das kapital vive la france recto


Petite surprise face à ce titre un peu provocateur de la part d’un trio aux 2/3 étranger (voir photo en pied d'article). On l’aura compris, c’est une forme de signe d’amitié, d’intérêt vis à vis d’un répertoire aux esthétiques très diverses. Et un pari. Le jazz s’est emparé de longue date de musiques dites savantes (qu’on pense à « Play Bach » par exemple), de musiques populaires ou de films (comme « Hello Dolly » par Armstrong). Mais là, il s’agit d’autre chose.
On pense bien sûr à l’extraordinaire métamorphose opérée par Coltrane de la mélodie « My Favorite Things ». C’est là, je crois, que réside le pari de notre trio. Proche et lointain, respectueux et iconoclaste, mélodieux et déstructuré sur des pièces aux esthétiques aussi éloignées que l’Arlésienne, Pavane pour une infante défunte, Comme d’habitude, Ne me quitte pas (mais là, Nina Simone ...), Le temps ne fait rien à l’affaire ...
Prenez Barbara. « Ma plus belle histoire d’amour ». Pas évident n’est-ce pas ?
Ça se présente comme une arche. D’abord l’extrême retenue à l’image de la voix d’écorchée vive de Barbara, puis un petit allant mélodique, puis un cœur, en forme d’hommage jubilatoire au jazz (mais Barbara est toujours là) par un magnifique Erdmann, très volubile, et un Poulsen tout aussi incisif, en bien belle forme, pour finir sur la mélodie et la pudeur, chaque passage étant initié et quasiment défini par les frappes de Perraud, une sorte de micro générique.
Vous avez dit Lully ? Bien que né à Florence, il est français, et même à la Comédie Française avec Molière, en particulier pour duper le Bourgeois Gentilhomme. Et le jazz dans tout ça irait dit un Bonaparte soucieux de modernité ? Eh bien là, c’est un saisissement. Notre trio a transfiguré, non le thème, mais la matière musicale elle même. Chacun de nos trois brigands s’est emparé qui des peaux, qui des cordes, qui des vents pour une re-création ingénieuse du tissu musical. En comme ils ne sont que trois, ils ont changé ce qui était une marche somptueuse, fastueuse (voir document de la Philharmonie http://digital.philharmoniedeparis.fr/CMDA/CMDA100000100/default.htm

Le Bourgeois gentilhomme (Marche pour la cérémonie des Turcs) de J.-B. Lully : un exemple de comédie-ballet . La comédie-ballet est une œuvre mêlant théâtre, musique et danse. C’est la collaboration entre Molière et Lully qui crée ce nouveau genre où la musique est intégrée à l’intrigue théâtrale : Le Bourgeois gentilhomme (1670) est en cela exemplaire.
digital.philharmoniedeparis.fr

avec sur le côté droit du doc, une petite analyse de la musique jouée), en une pièce d’une suprême fragilité, gracile et sensible et émouvante, effaçant toute farce. Après une première exposition du thème avec cette sonorité si particulière et cette retenue au soprano, reprise avec un rythme chaloupé introduit par Hasse Poulsen et Edward Perraud. Puis le plein jazz, puissant, festif et son anti-thèse toute de rareté et d’éclats multiples ouvrant sur le retour du thème. À noter encore l’excellent traitement du son par Daniel Erdmann.
Born to be alive : Français ? Succès mondial du disco. Succès sans lendemain de Patrick Hernandez, un français du Blanc Mesnil. Un thème ici totalement méconnaissable après le passage à la lessiveuse Das Kapital. Un rythme lourd, lent, lancinant comme un blues du Sud, puis les flamboiements d’un jazz résolument vivant. Un superbe pied de nez de notre trio.
Un Poulsen qui apporte certes des douceurs harmoniques mais qui sait être incisif, décisif.
Un Perraud maître des frappes, confondant de talent, d’idées, d’opportunisme.
Un Erdmann bluffant de sensibilité, de plasticité et grand apôtre du bonheur musical.
Et c’est bien cette conjonction d’inventivité, de talent, d’irrévérence ... et d’amour fou du jazz qui rend cet album indispensable. Écoutez-le. Parlez-en à vos amis. Vous ferez œuvre utile.
Cerise sur le gâteau, le drapeau français planté sur la Lune. De Gaulle en rêvait. Das Kapital l’a fait, sur la pochette du cd.

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... et la photo promise, raccourci de notre histoire ...

Vive la France