Sabu Toyozumi, Masahiko Satoh


Alors que je proposais quelques titres ou vidéos pour illustrer sa préface à la série d'articles autour de Kaoru Abe, Takeo Suetomi (label Chap Chap) m'a fait parvenir une série de vidéos assez remarquables sur "la vie d'après", après la disparition de ce météor du Free au Japon.
On y retrouve des figures emblématiques de cette fantastique cavalcade musicale, hors des sillons occidentaux. Il ne s'agit pas d'une musique totalement étrangère au Free US ou Européen, mais d'une esthétique propre à l'Archipel, qui nous offre des plaisirs inattendus et qui jette parfois un pont vers la Noise, cette musique radicale (mais fascinante aussi), héritière elle aussi de ces pionniers.
Aujourd'hui je vous propose d'écouter une playlist vidéo réunissant Masahiko Satoh (de dos malheureusement) et Sabu Toyozumi, avec tous ses cheveux et l'énergie de la jeunesse. C'était en 1997.
Takeo Suetomi ne proposait que l'écoute du 4e duo, probablement par courtoisie afin de ne pas encombrer mes oreilles, peut-être aussi par malice sachant que cette pièce s'enchaîne aussitôt avec le 5e duo tout aussi passionant, etc.
On pourrait bien sûr parcourir cette playlist d'une manière aléatoire, mais on y perdrait la trajectoire du concert.
On pourrait être tenté d'éviter le début dudit concert, d'autant que les premières touches au piano se font européanisantes. Mais le diable Sabu ne veut évidemment pas en rester là. Il nous fait oublier notre approche prudente, d'autant que Masahiko Satoh se libère de certaines attractions occidentales pour des accords plaqués, des bribes mélodiques virvoltantes, des sculptures sonores à grands coups de sabre. Et si Sabu Toyozumi est une force éruptive de tout premier ordre, ce paysage fait de roches saillantes, de reliefs instables, de déchirures sèches, doit l'originalité de sa texture à la composition de deux talents. Dans la 3e pièce on croit retrouver quelques repères, qui seront pervertis, emportés dans une gestuelle économe aux effets dévastateurs. Dans la 5e, Sabu nous offe un solo qui par moment fait penser à l'Art Blakey des plus grands jours, mais c'est une forme de "collage" pour enrichir encore la complexité du kaléidoscope sonore. Peut-être aussi est-ce une façon de marquer un commencement du monde qui n'en finit plus d'évoluer.

Le passage d'une pièce à l'autre peut être parfois assez abrupt, "déconcertante". Pourquoi perdre cette ambiance si fascinante ? On ne sait, mais dès les premiers instants de la pièce suivante on est replongé dans cette fournaise du diable à l'apparence si calme.
Tout de même, la fin de la playlist est aussi violente et douloureuse qu'un coïtus interruptus. Mais il y a eu, avant, toutes ces décharges neuronales, ces sens en ébullition.
Une question demeure (une seule ?) : c'est une série de vidéos captées par un professionnel averti, certes non pas de l'image mais du son. Ce n'est donc probablement pas totalement fortuit. Il fallait interroger Takeo Suetomi. Il m'informe alors qu'il avait organisé ce concert, qu'il en est le producteur, et que bientôt, Chap Chap et NoBusiness Records le publieront. Vous voilà avertis.
C'était à Yamaguchi-shi, C S akarenga (la brique rouge), si j'en crois mon traducteur en ligne.
A vous de goûter à cette drogue musicale, et pourquoi pas d'y mettre vos mots.

Pour passer à la vidéo suivante de la playlist, il suffit de cliquer sur le bouton à gauche de celui du réglage du son, c'est tout.
Si vous préférez regarder les vidéos dans un ordre différent, il suffit de suivre ce lien, la liste s'affiche. A vous de choisir.

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