Gaguik Mouradian (photo dolphy00)
12-02-05_06_Gaguik Mouradian
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J'avoue me méfier des jazz métissés, des "cross over". Pour des tas de mauvaises raisons.
Mais aussi parce que je crains toujours l'appel à la facilité de l'évocation des terres d'ailleurs ou aux joliesses mélodiques ou rythmiques, l'insuffisance de l'authencité émotionnelle ou de l'exigence. Rien d'inéluctable, diriez-vous, mais on ne se refait pas.
Et puis des illuminations, et il y en a comme à la Java en ce jour de février 2012, le 5 exactement.
L'un est un musicien qui puise aux racines des musiques traditionnelles d'Arménie. L'autre s'est nourri de jazz, de ses convulsions, probablement aussi de la musique contemporaine. L'un ne parle qu'Arménien ou Russe, et n'entend rien au Français ou à l'Anglais que pratique l'autre, ce dernier étant démuni face aux langues du premier.
Ils se sont rencontrés pourtant il y a bien des années, avec pour toute convergence le talent. Et l'Arménie bien sûr et sa générosité consubstantielle.

Une heure d'une musique qui bien sûr nous parle immédiatement (le vertige des repères des musiques traditionnelles et de la basse rythmique), et à laquelle il nous faut résister ... mais pourquoi ? Ici tout est autenthique et puissant.

Gaguik Mouradian écoute attentivement Claude Tchmaitchian mais projette son propre chant sur les cordes de son étrange calebasse à cordes, le kamantcha. Il nous bouleverse par une émotion resserrée, presque contenue, le visage impassible, une musique certes d'ailleurs mais résolument du présent.

Claude Tchamitchian apparaît comme totalement en résonnance avec Gaguik Mouradian, en pleine empathie, mais la musique reste la sienne, avec des sonorités amples et riches qui nous chavirent, nous transportent; quelques éléments répétitifs, comme pour installer un semblant de rythmique jazzy pour ensuite les pervertir, les quitter et visiter des terres qui nous régalent, celles des musiques libres actuelles. Mais il nous fait sentir qu'il n'ignore rien d'une Arménie intime.

Sur le moment nous restons liquéfiés de plaisir. Et en préparant cet article, en revisionnant la vidéo, la magie opère à nouveau. J'espère que vous en aurez autant de bonheur que moi.


Lien direct : http://youtu.be/lgwAMMus9Hk  .

A la fin du concert, quelques mots de Claude Tchamitchian. Il est aussi un magicien du verbe improvisé. Il raconte : Mouradian, les langages, la rencontre au-delà des mots et la connivence durablement installée. Et son propos s'élargit à ces étrangers qui ne sont pas des menaces mais des amis qu'on ne connaît pas encore. Et élargissement encore pour évoquer la période politique actuelle et l'occasion donnée de s'offrir de nouvelles valeurs, plus authentiques.

Retrouvez Claude Tchamitchian lors de ses prochains concerts en Ile de France :
"Neige rien" : Corinne Frimas, Christine Roillet, comédiennes | Guillaume Roy, alto | Claude Tchamitchian, contrebasse
13 mars, 20h30 : Auditorium du collége des Pyramides, Evry (91)
14 mars, 20h00 : Médiathéque Romain Rolland, Romainville (93)
Toutes ses infos sur sa page du label Emouvance .

Enfin, pourquoi pas revoir les minutes de son solo au Souffle Continu ?

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Hasards rédactionnels ? Hier Joelle Léandre, ce jour Claude Tchamitchian, deux des figures de la contrebasse actuelle en France.