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Jazz à Paris
14 juin 2013

United House of Prayer for All People (Gospel)(Harlem mai 2013)

United House of Prayers for All People, Harlem United House of Prayers for All People

Harlem, le 19 mai 2013, au croisement de Frederick Douglass Blvd & W124th street
On était prévenu : pas d'accès direct à l'United House of Prayer for All People à partir de la rue. Au rez de chaussée, une banque. Il faut donc entrer dans un immeuble et aller au premier étage.
Sur la gauche, une sorte de grande cantine un peu sombre, très simple, mais semble-t-il réputée pour la qualité des plats servis (un self); à droite, une grande salle éclairée par des vitraux modernes et la toiture vitrée, dotée de très belle poutres : c'est l'église.
Office à 11h, en principe, nous dit-on.
Une salle quasi vide : cinq ou six femmes respectant un dress code, un homme en costume impeccable sur la droite de l'estrade, sur qui semble peser tout le poids du monde, un musicien venu chercher ses instruments laissés là la veille, une dizaine de touristes.
Le temps passe.
Finalement, cet homme se lève, nous adresse quelques brefs mots de bienvenue, et tout de suite commence de chanter : une voix nue, rythmée en frappant sa bible de la main. Il est le soliste et le choeur à la fois. Un chant qu'on croit reconnaître, comme venu des temps de l'esclavage. Il entame ainsi son office, s'arrêtant à peine pour reprendre son souffle et repartir pour de nouveaux chants, bouleversants. Une foi solidement arrimée au corps, un enthousiasme qui ferait se lever les pierres du désert de Judée. Il n'a besoin de personne : il célèbre, et peu importe si l'assistance est nombreuse ou non, il avance, inébranlable, tout dans son chant, tout dans l'histoire religieuse de ce peuple.

Quelques musiciens arrivent, peu à peu, déplaçant tranquillement qui leur instrument, qui leur chaise, qui le piano, bavardant pendant que les chants se succèdent. Ils se répartissent en deux groupes : à gauche des jeunes, à droite les autres.

Les quelques femmes de la salle entament une procession tout autour de la salle, tête baissée, pas glissé à gauche, arrêt, pas glissé à droite, pour rejoindre ainsi ce qui formera une chorale, pas bien nombreuse, qui prendra le relai, pas bien longtemps.

Reprise des chants par l'officiant solitaire. Il est lui aussi progressivement rejoint par d'autres hommes, à la tenue tout aussi impeccable, qui forment choeur autour de lui, qui invitent la salle à battre des mains. Il propose alors à l'un d'entre eux de prendre le relai; on peut comprendre, déjà près de trois quarts d'heure de chant.

S'avance donc un homme bien plus jeune, en pleine forme et l'intensité de l'office explose littéralement.
Après quelques chants venus des profondeurs de leur histoire, le sermon.
Un sermon tout entier centré sur l'importance première de la foi. Tant qu'on a la foi, Dieu pourvoiera, à tout. Il fait qu'on vit chaque jour, qu'on peut bouger les bras et les jambes (cela dit avec force gestes quasi compulsifs), qu'on peut réaliser ... sa destiné.
A des années lumières de notre école républicaine et laïque.
Son discours enfle, pendant quarante cinq minutes ! Cela épuise ... au moins la majorité des touristes, qui quittent furtivement la salle.
On croit qu'il va s'effondrer d'un moment à l'autre tant l'énergie est éruptive. Ses phrases sont ponctuées par les deux orchestres, alternativement, des trombones pour l'essentiel pour une forme de chorale. Un autre officiant, par sollicitude, le fait reculer, s'assoir, pour qu'il puisse retrouver quelques forces.

C'est alors le moment d'une joute musicale invraissemblable entre les deux orchestres. Pas de virtuosité particulière. Les phrases sont très simples. Seuls comptent l'énergie, la fougue, le rythme, les couleurs. On invite alors les rares personnes encore dans la salle à venir rejoindre tout ceux qui sont sur l'estrade, et ils sont à présent nombreux. On peut nous aussi participer à la musique, au moins en frappant des mains. Inutile de dire que même les plus raides se mettent à savoir se remuer.

On croit qu'on va finir ainsi, en apothéose, mais notre prêcheur se redresse soudain de son siège et revient. Il demande qu'on lui lise un passage de la bible (Philippiens 4:19), interrompant la lecture, insistant sur tel propos, nous prenant à témoin, le regard enfiévré, au bord de la transe.

Cela fait plus de deux heures trente que l'office a commencé, et il ne semble pas près de s'arrêter. Un autre prêche commence; on en profite pour partir : la journée n'est pas finie. Du côté de Marcus Garvey Park, un autre musicien nous attend, une figure : Oliver Lake.

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Liste des chroniques gospels : Canaan Baptist Church, Morning Star Pentecostal Chapel, First Corinthian Baptist Church , United House of Prayer for All People .
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