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"Le boîtier du jour".
C'est, semble-t-il, la dernière pièce jouée ce soir là. Je n'y était pas, mais Jean-Marc Foussat, comme à son habitude, a pensé à tous ceux qui ont manqué ces instants-là.
Un très bon choix que celui des partenaires.
Jean-Brice Godet qui s' affirme au fil des concerts, qui attire l'attention, dont les projets, les contributions suscitent la curiosité, l'attention; un talent qui compte.
Jean-Luc Petit devenu un incontournable de la clarinette contrebasse, peut-être depuis la superbe  série de concerts en duo avec Benjamin Duboc (écouter leur album "This is not art"), et dont les fulgurances au sopranino laissent souvent ébahi.
La rencontre des deux souffleurs est déjà en soit une promesse de musique inattendue, mêlant les délices des graves et les turbulences des suraigus.
Et Jean-Marc Foussat s'en mêle. Cela commence par des clapotis. Une eau souterraine qui goutte, qui ruisselle, qui vit. Le son se réverbère doucement. C'est la magie de son synthétiseur que de projeter ainsi des matières, des images sonores, des errances, très loin du lieu d'où elles ont été prélevées. Il faut, j'imagine, avoir fait une présélection préalable, avoir composé son "tremplin à rêves" et les garder en mémoire, puis projeter, transformer, mixer certains d'entre eux en direct, selon la sensibilité du moment, selon la musique de ses partenaires, avec des couleurs qui vont modifier, infléchir le cours musical.
Des circonvolutions inlassablement renouvelées de la clarinette basse à droite, celle de Jean-Brice Godet, une musique qui serpente de manière sensuelle.
A gauche, Jean-Luc Petit se joue de son sopranino, des notes isolées, des volutes courtes et entêtantes, insolentes.
Changements de trame, d'univers au synthétiseur. Les souffles se ramifient. Tout se complique dirait Sempé. Le rêve éveillé a déjà laissé bien loin derrière nous notre environnement immédiat.
C'est que cette musique est d'une incroyable richesse. Notre attention est toute entière tendue vers ces trois sources abondantes, sans cesse renouvelées, aux effets hypnotiques puissants. Vers la fin de la pièce, une forme de corne de brume, la clarinette contrebasse, rejointe par une nouvelle trame aux échos maritimes lointains du synthétiseur. Un exemple parmi d'autres de ces changements de cap lors de ce voyage qu'on souhaite voir durer.

Et le temps passe très vite.
Certes, nous sommes privés des vibrations de l'air, des sons qui se propagent librement dans cette cave du Chat Noir, des visages des musiciens, des regards échangés, des moments où les choix se font. C'est la magie du concert qui nous échappe. Mais c'est un grand plaisir que de trouver ces instants qui nous auraient totalement échappés sans ce désir de partage de Jean-Marc Foussat. Peut-être songera-t-il à publier un album de ce superbe trio déclencheur de rêves éveillés.
Trois pièces ont été mises en ligne, chaque titre avec sa grenade poétique : "Rivage déployé", "Le fruit est aveugle", "Le Boîtier du jour". Profitez-en !