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Une formation plutôt inhabituelle : un piano et un instrument à vent (un sax soprano ou une clarinette basse).
Une prise de son au plus près des musiciens.
Et un choix, celui d'une musique intimiste qui se réclame du jazz.
Du jazz ? Pourquoi pas, mais ayant largué les amarres d'outre Atlantique et frôlant parfois la ritournelle.

Cette musique se paye le luxe de déchirements sonores, de grondements, de déraillements ... en particulier sur la clarinette basse tout en offrant des repère mélodiques ou répétitifs, principalement au piano (sauf lorsqu'il s'agit d'évoquer Bartok).

Une oreille appréciant les chemins de traverse pourra être séduite par cet équilibre instable, ces dérapages savoureux, le lyrisme exacerbé, le son de la clarinette basse.
Vos proches qu'indispose votre goût immodéré pour les aventures sonores les plus éraillées vous serons gré de ces plages d'accalmie mélodiques, ce cinéma pour l'oreille, ce distillateur délicat d'émotions.

D'autant que les références culturelles ne manquent pas, si l'on en croit la notice (lire plus bas), y compris hors du champ musical (Volodine, Duras, Dario Argento). Libre à vous de consacrer l'une de vos écoutes à ce jeu de piste.

Et oui, on prend plaisir à cet album atypique souvent en demi-teintes. Pour ma part, j'ai particulièrement apprécié les titres 1 et 2 («Paysage avant pendaison » « Reflet dans un œil mort ») deux versants d'un même thème obsédant, « Suspiria » lyrique, voire grandiloquent, et étrangement chaloupé (à mi-parcours), et « Qui s'en va un peu » franco-allemand et chantonné.


Notice : ... "les univers traversés sont multiples : Erik Satie et Debussy, comme une évidence, des bourrasques free-jazz en pleine face, Béla Bartok détourné (dans « Bartok à la fenêtre »), Ravel cité dans « Malcom Malkovich », un trait de Chopin dans un « Funeral Blues », les parfums épicés du jazz sud-africain (« Voulévoulévouvouzélas ? »)… La musique du duo embrasse également la littérature avec ses bouffées baudelairiennes, un sombre hommage à Antoine Volodine (« Paysage avant pendaison » et son pendant électroacoustique « Reflets dans un œil mort »), un autre à Marguerite Duras (« L’Homme assis dans le couloir »). Elle se révèle en fait trés cinématographique : pas seulement par sa reprise dantesque du « Suspiria » composé par le groupe Goblin pour le chef-d’œuvre horrifique de Dario Argento, mais bien parce que cette musique est puissamment génératrice d’images, entre impressionnisme et expressionnisme."

Marc Sarrazy : piano
Laurent Rochelle : sax soprano, clarinette basse, kaplas

Invités : Anja Kowalski (voix, textes) et Alexei Aigui (violon) sur le titre “Qui s’en va un peu”, Cyril Bondi (batterie, extrait de “Cube” - Plaistow, Lacrimosa, 2012) sur “Reflets dans un œil mort”
Label : Linoleum Records
Distribution : CD1D / Les allumés du jazz

Pour les fans de cinéma, "Suspiria"



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