Antoine Herve-DVD-JobimDeux figures du jazz viennent à l'esprit en examinant le DVD d'Antoine Hervé consacré à Antonio Carlos Jobim.

Dizzy Gillespie, tout d'abord et cette séquence vidéo (probablement sur YouTube; si vous la connaissez, envoyez-moi le lien) : il évoque les rythmes de certaines musiques, les joue avec ses mains devenus instruments de percussion d'une formidable précision. Il termine par le jazz et enfin par la samba, le rythme qui semble le plus complexe. Souvenirs aussi de nuits interminables avec des amis de la colonie brésilienne venue à Paris à l'occasion des échanges plus ou moins liés à la construction du métro de Rio par la RATP. Et naturellement, encore et toujours Antonio Carlos Jobim.

Autre figure, Monk.
Une soirée à l'auditorium de Saint Germain, animée par Antoine Hervé. Monk payé à la recette, mais ayant une confiance modérée en l'honnêteté du tenancier, comptant du coin de l'oeil le nombre de clients et estimant la recette. Monk l'énigmatique jonglant avec les lettres de son nom dans une mathématique étrange ... dont j'ai perdu le secret. Le sentiment qu'Antoine Hervé fut l'un de ses intimes pour savoir autant de choses sur sa pensée tortueuse. Monk dont chaque thème semble être devenu un standard.

Ce même Antoine Hervé, notre équivalent jazzistique de Jean-François Zygel, décortiquant les musiques et leurs auteurs, pour nous donner encore davantage envie de les écouter, de les savourer. Ajouter l'intelligence au plaisir. Et comme il est lui-même musicien, le discours passe en continu de la parole au clavier, et réciproquement. Les éclaircissements sont fluides et limpides, le visage constamment allumé d'un sourire, un bon mot toujours prêt à la bouche.

L'évocation de ce moment d'histoire si singulier au Brésil avec la présidence de Kubischek, un âge d'or politique où l'ambition fut de rattrapper cinquante années en cinq ans ... Son successeur dût quitter le pouvoir sous la menace de l'armée.
Le rappel de l'hymne même de la bossa nova, Chega da saudade, composé par Carlos Jobim et Vinicius de Moraes.  Saudade, nostalgie, vague à l'âme, mélancolie, ce sentiment de l'entre deux, cher au Portugal aussi, et bien sûr au Cap Vert, comme l'a chanté Cesaria Evora. Cette bossa nova qui n'a rencontré le succès qu'en sortant du Brésil, avant d'y retourner et y faire florès.
La samba d'une seule note (samba de uma nota so), si proche d'un thème de Monk. Et tellement d'autres thèmes qu'on ne pensait pas devoir au même auteur.
Elargir nos repères en évoquant Darius Milhau, "Saudade do Brasil" dont chaque danse porte le nom d'un quartier de Rio. On pourrait ainsi paraphraser cette heure et demi de musique.

Une bonne idée que d'adjoindre des bonus au DVD (intelligence toujours), et le plaisir d'un CD audio rassemblant 13 titres, joués par le duo Antoine Hervé - Rolando Faria.

Agua de beber. Le titre ne vous dit rien ? Ecoutons-le, ça va vous revenir. Occasion aussi de mesurer le talent d'Antoine Hervé, ses notes perlées qui nous font remuer tout le corps, qui ré-inventent le thème, un pianiste qui joue à casser le rythme pour nous y replonger avec délices.


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"En 1956, Antonio Carlos Jobim, carioca, pianiste-guitariste brésilien descendant de français ayant émigré au XVIIème siècle, rencontre le poète Vinicius de Moraes. Tom Jobim écrit la musique de la pièce de Vinicius « Orfeu Negro », qui deviendra un film réalisé par Marcel Camus. Le succès est tel que des musiciens comme Joao Gilberto, Nara Leao et le guitariste Baden Powell se rapprochent de Tom et Vinicius, et créent, avec d’autres artistes un nouveau mouvement : la « Bossa Nova » (la « chose nouvelle »). Cette musique a été largement influencée par les accords complexes du jazz, et même le grand Frédéric Chopin, maître de l’harmonie romantique." (http://www.antoineherve.com)

Antoine Hervé assurera ce début 2012 une série de "Leçons de jazz" au MPAA, l'auditorium de St Germain. Et le 24 janvier, à 19h30, cette leçon sera dédiée à Antio Carlos Jobim !
Un excellent moment en perspective.

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