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Le titre de l’album est strictement factuel. Le projet, c’est la rencontre. La perception aiguisée à l’extrême de l’action des autres, de leurs intentions, de leurs méandres affectifs, pour faire advenir la magie. Et en guise de preuve, d’évidence, l’album débute par « And Then ». 

Une prise de son très attentive comme pour rehausser chaque vibration de l’air. Des percussions, des frottements et l’ambiguïté s’invite. Mais il ne s’agit pas que de cordes, le souffle est là, avec des roulements rapides, des ronflements très doux, de pseudos brouillards électroniques, des quasi drones de timbres qui égarent nos perceptions. Une errance comme suspendue, constellée de métal, traversée de zébrures lentes et stratifiées, de micros chocs de l’archet. Une stase un peu mélancolique s’installe sur les cordes, des chocs de clés, de peaux, de cordes s’entremêlent, des souffles éraillés entament leur voyage ... puis le silence. Des baguettes qui crépitent, des cordes qui en font autant, et des claquements de bec, des salves de roulements du sax qui jaillissent, qui gazouillent, qui mixent souffle et roucoulement, qui dévoilent des harmoniques. «And Then», la magie s’épanouit, s’intensifie. Puis la coulée se raréfie un temps, pour ne laisser que quelques chocs de peaux, de métal, de cordes. Ils n’en resteront pas là, évidemment.

Chaque pièce est ainsi une forme de poème de timbres, avec des vocabulaires inventifs, avec des enchevêtrements de phrases sans cesse renouvelés au service d’une expressivité alternative, et d’un lyrisme contenu. Lors de son dernier passage aux Instants Chavirés, Barre Phillips [1] nous avait offert une forme d’illustration de certains de ses modes de jeu, une promenade étourdissante. Ici en revanche, c’est l’interaction serrée des trois flux, l’osmose déconcertante des granulations qui prennent toute la place. Avec ses deux amis, ils s’y entendent pour nous égarer, mais ce n’est pas leur propos principal. On retrouve aussi ce saisissement à l’écoute de John Butcher [2], et le renouvellement permanent de ses sollicitations du sax. Il a déjà enregistré en duo avec le batteur Ståle Liavik Solberg, un tachiste économe des frappes, ainsi qu’avec Barre Phillips. Ces trois orfèvres de ce langage radicalement neuf, aiguisent notre écoute et nous guident dans de nouveaux espaces de plaisirs. Une superbe rencontre.

Notre trio laisse au grand maître de la basse, Barre Phillips, une place particulière, une piste en solo, ample et superbe, "Traveling". Une forme de coup de chapeau.

Ce dernier s’est installé en France. Peut-être est-ce la raison d’un titre comme « Chaudron Profond » que je vous laisse déguster ici, en particulier l’ouverture en duo de Barre Phillips et du batteur, rejoints magistralement par le sax pour un quasi drone superlatif d'invention, et finissant dans un tourbillon enivrant.

 

 

[1] : Barre Phillips aux Instants Chavirés : https://www.citizenjazz.com/La-lecon-de-musique-de-Barre-Phillips.html

 

[2] John Butcher : Last Dream of the Morning « Crucial Anaromy »: http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2021/04/12/38912521.html 

   et Stovelit Lines http://jazzaparis.canalblog.com/archives/2021/04/19/38914062.html

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