Jazz à Paris

30 mars 2020

Tocanne-Blesing « L’impermanence du doute » (Petit Label)

CA89FE6C-1D94-487C-83A1-27460E553CC2


Il y a en France une actualité Paul Motian encore renouvelée. Il y a encore peu, en effet, le trio du batteur Thierry Waziniak a sorti un disque autour des compositions dudit Paul. On pourrait considérer que « L’Impermanence du Doute » souligne une fois de plus cet héritage.

Juste deux instruments sur cet album, un simple duo, guitare - batterie. Dans le thème, « Les sauts de l’ange », le ton est donné. Une guitare torturée, aux cordes écrasées ou en vibratos acides, se délectant de résonances, de stridences lentes, et une batterie non envahissante, subtile, indépendante, chacun ménageant à l’autre des espaces d’expression solo. 

Dans « Bugs conversation », la guitare délivre des vibrations plaintives sur un rythme insistant, alors que les peaux connaissent des chocs distillés, juste quelques touches évocatrices, coloristes.

« Demain n’est jamais certain » est l’occasion pour les percussions de fouiller les crépitements doux, les chocs épars, les caresses du métal, accompagnées d’une guitare bruitiste, évocatrice d’un ailleurs, avant qu’elle n’amorce une démarche hésitante, délicate, aux notes distantes. Un moment subtil, d’émotions épurées. 

Dans « L’impermanence du doute », la guitare semble hésiter entre résonance des cordes et segments mélodiques, avec quelques coups de griffes retenus, la batterie voletant sur les cymbales, roulant sur les peaux, se faisant plus insistante, semant la route de cahots multiples puis retrouvant l’efficacité discrète.

Des crépitements rares des cordes pour amorcer « L’ivresse du crabe », de vagues accents d’Asie, et encore ces frappes qui surprennent par leur économie, leur efficacité, parfois l’absence de pulsation au profit du plaisir des balises posées dans cet espace privé.

Ces quelques mots posés ça et là sur quelques-uns des dix titres de l'album n'épuisent pas les diverses sensations, les surprises, les paysages sonores. Cet album est à écouter toutes antennes dehors. Il dresse un décor intimiste, aux touches subtiles. Il est rehaussé par un choix des titres qui ouvre grand un imaginaire que chacun peut s’approprier, amplifier peut-être. C'est un album formidable, une balise musicale qu’on aime à retrouver.

En ces temps d'incertitudes, il est possible d'acheter une version numérique, de 42 mn, de cet album sur Bandcamp.
Pour vous y inciter, cet extrait

---
Retrouvez toutes les chroniques —-

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


26 mars 2020

Milford Graves « Meditation among us » (1977)

C5CA2E52-88CC-412E-8500-DA98FCD0D0A6


L’album d’une figure du free jazz des USA dans la rubrique ImproJapon a de quoi surprendre. De fait, Milford Graves est le seul états-unien de ce 5tet. Tous les autres sont des aventuriers japonais. A priori, cela signale une certaine ouverture vis à vis de cette émergence musicale, teintée toutefois d’un sentiment que le jazz ne peut être que US, voire noir : les autres musiciens sont derrière, et aucune mention n’est faite dans le titre de cette aventure croisée. Au-delà de cette réserve épidermique, cet album est reconnu comme remarquable, nécessaire à tout honnête homme (oui, femme aussi). Il faut donc l’écouter, voir l'acheter quand ce sera possible.

Les musiciens ? D’abord un second batteur, Toshi Tsuchitori dont nous avions parlé dans la chronique de « Origination » (1975) en compagnie de Mototeru Takagi. Ce n’est pas la première fois qu’une petite formation s’offre une seconde batterie (quoique en 1977 ?), mais ici, avec un leader lui-même batteur, c’est un pari osé et difficile. Quelle place pour chacun ? À l’écoute, je dois avouer mon incertitude : Tsuchitori est un drummer subtil, radical, que je crois entendre à droite. Toujours est-il que les deux batteurs offrent une rythmique infernale, sauvage, laissant une belle place à des roulements quasi africains, impulsant une forte énergie ou marquant, imposant un arrêt surprenant aux cuivres au cours de la première pièce, « Together and Moving », et lançant la reprise, où un peu plus loin, les laissant seuls entre eux. Les patrons sont là.

Ensuite, lesdits cuivres, qui font rêver : réunir Takagi, Kondo et Abe est, je crois, assez  rare. Les spécialistes le diront. Et les déferlantes sont au rendez-vous. Toshinori Kondo (tp) nous éblouit une fois de plus par ses notes fouettés, ses éclairs, sa sonorité déchirante, éblouissante ou fouillant les sons graves du métal, ses grognements, ses segments hachés, presqu’avalés.

Kaoru Abe (as) qui fut à l’origine de la rubrique ImproJapon est ici un peu noyé dans cette roche métamorphique en ébullition. Cela dit, son discours halluciné, ses cris suraigües, ses phrases torturées émergent du magma et on s’y accroche, un peu sans s’en rendre compte. 

Quant à Mototeru Takagi, au tenor, il aime à entrelacer son sax aux autres cuivres. Il est au rendez-vous, une voix majeure. J’avoue qu’au lancement de cette rubrique, ce personnage était un peu périphérique. Les chroniques successives ont prouvé la grande place qu’il occupe. Sa voix un peu rauque, tourmentée, déchirée parfois, nous fait tendre l’oreille. 

Contrairement à d’autres manifestes Free, il n’y a pas de solos dans cet album mais un discours à trois voix en permanents jaillissements. C’est l’ensemble qui fait magma.

Sur la seconde pièce, « Response », une voix surprenante, un peu nasillarde, entonne une sorte de mélopée sur des pulsations franchement africaines, des cris, des gloussements aussi repris à l’alto, à la trompette, au tenor. Ici, l’absence de basse renforce le caractère primal de la musique, sa nudité. Un silence puis un piano !  C’est Milford Graves. C’était aussi lui qui chantait. La trompette apporte des couleurs bleues qui surprennent dans cet album. C’est une grande messe, un gospel improbable, avec des vibratos aigües à l’alto, une trompette qui chante, des rafales au tenor, une ferveur collective, inspirée. La voix reprend, insiste, des mains martèlent les touches du clavier, des geysers jaillissent à la trompette, à l’alto, les percussions déversent leurs avalanches et le tenor harangue. Une ligne mélodique à la trompette s’élève et emporte le groupe vers la conclusion, laissant au piano les notes de la fin. Cette seconde piste est éblouissante.

Les promesses sont tenues : cet album est remarquable, tant par la conjonction des talents que par le magma qui nous submerge. Un enregistrement important du jazz.

Un regret peut-être : cet enregistrement mériterait sûrement d’être retravaillé pour une meilleure qualité sonore. Je reste stupéfié par le « piqué » et la dynamique de certaines publications actuelles de ChapChap ou de NoBusiness. Les professionnels trouveront les mots justes, mais cet album mérite un tel travail. D’autant qu’il est indisponible actuellement.  Quoique ... Dans un tel cas, il faut fouiller et Inconstant Sol apporte une solution, provisoire (voir plus bas)

L’enregistrement est disponible sur YouTube en « Full Album »

 

Sur la page dédiée à cet album  https://inconstantsol.blogspot.com/2011/05/milford-graves-meditation-among-us.html , dans les commentaires, une mention sybilline « 1fichier » proposée par Ernst Grgo Nebhuth . C’est là 

Quelques informations complémentaires  

Origination sur jazzaparis : http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2019/12/05/37838569.html

Toshinori Kondo & Eugene Chadbourne : Possibilities of the Color Plastic http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2020/01/23/37894396.html


---
Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

 

23 mars 2020

Matthias Boss dialogue avec lui-même : playlist #2

boss2


Deuxième playlist par et autour du violoniste improvisateur Matthias Boss. On trouvera plus bas le lien vers la chronique de la précédente playlist.
Cet artiste propose une musique aux attaques nerveuses, traversée de fulgurances, aux sonorités qui accrochent l'oreille. Elle paraît parfois ténébreuse, jouant sur la propagation du son dans notre espace intérieur, et par là même vient exciter nos fibres émotionnelles profondes. Un expressionisme épuré.
Pourquoi une nouvelle playlist ? Au-delà du plaisir de retrouver ce musicien qui sait trouver le chemin de notre sensibilité, et à près une première dédiée au violon seul, celle d'aujourd'hui fera appel à plusieurs instruments, mais à un seul musicien : Matthias Boss. Il utilise, en effet la juxtaposition d'enregistrements. J'imagine que c'est le violon qui est sur la première piste et qui sert de pivot.
J'ai choisi d'ouvrir sur un violon électrique en solo, "Katharsis", étonnante à plus d'un titre, et d'abord justement parce que c'est un solo, et qu'à l'écoute, nous sommes ensevelis dans une avalanche de notes, de "bruits" tels qu'on imagine que plusieurs instrument sont à l'oeuvre. En revanche, la pièce suivante, "Deux traces de violin à la recherche d'une mélodie de Noël", propose un univers moins saturé, parfois même économe, avec des pépiements, des griffures, des cris d'archet, des lacérations qui marquent notre sensibilité.
Plutôt que de décrire chacune des pièces, je vous laisse écouter ces assauts musicaux, cette superbe musique, qui se finira par un nouveau solo.

1) Katharsis: une piste de violon éléctrique (4:19)
2) Deux traces de violin à la recherche d'une mélodie de Noel
duo de violon (12:48)
3) Hommage to the never ending simplicity, violin (3 tracks) (7:33)
4) Kolophonium (el bass. el piano, trombone, violin)
(7:09)
5) The frozen lake (9:31)
6) tongeflecht: une piste de violon et quatre pistes jouées sur un digital piano (6:39)
  «tongeflecht» veut dire: tissage de sons
7)Wild dance on the avalanche ( violin, el bass, el piano)
8) To be quick the hot bop: une piste de violon (4:45)

Durée totale 52:44


Lien vers la précédente playlist.
---
Retrouvez tous les articles Jazz sur le web

---

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

19 mars 2020

Dans la Jungle du douanier Rousseau

Mariage - Cosseron


C’est comme dans la Jungle du douanier Rousseau …

On repousse peu à peu les tiges & les palmes, puis les branches et cela devient touffu, dense …

Alors on sort la machette et on commence de tailler …

À mesure de la progression, les cri-sons deviennent peu à peu localisables, puis identifiables, l’obscurité nous pénètre et nous commençons à nous heurter au grain des voix, au gris des cordes …

Ça rore, rung & groei, ça couine, ça luit, ça stride …les doigts avides glissent sur de serpentines formes/masses, prima materia … Crochons à revers et faisons tors & guenches…

Les oiseaux invisibles nous effleurent de leurs ailes démesurées, quand ce ne sont pas d‘invisibles colibris qui becquettent nos oreilles

Immergés que nous sommes dans ce végétal, nous dérivons sans cesse sans repère aucun, pas de lueur, pas de ciel, pas de piste …

les nues d’oiseau métamorphosées en nuées de papillons fous, des chiroptères géants rasent nos têtes inclinées.

Puis, parfois, le vent s’engouffre essaimant les myriades d’insectes libérés des filets chlorophylliens …

Lianes titanesques, cris rauques & glapissements déments, irisations métalliques.

Puis le vertige nous prends, collés aux vitres d’un train fou, lacération du temps et de l’espace … sensation de chutes libres …

Il n’y a plus de soutien …

Le sol se dérobe effrité sous les barrissements de pachydermes fous

Mastodontes des millénaires enfouis dans le limon primordial ..

L’air alentour se coagule, au lointain de grands orchestres s’accordent …

Milliards de violons cosmiques, démesure de l’orchestration, sifflements doux-aigres, phases & déphases …

À peine voyons nous encore l’ombre de nos mains, l’ombre de nos pas …

C’est comme si, au loin, d’immenses cyclopes traînaient d’énormes tronc haubanés de lianes dans un craquement obscène & inquiétant …

Mugissements reptiliens des naufragés du crétacé … On voit luire sous leurs écailles de plumes d’étranges pupilles plus froides que l’infini des déserts de glace …

Là, sur la droite, la rumeur soudaine d’un chant diphonique avec grand’ outres & percussions et didjeridoo, fracas d’herbes sèches foulées d’éléphantesques montures, trompes beuglantes assourdissant et fauchant tout sur leur passage ….

Affrontements sans fins de tribus possédées, cris stridents de pygmées .

Eternel brassage de l’homme pétrifié de rage dans sa course aveugle & sanglante …

Bat insupportable des orgues et des tambours à jamais disparus tandis qu’hurle une cauchemardesque ménagerie de bêtes inidentifiables …

Puis nous pénétrons les marécages …

Englués dans la houle, il semble que de larges carcasses s’ébrouent jusqu’à l’encastre, enchenillant vergues & haubans, grincements hideux de carcasses moussues s’éventrant les unes les autres … Tout finit par sombrer dans un muid de limon de glaise et de sable mêlés, les museaux de quelques sauriens hirsutes soudain jaillissent & forent dans le bois redevenu végétal …

Nous ne pouvons plus rien faire, les mats s’en viennent battre comme une porte nos tympans dévastés où le silence, peu à peu se fait, tandis que l’espoir d’une voix lentement au loin s’évanouit …

Pourtant le timbre était proche, la chaleur du souffle hérisse encore le duvet de nos oreilles … Loin loin là bas, vers l’horizon, comme un accord furtif de guitare engloutie …

C.P

Jean Sébastien Mariage & Guylaine Cosseron @ Les Nautes, dimanche 16 fev 2020

...
Retrouvez toutes les brèves de concert .

...


 

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

16 mars 2020

Barre Phillips: The divine sound of emptiness … (Claude Parle)

 

Barre Phillips - Instants Chavires_11

 

Barre ne joue pas de contrebasse …

Il n’existe plus aucun instrument dans ses mains vides offertes aux vents …

Seul émane un souffle des troncs enfouis, des forêts hantées & disparues, dévastées, brûlées & pétrifiées …

c’est comme ce maître de Kyudo qui, quelques années après sa réalisation vit un jour sr une table un objet dont il ne pouvait se rappeler le nom : C’était un arc ! ! …

 

L’archet tendu il est comme Zingaro avec ses chevaux, il montre, l’instrument joue ! …

L’ombre du fouet suffit au cheval magnifique, le vent de l’archet cabre la basse …

 

Ensuite, c’est comme percevoir dans les nues un chant, les soirs d’orage …

On n’entends plus que les harmoniques et nos corps engendrent les notes qu’ils sécrètent tout en s’en nourrissant …

Cela devient, par le grâce des résonances, un orchestre de contrebasses, lui, elle & nous enliés aux mêmes chants, aux mêmes rythmes, aux mêmes scansions …

C’est une sorte de musique orientale, parfums rares, goûts d’arbousier et de bigarade en bouche, mais déjà l’impensable astronef a changé de galaxie, passage en vitesse lumière, on ne sent rien … Mais l’instrument s’est métamorphosé …

C’est devenu percussions … Barre fait sonner les peaux, ça claque, ça chuinte, ça rythme …

Puis insensiblement, en une sorte de galaxérissage, on ressent de nouveau la verve des cordes, voilà que ça grésille et vibre joyeusement, puis frénétiquement …

Ces cordes sont des histoires déhiscentes que la main du jardinier éveille et rend turgides, audibles au-delà du son …

Puis, de nouveau on entends le oud, puis le vent du désert, le chant éthéré des dunes …

Puis, sans aucun présage, un banjo détimbré, écrasé par la gravitation intense, ou bien terriblement distordu à l’horizon de quelque trou noir …

Puis le son revient, par bribes, par bouffées renversantes, par accès, par accords, par grilles sitôt jouées, sitôt oubliées …

C’est une musique de l’envie & une musique de l’oubli …

Impensable hapax …

Au commencement était le son … On s’approche, on s’enhardit puis, soudain, voilà que pauvres bêtes que nous sommes, ”épris au piège” ! ! …

On a beau piaffer grincer, rugir, taper des poings & des têtes, rien n’en sort …

Nous sommes devenus les lignes du bois, les crins de l’archet qui, de nos hennissements muets fait sa chair et ses sons …

C’est une trompe de brume zébrant les murs des fjords, scalpant les boréales aurores, qui de tomber, jamais n’en finissent …

C’est un immense et intense appel à la vie, à toute vie qui possiblement, en nous sommeille et que l’art chei *! ! …

 

Le mystère en fait tient à ce que dès qu’un doigt effleure une corde, toutes se mettent à vibrer, l’uni-son c’est sans doute cela ! …

Même le bois de l’archet chante, le pernambouc de son incandescent écarlate rameute tout son Brésil, ses forêts dévastées, ses folles teintures …

L’ambitus est tout à fait extraordinaire, parfois grincement de hunes soumises aux vents dont grognent les haubans, puis soudain, orgue de cristal dont Baschet n’eut point dénié la fraternité

Villanelle & fandango … ”La méthode est simple & belle” …

Ainsi qu’un Brassens emboisé une sorte d’être persiste à chanter, que l’archet tremble ou non, que les doigts courent ou non.

Quelque chose d’immense et qui tient du sacre est …

 

C.P

 

* verbe ”choir”, advenir, tomber

Barre Phillips aux Instant Chavirés le 5/02/2020

...
Retrouvez toutes les brèves de concert .

...
 

 

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


14 mars 2020

Benoit Cancoin (b) aux Sorins par Claude Parle

2e chronique à propos d'un seul concert ? Pourquoi pas .
D'autant que ça inaugure une série de trois chroniques par Claude Parle

Benoit Cancoin photo FaceBook


Hèle, happe, hèle, ile en corps … Pizz à corps perdure … L’accord à vif sol …. y tu de … mais ça percute au si ! …Orbitales …

La ré sonnance oui, Monologue ? …

Cela, imperceptiblement est devenu dialogue mais sans origine évidente … Parce que l’archet se substitue au doigt, le poignet à la main …

S’enlier, oui, enlier le crin à la corde, le poil aux tripes ! …

Crins & chuchotements …

Mais au dedans du solo, à mi course, l’archet se fait supplique, sous son effet la corde chante, les harmoniques se développent, le son devient musique.

Il reste impossible à comprendre l’accord complet que l’instrument délivre lorsque toute l’étendue de son registre développe ses harmoniques en un long & sinueux parcours …

Déployer l’extension complète de ce long manche ramassé en un accord unique …

Comment est-ce en fin possible ?

y aurait t-il une note qui ls contiendrait toutes ? …

Etait-ce là ce que Platon avait halluciné ? …

Est-ce là ce que Benoit a réalisé ? …

 

C.P

Une autre chronique là

...
Retrouvez toutes les brèves de concert .
...

Posté par dolphy00 à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

12 mars 2020

Yosuke Yamashita trio « Clay » (Moers 1974)

YY_Clay_front light

Il ne suffit pas d’un album pour se mettre en oreilles les talents fous qui sévirent aux premiers temps du free au Japon. Pourquoi pas revenir, par exemple, au pianiste Yosuke Yamashita. Nous avions évoqué son formidable enregistrement « Ghosts», avec Akira Sakata (sax) et Shota Koyama (dm). Parmi ses nombreux albums, il en est un, « Clay », qui recueille bien des suffrages. Il fait d’ailleurs parti des meilleurs albums de la période 60-80. Il nous permet de retrouver Akira Sakata (déjà dans Ghosts) et Takeo Moriyama qui dirigeait un trio de percussions hallucinant, « Full Load ».

L’album comporte trois pistes, mais se compose principalement d’un thème, « Mina’s Second Theme ». Titre énigmatique. Présentation élégiaque dudit Mina’s au piano, retenue et dérapages à la clarinette, et chocs en chaos à la batterie. La clarinette s’efface, puis la batterie. Des phrases nerveuses en salves à partir des graves. Avec le retour de la batterie, c’est une certaine fièvre qui s’installe. Les impulsions puissantes de Takeo Moriyama, sa soif insatiable de frappes sur ses différents fûts, la quasi asphyxie qu’il engendre, ne laissent d’autre voie que celle de sortie du siège à toutes forces et propulsent le discours du piano. Un solo de batterie , tout de mitrailles diverses, parfois délicates, nous fait cruellement regretter de ne pas avoir été dans le public ce jour là. Une voix lointaine, qui arrive au devant de la scène, celle de la clarinette, mène le trio vers une intensité des plus ardentes faite de ruptures, de cassures, de convulsions, de longues plaintes aux limites de l’étranglement, aidée en cela par un piano qui retrouve sa vocation percussive. Yamashita se fait sculpteur d’espace, alors que Takeo Moriyama en grand maître des peaux, alterne les mitrailles et les éboulis erratiques. Une sorte de climax, interrompu peut-être pour les besoins de l’enregistrement sur les LPs d’alors ... ou pour exclure une phase de moindre intensité. 

C’est ce que laisse penser le début de la seconde partie de la pièce. Un solo époustouflant d’Akira Sakata, mixant lyrisme d’antan et éraillements, danse joyeuse et virevoltes incontrôlables, craquètement et sonorités crépusculaires, à la fois jouées et chantées, grognées, parfois hurlées. Et retour de Takeo et de Yosuke pour enclencher le sur-générateur pour 7:30 supplémentaires. 

Et pendant que le public applaudit, Takeo Moriyama se lance dans l’hommage, « Clay », à l’un de ses camarades de frappes, Muhammad Ali. Un démarrage comme une harangue sur les peaux, mais très vite aussi à l’alto et au piano. Akira s’éloigne. Le discours au piano se fait urgent, nécessaire, alors que la batterie reprend son travail de propulsion à haute énergie, puis se tait. La course folle sur le clavier se poursuit avec une ferveur jamais démentie. Un motif rythmique au piano appelle irrésistiblement la batterie puis le sax pour une fin de concert à haute intensité. Akira Sakata, Yosuke Yamashita et Takeo Moriyama lâchent toute prise. Le sax se met en retrait, le piano plaque un motif d’accords laissant quasiment tout l’espace à la batterie. Une fin de concert jubilatoire.

Ce sont de pures merveilles qui sont ainsi présentées à nouveau pour ceux, dont moi, qui ne les avaient vu éclore.

L’album sorti sur Enja Records (ENJ 1012) est difficile à trouver pour le moment. Sur Discogs, il est proposé entre 70 et 140€. Mais il est disponible en ligne sur YouTube 

Enfin, comme cet album n’est pas réédité , il est possible de le trouver sur Inconstant Sol

https://inconstantsol.blogspot.com/2010/11/yamashita-trio-clay.html

(Chercher parmi les commentaires, le dernier lien proposé)
Faire très vite ! Le lien sera bientôt désactivé, puisque l'album de ENJA va être réédité, ce qui va en accroître la visibilité, ainsi que d'autres album jamais publiés auparavant..

Enfin, à lire, un article éclairant sur le Grisli : http://grisli.canalblog.com/archives/2011/11/06/22595216.html

---
Retrouvez tous les articles ImproJapon
---

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , , , ,

09 mars 2020

Gaudenz Badrutt, Jean-Luc Guionnet, Frantz Loriot aux Instants Chavirés 12 février 2020

9-Loriot-Badrutt-Guionnet

Ce trio, semble-t-il franco suisse, a choisi de se produire non sur scène mais en contrebas, entouré du public, y compris derrière lui. Cette disposition permet, de facto, une grande proximité des sons, la propagation des vibrations dans nos corps, et la focalisation sur les sources sonores lorsqu’une certaine convergence se met en place. 

Pour les instruments acoustiques (les deux altos, violon et sax), les corps, les mouvements délivrent une certaine information.

Pour l’électronique de Gaudenz Badrutt, c’est moins évident, à moins de le créditer de « tout le reste ». D’autant qu’il a choisi des interventions non invasives, une forme de patiente broderie électronique, des brouillards diffus. Quelques nuages de voix sortent parfois de ses alambics, ou des percussions espacées, mais le plus souvent ce sont des bourdonnements doux de faible amplitude chromatique, des mélodies de textures.

L’alto de Frantz Loriot se fait par moment très subtil, avec de véritables caresses de l’archet sur les cordes, l’équivalent du souffle sur une anche, avec d’infimes variations chromatiques ou lors de micro-percussions d’une fine tige dans les alvéoles du chevalet.  À d’autres, il privilégie les grincements secs et répétés, les écrasements de cordes comme des gifles sonores, des ébranlements dont les réverbérations se propagent dans notre tête. Certains de ses coups d’archet viennent lacérer l’espace, se prolonger en longs discours acides, stridents, comme un moteur rouillé qui s’emballe. Des phrases abruptes en guise de sculptures sonores. La rugosité comme vecteur de séduction.

Jean-Luc Guionnet est tout aussi multiforme, souvent dans une sorte de méditation sonore, renforcée par la fascination d’un souffle continu qui n’en finit pas d’explorer le voisinage entre notes et brises sur l’anche. Des souffles en percussions douces et répétées viennent s’y inviter. Par moments, se déploient des notes tenues, hypnotiques, ou des cornes de brume obstinées à la stabilité défaillante. À d’autres moments, le discours se fait plus agressif comme pour tenir à distance un éventuel importun, des grondements d’un fauve qui menace, des amorces de rugissement, une force contenue qui fascine.

Lors du concert, c’est l’équilibre de ces voix, leurs interactions qui accrochent l’attention. Le set semble se composer de deux parties aux dramaturgies semblables. L’une d’elles est faite d’éclats, de traits rageurs se mêlant à des percussions de clés, de claquements de langue, de souffles, de notes agacées. Sur la table à électrons, des crépitements doux, des nuages bruitistes complexes, des tonnerres délicats, des percussions en ponctuations. À plusieurs reprises, le sax semble s’installer sur une note et provoque une sorte d’hypnosequasi orientale. 

Puis arrive une phase plus méditative avec une convergence des trois instruments, des osmoses sonores, des irisations de timbres, de grandes respirations parsemées de cassures, de petites percussions sur les cordes, des embruns électriques, des note tenues au violon, des souffles rouillés, tout un vocabulaire délicat  d’où émergent parfois des résurgences brutales, des plaintes mal assurées.


L’écoute est religieuse, chacun scrutant les assemblages se former et se défaire; chacun se délectant d’une note qui dérape, de timbres qui déraillent, de convergences où nos repères se perdent; chacun calmant sa propre respiration, toutes antennes dehors pour suivre ces filons d’ivresse. Une forme de thérapie profonde, de plénitude du cœur.

Une très belle programmation des Instants Chavirés.

La seconde partie du set est disponible sur YouTube.

L'album photos est disponible sur FluxJazz. Il suffit de cliquer sur diaporama au milieu de la photo pour y accéder.

...
Retrouvez toutes les brèves de concert .

...

 

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,

04 mars 2020

Joëlle Léandre, Mat Maneri, Gerald Cleaver @ 19 rue Paul Fort, 25 janvier (par Claude Parle)

Joëlle Léandre light


E.T Strikes again ! …

Oui, il est revenu, E.T, mais … Il est triple! …

Cette fois, le vaisseau toujours aussi ”strange” mué en contrebasse … Et le drum kit a des allures de navettes d’accompagnement ! …

À peine surgi, ça attaque frontal ! … Joëlle & ls soucoupes, Mat en couverture …

Mais qu’est ce qu’ils racontent, que peuvent ils bien échanger ? Une sorte de proto Kartvélien* semblant apparenté au Svane* ? …Quelle langue? le linéaire A* semble plus facile à admettre ! …

Les crins sur le vaisseau-mère hirudinent une développante de cercle tandis que tympans assaillis vrillent sur eux-mêmes, crocodilienne parade/attaque … La mouvance des sons doit y être pour quelque chose ? …

C’est une sorte de redent calligraphique qui sans cesse floute ses épissures, afin de mieux tromper l’alien ? D’étranges réminiscences de ”Terminator” me viennent … Irisation démente de la lumière …

De fait c’est une ”prépa-commando” pour Mat qui gicle littéralement de son violon fou (la musique d’Eric Zahn) des grappes de notes infixables pour une harmonie humaine.

Ses strettes décollent tant la peau que les oreilles, les tympans contraints d’adopter une topologie complexe échappent au plan euclidien et ”fractent” dans les multivers … Musique quantique, ou musique-cantique ? ! …

Les riffs furtifs de Cleaver, l’homme habile, tentent de complexifier plus encore la pluriversalité transverse de cette effraction spatio-temporelle …

Il règne une confusion des genres, un tohu-bohu d’outre espace et une folie dont il devient impossible d’échapper …

Nonobstant, quelques parsecs plus avant et quelques éons passés, une subtile métamorphose semble opérer sur nos sens, sorte de mue accélérée, un peu comme le développement de plantes en ultra-caméra … Nous parvenons confusément à nous figurer ce à quoi ces étranges amalgames pourraient renvoyer …

De fait, c’est comme une grande onde dont les réflexions multiples sur des bords accidentés finissent par engendrer de multiples interférences dont la complexité engendre un véritable damage du plan d’eau …

Puis, nous devenons peu à peu sensibles aux micro fluctuations, micro frottements, micro tonalités, micro sensations sur nos peaux hirsutes, pupilles fendues, progressivement je sens bien que je me transforme en félidé …

Alors voilà ! … l’espace entier vient de s’agglomérer, sons adsorbés à mes oreilles déhiscentes, épitaxies folles, de vastes constructions en cristaux de neiges multicolores s’engendrent & disparaissent à la mesure de la musique. Cochlée, limaçon & labyrinthe, tous enliés aux instruments qui peu à peu semblent pointillisés comme par une sorte de bélinographie spatio temporelle ! …

L’espace tout entier n’est plus qu’un nuage de points, tout disparait en un monstrueux météore de sauterelles recouvrant et dévastant tout sur leur passage …

Un Arcimboldo dément vient de lâcher légumes contre insectes, tout devient mouvance, interférences d’ondes sidérales, spectres tordus et entrelacements de lianes géantes …

A jamais il ne sera concevable de sortir de là ! … Jamais plus aucune consistance d’aucune sorte ne se fera sentir sous nos doigts, plus d’assurance sous nos pieds, plus aucune mise au point possible de nos pauvres yeux …

S’il vous plait, ne partez pas, ne partez plus, que nous faisions encore de la musique ensemble ! ! …

C.P

Joëlle Léandre, Mat Maneri, Gerald Cleaver @ 19 rue Paul Fort, chez Hélène Aziza le samedi 25 janvier.

---
Deux autres concerts du Judson trio
- Aux Instants Chavirés
- Mat Maneri chez Rogue Art
---
Quelques précisions ...

* Langues Kartéviennes

* Svane 

* Linéaire A


...
Retrouvez toutes les brèves de concert .

...

02 mars 2020

NYX : Sophie Agnel, Isabelle Duthoit et Angelica Castellò aux Instants Chavirés (5 fevrier 20)

NYX 1 - dolphy00
Pour voir l'album, il suffit de cliquer sur la photo puis sur Diaporama

Trois aventurières du son, dont deux déjà bien connues sur la scène française, Sophie Agnel et Isabelle Duthoit. Elles se sont jointes à Angelica Castellò née au Mexique mais vivant en Autriche. Elles ont déjà été invitées pour un concert « À l’Improviste » et se retrouvaient ce soir là aux Instants Chavirés.

Sophie Agnel ausculte très fréquemment les entrailles de son piano pour en extraire des sons les plus étranges, quitte à accompagner cette plongée par des frappes sur le clavier. On la voit souvent debout, scrutant le jeu de ses partenaires de scène, pour anticiper et accompagner leur discours, les perturber, ouvrir de nouvelles voies.

Isabelle Duthoit est clarinettiste et « vocaliste ». Avec un peu de chance, on peut la voir jouer de son instrument noir entier, mais en général cela ne dure pas : elle le démonte pour en utiliser une partie soit pour la faire sonner (le bec), soit modifier sa voix, son souffle (le pavillon). Pendant une large partie du concert aux Instants Chavirés, tout son jeu était concentré sur sa voix, toute en craquements aux limites de la rupture

Quant à Angelica Castellò, on pouvait la voir manipuler bien des outils électroniques mais on ne pouvait manquer de voir son autre instrument, impressionnant : une flûte à bec. Ici, l'instrument est de grande taille, posé verticalement au sol, bien rouge, et aux clés rectangulaires de belle taille. 

Voilà pour les impressions visuelles. Quant à la musique ... 

Au début du concert, ce sont d’abord de petits instruments métalliques, des clochettes, qui sont agités. Sophie Agnel fait trembler les cordes graves. Isabelle feule, une histoire l’habite déjà. Des cordes aiguës sont percutées. L’électronique et la flûte déploient des drones graves. 

Se met progressivement en place un univers musical impressionnant au piano, fait de touches de clavier venant ponctuer un flux complexe, de grandes résonances du grand corps en bois, de percussions directes sur les cordes, avec une instrumentiste en vigie. 

À l’autre extrémité de la scène, des sons étranges sortent des alambics électroniques, des agrégats complexes mais non invasifs, parfois des voix distantes, souvent indistinctes, et cette si grande flûte qui magnétise le regard et diffuse des nappes sombres.

Et le conte chamanique au milieu, rendu possible par les grondements des éléments d’une nature sauvage, primitive, de part et d’autre. Ne pas chercher, juste partager cette cérémonie où la voix sort de tout sentier balisé pour des incantations indistinctes, des récits forcément fondateurs, des épopées que nul ne peut connaître, peut-être même pas la prêtresse Isabelle, toute entière à l’intérieur de cette cérémonie primordiale. Car ici, la musique est nue : la voix, seule, pas même les syllabes ou le chant. Les yeux sont fermés. Les mains accompagnent ces craquements de voix aux limites de la brisure, le sourire souligne l’illumination intérieure. On imagine la cassure, mais c’est une dentelle sonore qui se tisse inlassablement. 

La communion dure ainsi près d’une heure, sans temps mort. Raconter l’histoire serait vain, tant les paysages fluctuent, les matières sonores se diluent. Toute la magie du concert est là, les regards, les vibrations des cordes et du bois qui se propagent dans nos corps, les trames et les cahots électroniques qui nous surprennent, et cette dramaturgie centrale saisissante.

Un excellent concert offert au public des Instants Chavirés.

La piètre qualité des captures vidéos ne permet pas de restituer cette ambiance. Juste une virgule de trois minutes pour donner un aperçu, bien imparfait, de cette soirée magique.

Il est possible de voir la vidéo du concert "A l'improviste" sur le site de France Musique.


...
Retrouvez toutes les brèves de concert .

...

Posté par dolphy00 à 07:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,