Petit mail de Benjamin Duboc le 26 pour informer du concert. Oui, venir : il y aura peut-être peu de monde en cette fin d'août.
Départ en train le 27 : fin des vacances ... et première soirée jazz de la rentrée à l'Atelier Tampon.

Retrouvailles avec Ernest Dawkins (comme il est cruel de si mal parler anglais !), avec Marc le "taulier" de l'Atelier, et avec Benjamin Duboc, surnommé "El corpulente*" par ledit Marc, lui-même ... très légèrement enveloppé. Avec en prime les bambins de Benjamin à la caisse et dans la salle. Petit verre de vin cuvée spéciale Tampon. La soirée débutait bien. Et oui, il y avait du monde.

Ernest Dawkins en 2007 au Bistrot 33
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Ernest Dawkins en boubou a dressé une petite table avec plein d'instruments divers. Il choisit une clochette. Benjamin ferme les yeux et se concentre. Ernest Dawkins se saisit d'une flûte à bec pour évoquer la savane africaine avec une mélodie aigrelette ("l'héritage ethnique"). B. Duboc trouve sur sa basse des sonorités de kora. Puis le sax alto est sollicité pour une belle séquence de sons travaillés, des sons "sales", des lignes doublées, soufflées. Dans la salle, le grand plaisir, très vite. Dawkins le sent. L'interaction est là, durant un peu plus d'une heure, la durée du premier set.

Benjamin Duboc au Passage vers les Etoiles
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Deux musiciens aux jeux autonomes, chacun dans sa sphère esthétique, mais produisant un duo bien articulé. Benjamin Duboc, à son habitude, égrène çà et là son jeu de quelques belles séquences répétitives courtes, qui ne restent pas sans écho chez E. Dawkins. Il sollicite souvent l'archet pour nous donner à entendre une  basse somptueuse. Totalement habité par son chant. A mon sens, un créatif de tout premier plan.

Ernest Dawkins laisse de l'espace à B. Duboc, l'accompagne aux clochettes, aux wood blocks, puis se saisit du ténor. Il ne s'agit pas d'un simple changement d'instrument. Le son est encore plus rauque, le jeu plus nerveux. Il nous promène dans divers paysages de la great black music (une très belle et longue séquence faisant penser au magnifique Nonaah de Roscoe Mitchell (1976, déjà)), n'hésitant pas une ou deux fois à flirter d'une manière fugace avec la musique éthiopienne **.

Un premier morceau de 3/4h. Benjamin propose de continuer. "OK, but short". Retour de l'alto pour 20 minutes d'un jazz riche de ses traditions.

Pause propice à de nouveaux échanges avec les musiciens, puis un deuxième set tout aussi inspiré, démarrant en trombe avec un Dawkins embouchant ses deux saxophones, Duboc étant le plus souvent à l'archet.

A son habitude, quand il se sent bien, Ernest Dawkins termine par un speech engagé, pas un "preach" précise-t-il. Il concerne le rôle du spectateur, son écoute active, l'échange d'énergie entre la salle et la scène; puis un couplet sur l'art, la politique et leur interaction (pas de sermon, mais leur inéluctable influence réciproque). Enfin sur le rôle majeur de gens comme Marc qui soutiennent la musique en organisant des concerts de musique créative dans des conditions pas faciles.

Il bat la mesure, et demande à Benjamin Duboc de l'accompagner à la contrebasse : pas trop le style de ce dernier, qui esquisse un recul, hésite, puis s'y résout, un peu à contre-coeur. Retour d'une séquence rituelle, elle aussi, chez Dawkins (toujours s'il se sent bien) : le chant.
Cette fois, pas d'évocation de son home sweet home de Chicago, mais une courte séquence aux paroles répétées, que j'ai finalement déchiffrées : "Atelieeeeer Atelieeeeer .... Tampon Tampon". On était sommé de répéter avec lui cet hommage au club, encore et encore. Son visage rayonnait. Le nôtre aussi. Une manière conviviale de finir la soirée.

Finir son verre, remercier les musiciens, causer avec eux : see you in Chicago ! Why not.
Retour vers Marc : combien les CDs de l'Atelier ? 12 € pour le seul titre de la future collection de l'Atelier : un concert Guionnet - Lasserre (remarquable d'énergie ininterrompue). Et pour les vidéos ? "D'art" me précise-t-il : 50 €. Aïe. Mais elles sont habillées par des aquarelles originales de Bénédicte Bucher. Il y a une clientèle. Tant mieux.
Discussion avec Bénédicte Bucher et passion évidente pour ces concerts, pour sa collection de vidéos, pour les péripéties de ces enregistrements. Elle aurait bien des choses à raconter.

Les concerts à l'Atelier Tampon ont repris, puisque le jugement devant les interdire n'a pas encore été prononcé, mais avec des horaires qui changent :18h30, le dimanche. Voir la programmation sur l'agenda des concerts.

* :"El corpulente" est un clin d'oeil de Marc suite à une critique en espagnol (el corpulento Duboc ...) et reproduite sur le site de Benjamin Duboc.

** : rappel : Getatchev Mekuria (étonnant saxophoniste éthiopien) est programmé le 12 septembre avec The Ex au festival de jazz de La Villette.

Précédents posts autour d'Ernest Dawkins :
- Au bistrot 33;
- Ernest Dawkins à la Miroiterie ;
- Ernest Dawkins à la Ze Jam ...
- Ernest Dawkins à Chicago ;
A lire aussi un post de Ptilou et de Peter Gabor .

En ce qui concerne Benjamin Duboc, des critiques de trois disques :
- The Fish ;
- The Nuts (jazzaparis et freejazz ) : disque à paraître (téléchargement) en septembre 08 ;
- L'Ombre plus vaste .
... ainsi que celles reproduites sur le site de Benjamin Duboc.

A noter le concert du 21 septembre à l'Atelier Tampon : Jimmy Bennington/ Benjamin Duboc Quartet featuring Itaru Oki and Didier Haboyan.

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