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Sonorités métalliques , séquences répétitives, obsessionnelles, jusqu’à ce que ça se dérègle et suive une nouvelle séquence répétitive et ainsi d’accidents en dérèglements, ce sentiment d’être dans un continuum halluciné et éminemment instable. Tel est le cheminement de la guitare d’Ivann Cruz dans « The last Hit », l’ouverture de cet album « Will never play these songs again ».
Les frappes pleuvent sur les percussions de Peter Orins, alternant chaos et scansions, plaçant des banderilles, constellant l’espace sonore de notes d’une sorte de métallophone. Voix majeure, parfaitement identifiable au début de la pièce, et disons-le assez impressionnante, la musique de Peter Orins (ainsi que celle d’Ivann Cruz) se fond progressivement dans le grand maelström patiemment mis en place par Jérémie Ternoy.
Ce dernier passe de virgules proches de la guitare ou des percussions à des sons multiples, des grésillements puis progressivement à cette sorte d’orgue sidéral avalant tout à la manière d’un trou noir, en laissant affleurer çà et là quelques voix enfantines à leur tour englouties.
L’accalmie en fin de pièce offre des sonorités mixant toutes sortes d’images sonores (fluides, brasillements, bois, métal, oiseaux, clochettes ...) en forme d’échappée imaginaire.

« Ultimate Earworm » démarre sur une phrase qui rappelle la « Roue ferris » , la scansion en plus. Une séquence répétée encore et encore, avec des « accidents » bien sûr, des irrégularités millimétrées, des changements continues de matériaux sonores, en particulier sur les claviers, des fréquentes variations dans les frappes tout en maintenant une pulsation infernale, des instruments qui passent imperceptiblement de l’arrière plan au premier, l’intensité étant elle aussi soumise à ces dérèglements. Et des sons électroniques qui brouillent les quelques points de repère qui subsistaient encore. Une musique qui nous fascine, et qui s’achève sur des images vaguement nostalgiques, des échos lointains, brouillés par des grésillements.

À en croire la pochette, on aurait dû en rester là : face a, face b
Mais une troisième pièce, clandestine, une face c (débrouillez-vous avec la géométrie), nous est offerte : « Lichen », toute de subtilités, de couleurs sombres, de motifs à peine esquissés, de frappes caressées . Tout cela bien sûr ne saurait durer. Je vous laisse deviner la suite. Elle se termine sur des pulsations cardiaques, les nôtres peut-être .
On parle de Free Rock, de peut-être pop, de jazz inévitablement, d’électronique (il y en a aussi dirait ...). Mais c’est sûrement une superbe épopée onirique, une cavalcade hallucinée dans les matières sonores. Ces trois musiciens savent se faire entendre individuellement, et avec quel talent, tout en proposant une musique où les sources sonores se brouillent souvent, pour notre plus grande confusion.

Une pochette très réussie aussi, en diverses teintes grises, dont l’auteur est Jérôme Minard
CIDI 1801 (circum-disc)

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