Claude Tchamitchian

2 - Claude Tchamitchian zoomPremière à l'Atelier Plateau, création mondiale (et au-delà) de trois suites (dont les titres provisoires sont Suite 1, Suite 2, Suite 3), chacune étant composée de trois mouvements aux titres similaires (1er mouvement ...), sauf l'un d'entre eux ... mais je ne me souviens plus duquel.
Claude Tchamitchian en est le compositeur, et il en conduit lui-même l'interprétation à bord de son 10tet (ou decaband ou ...), une formation assez grande pour occuper près de la moitié de la surface de l'Atelier du Plateau.
Pour caser tout le monde, les musiciens sont placés en équerre (coin droit) : de face, des "cordes" : Géraldine Keller (ben oui, les cordes vocales), Stephan Oliva (les cordes du piano, voyons), Régis Huby (vln), Guillaume Roy (vla) et Claude Tchamitchian (b). Rémi Charmasson (g) a dû être placé sur le côté, avec à sa droite Edward Perraud (dr) et à sa gauche, les souffleurs : Roland Pinsard et Catherine Delaunay  (cl), et Fabrice Martinez (tp).
Le public était placé en arc de cercle autour des musiciens, ce qui fait que selon sa place, on n'assistait pas tout à fait au même concert. Cela s'est traduit par des chroniques différentes (voir liens au bas d'article).
Claude Tchamitchian nous a proposé ce qu'il a lui-même appelé "de la musique de chambre", avec comme référentiel esthétique une musique européenne assez mélodiste plutôt que la tradition noire américaine. Le jazz était présent par des moments de pulsation irrésistibles animés par le tandem Tchamiitchian - Perraud, ou parfois par la complicité de Stephan Oliva et de Regis Huby. Une bonne part du concert était réservé à des plages d'improvisation enchassées dans l'écriture de Claude Tchamitchian, ce qui créait des tensions entre improvisations parfois sauvages, rugueuses, hypnotiques et certaines "douceurs" du reste de la formation. Une réussite !
Claude Tchamitchian était, semble-t-il, un peu fatigué, peut-être par la tension de cette première. Mais ses bons mots toujours, son sourire, les réactions des musiciens visiblement contents d'être là, de la salle qui comptait nombre de figures de la scène du jazz, tout cela créait une ambiance propice au plaisir, à l'écoute. Et comme de l'espace était créé pour les improvisations, les musiciens s'y sont engouffrés.

5 - Geraldine Keller
Géraldine Keller, Stephan Oliva

Il y eut tant de moments que j'aurais aimé partager qu'il aurait fallu diffuser la totalité du concert. Des choix difficiles à faire pour illustrer et commenter un peu cette musique.
Prenons le cas de la première suite. Dès la 4e minute, un très beau solo d'un chant désarticulé, mêlant le suraigu au langage parlé : "... n'ai pas peur ...", dont on ne sait d'où sourd la magie : des textes (écrits semble-t-il par Agosta Kristof et Christine Roillet)? de la composition ? de l'ensorcelante Géraldine Keller ? De tout cela sûrement. Alors autant zapper une large part du concert pour aller directement à la 3e suite, 2e mouvement. Un thème, circulaire, entêtant, joué par le 10tet, puis par Géraldine Keller. Mais très vite, plus de texte, seul un chant, solitaire. Un chant qui dérape, s'égare, qui s'éloigne de la partition, tout d'interrogation, une dramaturgie incompréhensible, où nous sommes pris à témoin, une voix qui balbutie, s'éraille, s'égosille. Guillaume Roy vient y mêler des stridences, des ponctuations, des échos ... jusqu'au moment où la trompette emmène le groupe pour s'acheminer vers la fin du mouvement dans une ronde mélodieuse.


lien direct : http://youtu.be/TYX7iUM7WuA 

Continuons le concert à l'envers, suite 2, 2e mouvement. Nous y retrouvons une séquence orchestrale mélodique douce et plaintive, tremplin pour une improvisation saisissante à la clarinette basse (Roland Pinsard). Pas de recherche virtuose, mais la sensibilité d'abord. Un chant grave, assez doux, mais qui se dérègle peu à peu, devient un écoulement véhément, déchirant, pour finir en une forme de régurgitation de son propre corps. Un moment intense.
Une très belle séquence orchestrale suit, puis une déferlente rythmique Tchamitchian - Perraud, bientôt rejoints par Regis Huby. Peut-être l'un des sommets du concert, où écriture et improvisation s'entremêlent, avant que tout se taise, laissant Edward Perraud écouter ses balais fouetter l'air, puis se lançer dans l'un de ses solos où il est totalement habité par les chocs, les résonnances, les roulements, la propagation des sons ...


Lien direct : http://youtu.be/P-mzNTrjK9w

Revenons à la première suite, vers la fin du morceau.

3 - Fabrice Martinez

Un ligne de basse, sombre, inquiètante, pour accompagner un solo à l'alto très inspiré. Reprise du chant de l'orchestre sur cette même ligne de basse, tout de volutes. Quelques notes d'accalmie aux clarinettes, puis l'envol de la trompette qui nous mènera jusqu'à la fin de cette suite. Une très belle intensité, parfois quelques couleurs espagnoles, mais d'abord et avant tout une sensibilité d'écorché. Pas de recherche d'une quelconqure prouesse, mais une distillation des émotions, des notes qui vrillent le coeur. On sait qu'on assiste là à un grand concert.


Lien direct : http://youtu.be/9dG7o8BjtKU

Les noms de de Stephan Oliva et de Rémi Charmasson ont été assez peu évoqué ici, mais plus largement dans la chronique de JJ Birgé (voir plus bas). Quant à Catherine Delaunay, que dire sinon qu'elle illuminait le rang des souffleurs.
Une très belle réussite de Claude Tchamitchian que cet Acoustic Lousadzak !

Lire aussi les chroniques de Jean-Jacques Birgé et de Culture Jazz  (truculente, pour le concert du lendemain)
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Rappel :
Compositions et direction : Claude Tchamitchian
Acoustic Lousadzak
Avec : Claude Tchamitchian, contrebasse - Rémi Charmasson, guitare Guillaume Roy, violon alto - Régis Huby, violon - Catherine Delaunay et Roland Pinsard, clarinettes - Fabrice Martinez, trompette - Stephan Oliva, piano  - Géraldine Keller, voix - Edward Perraud, percussions
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