Schwab - Soro CD cover

On connaît Julien Soro (as) et Raphael Schwab (b) comme pièces maîtresses de Ping Machine ... mais quel musicien du groupe ne l'est pas dans cette superbe formation ?
Ils décident de faire entendre leur voix propre, mais d'autres aussi l'ont fait au sein du groupe qui apparaît de plus en plus comme une vraie pépinière.
Oui mais là c'est en duo, un duo sax - contrebasse. C'est assez inhabituel, mais la formule du duo permet bien des figures sans avoir à retracer des chemins déjà bien balisés.
Je ne peux m'empêcher de penser au duo de légende, n'ayant je crois jamais fonctionné formellement en duo ni gravé tout un disque dans cette configuration, à savoir John Coltrane - Elvin Jones. Une musique à nu, essentielle, torrentielle, très libre, qui permettait d'extraire toutes les pépites d'une veine.
Mais ce duo n'était qu'un chant ininterrompu, alors que ce tandem Schwab - Soro privilégie des formes de l'ordre de cinq minutes, laissant selon les moments chacun tenir le rôle "soliste", et à d'autres, proposant des entrelacs particulièrement soignés.
Et pour que le chant du saxophone n'occulte pas la contrebasse, la retenue, le jeu délicat. Dans cet équilibre, comme Julien Soro ne privilégie pas les cris et la fureur, il est recommandé d'écouter ce disque à fort volume afin d'apprécier la délicatesse, les subtilités du jeu à la basse, dont les cordes sont parfois pincées à la manière d'une guitare.
Une musique intimiste ? Pas vraiment. Une musique toute de poésie, plutôt, mais sans langueur, plutôt empreinte de malice, laissant place à des séquences soutenues. Une musique où tout semble écrit, tant l'écoute mutuelle est intense, tant l'habitude de jouer ensemble porte ses fruits. Probablement aussi une solide amitié. Une mise en place irréprochable.
Peut-être aussi la manière de jouer ces pièces : des thèmes assez simples, des chaînes mélodiques reprises à l'envie, en faisant varier les timbres, les hauteurs, l'attaque des cordes, la place de chacun. La séduction opére, très simplement.
Raphael Schwab est le compositeur de toutes les pièces ou presque. Des compositions qui se lovent bien dans les oreilles, qui transpirent l'évidence. Comment ne pas s'en souvenir ? "Carré", "Marche vers l'avant", "Valse - Farandole", "Sarabande" font danser vos tympans. Le jeu même de Raphael Schwab est tout de danse.
J'ai cru remarquer dans le jeu de Julien Soro (mais est-ce l'effet de mon esprit embrumé ?), quelques réminiscences ça et là, des hommages - légers, presque fugaces  - à des figures qui ont façonnés le jazz actuel : Coltrane, Ayler, Ornette, Lacy. Peut-être d'autres encore. Mais avec un souci de combiner ces voix, de passer de l'une à l'autre. On pourrait croire que le seul thème qui n'est pas de Raphael Schwab, "Confirmation" de Charlie Parker, serait un hommage explicite. Il n'en est rien : il est aimablement perverti, joué un peu loin des canons du bop, avec ce flirt avec Ornette (vous remarquez, on ne dit pas Coleman) et les autres. Julien Soro y mêle son propre discours, au lyrisme qui nous fait chavirer, un lyrisme tout en retenu.
Et ce thème joué deux fois, "Les gens", une note chacun, avant que la piéce se déploie dans un enchevêtrement des chants, des influences. Une manière aussi d'illustrer leur capacité à transformer encore et encore l'interprétation d'une même composition. Les deux pistes les plus courtes du CD.

On sort de l'écoute le sourire aux lèvres, séduit par ce duo subtil, inventif et attachant.

Ah, j'ai failli oublier ! Dans la famille Schwab, il y a aussi Thomas à qui l'on doit la conception de la pochette, et le délicieux Quentin à qui s'amuse à dessiner ce tandem (sur leurs flyers, sur la pochette, sur leur page facebook, dans cet article ...), avec humour, délicatesse, innocence, en contribuant ainsi à leur univers poétique.
On passez un bien agréable moment avec eux (référence NCD4090)
www.schwabsoro.com

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