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A New Wave of Jazz est un peu plus qu’un label, c’est une démarche qui vise à promouvoir des musiques aux franges dudit jazz, comme l’expérimentation ou le minimalisme. Piloté par Dirk Serriesun guitariste et un infatigable défricheur des marges, ce label présente sa collection d’albums d’une manière elle aussi minimale: un fond gris, le nom des protagonistes,  le titre de l’album, et c’est tout. Ce design est dû à Rutger Zuydervelt, et les notes de pochette à Guy Peters, invariablement.

Il vient de publier une salve d’enregistrements, dont ce double album d’une heure trente d’un duo Serries (g) - Wilkinson (bs, as, bcl, voc).

Ce dernier est un vrai personnage. Il nous propose une musique qui nous laisse un peu groggy. Le son est le plus souvent puissant, abrupt, jouant sur les éraillements harmoniques, loin de toute tentative de séduction. Et pourtant, cette dernière est là. Après la surprise des premiers instants, on suit avec intérêt, avec un plaisir renouvelé, ces discours faits de quasi interjections ou de phrases courtes, de grognements, de miaulements, offrant cependant quelques segments mélodiques, comme par inadvertance.

Le sax est parfois comme propulsé par la guitare de Dirk Serries, mais en avait-il réellement besoin ? Ce dernier lui livre alors une sorte de corps à corps, des salves de clusters sans résonance. Il crée une tension de chaque instant. Il parasite, il bouscule, il électrise, éloignant toute perspective d’accalmie.

Et pourtant, Alan Wilkinson trouve le chemin de notes suaves, de timbres feutrés en particulier quand il s’empare de la clarinette basse. Lorsqu’il opte pour un quasi drone, souffle, éraillements, sifflements et notes s’entremêlent, ce qui n’empêche pas quelques coups de griffes. Il laisse alors une large place à des crépitements minimalistes et à bien des explorations de timbres sur les cordes de Dirk Serries, comme dans l’étonnant « The Stings of Flesh ». Enfin, il n’hésite pas à mêler sa voix à son discours, parfois comme une extension presque indiscernable de son sax ou de sa clarinette (« Pull the Other One »).

Les deux dernières pièces ont été enregistrées au club « Hundred Years Gallery », avec pour titres évidemment HYG 1 et 2. Et là, le duo se déploie en un plein épanouissement. Alan Wilkinson savoure l’interaction avec Dirk Serries. Il sollicite son bec avec verve et malice; il percute à l’image du discours des cordes. 

Ce duo nous régale. Il nous offre une improvisation Champagne.

Écoutons la piste qui donne son nom à l’album, « One In The Eye », la pièce la plus courte.

 

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