Edward Perraud rectojpg

« Chaque compositeur aurait selon moi, d’une manière inconsciente, son propre intervalle de prédilection , une quintessence de son style résumé en deux notes, influant par là même chaque courant de l’histoire de la musique »
Cette déclaration liminaire d’Edward Perraud définit le projet même de cet album, célébrer les intervalles.
Le titre de l’album, « Espaces », fait certes référence à l’espace entre deux sons (hauteur, durée) mais aussi à l’espace acoustique, le cosmos et l’espace temps (Einstein encore et toujours).
Avec ces éléments à l’esprit, vous pouvez commencer l’écoute.
... ou appuyer sur la touche « rewind » et oublier ce cadrage conceptuel pour une écoute ignorante et naïve.

Surpris par Élévation. J’imaginais un album aux franges de l’expérimental; c’est diablement séducteur et rythmé. Une batterie invraisemblablement agile, nuancée, une basse crânement soliste et un piano en touches coloristes légères, subtiles.
Un Collapse très doux, intimiste, aux couleurs bien proches de la tradition du trio, n’étaient la belle présence des cordes pincées, les tremblements des peaux et les caresses alternées des cymbales.
Mais le trio ne reste pas au voisinage de cette tradition canonique. Il s'agit de lui rendre hommage pour mieux s'en émanciper.
Cinq accords pour une trame répétée, des frappes martelées à l’unisson de ces accords. Des ponctuations à la basse puis la batterie multiplie des pas de côté, des jeux affolants sur les rythmes. Tone it Down.
Un superbe thème, Melancholia (le film, peut-être), répété, joué avec délicatesse, une esquisse frissonnante à la basse, des frappes en petites constellations.
Je vous laisse écrire la suite.

Un album qui devrait séduire un large public.
Celui sourcilleux à propos de l’inventivité, de la créativité, des jeux sur les matières sonores.
Celui qui cherche le frisson et le réconfort en même temps.
Celui qui jette les armes devant tant de subtilité, et, osons le terme, de virtuosité.
Celui qui croyait aux harmonies d’hier et qui s’apprête à abjurer sa foi.
Celui qui se veut analyste rigoureux de la musique, mais qui sent poindre une humidité malvenue au coin des yeux.

Tous ceux-là, c’est peut-être toi, lecteur exigeant de ce maigre blog.

Pau Lay (p) coloriste délicat, impressionniste; Bruno Chevillon (b), sa présence impérieuse et ses fulgurances; et Edward Perraud (dr, comp) omniprésent, subtil, virtuose.

Voilà ce qu'en disent les coupables, les musiciens


---
Retrouvez toutes les chroniques
---

reflets sur l'eau