Itaru Oki Mirage cd cover


Avec cet album, on voit que notre Itaru national était déjà une vedette du free en 1977 au Japon. Dans cet album, il est en effet accompagné par des figures comme Togashi, Kako, et Midorikawa. En ces temps de confinement, souvenons-nous du bonheur qu'on a eu (et qu'on aura) de l’écouter sur nos scènes, parfois comme en visite impromptue, avec son sac à dos aux multiples trésors.

Revenons à cet album, plus particulièrement à deux de ses titres. En effet, comme il est quasi introuvable, il nous reste deux extraits disponibles sur YouTube.

Les premières notes du « 11 rue Titon » viennent d’emblée se loger dans notre mémoire, avec ces accords de piano insistants, dissonants et la trompette qui s’élève sur un tapis de frappes irrégulières et un discours de la basse qui suit son chemin propre. Après un somptueux solo de trompette, c’est celui du piano, obsessionnel d’un côté, acide, chaotique et pourtant presque chantant de l’autre. Togashi est toutes salves et déséquilibres dehors et Midorikawa est impressionnant par ses lignes qui ne partagent avec le reste du groupe que la pulsation (mais pas toujours) et les couleurs. Le trompettiste nous régale de généreuses sonorités, faisant suivre aux vibrations de son métal bien des méandres gourmands. L’inspiration des quatre protagonistes ne faiblit à aucun moment. Et quand reviennent les accords lancinants du piano, quand Oki reprend voix, c’est toute la magie du thème qui nous explose au visage. 

Une musique impressionniste nous est proposée avec « Silkin Rain On Lotus Blossom » . Des frappes comme posées çà et là, une ligne de basse comme une gamme étrange montante et descendante, des notes cristallines comme sortant d’un vibraphone, et quelques éraillements de trompette, des phrases courtes, parfois seulement une salve, qui s’élèvent en faisant penser d’une manière surprenante à un autre soleil, de l’autre côté du Pacifique, Miles. Mais Itaru reste Oki.  C’est un festival de taches éparses, de courtes éruptions métalliques, de crépitements de baguettes, de rares accords,  de tremblements au piano, et cette gamme obsessionnelle à la basse. Puis la flûte fulgurante d’Itaru nous transperce l’âme. Elle gazouille, elle plane, elle pépie, elle roucoule, elle ne reste jamais en place. Elle nous rappelle si besoin est quel formidable magicien des sons qu’est Itaru Oki.

Ces deux titres sont disponibles sur cette playlist vidéo :


Musiciens : Keiki Midorikawa (b), Masahiko Togashi (dm), Takashi Kako (p), Itaru Oki (tp, comp)

Discogs : https://www.discogs.com/fr/Itaru-Oki-Mirage/master/161096

Enregistré à Tokyo les 8 & 9 février 1977.

11 rue Titon

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