronnie Beer, Michel Portal, Robin Kenyatta, Jouk Minor, Joachim Kühn,  Kent Carter ou encore Jerome Cooper. Eloquente, la liste des musiciens ne dit toutefois pas de quoi retourne Seasons. 
Les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture : c’est ce que démontre Seasons, « Stereophonic Picture » pensée par Silva que BYG transformera en triple trente-trois tours.

Alan Silva Celestrial Communication Orchestra pochette LP

L’idée est celle d’une partition-ruban pour orchestre séditieux. Une composition mise à plat, aussi, que transformeraient les mouvements, improvisés ou non, des saisons. L’ouverture de la pochette révèle quelques positionnements (celle des intervenants, selon un timing donné) ; en miroir, des simplifications couchées sur le papier signalent des assemblages et des solos distribués.  

Alan Silva Seasons Stéreophonic picture

A l’écoute, le projet gagne encore en ampleur : d’un morceau d’atmosphère qu’il fait tourner à l’archet, Silva sort des motifs engageant les interventions isolées (elles, trajectoires affranchies ou répétitions incitatives). En bande organisée, c’est l’avenir du free jazz qui est ici pensé : davantage d’écarts et de vacarme ou sinon plus de discrétions et de mesure – quelle que soit l’option choisie, Silva travaille les textures sonores : lorsqu’il n’intervient pas à la contrebasse, il passe de sarangi en violon électriques ou s’empare de deux « french electroacoustic instruments » ; des années plus tard, les synthétiseurs lui permettront d’assouvir son goût pour les sons artificiels. Sans cesse, la balance orchestrale penche d’un côté ou de l’autre. Sans cesse, jusqu’à l’ouverture de la cinquième face. Là, Silva commande à Don Moye et Jerome Cooper de battre  le tambour pendant qu’il convoque ses troupes et leur détaille les plans sous l’effet desquels finiront les saisons : la charge est héroïque, l’opération a pour nom « The Thrills ».  La déflagration est terrible, elle est l’effet d’un cataclysme – qui en enfantera d’autres, dont les pères-porteurs auront pour nom Merzbow, Keiji Haino ou encore Otomo Yoshihide (sur Core Anode, celui-ci dirige d’ailleurs un autre orchestre d’importance). 
Etourdi sans doute, Silva quittera la maison ronde pour retrouver Sun Ra ou animer Center of the World en compagnie de Frank Wright. Il lui faudra attendre 1977 pour reprendre la tête du Celestrial Communication, et enregistrer avec lui The Shout/Portait from a Small Woman puis Desert Mirage. Les dernières nouvelles de l’orchestre datent d’un concert donné en 2001 à l’Uncool Festival. Dans ses rangs, on remarquait Marshall Allen, Joseph Bowie, Karen Borca, Roy Campbell, Bobby Few, Baikida Carroll, Kidd Jordan, Sabir Mateen, William Parker, Itaru Oki, Steve Swell, Oluyemi Thomas… Le label Eremite fera de l’enregistrement du concert une Treasure Box enfermant quatre disques – les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture.

Je propose une mise en oreilles courte : 4mn30


Si vous êtes prêt au grand plongeon, l’écoute du triple album au complet, 2h23mn

Choisissez votre moment pour vous abstraire d’un quotidien répétitif (un débat entre experts à la télé par exemple), et mettez-vous dans des conditions idéales d’écoute .
Et si le son de cette vidéo ne vous satisfait pas, rendez-vous chez votre disquaire préféré


Blog de Guillaume Belhomme : http://grisli.canalblog.com

Le son du grisli


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Demain, 3e regard, 3e facette du talent d'Alan Silva
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Alan Silva série #0 : photo Jazz Magazine
Alan Silva série #1 : avec Marshall Allen et William Parker
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11 décembre 2017

Alan Silva série #1 : avec Marshall Allen et William Parker

Alan Silva - photo profil FaceBook

Alan Silva vit en France depuis des décennies, et curieusement, il n’est pas souvent à l’affiche sur la scène parisienne. Il n’est malheureusement pas le seul grand du jazz à être ainsi boudé.
C’est peut-être pourquoi, à la fin d’un concert, moment propice pour refaire le monde, Frédéric Maintenant et moi-même rêvions d’une série d’interviews d’Alan Silva sur le jazz actuel et la musique improvisée. Sa collection musicale est impressionnante, en effet, tout autant que les grandes aventures auxquelles il a contribué.
Hélas, propos de doux rêveurs. Rien ne fut fait.
Mais c’était sans compter avec l’énergie incroyable d’Alan Silva, nullement informé de notre rêve.
Il met en ligne, en effet, inlassablement, des vidéos retraçant l’histoire du jazz, de Bill Evans à aujourd’hui. Du jazz, mais pas que (Terry Riley, par exemple). Et ces vidéos sont parfois aussi des créations graphiques. Et quand ce n’est pas le cas et qu’il n’y pas de captation vidéo, une image fixe en hommage à un grand artiste. Ici, Vincent Van Gogh.
« Les musiciens ont besoin d’espace, qui avouent avoir un faible pour la peinture» dira Guillaume Belhomme.
Alan Silva fait le travail à notre place, mais autrement.
Il suffit donc de suivre, une fois de plus, les pas du grand Alan, en se focalisant sur les musiques dont il est acteur. Je ne sais s’il existe une discographie commentée complète, mais il est certain qu’il a joué, très tôt, avec les plus grandes figures et que son « carnet de bal » est impressionnant. Il est donc impossible en quelques vidéos de retracer son itinéraire .
Et plutôt que de se livrer à un exercice solitaire, autant demander à des amis de plume de choisir chacun une facette de cet immense talent. Cinq jours, cinq déclarations reconnaissantes à Alan Silva.
Non ce n’est pas pour son anniversaire, mais c'est clairement un hommage. Et c’est aussi pour toi, ami lecteur, en guise de cadeau de Noël : pour te rappeler (ou te faire découvrir) les superbes musiques qu’il a imaginées.
Pour ma part, j’ai choisi un enregistrement du festival Vision à New York, du 23 mai 2000, avec Marshall Allen, l’un des piliers du Sun Ra Arkestra (auquel Alan Silva a aussi participé), et William Parker, figure majeure du jazz actuel.
J’ai longtemps été tenté par l’un de ses concerts au Z’avant Garde avec Rasul Siddik, Abdelhai Bennani, Noah Rosen et U Aldridge Hansberry, afin d’illustrer son ancrage parisien
https://youtu.be/CdBHWDFoGfw
https://youtu.be/zt0mlraNVgw
De même était bien tentante cette collaboration avec Jacques Coursil lors d’un de ses concerts à la Dynamo
https://youtu.be/-qekfNtYQ5g
Il était intéressant, aussi, d’illustrer son compagnonnage avec la jeune génération nordique: Mette Rasmussen et Ståle Liavik Solberg
https://youtu.be/bJ_c-f5o6Sg
Mais ce sont les 45 minutes d’énergie folle, de jaillissement musical de New York qui m’ont décidé.
Marshall Allen lacère l’espace de salves, de stridences, ce qui n’est pas pour déplaire à Alan Silva. Un discours halluciné au bord de l’étranglement. Il occupe le devant de l’écoute au début du concert, en compagnie d’un William Parker obsédant, omniprésent. Alan Silva, au piano ou au synthétiseur, apporte ses ponctuations, ses trames. On l’imagine se retenant pour laisser de l’espace à son compagnon du Sun Ra Arkestra, mais assez vite, sa voix prend toute la place qui lui revient, soit par les couleurs qu’il sait installer, soit par les virevoltes, les vrilles, les geysers, les maelströms dont il a le secret. Il s’agit alors pleinement de jouer de cet « instrument orchestral », aux matières sonores complexes, souvent nerveuses.
Et la fête se déploie pleinement, pas uniquement sur la crête des hautes énergies. Durant les accalmies, des grondements à l’archet ou des claquements de cordes lourds de William Parker, impérial, une forme d’élégie au piano, au synthétiseur (Alan Silva change sans arrêt de clavier) et un curieux joué-chanté de Marshall Allen ou des quasi plaintes, des sortes d’aboiements, de jappements.
Le temps passe très vite.
En seconde partie de concert, à côté des éruptions solaires de Marshall Allen, Alan Silva (au piano) lance quelques bribes vaguement bluesy, des virgules épurées d’un jazz révolu, pour rappeler ses origines, avec tendresse, un peu comme on offre des fleurs à une ancienne maîtresse, avec reconnaissance.
En fin de concert on les retrouve tous les trois dans une forme distanciée d’hommage à cette histoire, à ce concentré propre à Albert Ayler, les vrilles suraigües en lieu et place des vibratos. Une déclaration d’amour, pudique et quasi abstraite, à la belle aventure du jazz.

Demain, une autre plume et une autre facette de son talent..


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08 décembre 2017

Alan Silva série #0 : photo Jazz Magazine

Guillaume Belhomme a retrouvé cette photo de couverture de Jazz Mag de décembre 1971
A l'intérieur, pas d'interview de Silva,
mais des compte-rendus de concerts (à Gand et Paris).

Alan Silva ... et plus si affinité

Alan Silva Jazz Mag dec 71

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04 décembre 2017

Dolphys d'Or sur la Toile 2017

Eric Dolphy by Blue Note

Eric Dolphy - Blue Note

Partout, en toutes occasions, on s'échange des vidéos, des extraits sonores. On en reçoit tant et plus qu'on en est submergé. A telle enseigne que j'avais interrompu ma petite rubrique "Jazz sur le web"'. A quoi bon ?
Mais cette abondance de très bons extraits musicaux risque de nous rendre finalement plus indifférents, moins affûtés, et stupidement blazés. Les dolphys d'or sur la toile vous sont donc proposés pour sortir de cette gangue.
Il y en aura assez peu : deux piliers du jazz d'hier ou d'aujourd'hui pour encadrer cette sélection, l'écho d'une incroyable aventure qui se poursuit, et deux "jardins aux sentiers qui bifurquent".
Et à la fin, "un coup de chapeau"
On embarque ?
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Billie Holiday
Billie Holiday "Night and day" (France Culture)

...
"La violence au quotidien dès son plus jeune âge, des moeurs qui hérissent le poil aujourd'hui, des rêves fracassés, des hommes qui l'ont détruite, qui l'ont volée, qui l'ont aimés, l'alcool, la poudre, la police, l'hôpital.

Mais aussi de merveilleuses rencontres avec ses amis musiciens, les plus grands de l'époque : Count Basie, Louis Armstrong, Duke Ellington etc. et bien sûr Lester Young."

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Workshop de Lyon

Workshop de Lyon mi-centenaire
"Un demi siècle que dure cette aventure . Alors on pense connaître et on se dispense de réécouter.
Ce n'est pas le choix de Quentin Rollet qui a décidé de fêter ces 50 ans par une série de publications : des enregistrements, des photos, des chroniques, des dates de concerts."

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New_Jazz_Imagination

New Jazz Imagination "Ahmed"
Le piège consiste à suivre des yeux la vidéo, qui n'est autre que le film inversé d'un dessin à propos des protagonistes de cette musique.
On arrive alors à la fin, en ayant accepté l'écoute, "à l'insu de son plein gré ". Le mal est fait. La musique est dans la tête. Il ne reste plus qu'à la réécouter, encore, encore.
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MOSQ

MOSQ chez Rectangle (eRikm, Charlie O, Akosh S et Quentin Rollet)
"Deux des quatre musiciens, les souffleurs (Quentin Rollet et Akosh S), nous proposent une musique impérieuse, vrillante, brillante et abrupte, entre free et musique improvisée. Et ces irruptions de lave, ces geysers sont enchâssés dans des nappes sonores, des chants d'oiseaux électroniques et autres boucles, des grondements etc. dues aux deux autres (eRikm et Charlie O)."
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Archie Shepp

Archie Shepp "Le matin des noire (noirs)"

"Ce thème, il ne le présente pas. Il le mordille du bout de l'anche, lui tourne autour, tout en retenue. Et par fulgurances, il re-projette ce son si invraisemblable, qui nous chavire."
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Et ce coup de chapeau ? C'est pour l'homme au chapeau : Gérard Terronès. Il organisait une soirée autour de "Nuts". C'était à La Java, le 6 février 2017. Trop fatigué, il n'avait pu venir à cette fête.
Souvenirs de cette superbe soirée (des vidéos, des photos) et pensée émue au bonhomme.

 

Gérard Terronès



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27 novembre 2017

dolphys d'or 2017

Eric Dolphy_Naiel Ibarrola light

Eric Dolphy par Naiel Ibarrola

Comme chaque année, voici venu le moment de signaler les albums qui méritent un arrêt des horloges pour prendre le temps d'aiguiser notre sensibilité, lui faire découvrir parfois des chemins de traverses, pour parcourir de nouveaux labyrinthes imaginaires.
Comme je ne chronique que très peu, ces albums sont ceux qui ont bousculé ma paresse, m'ont obligé à trouver à nouveaux des mots pour dire l'émotion, malgré l'usure des manières de dire, de partager. Tenter de dire l'indicible bonheur.
A vous de vous laisser jouer par ces magiciens.

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Atomic SpoutnikAtomic Spoutnik : Valentin Ceccaldi et le grand ensemble du Tricot
...
"Elle commence, en effet, par des bribes bruitistes comme suspendues, auxquelles vient se superposer  une amorce de mélodie, sur deux notes. Un leitmotiv pour installer une couleur, un bain sonore ténu, qui prend corps progressivement, et qui se trouve littéralement transpercée par un sax (?) au cri puissant, éraillé, désespéré au delà de toute raison. L'orchestre l'accueille, l'enveloppe, le submerge par une mélopée lente; les frappes s'alourdissent puis tout s'éteint."  ...
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A la face du ciel

"À la face du ciel" (Jean-Marc Foussat - João Camões; SHH022)
...
"Chacun de ces deux méta-univers, l'alto et le synthétiseur, semble poussr l'autre à puiser au plus profond de son inventivité musicale. Ils se retrouvent pour nous faire perdre nos quelques repères et pour nous offrir un rêve éveillé, puissant dès les premières notes, quasi cinématographique. Une sorte d'Aliens qui renverrait le scénario aux oubliettes pour se concentrer sur l'errance dans des espaces déconcertants où nous serions, nous, des étrangers, des intrus, des exclus." ...
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Trouble Kaze

Trouble Kaze \ June
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"Ici, pas de trompette aux sonorités éclatantes, pas de douces mélodies au piano (au mieux quelques accords délicats), pas de pulsation régulière à la batterie ... mais une imagination débridée dans la création de timbres et dans la composition quasi tachiste des espaces sonores." ...
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cd cover 7 years light

The Big Four "Seven Years (Neuklang NCD4154)
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"Big 4 + 1 : des "sauvageons" pétris d'humour et de talent. Un jazz hors les clous, tonique, amusé, plein de sève ."
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No_l_Akchot__5tet_KCS

Noël Akchoté 5tet "KCS"
... "
On sait Noël Akchoté parcourant sans contrainte des années, des décennies voir des siècles de musique. Faire de même avec des pays, des continents, des cultures différentes, pour créer des musiques radicalement neuves. Forme d'invitation à la curiosité permanente.
Cette fois, c'est le swing aux mille feux, brillant dans une époque sombre et terrible, qui vient entrelacer un free jazz sans concession . C'est l'apparente proximité entre thèmes d'alors et compositions contemporaines, due semble-t-il à un gros travail de composition, d'arrangements, à l'image par exemple du 1er thème ... "KCS Blues"."
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Andrew Crocker Free Flow Fly

Andrew Crocker "Free, Flow & Fly 5tet" : "Offerings"
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"Ils nous offrent une musique qui musarde entre fête du rythme (quel tandem que Raphaël Schwab et Rafaël Koerner !), des sons, des références, des mélodies (aisément mémorisées ) et ambiances éthérées, volatiles voire abstractions minimalistes (souvent Fred Maurin avec les cymbales ou les cordes de la contrebasse). Et ça bouge !
Cela suffirait à notre plaisir."
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mark lewandowski waller recto

Mark Lewandowski trio "Fats Waller" (Whirlwind Recordings WR4703)
"Un album dédié à Fats Waller ? Une sacrée surprise. Ce pianiste fait partie de la légende du jazz par ses thèmes que chacun connaît, même à son insu, par sa musicalité exceptionnelle, par son rythme irrésistible qui ferait se dandiner des rails de chemin de fer, et par cette photo où on le voit avec sa face ronde, ses sourcils levés, le chapeau basculé "crânement" de côté, les moustaches fines et la cigarette plantée au coin des lèvres. Un personnage."
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Golan 2Hubert Dupont "Golan 2"
"C'est un album enchanteur pour peu qu'on laisse ses préventions de côté, qu'on accepte les changements de rivages proposés par Hubert Dupont et ses musiciens :
Hubert Dupont (b), Youssef Hbeisch (perc), Ahmad Al Khatib (oud), Naïssam Jalal (fl), Zied Zouari (vln), Matthieu Donarier (cl)

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Encore Generation

En Corps - Génération (DT07 dark tree)
"Eve Risser (p), Benjamin Duboc (b), Edward Perraud (dr), trois créateurs aux filaments sensitifs particulièrement développés qui se croisent, se frôlent, se caressent, s'entremêlent, se libèrent, se rapprochent à nouveau.

Un album particulièrement subtil et saisissant."

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Nuit circonflexe

Benoît Kilian et Jean-Luc Petit "la nuit circonflexe" (Fou Records FR-CD 25)
"Autant de titres, autant d'accroches, autant d'images entrecroisées, autant d'invites à l'errance onirique. C'est l'objet même de cet album que de déclencher des rêves éveillés, entremêlés, incertains."

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Garden(s)Garden(s) : Lazro, Cappozzo, Lasserre (Ayler Records AYLCD-150)

"On nous dit que les plus beaux fruits, les plus belles fleurs s'épanouissent dans la proximité d'autres plantes. C'est ici la preuve par trois. Impressionnant."

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Henri Texirer 6tet AmiensHenri Texier 6tet : 30 ans à Maison de la Culture d'Amiens !
"Un sextet composées figures marquantes du jazz de France. Qu'on en juge : Manu Codjia (g), Edward Perraud (dr), Michel Portal (cl, bandonéon), Thomas de Pourquery (sax), Henri Texier himselef et Bojan Z (p) (ordre alphabétique oblige; pas de préséance).

On y sent tout l'engagement et la douceur d'âme. On aimerait que ça n'arrête pas. Des gentlemen, vous dis-je. Le public exulte, évidemment."
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Camarasa - Foussat

Xavier Camarasa (p) & Jean-Marc Foussat (synth) "Dans les courbes" FR-CD26
"On ne sait dans quel ordre ces pièces ont été enregistrées, mais le sentiment domine que ce duo progresse, et progressera encore au fil des rencontres, sans épuiser les errances possibles.

En écoutant cet album, on découvre l'étendue de notre imaginaire, savamment manipulé par ces deux deux sorciers, ces deux sourciers."
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Leandre-MintonJoëlle Léandre et Phil Minton (Fou Records FR-CD 24)
"Deux figures majeures de la musique improvisée font la fête l'un à l'autre, et nous invitent à une errance toute d'associations d'images, de télescopages, dont on se croyait incapables. Ils catalysent un talent dont on se croyait dépourvus. Ils font de nous des poètes pour ce rêve éveillé.
D'où peut-être la référence à Tristan Tzara, dont un extrait de "L'homme approximatif" tient lieu de note de pochette."
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ARBF_Serious_StuffARBF & Hmadcha - "Serious Stuff and Lightness" (LFDS 001)
"Ça commence par une sorte de fantasia, puis des rythmes chaloupés aux percussions, typiques du Gnawa et on ne sourcille pas quand le thème jazz s'y inscrit avec naturel. ...
Ça jaillit de partout. On n'est pas loin de la transe, ici festive, joyeuse, fraternelle. J'imagine le public de l'Institut du Monde Arabe peinant à ne pas se dandiner, à ne pas se lever, les yeux humides de plaisir."

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Acceptance Resistance

Rick Countryman trio "Acceptance - Resistance" (Improvising Beings)
"Avec le trio de Rick Countryman, pas de déclaration superflue. Le jazz est là. Vivant, simple et puissant. Une basse, une batterie, un sax et c'est tout. Pas d'esbroufe. Pas de gras. Que du muscle. Et du groove.

"Du free, il y en a" diraient les tontons flingueurs. Mais pas que. Les revivalistes du bop (toutes obédiences) s'y retrouvent tout aussi bien. Les coltraniens itou, bien évidemment."
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Bernard SantacruzBernard Santacruz "Tales, Fables and other Stories" (Juju works#2/2017)

"Car c'est un grand plaisir que l'écoute de cette musique, qui nous prend par la main, qui aiguise en douceur notre sensibilité, qui l'affûte pour nous rendre perceptibles ces esprits évanescents."

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Caratini Instants d'OrchestrePatrice Caratini Instants d'orchestre (CD Caramusic / L'Autre Distribution)

"Je ne vais pas m'étendre : c'est purement réjouissant. Un chatoiement des couleurs orchestrales, une précision d'orfèvre des arrangements et un talent pour laisser éclore les envolées des solistes dans cet écrin.
Et le groove toujours là."
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Lazro, Santacruz, WodrasckaLazro, Santacruz, Wodrascka AJMI Live 19

"Un Daunik Lazro particulièrement lyrique.
Une Christine Wodrascka plaçant ses banderilles ou distillant des couleurs sombres.
Et un Bernard Santacruz au jeu terriblement expressif, et tout bonnement formidable ."

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Voilà une belle collection d'albums à savourer.
Pour se perdre. Rêver peut-être ...

 


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23 novembre 2017

AJMI Live #19 : Lazro, Santacruz, Wrodrascka

AJMILIVE#19 light


Un web label pour publier les enregistrements live de l’AJMI. Les albums sont disponibles sur Bandcamp, pour des sommes très convenables (dans le cas présent, 6€)
Daunik Lazro, Bernard Santacruz et Christine Wodrascka étaient ensemble pour un concert le 21 avril à La Manutention (Avignon http://www.jazzalajmi.com/ )
Un set de 3/4h de musique captivante.
Quatre pièces : Introspection, Projection, Illusion, Extension. Peut-être un itinéraire mental en guise de partition.
La première nous projette d’emblée dans un univers d’une très belle sensibilité. Un Daunik Lazro vaguement bluesy, un chant tout juste murmuré, tout de retenue totalement bouleversant. Même les grondements ou les coups de griffes sont doux. Des frappes de cordes sur bois, pouvant venir de la caisse de la contrebasse (Bernard Santacruz) ou du cadre du piano (Christine Wodrascka) sans que ce soit toujours discernable, installent une ambiance saisissante et sombre. Une symbiose très originale de ces deux instruments pour un duo puissant, captivant, superbe écrin pour le chant du saxophone. À mi parcours, ces deux voix divergent, deviennent pleinement discernables. Un chant aux cordes pincées ponctué d’accords graves, qui l’agacent, lui tournent autour, le charment. Puis une « furie douce » d’accords pour un solo au piano aux couleurs contrastées. L’archet revient, profond, invitant un sax au chant ténu et d’une sensibilité extrême, et des vagues successives au piano. Le chant du sax se fait grondements mélodiques, la basse et le piano se mettent en percussions ... et la deuxième pièce débute.

Lazro-Santacruz-Wodraschka photo bandeau

Un Daunik Lazro particulièrement lyrique. Une Christine Wodrascka plaçant ses banderilles ou distillant des couleurs sombres. Et un Bernard Santacruz au jeu terriblement expressif, et tout bonnement formidable .
L’ambiance du direct, peut-être avec une sous exposition du sax, peut-être.
Un album qui nous vrille le cœur.
Très belle initiative de l’AJMI


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06 novembre 2017

Patrice Caratini Instants d’orchestre (CD Caramusic / L'Autre Distribution)

caratini cd recto

Je n’aurais pas dû.

À mon âge, écouter du jazz mainstream (pardon Patrice), alors que je me délecte d’effectifs très réduits, de Free ou d’impro, et au maximum à deux - trois mètres des musiciens ... c’était voué à l’échec. D’autant que Patrice Caratini nous prévient d’emblée : il ne s’agit pas de nouveaux enregistrements, mais d’une rétrospective, et non, « Ceci n’est pas un best of » (clin d’œil à Magritte).
Mais recevoir un CD sans écouter, c’est pas propre.
Donc écoute, a priori par devoir.
Je ne vais pas m’étendre : c’est purement réjouissant. Un chatoiement des couleurs orchestrales, une précision d’orfèvre des arrangements et un talent pour laisser éclore les envolées des solistes dans cet écrin.
Et le groove toujours là.
Lyrisme bouleversant de Christophe Monniot (as) et verve solaire de Claude Egea (tp) dans « East end blues »; Puissance du rythme (Pinta); Impressionnisme, tachisme et un brin de folie pour le standard « My heart belongs to daddy » bien loin des mamours de Marilyn (oui, Sara Lazarus s’en tire très bien); Duo épuré David Chevallier (g) - François Thuillier (tu) dans un « Atlanta » aux couleurs latines; Coup de chapeau à Kid Ory avec « Ory’s dream » par Denis Leloup (tb), en forme de grande arche entre l’émergence festive d’alors et la précision d’écriture d’aujourd’hui. Et s’il est une pièce emblématique de cette irisation des cuivres, de ces chatoiements de l’orchestre, c’est sans doute « Tierras » avec un Pierre Devret (tp) délicat, sensible.
Plutôt que d’énumérer les talents qui ont accompagné les soirées festives du grand ensemble de Patrice Caratini, une photo, celle du dos de la pochette.

caratini cd verso

 

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02 novembre 2017

Festival Jazz'n Klezmer #16 du 15 novembre au 4 décembre

Rendez-vous annuel pour des rencontres entre jazz et culture juive
Tout le programme est sur FaceBook  ...
et sur le flyer

Jazz'n Klezmer 2017

On peut noter les retrouvailles avec Socalled (qui a souvent joué avec David Krakauer) et Yom (The Lost Balroom).
On pourra découvrir trois groupes interprétant "The Book of Angels" de John Zorn.
Se laisser surprendre et envoûter par Animal K : Violaine Lochu, Serge Teyssot-Gay et Marie-Suzanne de Loye (vidéo)

Animal K by Alain Amet

Goûter aux musiques de Macha Gharibian ...

... et d'Alexis Avakian




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30 octobre 2017

Bernard Santacruz "Tales, Fables and other Stories" (Juju works#2/2017)

Bernard Santacruz Tales, Fables and other Stories recto

Trois quarts d'heure avec pour seule compagne le son de la contrebasse. Exercice délicat comme pour tout album solo, et plus encore lorsqu'il s'agit d'un instrument confiné souvent à son seul apport à l'assise rythmique.

"In the joyful whirlwind of the spirits" est la pièce principale de l'album. Elle force l'écoute, ouvre progressivement notre sensibilité à mesure que le musicien pousse les portes de ses jardins secrets, pour une errance nocturne. Doucement mélodique, plutôt recueillie, ample dans une première moitié, puis aventureuse, explorant aussi les bois, les frottements, les frappes et les caresses, pour nous bousculer un peu, amicalement. Suit une sorte de dialogue avec lui-même, aux cordes pincées, surprenant, d'une véhémence douce, pour finir à nouveau avec ce mouvement ample et délicat.

C'est le joyeux tourbillon des esprits, lesquels on trouvé refuge dans les grottes Missirikoro, au Mali, prés de Sikasso. Les chauves-souris s'y sont aussi installées et notre venue les oblige à voleter de toute part, à notre surprise. Les locaux y vont, pour méditer, prier, se recueillir. Y voir peut-être la partition mentale de Bernard Santacruz

Ces clés, éventuelles, il nous les livre avec le titre de la pièce suivante, "From Missirikoro to Sikasso". Ici, l'évocation prend des sonorités étranges dans un premier temps, semblables à des percussions africaines. Le discours revient en ensuite dans l'ambiance intimiste, délicate et subtile, ou doucement rugueuse, à l'archet, pour finir sur une mélodie simple et attachante.

Avec "Alta Mar", on peut avoir le sentiment de quitter ce lieu de culte, de recueillement, pour des espaces abruptes, sauvages, des martèlements de sabots ... qui s'adoucissent pour finir délicatement et nous laisser là, au bord du chemin poussiéreux.

Pari réussi pour les organisateurs du festival "Jazz à part", et particulièrement Pierre Lemarchand, animateur d'une émission radio du même nom, aujourd'hui disparue, qui nous laisse de très beaux souvenirs. Il est aussi l'auteur de note de pochette, qui décrit la magie de la scène, l'attente, le décor, le public et l'onde qui submerge tout lorsque la musique est là.

Car c'est un grand plaisir que l'écoute de cette musique,  qui nous prend par la main, qui aiguise en douceur notre sensibilité, qui l'affûte pour nous rendre perceptibles ces esprits évanescents.

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Bernard Santacruz Tales, Fables and other Stories verso