Jean-Luc Petit matière des soufflesLe titre du CD est explicite quant à l'esthetique retenue. Les souffles ? Ceux qui se fraient un chemin au sax baryton, pour les deux premières pistes, et à la clarinette contrebasse pour les trois dernières, ses deux instruments de prédilection.
"Abrasives Incursions" est un chant où chaque note est l'occasion de faire vibrer l'instrument, de déployer les stridences, les claquements, les ronflements, les souffles dans un vaste espace. Une voix nue, intime. Des lignes qui distillent une forme d'hypnose.
Hypnose encore avec "Vibratoires". Faible amplitude des hauteurs, la musique se trouvant un chemin dans des textures sonores continûment instables.
Une paix de l'âme, du corps, en cette église Saint Pierre de Sers. Prés de vingt minutes qui s'écoulent sans qu'on s'en aperçoive.
Une communion enregistrée par Mathias Pontevia.
Puis les profondeurs de la clarinette contrebasse, avec d'abord "Le Noir Et Le Goudron" (en libre écoute sur BandCamp), un pur chant passant des ultragraves aux suraigus au détour de distorsions sonores. Un autre titre fait vibrer l'imaginaire "La Montagne Se Consumme", me faisant penser au crassier d'Ales fumant sous la bruine. Un thème avec des appels répétés et des circonvolutions de l'âme. Toujours sur les hauteurs, "Autre Cime, Autre Gisement", tout de craquements, de ronflements, de vibrations sombres, déchirés de quelques cris, puis une forme d'apaisement.
Trois plages enregistrées cette fois en l'église Saint Martin de Bignac, là même où fut capté le "Saint James Infirmary" de Benjamin Duboc (voir chronique ). Ces deux artistes ne manquent pas de jouer ensemble, pour explorer les matières graves, lorsque les déplacements permettent ces rencontres. Cette fois, chacun avait choisi le solo. Mais nul doute que leur connivence en duo sera un jour gravé.
L'exercice périlleux du solo, sans le moindre support mélodique ou thématique, est ici transfiguré par une forme d'innocence du discours. Jean-Luc Petit ne cherche rien d'autre que la sincérité du propos et le plaisir des vibrations, supprimant d'emblée toute frontière entre lui et ceux qui bénéficient de sa musique. Il s'agit bien de communion.
Un très bel opus du label "Improvising Beings" de Julien Palomo (ib27). La photo intérieure de la pochette (qui est de JL Petit) est une illustration de ce dénuement qui attache le coeur.

Trois belles chroniques : Julien Heraud (3e CD chroniqué sur les 4 de l'article), Franpi Sunship et Joel Pagier d'Impro Jazz, disponible aussi sur FaceBook (... Au commencement était le rythme ! ), trois références aussi à Daunik Lazro.

Retrouvez toutes les chroniques "CD etc.".