Ninine Garcia, Tchavolo Schmidt, Angelo Debarre, Moreno (photo du film)
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http://www.lesfilsduvent-film.com

Ecran noir . "Tu mets des doigts là ... et là". Transmission.
Plan très serré sur une fine moustache en train d'être taillée, à la lame. Révérence au maître fondateur, Django.
Des chaussures rutilantes noires et blanches, des cheveux gomminés ramenés en arrière, une chemise rouge ouverte sur la poitrine. Sans faire de théorie, Moreno nous rappelle qu'un genre musical n'est pas que de la musique. C'est, en effet aussi, un ensemble de codes : les vêtements, les attributs pileux, un idiome spécifique, des lieux de rencontre (le St Jean, la Chope de St Ouen, les Petits Joueurs, l'Atelier Charonne et tellement de bistrots ...), des revues (fussent-elles électroniques), une saga et des figures emblèmatiques, un style de vie ...
Voilà comme en peu d'images s'ouvre "Les fils du vent", l'un des rares documentaires sur la vie de tous les jours de quatres figures du jazz manouche : Moreno, Ninine Garcia, Tchavolo Schmidt, Angelo Debarre.
Tchavolo (garçon en manouche) Schmidt est le poète, les yeux toujours pleins de douceur, écoutant/chantant le ressac des vagues dans sa maison de Bretagne, une région qu'il adore.
Angelo Debarre présenté par Ninine Garcia comme "le scientifique". Peu expansif, calmement révolté par l'accueil qui est fait aux gens du voyage.
Moreno ? un physique de brute et une âme d'enfant, séducteur en diable et drôle.
Et Ninine Garcia ? Comme c'est lui qui parle, il se situe modestement entre les deux derniers, mais il a l'oreille à l'affût des autres courants du jazz actuel.
Il nous dit que son père était manouche, mais pas sa mère, une ... gitane. Et le voilà parti sur l'histoire de ce peuple venu d'Inde il y a 5 siècles, et qui s'est plus ou moins installé de l'est de l'Europe jusqu'au sud de l'Espagne. Cinq siècles ! Combien de "français de souche" peuvent en dire autant ?
Mais l'essentiel c'est la vie de tous les jours.
Ninine Garcia encore, à La Chope, à St Ouen, où il officie tous les week ends, avec des amis de longue date. Ou en roulotte avec sa famille, ses amis, son plaisir de vivre et son attachement à ce mode de vie, son parler clair sur les problèmes rencontrés, sa revendication toute simple de paix, de tranquillité et surtout de liberté.
Angelo Debarre qui ne sait respirer que dans la nature : les étangs, les arbres, les champs ... Il se ravitaille en eau à une pompe à incendie en bordure de forêt. Avant, il y avait des fontaines de village; aujourd'hui ... Et il faut bien de l'eau pour vivre. Et l'électricité ? Au groupe électrogène, placé sous caisse pour en atténuer le bruit. Quand il rentre de concert, la nuit, pas de douche, pas de steak, pas de lumière : il faudrait relancer le groupe électrogène, et ça réveillerait les amis. Alors dormir et attendre le lendemain. Un point d'eau, une alimentation électrique, un emplacement pour s'arrêter : c'est prévu par la loi, mais pas appliqué. Le carnet de circulation ? Une contrainte d'un autre âge, stigmatisante.
Moreno a choisi de vivre en appartement : ras le bol des coups brutaux frappés à la porte de la caravane par la maréchaussée, tôt le matin, démo à l'appui.
Tchavolo Schmidt et sa famille : il présente sa femme, son frère, avec amour, un frère qui cherche ses mots mais dont l'émotion déborde, et tous les autres. Pour Tchavolo, lui c'est eux.
Car s'il y a bien une constante, c'est la vie en groupe, en famille.
Et la transmission aux enfants : on début on montre comment faire; après il faut apprendre en observant. Moreno enfant "singe" un accord qui vient d'être joué par un maître, en plaçant ses doigts sur son bras pour ne pas oublier, et gardant la posture jusqu'à son retour chez lui pour le jouer, ou du moins tenter de le reproduire.
Et la musique partout, pas seulement sur scène mais entre soi. Avec d'abord une vénération sans bornes de Django, cet handicapé aux mains brulées dans un incendie.
Moreno parle de l'invention d'une nouvelle main à force de volonté. Angelo Debarre constate le jeu faramineux joué avec seulement deux doigts : il faut voir et accepter de ne jamais pouvoir.

Mais si les manouches sont en France depuis 5 siècles, quelle musique faisaient-ils jusqu'à Django ? On la devine, bien sûr, mais le jazz manouche est maintenant la tradition musicale. Leur musique c'est du jazz. C'est une capture. On aussi peut dire à l'inverse que le jazz a conquit la famille manouche. Qui s'en plaindrait ?

Au sortir du film, plein de questions : pourquoi n'y a-t-il pas de grande figures feminines ? combien de temps encore cette vie du voyage sera-t-elle possible ? quelles évolutions du jazz manouche ? pourquoi les espagnols mettent en avant la culture gitane alors qu'en France ...

Ce film est une invitation à ouvrir les yeux sur ce qui est là, juste à côté de nous : il suffit d'aller à Saint Ouen.
Des gens porteurs d'une identité différente mais particulièrement attachante, originale au mileu d'une culture de masse ultra balisée.
Et la musique, la fraternité partout.
Ce documentaire, "Les fils du vent" de Bruno Le Jean, sort le 10 octobre prochain. Vous rateriez ça ?

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Quelques pages de Jazz à Paris :
Une web-radio consacrée au jazz manouche
Peu sensible au jazz manouche ? 
et la page portail dédiée à cette musique : http://www.netvibes.com/jazzaparis#Jazz_Manouche 
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A noter :
- du me 3 au je 9 octobre; 20h, La Villette ; Cycle Django Reinhardt
* 3 & 4, 20h, salle des concerts, 45 € : Django Drom
(Tony Gatlif, Didier Lockwood, Biréli Lagrène, Stochelo Rosenberg, Norig, Hono Winterstein, Jean-Marie Ecay, Adrien Moignard, Sébastien Giniaux, Benoît Convert, Ghali Hadefi, David Gastine, Fiona Monbet, Florin Gugulica, Emy Dragoï, Siego Imbert + Karine Gonzalez (danse)
* 6, 15h, Amphithéâtre, 18 € : Forum Django Reinhardt
15h : projection : Django, trois doigts de génie; 16h : table ronde (Alex Dutilh ...); 17h30 : concert Selmer #607 (Richard Manetti, Adrien Moignard, Rocky Gresset, David Gastine, Ghali Hadefi, Jérémie Arranger)
* 6, 20h, salle des concerts, 41 € : Swinging with Django : #1 Rocky Gresset & Adrien Moignard; #2 Angelo Debarre Gipsy Unity; #3 Thomas Dutronc
* 7, cinéma à l'Amphithéâtre, 5 € :
# 11h : Une histoire du jazz français (JC Averty, P. Bouteiller); Hommage à Django Reinhardt (émission de JC Averty, avec Sim Copans, Maurice Cullaz, Charles Delaunay)
# 15h : "Le village de la colère" (film de Raoul André) : musique de Django Reinhardt orchestrée par André Hodeir; "Clair de lune" (de Henri Diamant-Berger) : musique de Jean Lenoir, avec l'Orchestre Vola et ses gars
# 19h : "Accords et désaccords" (de Woody Allen) : un musicien égocentrique auto proclamé meilleur guitariste après Django.
* 7, 20h, salle des concerts, 25 € : James Carter's Chasin' the Gipsy invite David Reinhardt
* 9, 20h, salle des concerts, 25 € : Band of Gypsies : Taraf de Haïdouks, Koçani Orkestar


- Django Mania 1 entrée = 3 clubs (Paris Jazz Club, 10 octobre)
Sunset : Romane « De Père en Fils » Trio avec Romane et Pierre Manetti (g), Marc – Michel Le Bévillon (b)
Duc des Lombards : Django Club invite Rocky Gresset : Rocky Gresset, Adrien Moignard, Richard Manetti, Gwen Cahue (g), Fiona Monbet (vln), Jérémie Arranger (b)
Baiser Salé : Samy Daussat Trio « La Petite Famille » invite Costel Nitescu : Samy Daussat (g solo), David Gastine (g rythmique), Claudius Dupont (b), Costel Nitescu (vln)

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