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Il s’agit d’un duo sax-batterie enregistré en 2014 et publié en cette fin d’année 2020. On pourrait s’interroger sur cette sortie tardive. Mais gardons la présomption de sa nécessité et écoutons.

Très vite, l’attention est accrochée. C’est dans le dénuement, dans l’épure, que la sensibilité se révèle. Dans « Sédiments » c’est en effet un Edward Perraud qui délaisse le jeu superlatif sur les peaux pour des frottements de cymbales, des résonances, des quasi boucles électroniques comme des respirations amples, comme une régulation du mental. Alexandra Grimal laisse le souffle explorer le métal du sax, y fureter lentement, le révéler. C’est une forme d’hygiène de l’écoute qui est proposée, une forme d’évacuation des tumultes du quotidien.

Avec « Petits Cailloux », une danse nous est proposée, minimale, qui vous remue. Les notes sont aigues, un peu acides, détachées, pour accentuer le mouvement, pour en accroître la musicalité. Cette fois, les peaux sont de retour, mais comme tenue en laisse. Terriblement efficace.

« Mutations » est encore une danse, enivrante, du moins dans la première partie. La verve de chacun y est libérée. Cela tourbillonne follement. Puis la batterie se retrouve seule pour des frappes éparses, diverses, résonantes, ponctuées par de rares notes de sax. Un chant épuré à nouveau, la beauté du dénuement, des réverbérations discrètes, des échos distendus, pour déguster chacune des notes, des frappes, des bruissements. Le chant d’Alexandra Grimal s’épanouit et surprend avec deux saxs au sein d’éboulements, de jaillissements, de gouttes de grosse caisse. Un Edward Perraud comme friand d’encres chinoises aux coups de pinceau rares, au non-dit précis.

La dernière pièce débute par une symbiose assez stupéfiante entre roulements, électronique et grincements du double sax. Électronique ? De fait, il n’y en a pas. Des vagues amples préparent, accompagnent une narration, un conte, dû à la plume d’Alexandra Grimal. Un homme se lève et se met à marcher, sans jamais s’arrêter. Puis s’endort au bord d’un champ de tournesols. Il y est alors cueilli par une Lune qui veillait sur lui. Mais plus que les mots et le conte, la magie de la musique opère, sa poésie s’y déploie et suspend notre âme, la fait dériver lentement comme un oiseau sur des courants ascendants invisibles.

Deux amoureux des sons, des timbres, l’une comme hésitant à fendre l’armure, l’autre refrénant ses éboulis, tous deux distillant leur musique. Un pur moment de fragilité, de sensibilité.

Cet album est disponible en version numérique depuis début décembre sur Bandcamp. https://alexandragrimal.bandcamp.com/album/unsui

Je vous propose l’écoute de la 3e pièce 

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