Z a eu la belle idée de réunir quelques blogs pour un rendez-vous sur un thème : le jazz au féminin.
On trouvera en fin de post les liens vers le Z-Band.
Pour ma part, j'avais choisi Carla Bley, sans savoir vraiment pourquoi si ce n'est la fascination pour cette femme de tête, sensible et créatrice, cette "vieille séductrice".
Au-delà de la femme, c'est aussi tout un univers musical, cette couleur qui lui est propre.
Et puis aussi, le goût des juxtapositions de timbres, le travail sur ce beau matériau qu'est un orchestre. On lui doit de superbes compositions et arrangements pour big bands (comme ceux du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden), mais à la tête de petites formations (un 5tet, par exemple), on retrouve cette science : deux cuivres et c'est déjà un orchestre !

carlabley2 - photo site de Carla Bley
www.wattxtrawatt.com
carlabley2___wattxtrawatt_com

Mais que dire de nouveau ? Tout a déjà été dit, écrit (voir l'article court mais assez complet de Wikipedia). Elle même s'est exprimée, a raconté son parcours (voir interview sur newmusicbox) (pour les fétichistes, je l'ai enregistré en pdf téléchargeable ICI).
La blogosphère francophone n'est pas en reste : on peut trouver sur Mysteriojazz une belle déclaration d'amour, illustrée d'un extrait sonore décapant : "Nothing", comme un collage de différents univers musicaux, tout en étant de bout en bout un jazz authentiquement dévastateur.
Par nombrilisme je citerais une "brève" du Carlay Bley New Big Band (concert diffusé sur France Musique) et un bout de musique, son interprétation surprenante, envoûtante d'India Song.

Ce dernier choix est le signe d'un penchant coupable. J'aime entendre les musiciens de jazz s'accaparer, transformer, pervertir  des thèmes issus de mondes musicaux éloignés. Je ne suis pas le seul (voir "Quand LLado rencontre Bardot").

Alors pour cette réunion de bloggeurs, j'ai choisi de chroniquer un concert de Carla Bley (raison sociale du blog oblige), diffusé sur DRS 2 (radio suisse romande, accessible sur Internet) le 1er novembre dernier. Elle était à la tête d'une petite formation, un 5tet, "The Lost Chords" avec Paolo Fresu.

Drummond - Sheppard - Bley - Swallow - photo lostchordspromo
drummond___sheppard___bley___swallow___lostchordspromo

Et de ce concert, je me suis limité à un seul morceau, sur le thème de "La paloma".

Il s'agit bien de ce vieux thème de la fin du 19e siècle (1863), savouré semble-t-il par l'éphémère empereur du Mexique, Maximilien. Provocation ? Bien évidemment de la part de Carla Bley.

Le début est un peu grandiloquant, comme pour créer une distance face à un thème que chacun connaît trop bien. Ce dernier est parsemé d'espagnolades (habanera oblige !) balancées par de premières distorsions et des accords décalés au piano, qui ramènent progressivement sur les terres du jazz.
Première voix : Andy Sheppard. Un lyrisme profond, un jeu sensible, un beau chant qui dit son dû à Coltrane.
Relai par Carla herself dans un style hard bop, un seul chorus, ponctué par le reste de la formation.
Puis Paolo Fresu et décalages de Steve Swallow et de Carla Bley, puis tout le groupe accompagne, ponctue. Un beau solo, qui prend son temps pour déployer toute son expressivité.
Le groupe reprend, semble terminer, puis quelques notes au piano : on a encore des choses à goûter; ça rebondit, à proximité du thème, avec un jeu d'échanges entre Sheppard et Fresu, puis intermède de Carla Bley et nouveau dialogue, cette fois entre Steve Swallow et Billy Drummond.
Le groupe se retrouve ... et c'est fini.
On rembobine (virtuellement) et on réécoute, plusieurs fois.

On se demande si tout ça n'est pas totalement écrit tant les contributions de chacun sont construites, complémentaires, ciselées, parfaites.
Se le demande-t-on vraiment ?
On goûte notre plaisir, tranquillement, on savoure les arrangements. 11 mn de beau jazz.

Je ne vais pas garder ça pour moi. Avec des ciseaux et de la colle, j'ai extrait ce thème pour une écoute à distance (attendre un peu ... pour que le petit lecteur apparaisse).

Bien sûr, achetez ses disques, empruntez-les au besoin dans votre discothèque, et ne manquez pas de l'entendre à la radio ou en vrai, sur scène.


Le Z Band ?
On trouve sur quelques blogs réunis par Z les articles "Jazz'Elles"  tous publiés aujourd'hui à la même heure.
Tout d'abord Z, l'initiateur sur Jazz Chroniques et coups de coeur.
Belette & Jazz (une jeune Jazz'Elles" aux 100 000 rencontres)
Jazz Frissons (du Canada, qui nous a fait jongler avec les décalages horaires pour nous synchroniser)
Jazzques (chroniqueur transfrontalier à Citizen Jazz)
Maître Chronique (qui aime aussi vous faire partager son plaisir devant des paysages à la beauté sauvage)
et "last but not least" : Ptilou's Blog et sa collection de photos urbaines (voir les "archéologies métropolitaines").
Occasion d'enrichir vos signets.

Retrouver ici toutes les "Brèves de concert"