Jazz à Paris

09 juillet 2020

Jean-Marc Foussat, Evan Parker, Daunik Lazro au Café OTO

cafe oto


Lors d’un concert Jazz@Home où il était invité, Jean-Marc Foussat évoquait la proposition faite par le café OTO de venir jouer à Londres. Réponse : « OK mais ça risque de ne pas dépasser 25 minutes et ça serait un peu court». Alors invitez qui vous voulez. Re OK, ce sera Evan et Daunik. Chacun a accepté. Concert, enregistrement, discussions serrées sur le son, album double, l’un solo, l’autre en trio, nous y sommes. 

Le premier CD, en solo, comporte une seule pièce au nom qui dit l’ambition : « Inventing Chimaeras ». Pour cela, il puise dans sa volumineuse collection sonore et procède à des collages inattendus, des montages, des osmoses. Il fait sonner des cornes de brume rendues quasi méconnaissables et fait chanter des oiseaux inconnus. Et il y mêle sa voix, en superpositions multiples s’élevant de brumes électroniques, en échos, en bribes de mots brouillés, en murmures, en articulations indistinctes, en ébauches de mélopées. Il y entrelace des séquences purement électroniques, parfois en boucles obsessionnelles. C’est une forme puissante de poésie, une invitation à la téléportation. Vous y êtes d’ailleurs déjà propulsé, votre esprit ayant depuis longtemps quitté la pièce où vous vous trouvez. 

On pourrait croire qu’avec un titre comme « Présent Manifeste », nous quitterions l’univers onirique de la première partie. Ce n’est que partiellement vrai. Ici, s’ajoute aux paradis artificiels une forme d’hypnose. Peut-être en raison des boucles en souffle continu au soprano d’Evan Parker, ou des drones métalliques du baryton de Daunik Lazro avec des strates des sons instables, mouvantes. En cause peut-être des vagues d’un lyrisme presque jazzy fouillant les graves et perturbant le soprano. Des boucles électroniques ascensionnelle, la voix, les voix de Jean-Marc Foussat, les grondements du baryton trouvant relais auprès d’un soprano entêtant. Par moment c’est Evan Parker qui propulse ses tourbillons enivrants de particules sonores faisant par mimétisme éclater en multiples granulations le discours du baryton. L’osmose avec les nappes  électroniques du synthétiseur est alors saisissante. Les voix viennent surplomber ces  agrégats complexes, parfois accompagnés d’oiseaux étranges. Quarante cinq minutes où l’attention est capturée, cadenassée, où l’esprit n’est plus maître de lui, comme dans dans une dérive narcotique. 

Ce double album est de ceux qui vous arrachent aux agaceries quotidiennes, aux banalités ambiantes pour extraire le merveilleux qui niche dans votre esprit.

Ce concert a été capté et mis en ligne ici.

Mais pour la qualité sonore, il faut préférer l'album. Disponible chez votre disquaire préféré, vous pouvez aussi vous le procurer sur le site de Fou Records
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24 juin 2020

Matthias Boss et ses amis : playlist #4

 Guy-Frank Pellerin - Matthias Boss
Fondazione Luigi Tronci, 2015

avec Guy-Frank Pellerin, alla Fondazione Luigi Tronci, 2015

Fin du parcours en playlists du talent de Matthias Boss. Il y aura probablement d’autres occasions de revenir vers le talent inhabituel de ce violoniste : il nous donne à nous régaler de multiples facettes du violon avec une projection des notes impressionnante.

Pour cette quatrième playlist, la seconde consacrée à ses collaborations avec d’autres improvisateurs, six pièces sont proposées. 

La première est un duo a priori totalement déséquilibré entre un orgue d’église et un violon.
Lors des premières notes, l’avalanche des harmonies et des résonances semblent conduire à l’étouffement de Matthias Boss. Mais sa voix ténue relativement au monstre tenu en laisse par Martin Walter parvient à s’affirmer et conduit à un dialogue bien mieux équilibré, avec des gazouillements qu’il parvient à rendre audibles, avec des grands tonnerres rivalisant avec ceux de l’orgue. C’est une réelle gourmandise.

Avec Maresuke Okamoto on découvre un autre félin doté d’un contracello, cet enfant adultérin d’un violoncelle et d’une contrebasse. Ici, c’est le lyrisme qui prévaut ... avant les coups d’archet nerveux, les cordes écrasées, des quasi percussions métronomiques au violon puis au contracello pour permettre les virevoltes de l’autre instrument. Un parcours intense, véhément et aux textures sonores particulièrement riches et surprenantes où viennent se mêler le chant, les crépitements vocaux, des discours de contrées étrangères.

Les troisième et sixième pièces sont issues d’un même album qu’on doit au groupe 876+ (M. Magliocchi, JM Van Schouwburg, R. del Piano, M. Boss et P. Falascone). Cet enregistrement est doté d’une vitalité prodigieuse. Chacun des membres de ce groupe est un orfèvre et l’ensemble est particulièrement réjouissant. « Otto Sette Sei » a été publié en 2015 chez Improvising Beings. Pas facile à trouver, sauf peut-être au Souffle Continu.

Quand deux violons particulièrement agiles se rencontrent, Carlos Zingaro et Matthias Boss, ils prennent prétexte du tram de Lisbonne pour faire surgir des nuées de virevoltes. Il s’agit en fait de trois improvisations jouées en public (00:00, 04:10, 09:40). Si les deux premières proposent un jeu subtil sur les couleurs, les atmosphères ténues, sur les bourdonnements enchevêtrés des archets, la troisième accentue l’atmosphère romantique; par moment elle propose une scansion régulière alors qu’à d’autres c’est une double hélice qui se développe et nous enivre. 

Avec la cinquième pièce, on retrouve un « frère en crimes » de Matthias Boss, Guy-Frank Pellerin. L’un comme l’autre aiment à propulser les sons, à jouer sur leur rugosité, leur dynamique, à travailler au corps leur instrument pour en extraire des textures surprenantes, pour des plaisirs charnels, dans des dialogues tourbillonnants, avec des percussions sorties d’on ne sait où. Le saxophoniste choisit ici le baryton, instrument ici comme agacé par un essaim d’abeilles. 

Et pour finir, comme évoqué plus haut, l’impressionnant 876+ tout de mitrailles, d’attaques agressives. Une merveille.

Place à la musique

Lien direct : https://soundcloud.com/bosspfaeffli/sets/matthias-boss-et-ses-amis

Lien vers les autres playlists de Matthias Boss
Matthias Boss violon playlist - solos
Matthias Boss dialogue avec lui-même : playlist #2
Matthias Boss et ses amis - playlist #3

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16 juin 2020

Manuel Hermia 4tet «There’s Still Life On Earth »

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La pochette est une est une forme de pirouette : elle entend illustrer engloutissement de la planète dans les détritus en plastic, tout en leur donnant des couleurs vives de jouets hors de tout usage réel. Une manière de dire "C’est pour de faux, mais si ça devenait vrai ?" 

Un autre trait d’humour est le nom du groupe, l’Orchestra Nazionale de la Luna, un nom pompeux pour un quartette, en italien pour un groupe composé de deux belges, d’un finlandais et d’un français. 

Leur musique est tout aussi surprenante, décalée, faite d’images qui marquent les esprits.

Parmi celles-ci, je choisi pour commencer un orient fantasmé. Ainsi la troisième pièce, "El Bahr", la mer, nous emporte sur les rivages de l’Afrique du Nord, avec une rythmique mixant le balancement d’un chameau et un lointain jazz rock, dont le tandem Sébastien Boisseau et Teun Verbruggen ont le secret, sur une mélopée qui vient se lover aux creux de nos circonvolutions cérébrales. Le moog de Kari Ikonen prend des accents d’un oud électrifié avant l’envol puissant du sax de Manuel Hermia. Cette pièce de plus de sept minutes file vite, trop vite !

Cette même couleur d’orient, cette fois reprise au bansuri (flûte traversière en bois indienne), se retrouve sur "Al Qamar", la Lune selon mon traducteur en ligne. Encore une fois, une pulsation obsédante à laquelle se mêle le piano. À noter le soutien puissant de la basse à la flûte et le superbe duo moog-bansuri, sur des sonorités de tablas (Teun Verbruggen est un pur sorcier). N’allez pas penser à des musiques ethniques, c’est de jazz authentique qu’il s’agit, le magnifique solo de Sébastien Boisseau peut en témoigner, parsemé d’interventions à la flûte et au moog, au milieu de crépitements des baguettes. Les presque neuf minutes sont décidément trop courtes.

On retrouve la puissance de la basse dans l’ouverture de "Ecocracy", avec des friselis à la batterie et au piano ou au moog, avant l’exposition du thème au sax, parasité par l’électronique. Un ralentissement, puis un long silence, avant la reprise du morceau avec une basse omniprésente, et un feu follet à la batterie, pour finir sur un cri.

La Finlande du pianiste n’est pas oubliée, avec deux titres dont "Myrkkysienikeitto" qui semble signifier soupe aux champignons vénéneux. Un thème simple, repris de diverses façons, souvent en éclats multiples, crépitements, une forme de kaleidoscope, laissant une large place aux claviers et aux baguettes, ou en hululements mixant flûte et basse. Si vous aimez être surpris ...

"Out of Gravity" nous offre de toutes autres images. Une atmosphère éthérée, quelques touches posées ça et là, des balais qui survolent, caressent, et un sax qui susurre avec langueur une mélopée sans fin. Une sorte de station d’épuration pour éliminer toutes les scories de notre âme. 

Le nom de l’album est celui de deux morceaux, en début et fin : une forme de fanfare instable qui s’éteint sitôt qu’elle se manifeste. L’humour encore.

Mais la gravité, la sensibilité aux enjeux vitaux sont là. La musique sait alors se faire fragile, le souffle se faire lyrique, pour évoquer le délitement de la planète, comme dans "Melting Pôles".

C’est donc un Jazz à la fois inventif et séducteur qui nous est proposé, avec de fortes propensions aux voyages fantasmés et puissants, avec un engagement fort mais délicat. Un bien bel album.

On peut y goûter via ce clip vidéo reprenant le dérèglement des pôles



 Il est possible de télécharger l’enregistrement via iTunes, ou de commander le CD physique via Amazon, tout est là : https://orcd.co/ondl-still-life 

PS 

Lire une interview de Manuel Hermia dans [Jazz Halo-> https://www.jazzhalo.be/interviews/manuel-hermia-et-lorchestra-nazionale-della-luna/] à propos de cet album.

Il existe aussi un Orchestre de la Lune, un « Little Big Band »mené par le saxophoniste et flûtiste américain, vivant à Paris je crois, Jon Handelsman.

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11 juin 2020

Mototeru Takagi trio « MosuraFreight » (1975)

Takagi Mosura Freight

Mototeru Takagi (sax, bcl), Takashi Tokuhiro (b) , Tsutomu Ono (dm)

Mototeru Takagi est décidément une grande figure du Free. Une série de chroniques de la rubrique ImproJazz suffirait à l’attester. Pourquoi une chronique de plus ?

C’est qu’ici, Takagi s’est entouré d’un trio sans les « pères fondateurs » du free nippon. Un trio à sa main dans lequel sa verve, son invraisemblable énergie, sa soif de sons neufs, son expressivité débordante trouvent l'espace nécessaire à leur épanouissement. Dès les toutes premières notes de « Estado », un duo infernal se noue avec le batteur, Tsutomu Ono, figure qui se retrouvera à maintes reprises tout l’album durant. Des frappes en mitrailles sèches et chaotiques, déstabilisantes et d’une effroyable efficacité. Durant cette même pièce, l’archet de Takashi Tokuhiro prend toute la place durant une belle séquence avant le retrouver du trio à hautes énergies. 

Le titre de la pièce suivante, « Bird Song », est à prendre littéralement, du moins au debut. Il s’agit de pépiements brefs, de « tweets », de courts motifs qui reviennent de temps à autres, comme posés sur des lignes de cordes pincées, et transpercés de salves de la batterie. Encore une longue échappée libre aux cordes pincées, enfin rejointe par des éclats de batterie et parsemée de grognements aux sons multiples, de courts chants tourmentés, de cris et de tourbillons du sax.

Des cordes rares, qui laissent les sons s’épanouir, puis un souffle, un chant crépusculaire à la clarinette basse, c’est ainsi que s’amorce ce « Love Song » pour se déployer en boucles feutrées mais tourmentées. Le souffle s’arrête un temps pour laisser les cordes résonner seules, puis reprend ses méandres tendres, ses caresses affectueuses. Un duo pris dans une danse voluptueuse. 

Un duo qui semble revenir dans « People in Sorrow », un très beau thème pris au sax. La batterie est très discrète, de rares crépitements, puis un chant suraigüe à l’intensité lyrique qui nous chavire. La modération des uns souligne l’extrême beauté au du chant. Puis les sculptures sonores d’Ono, la longue mélopée ininterrompue de la basse, façonnent l’écrin d’un chant de plus en plus tourmenté. L’archet déploie une sorte de lamentation, presque seul, puis des graviers de percussion, de brefs segments de Takagi viennent la troubler, avant le retour de ce thème traité de manière bouleversante au sax, puis sur la basse, et pour finir par les deux ensemble. Une pure réussite et un très bel hommage à l’Art Ensemble of Chicago dont l’album du même nom était sorti en 1969.

L’album de ce trio fait figure de pierre blanche dans une discographie essentielle de cette période du Free, mais il est pour le moment parfaitement inaccessible (si vous avez 480$, Discogs est prêt à faire un effort). Grâce à des pirates, il est disponible sur YouTube.

Comme souvent, en attendant que les éditeurs reprennent la main, Inconstant Sol offre une perspective, tout en bas de leur page, avec un lien 1fichier à suivre

A présent, ladite vidéo, avec la chronologie associée

Face A : Estado (->10:40)-Bird Song (->21:32)

Face B : Love Song (->28:30)- People in Sorrow (->41:57)

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07 juin 2020

The Eddy sur Netflix

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Les films ou les séries sur le jazz sont assez rares pour qu’on les repère. Dans le passé récent, le film «Whiplash» avait retenu l’attention. Il contait l’enseignement féroce de la batterie par un prof à la flexibilité d’un rail de chemin de fer. L’excellence ne pouvait être que technique et cette dernière nécessitait tous les sacrifices. Une pédagogie d’un autre siècle. Son metteur en scène, Damien Chazelle, récidive aujourd’hui avec une série diffusée sur Netflix : The Eddy, nom d’un club de jazz et celui d’un thème.

Ici, finie la trique et bonjour aux fantasmes divers accompagnant le jazz. La drogue ? Il y en a. Le sexe? Bien sûr aussi. De l’alcool ? Inévitable. Des blaireaux, des menteurs, des pleutres ? Des femmes plus diplomates, plus sensées que les hommes, fussent-ils les héros. Un criminel propre sur lui, finalement assez rationnel et amateur de jazz ? Trois fois oui. Une galerie de personnages sans réelles surprises. En bref, le jazz est ici associé au monde trouble des malfras. Mettez-y pour faire bon poids une jeune et belle adolescente torturée, qui préfère la coke à la canneberge, qui pointe les insuffisances des autres, qui balance des propos injurieux et qui réussi à créer des problèmes à ceux qu’elle aime, avec une bonne foi désarmante. 

Voilà pour l’histoire. 

Pour les valeurs, c’est la tolérance, la mixité raciale, religieuse, sexuelle. Une grand-mère musulmane qui a tout d’une mère juive.  Des américains, des serbes, des polonais, des maghrébins, des latinos, des africains qui débordent d’affection réciproque, qui s’engueulent et s’expriment indifféremment en anglais et en français. 

Et la musique ? Un cliché, un raté ... mais le plaisir n’est pas absent. 

Le cliché, c’est qu’il n’est de Jazz que chanté, plus précisément qu’avec chanteuse. C’est réducteur. Heureusement les paroles véhiculent souvent de belles images, des sentiments troubles, riches. 

Quant à l’esthétique, il ne saurait être question d’improvisation non idiomatique. C’est un spectacle grand public, et donc (?) c’est du post bop mâtinée de romantisme, du sans danger. Pas de dérapages savoureux ? d’écorchures des sons ? de grognements et autres « bruits »? Oui, il y en a aussi. Mais c’est là qu’il y a un raté : la prise de son. N’importe quel Jazz un peu authentique joué à quelques mètres fait vibrer la peau, les sens. La magie des cuivres, des percussions, du métal, des cordes suffit. Mais ce qui cloche ici c’est que le son est confus, comme brouillé, que le piqué est absent. Alors on passe. 

À moins qu’on soit en mesure d’imaginer ces sons volés et de recréer la fête dans sa tête. Et là, c’est plutôt un bon moment à passer, d’autant qu’il y a des invités surprenants (Tchéki Karyo, Benjamin Biolay) et même un candidat batteur qui se fait recaler, Edward Perraud en personne ! Denzel Washington ? Oui, son sourire éclatant est là, mais sur le visage du héros, Elliot Udo. Son charisme aussi ? Le budget de la série ne le permet pas.

So what ! dirait Miles. 

Ben faut pas hésiter à voir, d’autant que certaines invraisemblances sont savoureuses. Après ça, passez vous un Monk.

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04 juin 2020

Heteroptics par Masayoshi Urabe et Kuwayama Kiyoharu

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De longs silences, des murmures, des bruissements, des déflagrations : une musique à forts contrastes et un son très curieux, comme chanté dans son saxophone alto. C’est ainsi que la musique de Masayoshi Urabe commence dans cet album en duo avec Kuwayama Kiyoharu (vlc, vla, objets) . 

C’est une sorte d’ode à la solitude, au désespoir tranquille. Les chants, les plaintes se réverbèrent dans un espace comme vidé de toute vie, avec des éclats de percussions en forme de ponctuations. Le violoncelle propose des trames lentes, un bourdon discontinu en osmose affective avec le sax. 

Le duo fonctionne comme un générateur de sentiments troubles, indécis, subtils. Une forme puissante d’expressionnisme de l’entre-deux, amplifié par le travail sur le son des instrumentistes, et par sa propagation dans l’espace. À titre d'exemple, vers la fin de l'unique pièce de cet album, l'archet, le sax, la voix deviennent difficilement discernables et viennent ricocher sur les membranes de notre sensibilité.

Urabe est souvent présenté comme un successeur à un autre altiste torturé, Kaoru Abe. Ici, la comparaison serait inadéquate. On y retrouve le même lyrisme à l’intensité rare, mais ici il s’exprime sans la furie de Abe, avec un idiome parfaitement original.

Cette musique tutoie l’essentiel.

Cette musique est publiée par Intransitive Recordings et est disponible sur Bandcamp. Vous pouvez ainsi y goûter avant de l’acheter. La version numérique ne coûte que 8$, soit 10€ avec les taxes. 

À ma connaissance il n’est pas disponible en support physique, sauf sur Discogs, à des prix raisonnables.

https://www.discogs.com/Kiyoharu-Kuwayama-Masayoshi-Urabe-Heteroptics/release/2866965

 

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02 juin 2020

Matthias Boss et ses amis - playlist #3

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Nous poursuivons la découverte de la musique du violoniste Matthias Boss avec une troisieme playlist. Après celle en solo, puis celle en dialogue avec lui-même via des ré-enregistrements, cette troisième aborde certaines de ses coopérations avec d'autres improvisateurs.
A cette fin, Matthias Boss a sélectionné plus de deux heures de musique, ce qui est bien trop long en dépit de l'intérêt certain de ces enregistrements. Cette partie sera donc scindée en deux parts d'une heure environ.
Pour ce premier volet de ces collaborations, quatre groupes ont été retenus :
- un duo avec le batteur percussioniste Macellon Maglochi, musicien avec qui il a souvent collaboré; ce duo permet de retrouver les coups d'archets semblables à des déflagrations qui transpercent l'espace et les frappes discontinues du magicien des cymbales et des peaux, une sorte de tâchisme musical.
- un autre duo, emblématique, avec le saxophoniste Guy-Frank Pellerin, dans des échanges ... percussifs, des sons comme peinant à émerger, éclatant comme des bulles cahotiques, laissant progressivement surgir des grondements, des déchirements, des matières sauvages, primales, des bourdons, des sons d'avant musique jettant aux orties toute forme de joliesse pour l'expressivité la plus crue.
- le quartette EdMaNoBo, composé comme son nom l'indique de John Edwards (b), Marcello Magliocchi (dm, perc), Adrian Northover (ss) et de Matthias Boss (vln). Une pièce impressionnante, alliant cris et balbutiements, furie et délicatesse, chants et grondements ... de près de trente minutes.
- enfin un septette, "Improviser Consort" composé d'Abdul Moimême, Joao Pedro Viegas, Carlos Zingaro, Marcello Magliocchi, Matthias Boss, Paulo Chagas et Paulo Curado. Une autre piéce longue (28 minutes), aussi riche que la précédente, qui commence comme en relai de EdMaNoBo et qui se poursuit en des couleurs chatoyantes, contrastées, une sorte d'aube du monde, d'une ode à la vie qui émerge.

Que l'écoute commence !

On le voit, Matthias Boss est un artiste recherché par ses pairs improvisateurs. Il sait apporter une forme de tourment salvateur, une force de surgissements. Une sorte de refondation de ce qui fait musique.

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28 mai 2020

Max Roach une playlist de Tucson (Arizona) (David Mittleman)

1 - People2 - Birth and Rebirth3 - bitter

4 - drums illimited5 - money jungle6 - the long march

7 - Sounds as Roach8 - Speak9 - with Cecil Taylor

David Mittleman produit des playlists de musiques "uncanny" pour la radio KXCI de Tucson (Arizona). Certaines d'entres elles ont déjà été relayées sur ce blog (voir plus bas), certaines pour notre seul blog (la série des trois playlists autour de Takayanagi).
Comme toutes les playlists de cette radio, elle sont disponibles pour un temps limité. Celle-ci disparaîtra dans les brumes électroniques le 7 juin 2020 vers 10h du matin, heure de Paris.
Aujourd'hui, David nous régale de près de trois heures de musique autour de Max Roach, occasion de nous rappeler quel formidable créateur il fut.
Comme il se doit, la musique peut être écoutée là :
https://www.radiofreeamerica.com/show/observations-of-deviance-1-kxci-91-3-community-radio
Il suffit de cliquer sur le lien du 24 mai pour en profiter.

La chronologie est disponible sur une autre page pour que vous puissiez suivre.

Observations of Deviance Sun May 24 with David M on KXCI 91.3FM Tucson AZ

Observations of Deviance is an all vinyl, free form program that harkens back to early days of underground FM radio. Your host, David, hunts down the most exotic, unusual and off-the-beaten-track music from around the world in a number of genres: Spiritual Jazz, Free Improvisation, Experimental Electronics, Ethnographic Oddities and World-Wide Psychedelic Funk.

https://spinitron.com

Autres playlists de David :
Gil Evans et Georges Russel

Masayuki Takayanagi I, II, III.

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26 mai 2020

Kazuo Imai « For Tentou Mishima »

kazuo imai for tentu mishima

Tentou Mishima était un graphiste, un plasticien, un performer. Il nous a quitté en 2012. 

En 2010, une exposition, « Line Man », lui était dédiée à Shibuya (Tokyo), et lors du dernier jour, Kazuo Imai y a donné un concert.

Kazuo Imai a été l’élève de Masayuki Takayanagi, tout comme Otomo Yoshihide et Shin’Ichi Isohata. Il est donc issu de cette formidable explosion des années 70 au Japon, même si naturellement il a défriché sa propre voie.

Un long entretien conduit par Michel Henritzi lui a été consacré dans Revue&Corrigée de mars 2020. Très instructif, il est complété par une sélection discographique en solo, au sein de deux de ses formations : Marginal Consort et East Bionic Symphonia, ou en compagnie d’improvisateurs européens. Tout n’est pas aisément accessible, mais ce concert de 2010 est disponible depuis 2016, en particulier sur Bandcamp. 

Dans cet album, Kazuo Imai joue de la guitare acoustique, de la viole de gambe, et de divers autres objets sonores. Il dit s’être servi des œuvres de Tentou Mishima comme de partitions, en particulier sur les quatre dernières courtes pièces de cet enregistrement, jouées à la guitare.

La première pièce fait quarante minute, et a pour nom « Improvisation ». A l’écoute des premiers instants, on se demande s’il ne s’agit pas seulement de l’installation, mais comme c’est intégré à l’enregistrement, on se prend à tendre l’oreille, à juste titre. Des percussions, des frottements, des bruissements, un ressort qui vibre, des grincements doux, une note de guitare, un archet qui glisse lentement. Progressivement la guitare devient une source importante, mais il s’agit d’une utilisation essentiellement percussive, ou faite de frottements. En fait, il faut prendre cette pièce comme une musique à la fois acousmatique pour le détournement des sources et l’imaginaire associé, et concrète, mais sans référence à une quelconque esthétique passée. La musique des frottements, des matières sinueuses, des voix multiples, sans recherche de joliesses, émerge et prend tout l’espace vers le milieu de la pièce, probablement la viole de gambe. 

De ces tremblements, de ces déflagrations, de ces douces résonances, de ces cliquetis, des ces frottements, de ces grincements éraillés, émerge un bien être, une forme de yoga musical à la respiration ample, une réception vierge et totale. Une musique qui cherche et trouve l’essentiel, la beauté abrupte, sans apprêt.  Elle agit comme un jacuzzi de l’âme.

Cette première pièce n’est pas disponible à l’écoute. Il faut passer par l’acte d’achat ici    https://hitorri.bandcamp.com/album/for-tentou-mishima

En revanche, en guise de mise en oreilles, je vous suggère de découvrir la piste au doux nom de 1-B

Quelques informations complémentaires : 

La biographie, en anglais, de Kazuo Imai : https://en.wikipedia.org/wiki/Kazuo_Imai

Deux articles à propos d'autres élèves de Masayuki Takayanagi :

Otomo Yoshihide : Lovely Woman http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2020/05/14/38254581.html

 Shin’Ichi Isoahata au bal https://www.citizenjazz.com/Shin-Ichi-Isohata-au-Bal-masque.html

Des informations sur deux des groupes de Kazuo Imai

East Bionic Symphonia https://en.wikipedia.org/wiki/East_Bionic_Symphonia

Et  Marginal Consort https://en.wikipedia.org/wiki/Marginal_Consort


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21 mai 2020

Des concerts encore ?

Banlieues Bleues Initiales BB

Beaucoup d'initiatives sont prises par des salles de concert, des clubs, pour parvenir à maintenir un minimum de vie musicale malgré un confinement des esprits qui risque malheureusement de durer. Toutes les initiatives sont à saluer.

Musique au Comptoir mai 2020


Depuis plusieurs semaines, Le Comptoir propose des séquences, une par semaine, le dimanche à 19h, avec une interview mené par Sophie Gastine, de type "zoom", avec des musiciens chez eux, et une séquence musicale enregistrée lors d'un de leur précédents concerts en ce lieu. C'est visible sur leur page FaceBook ainsi que sur leur site : Musique au Comptoir. De fait, sur leur page d'accueil, plusieurs de ces émissions sont disponibles même si vous avez raté les rendez-vous. Leur accroche ? Restez chez vous, la musique vient à vous.

The Vortex Jazz Club


D'autres initiatives à rappeler, mais peut-être faut-il signaler celle du célèbre club londonien, The Vortex. Le patron du club a décidé de programmer quelques concerts, un par semaine je crois. Un spectacle sans spectateur hormi ledit patron. On peut le voir seul parmi les chaises vides, s'adresser à nous pour présenter le concert et nous inviter à faire un geste financier. Le futur concert est annoncé sur le site du Vortex, et il est visible sur la chaîne YouTube du club. Les précédents aussi. Au passage, il propose un lien vers la rubrique du Vortex sur Bandcamp, où on peut s'acheter des extraits musicaux.

Plus près de nous, dans l'Est parisien, Banlieues Bleues propose chaque semaine deux films de concerts proposés par La Huit. La semaine dernière c'était Fred Frith "Cosa Brava" et Anthony Joseph "Carribean Roots Live".
Cette semaine, Naïssam Jalal "Quest Of The Invisible" par Gilles Le Mao et "Liniker & Os Caramelows" par Stéphane Jourdain.
Le mercredi 27 mai, ce sera The William Parker Organ Quartet, 2017 ainsi que Fuego Por Favor - Pedrito Martinez Group, 2017.
Pour en profiter, il suffit d'aller sur le site de Banlieues Bleues, Initiales BB.

Anne Montaron Face Book


Last but not least, tous les jours Anne Montaron propose la rediffusion vidéo d'un concert "A l'Improviste" sur sa page FaceBook. Parmi les derniers en date, Michel Doneda, Tetsu Saitoh et Frédéric Blondy.

De temps à autres, passez par la page FaceBook de Jazz à Paris pour saisir certaines opportunités du moment.