Un rendez-vous pris de longue date : aller au Sunset le 7 mai pour le concert du trio "The Fundamentalists" (Abdelhai Bennani, Edward Perraud, Alan Silva). Des musiciens de tout premier plan pour une musique aux frontières des genres, allant du Free Jazz à la musique improvisée, en empruntant parfois à la musique contemporaine et aux musiques électroniques.
Une des musiques créatives d'aujourd'hui, dans l'un des clubs de la rue des Lombards, promesse d'une audience plus large que celle des salles alternatives.
Mais le public est timide en cette période de crise. Peu de monde pour le concert précédent, peu de monde aussi pour notre trio. Mais des fervents.
Des rencontres intéressantes aussi : un Marc donnant quelques nouvelles de l'Atelier, une Hélène, amie de Catherine, ayant sculpté une main géante qui sera exposée à la Noue à Bagnolet ...

Naturellement, j'ai pris quelques photos des musiciens, à partager

Album photos à découvrir au bout du clic.
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Alan Silva - photo dolphy00

Abdelhai Bennani annonce juste le nom des musiciens et la musique commence, immédiatement, sans qu'ils aient besoin de se chercher, de se trouver les uns les autres. Et c'est l'impression qui domine tout au long du concert : un trio qui fonctionne excellemment pour produire une musique éruptive, faite de chaos, de surgissements, un creuset incandescent qui fond en une seule pâte les musiques de chacun des membres du trio.

On retrouve, bien sûr, la voix d'Abdelhaï Bennani, un son qui n'appartient qu'à lui, sa voix éraillée, des souffles, ses cris profondément humains, ses torsades qui rappellent un ailleurs, une intensité qui s'exprime aussi dans les phases minimales, des notes comme des affleurements, le reste étant intériorisé, pudiquement. Un discours tout de discontinuités.

Ce qui n'est pas le cas d'Alan Silva sur son synthétiseur.
Je ne sais si et quand on le retrouvera sur sa basse, mais il utilise aujourd'hui principalement les claviers pour nous proposer des nappes sombres, intenses, parfois cosmiques, parfois déchirées par des stridences acidulées,  des zébrures, des feulements.
Changement brutal lorsque Alan Silva décide une accalmie pour une séquence au piano, dans un univers mixant accents contemporains et jazz.

Quant à Edward Perraud, on le retrouve en orfèvre des sonorités, toujours à l'affût. Pour ce trio, il propose fréquemment des crépitements des baguettes sur la batterie, des éclats multiples sur des objets métalliques. Un discours qu'on pourrait aussi écouter comme autonome par rapport aux deux autres. Des images d'avalanches sèches, d'éboulements de rocailles et bien d'autres qui captivent par leur jaillissement.

Un trio qui ramène aux fondamentaux : tout peut être musique, seule compte l'organisation des sons. Il y a un siècle, ce fut la percée d'un Varèse (puis d'un Xenakis), durablement féconde.

Deux extraits sont proposés par Catherine Silva, qui saisit l'occasion des concerts pour réaliser des performances vidéo. Elle vient de mettre en ligne deux extraits du concert, qu'elle a choisi dans des tempos lents. Elle les partage bien volontiers.
(très peu de lumière dans des tonalités de rouge, et générique initial d'environ 1 mn)

vidéo 1 (9:03 ) : Une phase minimal du sax
devient l'occasion de changer la couleur du trio
par des martèlements qui mettent en relief
le souffle fragile.


...

Vidéo 2 (7:03), particulièrement lyrique
Une splendeur qu'on enrage de voir s'arrêter

...

Il n'est pas encore possible d'écouter cette musique chez soi, en posant une galette sur un appareil électronique. Un enregistrement du trio, des photos mais pas de DVD, ni de CD, alors qu'il s'agit de l'un des groupes les plus intéressants de la scène parisienne.
Une pépite du jazz actuel.

Merci au Sunset d'ouvrir sa porte à un tel groupe en cette période de basse fréquentation.
Appel aussi à quiconque pourrait offrir une scène à ce trio d'exception.

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