Les artistes peuvent-ils apprécier leurs propres prestations ?
Bien sûr.
Au coeur même du process de création, ils sentent bien ce qui marche, les bonnes vibrations ... et les autres.
A la fin du concert de Nuts (7 février 09, Radio France), une formation entendue beaucoup trop rarement sur scène, l'humeur des musiciens n'était pas au beau fixe. Regards sombres, un peu distants.
Et pourtant, une salle satisfaite, heureuse, applaudissant chaleureusement. Erreur du public ?

Nuts
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Quelques jours plus tard, petit mail de Benjamin Duboc, pour dire son accablement : comment rater une telle occasion ! Faudrait peut-être même ne pas diffuser le concert !

Inutile de dire que je n'étais pas du même avis, du tout ! Un très beau concert ! J'ai réécouté mes séquences vidéos, pour m'en assurer : encore et toujours des inventions, une très belle musique mixant free jazz et musique improvisée, avec même des accents bluesy vers les minutes 26 et suivantes du concert (beau dialogue Oki - Siddik !).

Et puis les techniciens de Radio France ont fait leur travail.

Petit mail, cette fois pour dire qu'ils ont réécouté le concert, avec des oreilles neuves ... et que c'est bien bon, avec de très belles choses.
Ils ont connu (et connaîtrons probablement encore) les affres des créateurs, avec leur sensibilité hypertrophiée. Ils ne retrouvaient pas l'ambiance des précédents concerts dans des clubs, la proximité du public, l'énergie naturelle passant d'un musicien à l'autre. Le studio de Radio France offre un tout autre environnement, plus formel, de quasi recueillement. D'écoute plus aiguisée aussi.
La musique a été différente, comme nouvellement accouchée, dans la douleur. Mais c'est un beau bébé.
Le coup de blues est à présent derrière. C'est le public qui était dans le vrai, pour cette fois.

L'émission a été diffusée, avec une belle interview de Benjamin Duboc et de Didier Lasserre, qui parlent sans détour. Et pas uniquement de cette difficulté quasi physique, mais aussi de leur rencontre avec les autres membres du groupe, des origines même de Nuts. Un petit regret, que le premier morceau (37 mn) ait été diffusé en deux plages, et que le second ait servi (très partiellement) de fond sonore à la fin de l'interview, mais il s'agit là de nécessités d'élaboration d'une émission.

Nuts : le 5tet est formé de deux trompettes (Rasul Siddik et Itaru Oki, endimanchés, Radio France est une dame qu'on respecte), de deux batteries (Makoto Sato, quasi percussionniste, aux franges du jungle par instants, et Didier Lasserre, très complémentaire, délicat, avec une batterie minimale, en fait un tom mis en "grosse caisse", une caisse claire et une cymbale), s'articulant autour d'une basse aux multiples facettes (Benjamin Duboc).

Je vous suggère d'aller écouter Nuts sur le site de l'émission. Faites assez vite, le son sera probablement coupé le 10 avril, et donnez votre avis à Anne Montaron, par mail : elle vous y invite.

Petit complément : j'ai mis en ligne un album photo du concert.

Rappel : Nuts a été chroniqué sur ce blog, ici et .

Voeux : Disposer de l'enregistrement du concert de la veille, à la Fabrica Son : ambiance de club, et non de concert. Intéressant de comparer. Et au-delà, plaisir d'être surpris, étonné par cette formation.