E9029761-6B92-469E-82C0-29F6FCEC6A6E

Ça commence comme un furet stone dans la caisse d’un piano désemparé tombé d’un cargo sans cabestan 

Mais un essaim de colibris vient rôder autour et s’enfonce dans les profondeurs du meuble …

Et ça butine sec ! … la gratte de Marzan sonne comme un bâton de pluie géant…

Le sax est plus déjanté qu’une roue déclavetée, il volette, se musse & s’insinue dans les charnières des portes que Marzan laisse ouvertes en dépit du vent impétueux qui les secoue ! …

Les tempi et les mesures font ressurgir le ”Hollandais volant” et son navire fantôme parcourant les labyrinthes d’écumes et de sels.

Les hauteurs du sax démâtent, la guitare plonge dans les profondeurs, son chant se désaccorde …

Entraînés par le fond, nous sombrons sans nous débattre … Lentement.

Mais la vague nous arrache aux profondeurs et le vent nous saisit, voilà que nous survolons océans et plateaux, par cimes et vaux traversant les forêts de notes d’une planète flexible et gazeuse …

Puis tout cela atterrit ou émerge ? comment savoir ? ! …

L’orage se calme, l’orage est passé … Les oiseaux au loin pépient … 

Ah non, c’est toujours le saxophone …

Et voila qu’une traversée s’amorce, le micro projeté d’une invisible baliste traverse un champ d’ajoncs, impossible de savoir ce qui joue ou ne joue pas …

Plus tard la mélodie nous reviens en rafales puis, plus distanciée, avec de subtils jeux de guitares oubliées 

Les rôles se décalent la chanson s’achève nous laissant seuls sur l’étendue …

Bien plus tard la vie nous reprends, le sax chante, la guitare semble suivre mais ses hauteurs ne correspondent plus à nos oreilles démunies …

Puis s’ensuivent d’autres mélodies.

Nous errons sans fin dans d’interminables souterrains qui montent, qui descendent, qui tournent …

Semblent s’interrompre, mais plongent soudain dans d’insondables abysses, entées de salves fricatives, riffs furieux tramés de spasmes, flots d’impétueuses inventions extirpées des clapets qui semblent soudain sans force à maitriser la transe qui leur échappe. 

Enfin nous voila dehors …”Swingin’ swallows”… L’alto fou sonne l’assaut, la guitare éperonnée au sang, chevauchée & cravachée en cet arroi de furie.

Quelqu’un frappe, c’est moi !  Je m’époumone, je m’écorche les doigts, ma gorge dilatée crispe les passages de l’air …

Et la folie, brute, totale, cogne en tous sens, désordonnée, outre mesure, outrante … outreperçante.

Puis la ”conversation” reprend forme et nous incite à la discussion ! … Face au vent, dans les ramures, les feuilles, les houppiers … Sensation de marcher sur des glaces mouvantes, se faufiler parmi les stalactites sans les briser, esquivant les stalagmites tronqués, glissant sur des margelles de gours, disloquant les draperies, gare, gare aux pièges ! ! …

Puis la débâcle soudain s’en vient, les cordes ont fini par céder … 

Où vas tu Pascal ? … Attends, attends ! … Mais … 

”J’’entends plus la guitare” …

Que faire ? Frotter là où ça sonne encore, dans les macles et les écailles, tous sens hérissés comme Egides 

Au secours des mélodies enfouies, ensablées, longues descentes des carlingues dévastées, fragments oubliés de Titanics érodés, écorchés vifs …

Les cordes pendent encore dans les fragments de la vieille épave … 

Quel musicien résigné a donc joué sur ce piano quand le sel marin lui clapotai aux pieds, dissolvant ses lacets ? Les couples restaient-ils enlacés sur la pente trempée de l’océan glaçant tout ? … 

J’entends les poissons et les crabes heurtant et créant, mais ne le sachant pas, les spires dénudées de leurs marteaux, en une abîmante sérénade …

Hippocampes & crabes, sea dragons & madrépores, quel étrange ballet pour le ressac de cette Symphony for Improvisers ! …

Le cosmique est pélagien, les volutes saxent ma tête, mes oreilles nagent et me propulsent maintenant au delà, bien au delà des mots …

Tête dérivante, floutée, vidée de tout … 

Mais pourquoi le chagrin cotonneux l’envahit ? 

Ondes coruscantes … Dernier souffle …

Silence … Coralloïdes au fond du gour. 

C.P

Dust of light / Ears drawing sounds // Ivo Perelman / Pascal Marzan

Setola di Maiale/SM 4200 /January 2020

Consultez une autre chronique, parue cette fois sur Citizen Jazz : https://www.citizenjazz.com/Ivo-Perelman-Pascal-Marzan.html

---

Retrouvez toutes les chroniques —-