Zorn___juin_08Difficile d'écrire après chaque concert, tant l'intensité des plaisirs se mixait à certaines gênes, à de petites réserves.

Soyons nets : Zorn nous a offert des musiques d'exception. Il est aujourd'hui un créateur de tout premier rang, peut-être le plus important du moment pour le jazz. Il nous promène dans des esthétiques assez différentes d'un concert à l'autre (quelques proximités tout de même entre The Dreamers et Essential Cinema), avec un message simple : décloisonnez-vous.
C'est ainsi que lors de son dernier concert, Magick, dédié à la musique contemporaine, le public n'était pas celui de cette musique ci, mais bien celui de Zorn. Il applaudissait à la fin de chaque mouvement, avec de sonores "waouuu" comme hors d'oeuvre aux applaudissements nourris. Après tout, cela vaut peut-être mieux que le cérémonial habituel des concerts de musique savante.

Jour après jour, j'ai pu lire la prose laudatrice d'Alex Dutilh (plusieurs chroniques dans le blog de Jazzman), partageant son enthousiasme, la satisfaction d'assister à la pleine reconnaissance publique de John Zorn (il lui a consacré une série d'émissions "Zorn, le jazz du futur"). De très beaux "papiers".

Puis, une chronique en série de "Damien" dans Allegro Vivace , très bien faite, qu'on aimerait partager sans réserve.

Mais il y a des mais ... oh!, tout petits. Faut-il en parler ?
Oui quand même, pour n'avoir plus de regret, quitte à perdre mon maigre public.

Tout d'abord, si j'apprécie la créativité de John Zorn, comment puis-je en accepter la "joliesse" (quoique ...) et certains clichés musicaux. Certains segments étaient prévisibles, déjà entendus. C'est voulu, nous dit-on. Pour moi, seule restait, et c'est beaucoup, la composition de timbres, superbe.

Et puis aussi, cette admiration pour le Zorn "jouant de l'orchestre". Certes, à bien des moments, cette direction était patente, le résultat était là. Et quand il n'y était pas, quand Marc Ribot par exemple, tout plongé dans sa guitare, ne voyait pas les indications du maestro, ce dernier n'avait plus comme recours que le coup de pied rageur à son pupitre, ce qui a surpris le divin Marc (et le public) : le courant était alors rétabli.
Mais que dire de cette direction d'orchestre, lorsque la scène est dans la pénombre (y compris le lider massimo), quand seuls les pupitres étaient éclairés lors de la projection de films, lorsque le chef d'orchestre ne bougeait pas ?

Alors, les vilaines choses étant dites, on peut sans réserve lire et relire les bons papiers cités plus haut : ceux d'Alex Dutilh et celui de Damien .

Lire aussi les divers présentations, très bien faites, de Pascal Anquetil dans les livrets  distribués au public.

Se précipiter aussi pour les prochains concerts de Zorn à Paris : le 25 février 2009, il sera à Pleyel : "John Zorn & Tzadik présentent la musique de Serge Gainsbourg" (tarifs : 60 ou 45 €).